Plus longue la vie

Logo UPFing 2008Que nous réserve l’avenir ? Nous savons déjà que nous vivrons plus longtemps, et dans un monde bien plus connecté. Il n’est pas certain que nous ayons encore vraiment réfléchi à toutes les interférences entre ces deux tendances. Nous savons aujourd’hui beaucoup de choses sur deux questions : « quelles sont les pratiques des seniors internautes ? » (voir par exemple l’interview de Jean-Marie Nazarenko, directeur de Notretemps.com) et « comment le numérique peut-il outiller le maintien à domicile et la télémédecine ? » (c’est le cas, notamment, du projet de recherche TAPA mené en 2004 par Hélène Trellu et Philippe Cardon, portant sur la téléassistance pour personnes âgées dépendantes). Ces questions, importantes, doivent être approfondies, mais elles ne sont pas les seules : les seniors ne sont pas seulement un segment de marché et des solutions clés en mains ne suffisent pas à prendre en compte des changements sociétaux d’une telle importance. Qui plus est, elles ne nous aident pas à comprendre où se situent nos choix, et comment nous vivrons plus vieux dans un monde plus connecté. Pour enrichir l’approche que nous, acteurs du développement numérique, avons de ces évolutions démographiques, comme pour nourrir de nos apports les réflexions et les travaux des spécialistes de ces questions, la Fing a choisi de faire de la « longue vie » le thème de sa prochaine université de printemps et de son troisième programme d’action.

Si nous portons notre regard vers l’avenir en nous extrayant un instant des questions numériques, l’évolution démographique due à l’accroissement de l’âge moyen est, avec les bouleversements environnementaux et énergétiques, l’un des facteurs marquants des prochaines décennies : l’allongement de l’espérance de vie se combine avec le départ à la retraite des baby boomers. Le nombre de personnes dépendantes s’accroît, mais aussi le nombre de retraités en bonne santé, dessinant une réalité contrastée entre seniors à fort pouvoir d’achat et personnes âgées précaires, entre territoires plus ou moins « vieillissants » (parce que leurs résidents vieillissent ou parce qu’ils accueillent les seniors), et promettant de grands écarts intergénérationnels. Comme le relève un récent rapport de la Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires (Diact), « tous les aspects de la vie sociale seront affectés par ces phénomènes : la transmission des patrimoines et celle des connaissances, le fonctionnement des services publics et celui des institutions politiques, le marché des voyages comme celui des cosmétiques ou encore l’immobilier, l’urbanisme, le management des grandes entreprises et la vie des PME. »

Vers la 5G, civilisation à cinq générations
Nous sommes là pour nous occuper de l’avenir, pour tenter d’anticiper les changements que produira le développement numérique, mais aussi ceux auxquels il sera confronté. Or la rencontre entre les horizons prospectifs numériques et sociétaux a du mal à se faire. C’était déjà le constat de départ du premier programme d’action de la Fing, Villes 2.0, engagé depuis un an : ceux qui réfléchissent à la ville de demain ne voient les TIC que comme une variable unique parmi plusieurs dizaines, sous-estimant probablement son importance et sa diversité ; et réciproquement, les spécialistes des TIC ont longtemps réduit la ville aux réseaux et aux sites web, qu’il ne s’agit pas de négliger néanmoins. Pourtant, un changement n’arrive jamais seul.

Pour avancer, il va donc falloir nous poser des questions non-numériques, avec l’aide de ceux qui travaillent continuellement sur ces sujets. Une idée directrice nous anime : l’allongement de la durée de la vie ne concerne pas les seuls seniors, ils ne sont pas une catégorie étanche et homogène. Les jeunes arrivent dans un monde plus âgé, où leurs aînés tardent à quitter la vie active. Dans les familles, les quadra et quinquagénaires sont en position pivot entre les deux générations qui les suivent et les deux qui les précèdent. Dans les entreprises, le départ à la retraite a parfois de nouveaux visages, dès lors que l’on ne part pas vraiment, qu’on reste en lien avec son « réseau », ses collègues, ses métiers, ses projets, que la connaissance que l’on détient est valorisée. Dans les territoires, on ne considère pas simplement le vieillissement comme un problème, on commence aussi à identifier les seniors actifs comme une richesse. Cette démarche de décloisonnement (les seniors ne sont pas seulement un segment) nous conduit à des questions de civilisation : la relation d’une société à ses aînés en dit long sur cette société. C’est évident pour les sociétés non-occidentales, ça le (re)devient pour la nôtre. Ce sont donc ces questions de relations, de liens, que nous souhaitons d’abord explorer : le voisinage, l’isolement, la dépendance, l’interculturel, l’intergénérationnel, et bien d’autres. La connaissance de ces liens et ces fractures éclaire notre compréhension du lien social numérique, de ses fertilités et de ses limites.

Vie quotidienne
Dès que l’on parle d’espace, d’habitat, de géographie, nous nous trouvons confrontés à de fausses évidences et à de vraies questions. Les seniors sont-ils plus nomades ou plus sédentaires ? Ou les deux ? Faut-il absolument les maintenir à domicile ? Non, tant qu’ils peuvent avoir le choix, faire autrement ; oui, s’il s’agit de leur éviter les hospitalisations inutiles, les fins de vie déshumanisées. La maison connectée est-elle l’horizon ultime ? C’est à juste titre qu’elle intéresse et qu’elle inquiète, mais il semble que les travaux et innovations concernant l’habitat des personnes âgées, dépendantes ou non, tels que les mènent architectes et designers, aient encore peu convergé avec les propositions techniques des industries numériques. Quelle sera la place de l’internet dans la vie quotidienne des seniors ? Certainement, souvent, un PC connecté dans un coin du salon, posant des questions d’appropriation, d’interfaces, d’instabilité de l’innovation, de médiation ; et à cet égard, de très bonnes études territoriales ou internationales nous en apprennent déjà long sur les pratiques et les difficultés.

Vieille femme signé G|o®g|O

Mais l’internet de demain, c’est aussi un ensemble d’objets connectés, fixes ou nomades, capteurs passifs ou dispositifs interactifs, proposant un autre registre d’expériences que celui de l' »internaute ». Dans tous ces cas de figure, les questions de choix apparaissent : comment ne pas subir cette hyperconnexion ? Comment en tirer parti ? Comment choisir d’être soigné à distance ou non, d’être « contrôlé » à domicile ou non ? Et comment ne pas penser que confrontés aux réalités économiques des comptes sociaux, certains décideurs publics et leurs opérateurs pourraient avoir tendance à développer des dispositifs préférant la distance à la proximité, l’automatique à l’accompagné, le contrôle à l’écoute ? Et comment ne pas s’interroger sur l’apparition progressive de quartiers et communes « spécialisés », ressemblant aux Sun Cities américaines ?

Vieillir augmenté
Parmi les horizons technologiques, le plus impressionnant n’est pas le moins plausible, c’est celui de l' »homme augmenté », au coeur des visions NBIC portées notamment par la figure du soldat américain invincible sur le champ de bataille, mais dont la deuxième figure emblématique est le senior. Et pourquoi pas ? Quand j’aurai 90 ans, je veux être un cyborg, je veux que ma mémoire défaillante ait le renfort des outils de connaissance interfacées avec mon cerveau, que ma vue augmente au lieu de baisser, et mon audition également, que ma mobilité ne soit pas empêchée, que le monde entier me soit accessible pour les projets de mes 40 prochaines années. Bref, que mon espérance de vie soit une espérance plutôt qu’une déchéance. Faut-il donc que je sois très riche ? Serai-je alors un monstre ? Les fantasmes comme les tabous empêchent, en la matière, de s’enthousiasmer ou de s’inquiéter, l’effroi diffère l’échange.

Dans ce domaine comme dans d’autres, les questions du « souhaitable » (les questions politiques, donc) doivent être posées, mises en perspective des réflexions éthiques, nourries de l’imagination des innovateurs.

C’est à ces échanges que nous vous invitons dès maintenant et pour les prochains mois, en ligne et à Aix-en-Provence, pour notre université de printemps, les 4 et 6 juin prochain. Inscrivez-vous !

Jacques-François Marchandise

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8 commentaires

  1. tout cela ne sont que des rêves de riches qui veulent maintenir leur emprise et leur pouvoir sans partage déconnecté des bas fonds qui rappeleront à leur mémoire le saccage de la planete et ce que doit etre le bien.
    la réalité voudra faire des recherches pour réduire l’écart d’ espérence de vie de 8 ans entre un cadre et un ouvrier
    mon espoir de riche est de réduire l’écart de – 12 ans
    d’ espérance de vie du fait de ma maladie développée au travail

  2. Bonjour,
    instructif et pertinent, mais pourquoi qualifier cet article de « rêves de riches qui veulent maintenir leur emprise et leur pouvoir… » (sic) ? L’espoir est une passion triste et l’espérance de vie souvent masque la difficulté d’avoir une vie intéressante et riche sur le plan humain. Plus longue la vie ? ou plus belle la vie ? bien sur qu’il faut rechercher la vie augmentée et se battre pour cela.
    Mais aujourd’hui toute tentative d’élever le débat, d’ouvrir l’accès à la connaissance, aux savoirs, à la culture est la plupart du temps étouffée par l’imbécilité criarde et péremptoire et les niaiseries bavardes déversées en masse par les média dominants.
    Il est de bon ton d’opposer une pseudo dignité et une morale des pauvres en ironisant sur les soi-disant « intellos » ou élitistes qui osent utiliser un vocabulaire de plus de 300 mots.
    Fédérer en tirant vers le bas n’est jamais bon signe, c’est l’arme de tout les populismes alors bien entendu oui avec la connexion avec les bas-fonds telle que l’évoquait Maxime Gorki.

  3. @joël coché
    votre argument « l’espérance de vie souvent masque la difficulté d’avoir une vie intéressante et riche sur le plan humain » est nul et non-avenu car on ne sait pas qui vous êtes

  4. Bonjour,
    désolé d’avoir heurté la sensibilité de « ber » mais ce n’était pas mon propos. Je veux simplement dire qu’il ne faut pas espérer vivre mais tout simplement vivre au présent, à l’instant.
    Je ne fais ni de plaidoyer pro domo ni d’attaques ad hominem pour moi une réaction s’adresse à la collectivité. Bien sûr je pars aussi de la singularité des propos et essaie de prolonger ou d’analyser le sens en donnant mon interprétation qui n’engage que moi.
    C’est une invitation à aller plus loin, j’enrage de voir la plupart des gens capituler et se soumettre de suite sans se battre et je crois en l’émergence de collectifs connectés permettant le partage et l’échange sous forme de contrepouvoir à construire ensemble….

  5. je ne suis pas heurté, j’ essai d’ éclairer et ici n’est pas le lieu du débat, l’invitation est ailleur, mais voici pour vous mon investigation:
    Je postule au préalable : que je ne suis pas hostile ( sauf à l’ ordre :  » je ne veux voir qu’une tête »), que  » ceux qui sont contre la vie éternelle n’ont qu’ à mourir » et que  » il faut que la volonté imagine trop pour réaliser assez  »
    Dans l’augmentation de la longévité au service de la demande et du besoin d’en Avoir plus; je n’ai pas de doute sur l’ émergence des idées nouvelles et leur mise en oeuvre mais sur sa diffusion peu contredite et presque une tromperie au public dans l’espoir
    d’ une application personnelle.
    Distinguons les solutions  » qui allongent la durée de vie » de celles « qui protègent et permettent de ne pas succomber en cours de route » car il y a une grande confusion des genres. Déjà la moitié du débat est bloqué et le projet mal conduit car il faudra inclure, un jour, le développement du modèle de clonage humain or c’est interdit de l’évoquer et d’en faire la promotion;
    ensuite avec l’apparition et l’ expérimentation du « Mastère spécialisé en marketing alimentation santé » (ESC Dijon)est posée la première pierre d’un réseau de consultants, formaté et possédant l’ information privilégiée ainsi que le vecteur de
    distribution; cela permet de faire honneur à l’ économie et si l’édifice se fissure gagez que la diffusion ou son application sera empêchée et discrédité. La classe ultra-riche qui détient tous les moyens de production et de pouvoir a tout intérêt à
    complémenter des objectifs purement matérialistes dans un programme propre nourri par les dogmes et ceci ne s’inspire pas essentiellement de la poursuite en toute liberté de pensée de la sagesse : il faudra continer de refuser la sobriété et le partage … or
    l’éfficacité de l’allongement de la vie dépend de ces deux valeurs.
    il ne faut pas être naïf; dès qu’un bonne découverte sera faite par un créateur intélligent combien de temps croyez vous qu’ elle restera entre les mains de son auteur ? elle sera phagocyté et canalisée rapidement vers des applications technologiques à caractère militaire ou vers des opérations visant à assurer à des groupes industriels le maximum de profits pour un meilleur niveau de bien-être réservé à quelques uns.

  6. Bonjour,

    Petite remarque tatillonne concernant l’illustration de ce très intéressant billet.

    L’image d’illustration n’est malheureusement pas créditée dans le texte. Le lien vers l’image ne pointe pas vers celle-ci, mais vers une autre photographie de l’auteur. De facto, aucune mention précise de l’auteur et de la licence appliquée à cette image précise n’est disponible…

    Je soutiens fortement le développement de licences nouvelles, et la circulation des biens culturels sur le réseau, en considérant que tout cela enrichi fortement notre société. Mais ne faut-il pas accompagner ces licences et cette circulation d’un respect méticuleux de bonnes pratiques concernant la propriété intellectuelle, non seulement sur le fond (le droit), mais aussi, et surtout, sur la forme (la reconnaissance symbolique du rôle créateur de l’auteur) ?

    Bien amicalement,
    Marin

  7. Tu as raison Marin. En fait, l’auteur dans le corps des commentaires a incrusté l’image en question. Le bon lien est celui-ci.

    Quant au fait que le nom de l’auteur et le lien ne figure pas, c’est pour le moment du au fait que nous n’en avons pas trouvé la modalité de citation qui nous convienne (sous l’image, mais comment la distinguer du corps de l’article ? en fin d’article ?…). En tout cas, depuis quelques temps, nous essayons de mettre des liens vers l’image originelle pour que nos lecteurs puissent s’y reporter.

    Insuffisant certes. On progresse doucement.

  8. A titre personnel, je place des crédits photographiques en fin de billet. Il me semble que c’est une façon relativement claire de procéder, qui ne perturbe pas la lecture.

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