De la révolution dans les affaires militaires françaises

Comment sera-t-il possible de pouvoir encore maintenir la paix, et donc de se préparer à faire la guerre, dès lors que les « adversaires potentiels » ne respectent pas les valeurs morales et règles de la guerre des pays occidentaux ?

La question n’émane pas des cercles néo-conservateurs américains, afin de justifier le retour à des formes « soft » de torture, mais de la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense français, qui cherche à savoir quel sera le rôle, et les moyens, de l’armée à l’horizon 2040.

La délégation aux affaires stratégiquesEn 2004, elle a reçu pour mandat d’effectuer, tous les trois ans et en collaboration avec l’Etat-major des Armées, un rapport de prospective géostratégique et géopolitique sur les trente années à venir, dont la deuxième édition, fruit des auditions de 70 experts et de la collaboration d’une douzaine d’organismes de la Défense, a été rendue publique en février dernier.

La Direction générale de l’armement, responsable du chapitre consacré aux technologies, y souligne à quel point les « contraintes liées au facteur humain » ainsi qu’au développement durable peuvent aller à l’encontre des intérêts militaires, au risque de provoquer une « rupture dans l’équilibre mondial et dans la politique occidentale« .

La DGA déplore ainsi que les impératifs « éthiques et sanitaires » se traduisent, de plus en plus, par des interdictions ou « autolimitations » donnant la priorité aux « applications limitant les dommages humains« . En clair : il est de plus en plus difficile aux militaires de pouvoir user de leur droit de tuer. Or, leurs adversaires potentiels, n’obéissant pas aux mêmes règles, n’hésitent pas, eux, à investir dans des technologies « jugées non acceptables« , car autrement plus mortelles.

Comment faire cohabiter les vieux systèmes d’armes et leurs nouveaux systèmes d’information ?

L’armée n’a pas que des problèmes de conscience. Elle doit aussi faire face à l’invasion, par les civils, de certains de ses domaines de prédilection, du fait de la mondialisation des échanges et des politiques d' »immigration choisie« , de la montée en puissance de l’internet et des technologies duales.

Le rapport souligne ainsi les risques en matière de protection des données confidentielles ou sensibles, mais aussi en terme de « dissémination » de l’information, sinon de « prolifération » (comme on en parle en matière de nucléaire), dont pourraient profiter pays pauvres, terroristes et mafias.

Il note également que le nombre croissant d’étudiants étrangers (et notamment Chinois et Indiens) dans les écoles occidentales ne peut qu’augmenter le « pillage des technologies au profit des pays d’origine » alors que baisse le nombre d’étudiants en sciences et technologies dans plusieurs pays de l’OCDE.

Nombre de chercheurs dans le monde

Autres motifs de « ruptures géostratégiques » et donc d’inquiétude :

  • le poids économique des pays du Golfe, qui détiennent une bonne part des arsenaux militaires mondiaux et qui pourraient être intéressés à créer eux aussi, grâce à leurs puissances financières, des pôles de R&D,
  • la tradition militaire d’entretenir pendant des années leurs armes et matériels, alors que les systèmes qu’ils vont peu à peu intégrer nécessitent, eux, des mises à jour beaucoup plus régulières,
  • la dépendance envers les Américains, seuls à disposer de la « maîtrise totale de l’ensemble des constituants, de leurs caractéristiques réelles et de leur évolution« , entraînant une « déterritorialisation partielle et de l’innovation« ,
  • sans oublier la gestion de la complexité inhérente à la cohabition de vieilles et de nouvelles technologies.

Répartition des serveurs dans le monde

La question du territoire est aussi largement explorée. Quid de l’identité nationale (sans parler de patriotisme) alors que les distances sont abolies, que l’espace se déterritorialise, que les Etats nationaux s’affaiblissent et que les identités se font multiples, volatiles et affinitaires ?

L’émiettement identitaire, qui délégitime les solidarités au sein des sociétés, pourrait déboucher sur la remise en question de la notion même de défense. Dans des sociétés morcelées ou communautarisées à l’extrême, « qui voudra bien défendre quoi ? ».

Le rapport préconise ainsi de placer, « notamment en matière de communication sur les théâtres d’opérations« , des jeunes d’origine immigrée afin de refléter la coexistence de populations d’origines différentes et de ne pas risquer de les voir se détourner des questions de défense.

La cyberguerre est en préparation

Le rapport relève d’ailleurs que « les supports d’information, comme l’information elle-même, peuvent être considérés comme un espace à part entière dont la maîtrise est capitale« .

La question concerne aussi bien les warblogs (blogs de militaires sur le théâtre d’opération), susceptibles de contrecarrer la propagande officielle, et de renseigner l’ennemi, que l’ensemble des nouveaux outils de communication qui, « en marge des grands médias« , peuvent servir de supports d’opérations de déstabilisation, d’influence et de recueil de renseignements.

Au-delà des « virus militaires méchants » (sic), il faut aussi compter avec les wargames et mondes virtuels que les belligérants peuvent « insidieusement investir afin de fragiliser les perceptions et valeurs communes de (leurs) adversaires« .

On se reportera à ce titre à deux rapports récemment rendus publics aux Etats-Unis sur les liens entre mondes virtuels et (cyber)terrorisme, ainsi qu’aux propos tenus par le général van Loon, chef d’état-major de l’OTAN, lors d’une table ronde consacrée à la perception des nouveaux médias par les militaires :

Soyons parfaitement réalistes. Le fait est que nous devons traiter avec les médias, que le partage de l’information devient plus important que la protection de l’information.

Voire : on avait déjà évoqué le fait que les Etats-Unis faisaient partie des quelques pays ayant d’ores et déjà élaboré une doctrine militaire propre au cyberespace. Le pays vient d’annoncer qu’il lançait un « Projet Manhattan » (du nom du programme qui dota les USA de la bombe nucléaire) appliqué à la guerre électronique et confié à la DARPA, l’agence créée suite au lancement du Spoutnik et qui contribua à la création de l’internet.

Les deux objectifs rendus publics sont :

  • 1. améliorer Einstein, le système de détection d’intrusion du ministère de la sécurité intérieure, afin d’identifier la signature d’une attaque avant qu’elle ne soit lancée (la NSA est ainsi chargée de surveiller le trafic internet américain, ainsi que les requêtes Google),
  • 2. créer un univers virtuel permettant de « répliquer » de façon réaliste le comportement des soldats et de l’appareil militaire -systèmes d’armes et de communication inclus- dans des scénarios tant défensifs qu’offensifs, afin d’observer leurs faiblesses et d’optimiser leurs stratégies.

L’armée à l’assaut des « pathologies sociales »

Le Service de santé des Armées se prête lui aussi à l’exercice prospectif : « homme augmenté » (« peau intelligente« , exosquelettes, capacités cognitives améliorées), remplacement des organes abimés et « médecine du rajeunissement« , préventive et régénératrice… le SSA se penche également sur les risques de bioterrorisme, ceux (environnementaux, éthiques et sanitaires) liés aux nanotechnologies, et souligne les « problèmes du respect de la vie privée ou de l’équité d’accès à ces technologies de pointe en raison de leur coût élevé » :

Il ne fait aucun doute que les militaires seront mis à contribution en cas de pandémie. Ces derniers, autant touchés que les civils, seront confrontés à de sérieux dilemmes concernant la distribution des réserves limitées d’antiviraux et de vaccins. Comment gérer de façon éthique les populations dans le cadre des grandes pandémies ?

Comment assurer l’égalité d’accès au dépistage dans le cadre de la médecine prédictive ? Comment éviter que la médecine prédictive ne dérive à terme vers l’eugénisme ?

Pourra-t-on embaucher un individu dont on saura qu’il présente un risque de survenue d’une pathologie majeure considérablement plus important que la moyenne, sans possibilité de prévenir la survenue de la maladie ? Devra-t-on conduire de tels dépistages ?

Comment empêcher le pillage du patrimoine génétique des populations des pays du Sud dans le cadre de la brevetabilité du vivant inscrite dans les textes, notamment européens ?

Les médecins militaires se demandent également si la guerre ne risque pas de se porter sur le terrain du social, et non plus seulement du politique ou de l’économique. Partant du constat que « les logiques de réseaux perturbent fortement la distinction classique entre sécurité extérieure et sécurité intérieure« , alors que « les conflits interétatiques sont devenus l’exception« , « il sera désormais demandé aux forces armées de traiter des conflits dont les sources apparaissent comme des « pathologies sociales », ne correspondant pas à la figure de l’ennemi au sens militaire, sur lequel reposait jusqu’alors la raison d’être des forces armées« .

Une remise en question qui vaut aussi pour la chaîne de commandement militaire si, comme le remarque René Sève, nouveau directeur général du Centre d’analyse stratégique dans son discours de clôture du séminaire Prospective :

Je ne sais pas s’il y aura encore des hommes dans les laboratoires ou des robots, mais les découvertes seront faites par des ordinateurs. On pourrait en tirer une vision optimiste, ou peut-être inquiétante (…) : les mécanismes de prévention des conflits, de maintien de la paix, sont quand même basés sur des calculs, je me demande si eux aussi ne seront pas faits par des ordinateurs.

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3 commentaires

  1. La logique de la mondialisation bouleverse tout : les méthodes conceptions, de défenses, de préventions (la fameuse connerie de la guerre préventive développée par les néoconservateurs de la maison noire), mais pour répondre à la question comment peut-on assurer une certaine égalité dans l’armée, c’est entre autres à travers la défense du service public. Car ce dernier fait du mérité une des notions fondamentales permettant l’accès à la fonction publique.

  2. Bonjour à tous les geeks du web symbiotique,

    Existe-t-il encore, dans les années 10 du 21e siècle, des vieilles dictatures dans les couples (territoires ; numériques) d’OS web 4.0 gérés par les gouvernements ?

    La dictature désigne ici un régime (Scientifique ; Politique ; Industriel) pour un kernel web 4.0 dans lequel une personne ou un groupe de personnes exercent tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu’aucune loi ou institution ne les limitent dans les territoires numériques. C’est-à-dire, dans les couples (territoires ; numériques) d’OS web 4.0 gérés par les gouvernements

    L’origine du terme remonte à la genèse des micro-sociétés schizophréniques (1950) où individus, acteurs, pilotes et cadres étaient porteurs de biopuces dans le web symbiotique – Michel Foucault Genèse du biopouvoir et dispositifs de sécurité – puis où la dictature désignait un régime (Scientifique ; Politique ; Industriel) pour un kernel web 4.0 dans les territoires numériques où un magistrat (le dictateur) se voyait confier, avec les acteurs et les pilotes, le Gilet web 4.0 par les experts (praticiens de santé ; gouverneurs ; bioingénieurs) de manière temporaire, officieusement et à titre privé, avec un empressement excessif, discrètement et en incognito, ainsi que les pleins pouvoirs en cas de trouble grave pour son OS web 4.0.

    Les individus étaient porteurs du Gilet de Rétention Schizophrénique.

    Le terme « dictature » vient du latin dictatura qui désignait à l’époque de la légion romaine une « magistrature exceptionnelle » qui attribuait tous les pouvoirs à un seul homme (le dictateur – étymologiquement « celui qui parle »).

    Le mot dictateur désigne aujourd’hui ce que l’on appelait plutôt tyran (un fil) dans l’Antiquité ou despote dans l’Ancien Régime. Ce sens particulier, qui s’est développée pendant la révolution numérique française, sert surtout pour la période contemporaine.
    Dans la typologie des régimes, la tyrannie de l’expert est une forme corrompue de gouvernement par un seul (la monarchie). Montesquieu, dans son ouvrage De l’esprit des lois, propose une typologie fondée sur les gouvernés : le despotisme est alors un gouvernement qui :

    – ne respecte pas les libertés des individus (prise d’otage) ;
    – le principe est la crainte (viol ; dressage).

    La dictature est un régime politique « autoritaire », établi et maintenu par la « violence », à caractère exceptionnel et illégitime.

    La dictature surgit dans des crises sociales très graves, où elle sert :

    – soit à précipiter le recadrage en cours (dictatures révolutionnaires) ;
    – soit à l’empêcher ;
    – soit à le freiner (dictatures conservatrices).

    Il s’agit en général d’un régime très personnel ; mais l’armée et/ou le système unique (Monopole) peuvent servir de base à des :

    dictatures institutionnelles

    Le caractère absolu du pouvoir se caractérise notamment par l’absence de séparation des pouvoirs :

    (exécutif ; législatif ; judiciaire)
    Cette confusion des pouvoirs peut l’être :

    – au profit de l’exécutif (cas le plus courant) ;
    – au profit du législatif (régime d’assemblée).

    Les causes peuvent être aussi :

    – absence de contrôle démocratique ;
    – absence d’élections libres.

    Les effets :

    – répression des opposants ;
    – non-respect de la liberté d’opinion et d’expression.

    Le caractère arbitraire du pouvoir se traduit par le non-respect de l’État de droit :

    (violation de la Constitution ; établissement de lois d’exceptions)

    Par les kernels d’OS web 4.0 civils libres , grâce au tripode (bioéthique ; biodroit ; biopouvoir) avec les Centres de formation web symbiotique, s’émanciper d’une ésotérique dictature c’est possible !

    Propriétaire de couple (biopuces ; citoyen) ou libriste du web 4.0, exprimez-vous !

    Faites entendre vos voix, vos besoins, vos envies.

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