Pour répondre au défi du développement durable, il faut répondre à celui de la société de la connaissance !

Gilles Berhault, président de l’Association communication et information pour le développement durable et organisateur du Forum économique international technologies de l’information et développement durable (TIC21), dont la prochaine édition aura lieu les 30 et 31 octobre à Valenciennes, nous offre une tribune en forme de coup de gueule pour poser la question de la place des technologies de l’information dans le Grenelle de l’environnement qui s’annonce.

gillesberhault012.jpgLa contrainte environnementale est un extraordinaire moteur de changement, une formidable occasion de changer d’époque. C’est un virage créatif à aborder, fondé sur la démocratie et la rencontre des cultures… Mais, le gouvernement et l’administration qui gèrent la négociation du « Grenelle de l’environnement » restent trop centrés sur une vision traditionnelle de l’écologie, comme le montrent les premiers groupes de travail lancés. Les acteurs de la modernité économique ont été totalement oubliés.

Où parle-t-on de la société de la connaissance ? Où en est la réflexion sur les nouveaux métiers ? Le modèle économique global est en train de changer. Les entreprises qui créent des emplois ne s’appellent plus Ford ou Renault ; les créatifs culturels et économiques, de plus en plus nombreux dans la société, voient le monde différemment du modèle industriel du XXe siècle. Évidemment, il est difficile de prévoir ce que sera l’avenir à court terme. D’ores et déjà on sait qu’une grande partie de l’activité est numérique, que des dizaines de millions d’avatars existent, que les citoyens des pays développés utilisent plus l’internet que les journaux « papier », que des milliers de personnes tirent leurs revenus principaux d’eBay… et que la nature est aussi une question d’accès et d’accessibilité.

Il est inquiétant que le Grenelle de l’environnement ne se mette pas à l’écoute des personnes les plus inventives, ni les plus prospectives. Le monde évolue très vite. Prendre comme point de départ le modèle économique actuel ne peut que renforcer les problèmes existants (transports polluants qui accélèrent les changements climatiques, consommation excessive des ressources, appauvrissement des personnes en difficultés…).

Soyons optimistes, la contrainte environnementale et sociale va accélérer le passage à une économie de la connaissance, dématérialisée, plus culturelle, avec des richesses nombreuses et mieux réparties. C’est une utopie ? Non juste un préalable positif, une base de travail plus constructive, que le discours dominant actuel : tout va mal, que peut-on sauver du modèle ancien ?

Si la démarche globale du Grenelle de l’environnement est passionnante à bien des égards, elle oublie complètement que nous vivons dans une société de l’information. Elle oublie aussi qu’on ne peut débattre aujourd’hui sans utiliser, entre autres, l’internet. Évidemment, un « forum internet » grand public est prévu… pour débattre a posteriori des conclusions des experts ! Une méthode qui donne bien peu de crédit à la créativité collective.

Ce qui est le plus intéressant dans ce Grenelle de l’environnement, ce ne sera pas les 20 propositions qui en sortiront, mais le fait de considérer que l’environnement est une question publique. Évidemment, il y a encore confusion entre débat et collaboration. La terminologie même de « Grenelle » est mauvaise. Nos responsables politiques et associatifs ont décidément beaucoup de mal à sortir de la logique de confrontation pour plonger dans celle de la co-production.

L’approche géographique aussi est archaïque. On se réunit d’abord à Paris, puis on va débattre de ce que l’on a déjà décidé en province – pardon, on doit dire en « régions » !

Cette démocratie représentative-là a-t-elle encore du sens ? Les responsables politiques, à l’heure du 2.0, vont-ils enfin changer de comportement ? Il est temps pour eux de comprendre qu’ils doivent maintenant changer de métier, devenir plutôt des animateurs de réseaux et des administrateurs. Ils n’ont plus à avoir raison tout le temps pour tout le monde.

Un des points frappants de la rencontre entre l’internet et le développement durable pose pourtant clairement le problème du niveau de compétence des « politiques ». Les parlementaires, sur ces deux sujets, sont en moyenne moins compétents que la moyenne des Français.

Quatre défis majeurs s’ouvrent à nous, et nous devons en convaincre les décideurs du Grenelle de l’environnement :

  • Le premier est scientifique : de quelles technologies disposons-nous pour combattre les changements climatiques ?
  • Le deuxième est celui de la participation : comment impliquer les citoyens, les acteurs économiques, les professionnels, les enseignants… ? Comment les encourager à changer de comportement ?
  • Le troisième enjeu est économique et social : comment ne pas rater l’exceptionnelle opportunité que représentent aujourd’hui les clean tech (technologies propres) en termes de création de croissance et d’emplois ?
  • Enfin, se pose évidemment la question de l’éducation à la société de la connaissance, du lien culturel, de la place de la création…

Depuis un an, la prise de conscience de la dégradation de la planète a progressé, inquiétante, urgente. Al Gore et sa Vérité qui dérange, Nicolas Hulot et son Pacte écologique, mais aussi l’économiste britannique Nicholas Stern auteur du rapport éponyme sur le réchauffement climatique, et bien d’autres, ont fait comprendre à tous que la situation est dangereuse, que le climat change, que les maladies se développent, que la situation économique est tendue… et qu’il faut agir vite. Et que pour agir efficacement, il faut agir ensemble.

C’est bien d’ailleurs toute la difficulté des démarches de développement durable : « je veux bien changer mes comportements, mais si l’autre le fait en même temps ». Évidemment, c’est la faute à l’État, la faute aux entreprises, la faute au voisin avec son gros 4×4…

Nous avons besoin de comprendre des situations complexes en évolution permanente, de mettre en place des réseaux sociaux pour partager, de trouver des idées et des solutions à des problèmes très particuliers, de renforcer tous les systèmes démocratiques et participatifs.

On pourrait peut-être le dire autrement : il est temps de partager les analyses, les technologies et leurs usages entre les acteurs de la société de l’information et ceux du développement durable.

« Comment le mouvement démocratique pourrait-il se renforcer d’une alliance entre l’écologie et l’analyse critique des technologies de l’information ? Alors que la « méta-convergence » rapproche nano-physique, biologique et informatique. Les esprits engagés de ces mondes pourraient-ils encore s’ignorer ? », soulignait Philippe Lemoine dans La Nouvelle origine.

Faisons valoir une vision moderne de la société, collaborative, coopérante, responsable…

Gilles Berhault

Chacun de nous peut contribuer, soit en direct en envoyant des contributions au ministère, soit en contribuant à des initiatives collectives comme celle d’Agora-Grenelle.fr (pilotée par des associations indépendantes qui s’intéressent à la participation citoyenne et à la décision publique).

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7 commentaires

  1. Je cite : « Cette démocratie représentative-là a-t-elle encore du sens ? Les responsables politiques, à l’heure du 2.0, vont-ils enfin changer de comportement ? »

    Non, ils ne changeront pas car c’est la nature même de la « démocratie représentative » qui est en cause. Je ne vois vraiment pas comment ces gens pourraient être à la fois eux-mêmes et leur contraire. Sauf en faisant semblant… mais à chaque fois cela se voit comme le nez au milieu de la figure. Dès lors, si l’analyse de Gilles Berhault me semble très pertinente, j’ai tout de même l’impression que la conclusion mériterait d’être un peu plus… radicale.

  2. Nicolas Hulot dans son pacte avait mis en paralléle l’écologie et les disparités économiques Nord Sud. Il avait complètement occulté la technologie.
    Grenelle semble abandonner en route les disparités Nord Sud.
    Quant à la technologie…….

    il faut absolument travaille sur le triptique environnement/Nord-Sud/technologie

    c’est une urgence car le monde, si l’on en croit la théorie de la singularité de Kurzweill,
    change et va changer de plus en plus rapidement.

  3. La création, en janvier 2008 de l’Apidde (Agence de l’innovation pour le développement durable en Europe, financée par des fonds d’investissement éthiques, devrait soutenir des programmes de R & D (cf Joël de Montalier ADOME) me semble prometteuse pour la création d’outils logiciels dont le marché est mondial. Et c’est un domaine dans lequel la coopération Nord-Sud et Sud-Nord a déja fait ses preuves…

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