Stefan Agamanolis : Pour des technologies lentes

A l’occasion de la 3e édition de la conférence hollandaise Picnic, Stefan Agamanolis, directeur du Distance Lab est venu porter un autre regard sur les nouvelles technologies. Décalé, donc forcément intéressant.

Stefan Agamanolis, ancien directeur du Groupe sur la connectivité humaine du défunt Media Lab Europe, est aujourd’hui directeur du Distance Lab, un laboratoire de recherche sur la distance dont l’objectif est d’interroger les limites des relations distantes à l’heure des outils de communication et de connexion permanente, que ce soit dans le domaine de l’apprentissage, de la santé, des relations, de la culture…

En réaction au Fast Food – disponible partout à tout moment, global, efficace, tolérable, générique, robotique, solitaire, moderne, rapide… -, est apparu le mouvement Slow Food, qui prône d’autres valeurs pour l’alimentation comme le plaisir, la qualité, le local, des produits sains, l’importance de prendre le temps de manger, une ambiance, une personnalisation, l’intimité, l’humanité, la communauté, la tradition… C’est de ce mouvement, appliqué aux technologies de l’information, que s’inspire Stefan Agamanolis. Le téléphone mobile est un peu comme le Fast Food, utile pour tout type de communication, mais peut-être trop formaté pour donner de la profondeur à toutes, explique-t-il. Que pourraient être des communications « lentes » ? C’est-à-dire non pas forcément des communications non rapides, mais des communications qui mettraient au coeur de leurs fonctionnements d’autres valeurs que la rapidité, l’efficacité qui fondent aujourd’hui nos technologies ?

Stefan Agamanolis sur scène à Picnic08 par Michell Zappa
Crédit photo : cc. Stefan Agamanolis par Michell Zappa

Stefan Agamanolis évoque dans sa présentation plusieurs projets sur lesquels travaille son laboratoire, comme le concept d’IsoPhone des artistes James Auger et Jimmy Loizeau, qui propose une communication sans distraction aucune. Les personnes qui s’appellent sont plongées dans des piscines et portent des casques qui leur permettent de communiquer tout en flottant. Une immersion qui concentre l’écoute en créant une atmosphère particulière qui peut certes paraître folle, mais qui offre une réelle pause dans la façon dont nous communiquons. Stefan Agamanolis évoque également un autre projet étonnant – Mutsugoto, imaginé par Tomoko Hayashi (vidéo) : un espace de communications intimes, dont l’interface est une chambre, et qui permet à un couple de rester connecté à distance, en échangeant des pensées et des caresses via des interfaces lumineuses.

Le Mutsugoto en pleine utilisation

Pour Agamanolis, nos objets pourraient aussi s’inspirer de la tradition, en réaction à la course à la modernité et au côté sportwear de nos outils technologiques, comme l’explore le projet Solar Vintage : une collection de broderies, de broches, d’ombrelles et d’éventails communicants. Les communications « lentes » pourraient aussi nous aider à conserver la forme, comme le fait très bien le sport à l’image de la façon dont l’exploite le projet Remote Impact – qui permet de cogner et taper à distance – ou Jogging over the distance – qui permet de partager un moment de jogging avec un ami à distance (que nous avions déjà évoqué).

Le Distance Labs organise le 13 novembre une journée autour des technologies lentes (Slow Technology) qui doit valoir le déplacement jusqu’en Ecosse. La présentation de Stefan Agamanolis a laissé certaines personnes dubitatives dans l’assistance, il y a pourtant dans cette exploration d’un autre rapport à la technologie, une façon d’entr’apercevoir et de redonner corps à la diversité des rapports que nous avons avec les autres et que la normalisation de nos outils et de nos interfaces nous font trop souvent oublier.

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