Le GPS comme système d’interaction avec le monde

Un groupe de recherche de l’université de Cornell a étudié l’impact du GPS sur notre perception du monde rapporte Luca Chittaro en interviewant Gilly Leshed, du groupe interaction hommes-ordinateurs de l’université de Cornell lors de la conférence sur les interfaces hommes-machines qui s’est tenue récemment à Florence. « La technologie GPS apporte un représentation abstraite de notre environnement physique, très différente de la représentation de ceux qui circulent et conduisent sans GPS », explique la chercheuse. « Nous avons constaté souvent que les gens ne recherchent plus les marques des espaces qu’ils traversent : plutôt que de regarder les signes de la rue pour s’orienter, ils se basent sur le GPS pour obtenir la direction et parvenir à destination ».

Selon Gilly Leshed, quand les gens conduisent avec un système GPS, il n’ont plus besoin de s’orienter dans les endroits qu’ils traversent, ils n’ont plus besoin d’apprendre à naviguer ou à demander à des passants comment se rendre à tel endroit.

Les systèmes GPS ne sont pas seulement de simples outils de navigations, explique encore la chercheuse : « Ils changent la façon dont nous percevons notre environnement ». Et cela leur confère une responsabilité particulière. « Leurs concepteurs ont le pouvoir de promouvoir des expériences plus impliquantes. Le GPS du futur doit pouvoir prendre en compte les marques du territoire plutôt que les distances : plutôt que de nous dire, « tournez à gauche à 100 mètres », il doit savoir dire « tournez à gauche après le pont ». Avec une conception de ce type, nous permettrons aux gens de faire plus attention aux objets physiques de leur environnement », alors que les systèmes actuels ont plutôt tendance à les en couper.

De même, les systèmes GPS doivent être capables de s’adapter à l’expérience du conducteur : s’adapter à un lieu connu ou inconnu, à ses habitudes de conduite (préférer les routes secondaires,…). Les systèmes GPS sont conçus pour une interaction directe avec le conducteur, il faudrait aussi qu’ils parviennent à mieux communiquer avec celui qui occupe la place à côté du conducteur, qui a d’ailleurs toujours été la place du navigateur.

Pour Ing-Marie Jonsson de l’université de Linköping, qui travaille en collaboration avec Toyota à concevoir des voitures qui parlent à leurs conducteurs, « l’avenir des systèmes d’information dans le véhicule induit des accès personnalisés à la conduite et aux sources d’information de confort comme le temps, le trafic, mais aussi les activités de proximité, le divertissement, la musique ou la vidéo. Grâce au GPS, des fonctions sociales permettront aux gens de se rencontrer selon leurs centres d’intérêt et selon leur localisation.

Ing-Marie Jonsson travaille à partir d’un simulateur de conduite, rapporte-t-elle à Luca Chittaro . Ses expériences l’ont conduite à mesurer des différences de performance des systèmes vocaux dans l’habitacle selon le sexe ou l’âge du conducteur. Par exemple, apporter une information inexacte peut avoir des impacts très négatifs sur la conduite des conducteurs masculins, alors que les femmes ne semblent pas affectées par les erreurs du système de navigation. Les conducteurs ont tendance à plus faire confiance à une voix du même sexe qu’eux. En revanche, quel que soit leur âge, les conducteurs préfèrent les voix jeunes, alors que dans le travail, les employés âgés répondent beaucoup mieux à des voix âgées. « Nous avons aussi noté qu’un système trop attractif ou intéressant pouvait avoir des conséquences désastreuses. » Mais il est difficile de concevoir un système sachant aider sans être intrusif, un système agréable et engageant sans distraire le conducteur.

A compléter par les propos de Brian Lathrop, chercheur au Volkswagen Electronic Research Lab, et ceux de David Krum, responsable de projets chez Bosch, qui animaient la session sur l’interaction dans l’automobile. Ils prolongeaient notamment ces questions en pointant vers une étude du laboratoire de R&D du NHTSA qui montre que l’inattention est souvent la source première des accidents. Ce qui les incitait, l’un comme l’autre, à penser que l’avenir serait aux systèmes qui mesurent notre attention et nous permettent de la conserver.

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