Vers un génome à 100 dollars

Voir son génome décodé pour une somme aussi modique que 62 euros pourrait devenir bientôt réalité, nous explique la Technology Review. S’il existe aujourd’hui des entreprises comme 23andMe qui proposent au grand public le séquençage de l’ADN pour des sommes déjà très basses (aux alentours de 600 euros), elles ne proposent en réalité qu’un extrait du code ADN complet. Un vrai séquençage coute beaucoup, beaucoup plus cher, et pourtant les prix baissent.

Applied Biosystems à réussi à faire tomber les couts à environ 60 000 dollars, tandis qu’il y a quelques mois à peine, le séquençage du génome de James Watson, co-découvreur de l’ADN, avait tout de même nécessité l’investissement d’un million de dollars.

Aujourd’hui, donc, les sociétés Complete Genomics et Bioanomatrix se sont associées pour faire chuter les prix et espèrent proposer un génome à 100 dollars ! A la clé, une nouvelle approche du problème. Jusqu’ici, le séquençage s’exécutait une « base » après l’autre (les bases sont les molécules constitutives du code de la « double hélice » : il en existe quatre – l’adénine, la cytosine, la guanine et la tyrosine – désignées par les lettres A, C, G, T). La nouvelle technique permettra de repérer d’emblée des groupes de cinq bases.

Une autre technique, développée par BioNanomatrix, accélèrera encore le processus en insérant des molécules d’ADN dans des « tuyaux » d’épaisseur nanométrique. Cela permettra d' »aplatir » l’ADN (qui prend normalement une forme de spirale, en trois dimensions), et facilitera grandement l’analyse.

Selon George Church, professeur de génétique à Harvard, qui a lancé le projet « génome personnel« , il faudra au moins cinq ans encore avant qu’un séquençage de ce type soit opérationnel à bas prix. Si cela arrive, cela risque de donner chair aux espoirs les plus utopiques comme aux inquiétudes les plus glaçantes. Avancées dans la connaissance de soi, création de réseaux sociaux d’entraide entre les malades ou entre les possesseurs d’un gène spécifique ? Ou au contraire accroissement du contrôle exercé par l’Etat et les entreprises (y compris, à ce prix, les plus petites) sur les employés, les clients ou les citoyens ?

Mais il ne faut pas oublier que séquencer n’est pas déchiffrer. Posséder le génome d’une personne ne signifie pas qu’on comprend sa signification, encore moins qu’on est capable de tracer les très complexes processus d’activation et d’inhibition des gènes mis en branle dans l’ADN. Autrement dit, on dispose d’une carte qu’on ne sait pas interpréter, par exemple pour déterminer des caractères, ou encore la prédisposition aux problèmes de santé les plus complexes, comme les risques d’accidents cardiaques. Ca, c’est une autre paire de manches, et rien ne dit que les ressources computationnelles nécessaires pour résoudre de telles tâches ne s’avèreront pas tout à fait énormes et donc, couteuses… Sans compter que rien ne garantit qu’il soit si intéressant de posséder un génome complet. Les pistes des 23andMe semblent, pour un moment, avoir donc une belle longueur d’avance.

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4 commentaires

  1. Je partage l’avis de l’auteur de l’article : il est étonnant, presque inquiétant, de voir des entreprises proposer un service qui n’a aucune utilité en soi à aujourd’hui…
    C’est à l’image des types qui se font cryogéniser alors que des chercheurs à l’heure actuelle expliquent qu’il serait possible à l’avenir de ressusciter un cadavre…

  2. En tant qu’ancien biologiste, j’ai trouvé cet article extrêmement intéressant. C’est impressionnant de voir à quelle vitesse les techniques de séquençage du génome évolue rapidement. Cependant connaissant le prix des réactifs et des machines il est difficile d’imaginer que de séquencer un génome humain coûtera uniquement 100 dollars quand séquencer un gène coûte encore 20 euros au bas mot.

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