Comment résoudre l’inégalité de la participation en ligne ?

Les critiques les plus pertinentes de l’idée d’une culture de la participation ont pointé du doigt qu’il y avait seulement un faible pourcentage de gens qui généraient ou partageaient du contenu avec les autres. Même ses meilleurs avocats, comme Bradley Horowitz, ont montré que la pyramide de la participation était surmontée d’un petit groupe de créateur à son sommet, les autres aidant à faire circuler et critiquant ce que les premiers créent. « Doit-on accepter que la nouvelle culture de la participation soit seulement, modestement, un peu plus démocratique que celle que nous avions avant ? Quelles sont les implications de ces inégalités de participation ? », s’interroge Henry Jenkins, directeur du Programme d’études comparatives des médias du MIT.

jeanburgess.jpg« Si la culture de la participation est un site citoyen et que la plus active part des participants est déjà une élite privilégiée, alors nous avons un problème : la démocratie a un problème. (…) L’inégalité de la participation n’est pas une conséquence de l’absence d’accès aux logiciels, aux machines ou à la connection internet, mais celle de l’inégalité des motivations et des compétences (literacy) », lui répond Jean Burgess (blog), une doctorante du Centre d’excellence pour les industries créatives à l’université de Queensland en Australie, qui vient de terminer sa thèse sur la « créativité vernaculaire », c’est-à-dire la créativité courante de tout un chacun – et qui collabore également avec Joshua Green dans un projet d’étude sur les usages de YouTube.

Burgess montre comment par exemple le Centre pour des ateliers d’écriture numérique (digital storytelling), qui travaille a développer la pratique des ateliers d’écriture numérique, est une tentative pour résoudre ce types de blocages en permettant à des gens ordinaires de travailler avec des producteurs de média plus expérimentés pour créer des textes ou des vidéos basés sur l’histoire de leur propre vie, comme le montre le projet d’histoire partagée de KelvinGrove. Alors que les plate-formes du web 2.0 comptent sur l’autonomie des participants, les ateliers d’écriture numérique travaillent à une plus large participation en connectant les expériences et les pratiques courantes à des supports et des expertises professionnelles.

« Mais ces ateliers d’écriture numérique sont trop souvent axés sur une production finale – la création d’objets artistiques ou culturels, même dans des ateliers profondément sociaux. Or, beaucoup des choses intéressantes à faire dans le contexte des nouveaux médias sur le web, pour ceux qui sont capables de participer plus activement, nécessitent d’être hautement qualifié dans la maîtrise de la nouvelle culture de l’information. Ils s’adressent, en particulier, aux alphabétisés du réseau, c’est-à-dire ceux qui sont capables de participer en bloguant, vloguant (…)…

La question n’est pas seulement parler de ceux qui sont capables de créer quelque chose de grand et de le diffuser, mais bien de comment s’intégrer dans des réseaux sociaux. En fait, la valeur culturelle et sociale générée par ces communautés en ligne est surtout le produit à la fois de pratiques créatives et de réseautages sociaux, dans une relation convergente. Ce n’est pas que des contenus de qualité, ce n’est pas seulement de la connectivité, ce n’est pas non plus seulement de la « trouvabilité » et de la pertinence, mais c’est tout cela à la fois. C’est de cela que cause l’algorithme qui repère les photos les plus « intéressantes » de FlickR, comme un moyen de re-présenter les images les plus valables du réseau.

S’engager dans des communautés créatives est vital pour la participation effective, autant que les compétences créatives et l’alphabétisation esthétique le sont pour comprendre la forme d’art que vous avez choisi, que ce soit la photographie, la musique, la vidéo ou quoi que ce soit d’autre. Et dans le même temps, ceux qui veulent en apprendre plus sur les techniques photographiques, ne peuvent pas faire mieux que de participer activement à un réseau social organisé autour de la photographie, comme FlickR. »

L’interview complète (1ere partie, 2nde), via NetworkedPerformance.

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7 commentaires

  1. Le problème de la participation est pointé dans des domaines approchant. La question de la motivation et des compétences me parait centrale, mais d’autres aspects existent :

    – Dans le domaine des Communautés de pratiques, E.Wenger pointe l’existence de plusieurs cercles : des simples observateurs aux leaders en passant par les contributeurs épisodiques. Il considère ce phénomène comme normal. Cependant la participation peut être améliorée au travers d’une animation dynamique de la communauté. Il souligne aussi la nécessité de légitimité et d’équité de l’animateur.

    – Dans le domaine de la concertation, J.E. Beuret insiste aussi sur le nécessaire engagement du « médiateur » auprès des différentes parties. Surtout quand certains acteurs se sentent marginalisés par leur façon d’exprimer leur point de vue (plus instinctive, empirique,…) tels des agriculteurs ou des pêcheurs, ce médiateur devient un traducteur : il permet aux différentes parties de se comprendre.

  2. Il faut signaler que la participation s’étend lorsque celle-ci s’entend de formes moins « exigeantes » : voter, relayer, simplement commenter…
    Au delà de la motivation, le temps et la nécessité de l’implication sont différents. Il s’agit donc d’aménager ces différentes formes de participation.

    Et la motivation est aussi soutenue par le motif et l’invitation de la participation. L’envie de poster une video sur youtube ou commenter l’actu en ligne n’est pas forcément partagée par tous.

    Participer mais participer à quoi. C’est aussi une « économie du contenu » qui s’emballe.

  3. Désolé, mais je ne vois pas en quoi et en général il y a une « inégalité ». Je suis prêt à parler de fracture ou de nouveau handicap social à l’heure où les nouvelles générations investissent massivement les réseaux sociaux pour socialiser et que ça commence à poser un problème pour ceux qui ne sont pas dans ces usages là. Il me semble qu’il serait donc bon de contextualiser plus précisément le propos et accessoirement séparer la question social du moi dans la société à l’heure des instruments numériques de socialisation de celle du débat public.
    Je dis cela parce que l’approche décrite suggère que ce n’est pas normal que tout le monde ne participe pas. Personnellement je participe très bien, mais pas sur les sujets sur lesquels ne j’ai rien à dire ou pas envie. Accessoirement, les chiffres de la participation montre que celle-ci se distribue sur divers modes d’expression, du commentaire ou de la contribution qui est nominative, au taguing et ranking qui ne l’est pas mais qui n’en reste pas moins aussi une forme de participation. Et après tout le simple fait de prêter attention et la prise en compte de celle-ci dans les algorythmes de ranking n’est elle pas aussi une forme de participation implicite. Je pense donc qu’il faut aussi mieux définir ce que l’on entend de la participation car elle n’est plus nécessairement explicite.

  4. on dirait qu’il y a aussi une forme de résistance culturelle, politique et professionnelle aux participations et elles opposent un système de valeurs à un système d’ efficience concurrentielle économique

  5. Je suis d’accord avec le fait que l’inégalité de la participation n’est pas uniquement liée à l’accès aux logiciels, à Internet, etc. Au-delà de la simple motivation personnelle, selon moi, la participation dépend de l’intérêt porté au thème traité et aux connaissances dont on dispose (est-ce que l’on peut apporter quelque chose, un plus ?). On évoque aussi beaucoup dans la littérature sur les communautés virtuelles la réputation des intervenants, le besoin de confiance ou le sentiment de se sentir utile et reconnu. En outre, il semble que la visibilité des actions de participants incitent à la participation comme la mise en place d’un système de récompenses. Il faut en tous cas faire la distinction entre les motivations intrinsèques et les motivations extrinsèques d’une même personne.

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