Villes 2.0 : la ville comme plate-forme d’innovations ouvertes

L’irruption dans le jeu urbain des acteurs et des pratiques du web 2.0 est déjà une réalité. L’exemple le plus spectaculaire réside dans la prolifération de données géolocalisées sur nos écrans d’ordinateurs et de téléphones mobiles, et notamment de ces nouvelles cartographies qui mixent des données pour mieux représenter, lire, discuter, gérer, utiliser la ville. Ces cartes n’appartiennent plus seulement aux acteurs publics et aux entreprises. L’usager-citadin-citoyen commente, interpelle, évalue, annote, raconte, photographie et filme la ville sous tous les angles, partageant et diffusant cette production personnelle ou collective via ses plate-formes de blogs et les sites sociaux.

Ce lien dense et constant entre l’existence physique et numérique de la ville, et la participation accrue des citadins qu’il favorise, obligent les acteurs traditionnels de la ville à réexaminer le fonctionnement de la « fabrique des services urbains », c’est-à-dire la manière dont sont conçus les services aux usagers, électroniques comme physiques.

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Obligation d’innover
La ville a obligation d’innover. Pour sa compétitivité et celle de ses entreprises, pour répondre aux nouvelles attentes des citadins, pour résoudre les tensions qui la traverse. Mais l’innovation a changé : elle est devenue plus rapide, plus intensive, plus multiforme, plus coopétitive, et les utilisateurs y jouent un rôle croissant. Elle doit s’adapter aussi aux changements de la société. L’individualisation des modes de vie implique un degré de personnalisation et de contextualisation des services hors de portée d’un acteur unique.

Tout cela représente à coup sûr un défi pour les acteurs traditionnels de la ville. Comment faire de la ville une plateforme ouverte à toutes les innovations et tous les acteurs, favorisant la mutualisation et la circulation des données et des ressources pour créer des services innovants et utiles ? Comment prendre en compte cette nouvelle implication des citoyens (avec ses limites : elle s’exprime plus aisément dans le quotidien, dans l’intervention individuelle, que dans la participation consciente à des projets collectifs) dans la conception et le fonctionnement des services urbains ?

Pour cela, il nous faut imaginer et expérimenter d’autres manières de répondre à des besoins collectifs urbains, qui s’appuient plutôt sur le partenariat, la co-création et l’innovation collaborative. Les modèles d’innovation caractéristiques de l’internet et du « web 2.0 » (données mutualisées, interfaces de programmation ouvertes, intervention des utilisateurs dans la conception et la production des services…) fournissent des pistes utiles, même s’il faut bien sûr les adapter. Il faut en particulier identifier les ressources et conditions de réussites de cette ville comme plate-forme : qu’est-ce qu’on peut partager, sous quelles conditions ? Quelles sont les infrastructures nécessaires, qui les exploite ? Qui les installe ? Quelles sont les conditions d’accès ? Que doit-on attendre de chacun et avec quelles contreparties ?…

Une ville comme plateforme d’innovation ouverte c’est mettre en place des dispositifs qui favorisent la floraison d’idées neuves, de projets et d’expérimentations, d’innovations de terrain : nouveaux services ou nouveaux outils à disposition des habitants, adaptation des services à des publics particuliers que les grands acteurs ne peuvent pas connaître, agencements inventifs de composants jusqu’alors disjoints, nouveaux modes d’accès et de délivrance des services… C’est aussi une ville qui donne à tous (associations, petites et grandes entreprises, acteurs publics, individus) la possibilité d’imaginer et d’innover dans des conditions claires, simples, transparentes et qui encouragent les partenariats. C’est enfin une ville ouverte aux détournements, à l’intervention active ou fortuite des utilisateurs eux-même.

Conditions de succès
Des ateliers menés par le programme Villes 2.0 ressortent trois conditions de succès pour le développement de cette ville comme plate-forme d’innovation ouverte :

  • Le partage et l’ouverture des données. Ils sont la condition indispensable pour stimuler et nourrir l’innovation la plus large. Il faut pouvoir accéder aux données des systèmes d’informations géographiques territoriaux, aux horaires des transports publics, des équipements publics, des évènements culturels et sportifs, aux données budgétaires et financières, aux études commandées par les acteurs publics, aux données temps réel sur la disponibilité des places de parking, l’arrivée du prochain bus ou métro… Mais le partage de ces données, publiques, mais également privées, se heurte à des obstacles culturels, réglementaires, politiques et économiques. Pour progresser, il va falloir fournir des éléments permettant aux acteurs de mieux apprécier l’intérêt et les modalités d’une plus grande ouverture des données. Certes, l’abondance des données disponibles en ligne, ainsi que des exemples tels que le succès de Google Maps face à ses concurrents plus fermés, montrent les risques qu’une rétention excessive fait courir aux acteurs (et aux villes). Mais cela ne suffit pas. Il faut également définir des conditions d’accès et d’exploitation des données, des règles en matière de réciprocité ou, de propriété. Il faut aussi tenir compte du fait que, l’information devenant un actif stratégique, la partager peut modifier la position d’un acteur sur son marché.
  • La mise à disposition d’infrastructures de services mutualisées. Beaucoup de services urbains fonctionnent aujourd’hui en « silos » alors qu’on aurait tout intérêt à mieux associer les transports au commerce, à mieux exploiter des espaces d’accueil en adaptant les services qu’ils rendent au moment de la journée ou de la semaine, à agencer différents services publics et privés pour répondre à des besoins complexes, etc. L’information est au coeur de ce décloisonnement. Pour faire le lien entre les services, les contenus et les utilisateurs , de nouvelles infrastructures doivent être créées. Certaines sont classiques et « dures » (réseaux, noeuds d’interconnexion, serveurs, lieux d’accès), d’autres sont « molles » : des bases de données communes, des fonds de carte, des données de géo-localisation, des dispositifs d’identification, des annuaires, des vocabulaires…
  • L’implication des usagers. Il s’agit de mieux intégrer les citoyens dans la conception même de nouveaux services, afin qu’ils participent dans l’avenir à leur production et leur évolution, qu’ils imaginent des moyens de les améliorer, qu’ils les agencent eux-même plus intelligemment autour de leurs propres besoins.

Pour permettre à tous de mieux s’emparer de ce défi du programme villes 2.0, son équipe se fixe deux objectifs concrets consistant à produire un cahier des charges de la ville comme plate-forme d’innovation ouverte et à identifier des projets concrets (opérationnels ou collectifs) pouvant répondre à ces caractéristiques, pour les aider à se faire connaître et à se réaliser.

Vous êtes les bienvenus !

Thierry Marcou, Fabien Eychenne, Daniel Kaplan

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2 commentaires

  1. Mais comment faire intervenir dans ce processus des usagers potentiels non concernés a priori, je veux dire par là des étrangers qui arriveraient là de manière relativement accidentelle et se sentiraient néanmoins concernés?

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