L’innovation agile à la Google est-elle un modèle ou une anomalie ?

Par Hubert Guillaud le 11/02/08 | 6 commentaires | Page vue 5,519 fois

Intéressante question qu’évoque Nicolas Carr dans Strategy+Business en se penchant sur le cas Google, une société qui n’existait pas il y a 10 ans et qui est désormais l’une des premières entreprises du monde - du moins en termes de capitalisation boursière.

Google est souvent présenté comme le modèle à suivre, notamment dans l’internet, mais le modèle est-il reproductible ? Le fonctionnement de l’entreprise a de nombreuses fois été disséqué et est analysé dans toutes les grandes écoles de commerce. Dans son dernier livre, Le futur du Management, Gary Hamel professeur à la London Business School souligne que la gestion modèle de Google “a beaucoup à nous apprendre sur la manière de construire des sociétés qui sont réellement dignes du 21e siècle.” Restons prudent, propose Nicolas Carr : d’abord parce que Google est encore une société très jeune et qu’on ne l’a pas encore vraiment vue se confronter à l’adversité. Ensuite, parce que “nous ne savons même pas si son approche de la gestion, et en particulier son approche de l’innovation, est une cause de son succès ou un produit de son succès. Enfin, nous ne savons pas dans quelle mesure l’exemple de Google peut s’appliquer à d’autres entreprises.”

Tout le monde (SSII, agences de publicité, médias…) voit Google comme un concurrent explique Nicolas Carr, un sentiment qui pourrait accréditer l’idée que Google est un nouveau type d’entreprise, mais si on regarde son modèle économique, Google est bien plus simple qu’il n’y paraît : il vend des publicités sur des médias numériques ! Et l’essentiel de ses recettes provient des ventes d’espaces à des annonceurs qui utilisent son réseau pour faire passer leur message sur l’internet. L’apparence protéiforme de Google découle de tous les compléments qui viennent se rattacher à son coeur de métier, des compléments qui sont autant de produits ou de services qui tendent à être consommés ensemble, un peu comme la moutarde dans le hot-dog. Or pour Google, “tout ce qui se passe sur l’Internet est un complément de son activité principale. Plus les gens font des choses en ligne, plus ils voient d’annonces et plus Google gagne de l’argent. De plus, comme l’activité internet augmente, Google rassemble plus de données sur les besoins des consommateurs et leurs comportements et peut adapter ses annonces plus précisément, ce qui lui permet de renforcer son avantage concurrentiel et augmenter encore ses revenus.”

En montant les ventes de produits complémentaires en tandem, Google a un intérêt stratégique fort à accroître la disponibilité des compléments à son produit de base. “Si on donne les hot-dogs, les ventes de moutarde vont monter en flèche !” Tout ce que l’entreprise fait vise à réduire le coût de l’information (”Google veut que l’information soit libre”, clame le slogan) et élargir la portée de l’utilisation d’internet. C’est pourquoi Google effraie tant de sociétés différentes. Si vous ajoutez à cela le fait que le coût de production et de diffusion d’une nouvelle copie numérique est quasiment nul, on comprend que Google prenne beaucoup moins de risques en développant de nouveaux produits que la plupart des autres entreprises, d’où la mise sur le marché de produits semi-finis, en bêta, car même les offres qui ne parviennent pas à grignoter une grosse part du marché ont tout de même tendance à produire des rendements publicitaires et des données intéressantes sur les clients. Or, pour la plupart des entreprises, l’échec du lancement d’un nouveau produit coûte cher. “Pour Google, le défaut est bon marché.”

“Votre entreprise peut se trouver en concurrence, directement ou indirectement, avec Google, mais à moins que vous ne songiez à faire de l’argent en vendant de la publicité attachée à vos produits numériques, vous ne pourriez pas apprendre beaucoup de son exemple, du moins pas à un niveau stratégique”, explique Nicholas Carr. “Les aspects économiques du modèle d’affaire de Google sont peut-être simplement trop différents des vôtres. Et en voulant suivre son exemple, vous risquez de vous brûler les ailes”.

A un niveau plus tactique, les entreprises peuvent-elles tirer des leçons utiles de la façon dont Google aborde le processus d’innovation ?

Certes, Google a été particulièrement innovant, en inventant un algorithme pertinent qui utilise les liens pour mesurer la pertinence des pages, en développant un indice de probabilité de clic sur les mots clefs pour mieux vendre aux enchères ses publicités et en misant sur la puissance de ses machines pour une plus grande rapidité de résultats. Mais ces innovations reposent également sur des innovations de management en misant :

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6 commentaires / rétroliens

Je trouve cet article très intéressant et révélateur.
Merci.

# 1 par Elvia le 10 février 2008 à 22:09

Je confirme que cet article est très intéressant, mais je l’ai déjà lu la semaine dernière.
Je suis surpris de le retrouver chaque fois en haut de mon agrégateur… c’est sympa de vouloir promouvoir son article, mais changer sans arrêt la pubDate du RSS n’est pas une pratique très élégante (si c’est volontaire).
Si c’est involontaire, désolé de râler, mais il y a alors un pb quelque part..
Thomas.

# 2 par Thomas le 11 février 2008 à 11:39

Remarquable analyse et synthese
Martin

# 3 par Martin Duval le 15 février 2008 à 10:03

Intéressant rebond de Bertrand Duperrin qui conclut en pointant vers un billet plutôt intéressant de Scott Berkun, l’auteur des Mythes de l’innovation ou de Making things happen, qui dissèque le mythe des 20 % de temps consacré à des projets personnels :

“Car ce ne sont pas les fameux 20% de temps consacré à l’innovation “personnelle” qui font la réussité de Google : c’est sa culture.”

# 4 par Hubert Guillaud le 17 mars 2008 à 12:28

[…] - “L’innovation agile à la Google est-elle un modele ou une anomalie?, InternetActu.net. […]

Trackback n° 5 titre : La gestion de l’innovation et du management chez Google - Google-Stories.com le 21 mai 2008 à 14:58

[…] auquel il faut ajouter quelques articles sur le modèle économique de Google comme ici et ici et notamment son emprise sur la publicité en ligne. L’aspect tentaculaire est bien montré […]

Trackback n° 6 titre : " » Formation des enseignants sur la recherche d’information, 1. Une première recherche bibliographique" by Relation, transformation, partage le 14 juin 2008 à 16:07

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