Réputation en ligne : ce qui est vraiment important (et ce qui l’est moins)

Les fantasmes sont légions à propos de la réputation en ligne : « Si je n’apparais pas en ligne, je n’existe pas » ; « Si mon futur boss trouve des photos de moi bourré, adieu le job ! », entend-on à tout va.

Dans un excellent papier organisé en deux volets publié cet été, Technology News tord le cou à quelques idées reçues. Le premier article, « Comment les dégats sont-ils causés ? », regarde quelles sont les pratiques des recruteurs qui Googlent le nom des candidats à l’embauche. A priori, rassure le journaliste, le but des recruteurs n’est pas de « chercher à tout prix la petite bête » comme l’explique le témoignage d’un entrepreneur texan des TIC qui pêche en ligne les informations disponibles sur ses candidats. Pour lui, la disponibilité d’information sur le net montre qu’ils ont des passions, ce qui est un avantage indéniable par rapport à des CV qui ressemblent souvent à une publicité. « Il y a sans doute des choses à cacher mais se cacher n’est pas la solution », conclut-il. L’étude de CareerBuilder, évoquée par L’Atelier, qui souligne l’attention que les recruteurs portent aux sites sociaux, va dans le même sens.

Dans la seconde partie de l’article, intitulé « Réparer les dommages », il s’agit de regarder les solutions qui s’offrent aux individus désireux de faire disparaître ou de cacher les contenus compromettants que ramènent sur eux un moteur de recherche. L’article énumère plusieurs services comme Reputation Advisor pour réparer sa réputation ou Naymz qui propose non pas de supprimer des contenus préjudiciables, mais plutôt de les enfouir sous la création de contenus positifs qui ressortiront dans les premières pages des moteurs de recherche. En tout cas, inutile d’envoyer une lettre officielle pour demander le retrait d’un contenu préjudiciable, vous risquez surtout de voir son contenu scanné et mis en ligne, ce qui risque de rendre le problème encore plus aigu.

Cela montre que dans la pratique, le droit de rectification ou le droit à l’oubli sont plutôt considérés comme impraticables et que les spécialistes préfèrent utiliser des méthode de type obfuscation, en noyant un contenu (préjudiciable) sous une masse de contenus qui le sont moins.

On peut néanmoins se poser la question de ce que sera à terme un web constitué uniquement de contenus auto-promotionnels sur les individus…

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6 commentaires

  1. tord le coup => tord le cou (comme pour les volailles)

    Plus globalement, je pense qu’il ne faut placer en ligne sous son nom que des informations sur soi que l’on assume quelque soit son interlocuteur. Un peu de responsabilité plutôt que des astuces technologiques.

    Intéressant de voir qu’en effet le net bien qu’il n’ait pas toujours de mémoire n’oublie pas certaines choses, et que les enfouir revient presque au même que de les détruire.

  2. Je suis d’accord avec le contenu de l’article mais pas avec son introduction : « Les fantasmes sont légions à propos de la réputation en ligne : “Si je n’apparais pas en ligne, je n’existe pas” ; “Si mon futur boss trouve des photos de moi bourré, adieu le job !”, entend-on à tout va. »

    Un petit jeu ! Si ces citations correspondent à des fantasmes ou à des idées reçues alors on peut reprendre ses citations et les reformuler de cette façon :

    1. « Si je n’apparais pas en ligne, j’existe plus que si j’apparais en ligne”

    Je ne vois pas très bien comment on peut être plus visible quand on est invisible sur Internet. Par contre, je peux comprendre ceux qui veulent rester discret pour des raisons professionnelles, personnelles ou du fait de leur personnalité. Il ne s’agit pas d’exister ou d’être mort, mais d’être plus ou moins visible ou invisible 😉
    Par ailleurs, il y a une citation dans le corps du texte que je n’ai pas choisie et qui va dans le sens de la visibilité plus que de l’invisibilité : “Il y a sans doute des choses à cacher mais se cacher n’est pas la solution”

    2. “Si mon futur boss trouve des photos de moi bourré, il va sûrement me donner le job !”

    Sûr qu’un recruteur n’a pas le temps de chercher la petite bête mais s’il tombe sur cette photo embarrassante par hasard ou par la magie du google rank, est-ce que ça va le laisser indifférent ? Je pense que le principe de précaution est utile dans le domaine de la réputation numérique.

    Le web est le reflet numérique de notre société… normal qu’on y retrouve aussi des contenus auto-promotionnels 😉

  3. Intéressant !
    Mais j »avoue ne pas trop saisir la correspondance entre ces 2 phrases : “Si je n’apparais pas en ligne, je n’existe pas” et “Si je n’apparais pas en ligne, j’existe plus que si j’apparais en ligne”.

    Dans le premier cas, c’est directement en référence au fait que quelques 75% des employeurs googlent leur candidat, et donc qu’apparaître en ligne revient, quantitativement, à apparaître sur la première page de la recherche Google sur le nom de la personne. Cela revient à se dire : il faut que j’apparaisse à tout prix !
    Dans la 2e formulation, c’est autre chose me semble t-il, plus qualitatif : pourquoi somme toute devrais-je apparaître en ligne ? C’est déjà se poser la question, et cela change tout. Est-ce de la pression sociale de mon entourage ? Ou est-ce que j’ai une stratégie ? Est-ce que je m’éditorialise ? Est-ce que je laisse Ziki ou autre se charger de tout ?

    La vraie question qui en découle c’est : entre avoir mauvaise réputation et ne pas avoir de réputation du tout, qu’est-ce qui vaut mieux ? Ce n’est pas tranché…

    Sur le 2e exemple, oui, c’est gros et interroge les extrêmes alors qu’on est très souvent dans l’entre-deux. L’idée c’était plutôt de souligner qu’une photo de soi bourrée en ligne, on considère par défaut que c’est une mauvaise chose, alors que la réalité des représentations et interprétations est un peu plus complexe.

  4. Il y a dans cette approche qui consiste à opposer ce qui valorise l’individu vs ce qui le dévalorise de nombreux sous-entendus moraux et des systèmes de valeurs implicites qui devraient être questionnés et explicités en préalable pour pouvoir avancer dans la réflexion. Ces systèmes de valeurs dépendent au moins pour partie des contextes d’expression et des codes propres à ces contextes. Ce qui peut être vu comme valorisant dans un contexte ne le sera pas nécessairement dans un autre et inversement. Par exemple, on n’attend pas les mêmes comportements ni la même expression de la part d’un chanteur de rock ou d’un expert comptable, ce qui n’empêche pas un individu de mener ces 2 activités. Il faudrait donc me semble-t-il avoir une vue plus globalisante et systémique du problème, en regard des représentations que nous avons des notions d’identité et de liberté. La balle n’est tant le camp de celui ou celle qui cherche à maitriser son image, que dans le camp de celui ou celle qui la regarde.

  5. Je suis d’accord avec ce que vous avancez. Mais je crois qu’avant d’en arriver là, il y a un réel manque de prise de conscience de la part des gens. Essayez de chercher le terme « Hate My Job » sur Twitter et les profils publics de Facebook, et vous en aurez déjà un aperçu. Un article (http://vie-etudiante.marketing-etudiant.fr/personal-branding-gestion-identite-numerique) que je viens de lire le montre très bien.

    Pourtant, cela peut devenir un atout extrêmement intéressant si on sait bien le manier.
    Est-ce qu’il existe des outils pour faciliter la tache ?

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