Quand les programmes rationalisent nos existences

Gary Wolf, pour Wired, dresse un long et étonnant portrait de Piotr Wioznak, l’inventeur de SuperMemo, un programme d’apprentissage qui se base sur la répétition programmée pour optimiser la mémorisation. SuperMemo permet d’adapter l’information que l’on souhaite apprendre aux rythmes où notre mémoire stocke ce qu’elle reçoit.

Au-delà du portrait, de la plongée dans l’histoire de la psychologie cognitive et des tentatives de la recherche pour comprendre comment nous mémorisons ce que nous apprenons, l’article pose des questions essentielles. Plutôt que d’être les substituts de notre mémoire, les ordinateurs peuvent-ils calculer pour nous quand nous devons nous réveiller, dormir ou apprendre et nous donner des règles de vie pour optimiser notre rapport à l’existence ? Peuvent-ils nous aider à nous souvenir de ce que nous lisons, nous aider à nous remémorer les buts que nous poursuivons ? Sont-ils capables de rationaliser notre contrôle de nous même, de nous imposer des rythmes pour améliorer notre apprentissage ? Peuvent-ils nous aider à augmenter notre capacité à nous souvenir ?

Le Graphe de Wozniak : les courbes de remémorisation pour une mémorisation optimale

Légende : Comment on se souvient et comment on oublie : la courbe de la remémorisation de Piotr Wioznak qui évoque notre pourcentage de chance de nous souvenir d’une information dans le temps.

Oui, répond Wozniak, enferré dans une démarche extrêmement rationnelle, qui fait de sa vie un sacerdoce d’ingénieur dédié à son objet. Pas sûr que son exemple soit reconductible, tant la rationalité organisationnelle est ici poussée à l’extrême – le personnage n’hésitant pas à interrompre toute activité pour, quelque soit le jour ou l’heure, respecter les contraintes de son système et se mettre à ses exercices de mémorisation. On a plutôt l’habitude de considérer l’informatique comme un moyen pour externaliser notre mémoire, plutôt qu’un moyen pour l’améliorer. L’occasion en tout cas de se dire qu’on n’explore peut-être pas assez cette informatique-là. Celle qui souhaite nous assister dans notre vie quotidienne, nous aider à être « mieux humain », plutôt que « plus humain ». A moins qu’en cherchant à nous transformer, à nous façonner, elle n’arrive qu’à nous rendre moins humains, moins attentifs aux autres, au monde…

Il faudrait certainement dérouler la liste des logiciels d’apprentissages comme SuperMemo (ou Mnemosyne, son alternative open source), ces véritables coachs informatisés qui souhaitent nous apprendre à mieux gérer notre existence, qui demandent à nos pratiques de nous conformer à des méthodes sensées nous « améliorer ». Des outils qui souhaitent accompagner nos pratiques pour qu’elles s’adaptent à des réalités pour lesquelles nous ne sommes peut-être pas toujours « adaptés », justement, ou dont nous n’avons pas toujours conscience. Reste à savoir si l’homme est améliorable comme un logiciel ?

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4 commentaires

  1. Je suis assez d’accord avec vos critiques. Pour ma part, ce type d’approche a tendance à me glacer. Mais ce n’est pas parce que l’on a des « aversions », qu’il ne faut pas regarder d’autres approches qui questionnent aussi nos comportements… Non ?

  2. Oui… prenant part à la programmation d’un organizer (org-mode sous Emacs), je ne peux pas non plus trop dire que je suis allergique à ces approches d’optimisation!

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