La RFiD à portée de tous

Comment créer simplement des réseaux d’objets via la technologie RFiD ? C’est l’une des questions que se sont posés les intervenants du dernier Recalling RFiD qui s’est tenu les 19 et 20 octobre 2007 à Amsterdam. Rafi Haladjian de Violet, a présenté les Ztamps, des étiquettes RFiD pour le lapin Nabaztag que les utilisateurs pourront coller sur n’importe quoi afin de créer les applications de leur choix. Ces étiquettes vendues par lot de 3 pourront servir à de multiples usages, comme le souligne leur emballage : « placez-en un sur votre porte-clef et montrez-le à votre lapin en rentrant chez vous et il préviendra automatiquement par mail vos parents ou amis que vous êtes rentré ; collés sur votre mug, les Ztamps sauront compter le nombre de tasses que vous buvez. » « Inventez un monde où les objets sont vivants », clame le slogan.

Ce ne sont pas les seules applications qui ont été évoquées à ces journées, comme le souligne le rapport complet publié par Master of Media. Melanie Rieback, la créatrice du Virus RFiD, a mis au point un « Garde RFID «  : « Pour améliorer la technologie Rfid, nous avons besoin de l’imaginer comme de l’informatique. Les étiquettes intelligentes sont des ordinateurs bas niveau, oui, mais des ordinateurs quand même. Après l’unité centrale, les mini-ordinateur, les PC, l’informatique embarquée, il y a la RFiD : la plus petite unité de calcul disponible aujourd’hui. Si vous voulez bâtir l’internet des objets, tous les problèmes que vous connaissez avec l’internet vont affecter aussi cette technologie. ». Mélanie Rieback pointe en particulier le fait que les utilisateurs de puces intelligentes n’ont pas le contrôle de qui, quand ou quoi lit quels tags. D’où son projet de « Garde RFiD », dont le but est de renforcer la sécurité et notre intimité, et qui agirait comme un pare-feu pour étiquette électronique.

Timo Arnall au RFiD Recalling par Silvertje

Timo Arnall, designer à l’Ecole d’architecture et de design d’Oslo, a, de son côté, mis l’accent sur le besoin de rendre les étiquettes Rfid visibles, à rebours de la tendance dominante qui tend à les rendre invisibles. Timo, qui a beaucoup travaillé avec un Nokia 3220 NFC, un prototype de téléphone mobile qui permet simplement de lire et d’écrire les puces RFiD, souligne que ce type de plate-forme peut servir à d’autres applications que la publicité ou le couponnage électronique et permet d’imaginer des interactions tangibles sans avoir à entrer dans la programmation. Fin 2005, grâce à son téléphone qui lui permettait de programmer des actions sur une puce RFiD (déclencher un appel téléphonique, envoyer une URL ou un SMS), il s’est amusé à inventer de nouveaux usages, comme ce bureau agenda, qui consiste en une collection de Post-it équipés de puces qui permettent de programmer un appel quand on passe son téléphone au-dessus de l’un d’eux.

Désormais à la tête du Touch project, Timo Arnall interroge les usages des RFiD et invente des manières d’avoir un retour quand on les « touche ». « Comment rendre visibles les actions que vont actionner la lecture de l’étiquette ? Comment montrer ce qu’il y a derrière le tag ? », telles étaient quelques-unes des questions auxquelles tentait de répondre sa riche présentation (.pdf). Il y montre comment on peut visualiser, donner un langage graphique à des interactions invisibles, en créant une base d’icônes et de visuels permettant de mieux comprendre les actions et les risques liés à leur utilisation.

LWillem Velthoven, de Mediamatic, a présenté plusieurs projets comme la table symbolique qui lit les étiquettes RFiD et permet de jouer avec elles de manière interactive et tactile. Ou iTea, un système développé pour la dernière conférence PicNic, qui permettait aux personnes présentes de visualiser les données dont on dispose sur eux (vidéo). En plaçant l’étiquette qui leur était remise en tant que participant dans une tasse à thé équipée d’un capteur, le système projetait les données de profil de l’utilisateur sur une table, avant de lancer une requête Google sur leur nom…

Rafi Haladjian, fondateur de Violet, l’inventeur du Nabaztag, a expliqué que si les Philips et Sony ont du mal à entrer dans le marché de l’intelligence ambiante, c’est à cause de leur approche. Ces sociétés s’attardent à créer une « maison intelligente » fondée sur une vision naïve de l’interaction entre les utilisateurs et la technologie. La maison intelligente est un produit très cher, sans killer application. D’où l’idée de Violet de créer des produits ambiants abordables (20 à 200 euros), avec une touche de fun et de poésie. Selon Rafi Haladjian, c’est avec des produits accessibles que les gens comprendront mieux ces technologies et seront capables de créer des solutions capables de répondre à leurs propres besoins et valeurs. C’est toute la valeur du lapin Nabaztag, qui, permet d’interagir avec le réseau d’une manière plus intuitive que bien des interfaces dotées d’écrans. « Nous devons reconstruire un pont entre l’écran et le monde réel, dont le défi est la diffusion et la représentation des données. »

Katherine Albrecht de Caspian, auteur du livre et du site Spychips, est venue apporter la contradiction. Si l’industrie de la RFiD explique fréquemment que les puces, à l’instar des codes barres, vont juste permettre de rendre les choses plus simples, selon elle, les puces intelligentes ont un impact qui va beaucoup plus loin. D’une part, une puce RFiD peut souvent être lue à l’insu des individus. D’autre part, chaque exemplaire d’un produit (et non plus chaque référence) disposera d’un code. Le potentiel d’abus, en matière de traçage des consommateurs par exemple, est donc évident. Enfin, selon Katherine Albrecht, les puces ou leurs lecteurs dégagent un champ électromagnétique dont on connaît mal la dangerosité. Avec l’arrivée prochaine des encres conductrices, le packaging d’un objet pourra devenir une antenne RFiD. Ce qui signifie que les RFiD pourront devenir totalement invisibles. Or, aucune loi n’impose de dire clairement au consommateur que quelque chose contient un RFiD, souligne-t-elle.

L’implantation de tags repose souvent sur le secret explique-t-elle : « Vous pouvez mettre des étiquettes dans des chaussures par exemple. Et une fois que c’est fait, vous pouvez être identifié n’importe où : quand vous passez une porte, les sols et les plafonds peuvent vous identifier » Aux Etats-Unis, rapporte-t-elle, une expérimentation a cours consistant à implanter une puce dans le corps de patients atteints de la maladie d’Alzheimer, alors même que des recherches récentes montreraient que les puces implantées dans le corps pouvaient faire naître des tumeurs autour d’elles.

Bart Schermer, secrétaire de la Plate-forme RFiD hollandaise, chercheur à l’université de Leiden, qui se définit comme « un techno-optimiste », lui répond avec aplomb : devions-nous arrêter le développement de l’internet parce qu’il permet des usages répréhensibles ? Selon lui, les peurs que suscite la technologie RFiD (profilage et traçabilité des consommateurs à la Minority Report) ne sont pas prêtes de se traduire dans la réalité, parce que le but premier des sociétés qui vont les utiliser est de faire de l’argent, pas de tracer les gens. Les RFiD seront utilisées pour séduire les consommateurs et maximiser leur valeur. Sans compter que les RFiD ne sont pas exemptées des lois qui protègent les données personnelles.

Il a pourtant rappelé que les société doivent mieux informer les consommateurs de l’utilisation qui est faite de leurs données et que ceux-ci doivent avoir la possibilité de désactiver les puces. Enfin, les sociétés ont également le devoir de les utiliser de manière responsables : les puces doivent apporter un bénéfice pas seulement à l’entreprise, mais aussi aux consommateurs, dans un usage ouvert et transparent, laissant le libre choix au consommateur. Les gouvernements doivent, quant à eux, créer des outils favorisant la protection (étiquetage, Garde RFiD) et surveiller les usages délictueux. « On ne peut juger une technologie seulement sur la base de possibles abus ou mauvais usages », a-t-il martelé.

Katherine Albrecht n’a pas manqué de lui répondre : il est de plus en plus difficile de savoir ce qui est fait des données. Comment peut-on prouver quelque chose quand les données sont une propriété privée et qu’elles peuvent être effacées d’un simple clic ?

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3 commentaires

  1. les riches n’ont qu’a porter des puces rfid dans leurs habils et quand ils passeront le portique du magazin les sbires accoureront pour les servir et le service fidelité accordera un credit consommation spéciale remboursable dans 6 mois et 10% de remise sur tout achat supérieur à 100 euros … bien sur ceux qui portent la marque discount seront traqué et refoulés du rayon loisir et leur compte débité de 0.1 centime pour rebellion

  2. Disons que le problème de communication qu’à la technologie RFID n’est pas mince :

    – Les usages validés sont ceux du traçage en logistique, des objets… et des animaux
    – Ce qui nous amène au traçage des individus, notion de plus en plus concrète que nous inculque le Web chaque jour.

    Les fameux nouveaux usages – qui apparaitront, c’est certain – se limitent encore aujourd’hui à des jouets et des tables lumineuses anecdotiques.

    Sans prise en compte de la valeur de la vie privée et des données personnelles, comment avancer de manière crédible auprès de l’opinion ? Sans compter que le risque est évidemment réel, car si le profit dicte de « tracer les gens », alors on tracera les gens.

    Exemple de scénario d’anticipation : le législateur devrait s’emparer de la question avec pédagogie avant que le profit qui dicte aussi de faire la guerre économique et psychologique n’entreprenne de mettre à mal nos industries européennes sur ce secteur par exemple.

  3. à ce que je remarque c’est que tout le monde pensent que cette technologie ou plus précisement ces puces basées sur les RFiD est une violation de droit publique… mon avis est qu’on peut utiliser cette technologie de marquage pour la sécurité des enfants et des personnes non adapté à réagir convenablement à des situation critique… Enfin ce que je veux dire c’est qu’il faut voir le bon coté des choses et pouvoir exploiter de manière souple et native les technologies de marquage et de traçage !!

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