La visualisation en question : Vois-tu ce que je sais ?

La visualisation de grands volumes de données était au centre de plusieurs ateliers et présentations de la 3e édition de Picnic. Nous avons raté Ben Cerveny, le gourou de Stamen Design, entreprise dont on recommandera sans réserve le blog. Mais les deux autres intervenants avaient de quoi nous faire réfléchir.

Visualiser pour discuter et agir
José Luis de Vicente dirige le programme « Visualizar » du Medialab Prado de Madrid, un centre de recherche situé à l’intersection des arts et des technologies, dont le thème de travail pour 2008 est « la ville comme base de données ». Il tient également un excellent blog (en espagnol).

Jose Luis de Vicente à Picnic
Crédit Photo : cc. Kandinski

A l’origine, la visualisation est une méthode destinée à aider les spécialistes à traiter autrement de grands volumes de données. Mais elle est aussi devenue un outil de communication, de production sociale, qui fait émerger des questions nouvelles. Comme c’est le cas de l’Atlas de l’espace électromagnétique, un projet qui associe, sur un premier plan, l’allocation officielle de l’espace des fréquences et sur le second, les interventions artistiques ou militantes qui s’insèrent dans différentes zones de fréquence. Le message est celui d’une réappropriation de l’espace hertzien, considéré comme une ressource publique (menacée).

Le projet Mail GardenLa visualisation peut également s’utiliser à des fins toutes personnelles. Les sites sociaux, comme ceux qui socialisent certaines de nos actions – Twitter, Last.fm pour la musique, ou Dopplr pour ses déplacements – « encodent » d’une certaine manière notre relation, nos goûts, notre vie quotidienne, et les rendent analysables par des machines. La visualisation personnelle se propose d’analyser ces informations pour faire retour à la personne et lui proposer de nouvelles interprétations, de nouveaux outils personnels. Mail Garden, imaginé par Kjen Wilkens explore par exemple notre boîte aux lettres pour analyser nos liens avec les autres, décrire l’historique d’une relation avec une personne donnée, etc.

La visualisation sert enfin de support à la discussion publique dans le projet Casas Tristes (« maisons tristes ») dont l’objet est de rendre palpable la bulle immobilière espagnole. La montée des prix de l’immobilier a attiré les investissements tout en repoussant les acheteurs : 3 millions d’habitations resteraient invendues, et autant de personnes vivraient sans logis convenable. Le projet combine plusieurs formes de visualisation : sur Google Maps, chacun peut indiquer l’existence de maisons vides, dire depuis combien de temps elles attendent preneur, etc. Des petits dessins à base de statistiques réelles comparent le rythme de construction en Espagne et ailleurs, mais cherche aussi des explications, en montrant par exemple comment l’augmentation des prix a rendu l’immobilier inaccessible.

Cascade on wheelsCombien de voitures passent-elles sous votre fenêtre chaque jour ? Le jeune designer Steph Thirion a cherché à le savoir et à le représenter à l’échelle d’un quartier de Madrid, dans un projet nommé Cascade on Wheels. Après avoir, comme d’habitude, échoué à obtenir sous une forme exploitable les données très précises sur les flux automobiles dont dispose la ville, Thirion a rentré ces données à la main, pour en proposer deux représentations originales. La première, en 3D, représente le trafic comme une sorte d’excroissance des rues. La seconde en propose une illustration sonore.

Le nuage vertMais pour José Luis de Vicente, l’enjeu suivant est d’utiliser la visualisation pour déclencher l’action. Le Nuage Vert, du collectif HeHe (Helen Evans & Heiko Hansen), récemment montré au Carrefour des Possibles et primé à Ars Electronica, symboliserait cette dernière tendance. Testé en grandeur réelle à Helsinki, le projet consiste à colorier la vapeur émise par une centrale électrique d’un halo vert de plus en plus grand, à mesure que la consommation électrique de la ville diminue. Plus on sauvegarde la planète, plus le nuage vert s’étend.

La visualisation transforme-t-elle la connaissance ?
Le Virtual Knowledge Studio d’Amsterdam organisait pendant Picnic un atelier sur le thème de la visualisation de données (voire le blog de l’évènement). L’objectif était d’apprendre à visualiser des connaissances transdisciplinaires, ou encore des enjeux et des dilemmes.

Pour Paul Wouters, le fondateur du studio, la visualisation est une affaire de compréhension réciproque. Les données ne sont ni le début ni la fin de la théorie (contrairement à ce qu’affirme par exemple Chris Anderson). Elles sont le résultat de la théorie. L’annotation massive de notre environnement change le paysage, mais pas les questions.

Selon lui, deux questions méritent en revanche d’être posées sur le statut des dispositifs de visualisation fondés sur de grands volumes de données. La connaissance visuelle est-elle un attribut personnel ou la base d’une construction commune ? La visualisation est-elle un simple instrument pour analyser des informations, ou acquiert-elle en propre une valeur de connaissance ? Peut-on par exemple visualiser, non les données, mais ce qu’on a appris de l’interaction avec ces données ?

A regarder les vidéos de synthèses des deux jours d’ateliers (première et deuxième journée – auxquels nous n’avons pas pu participer), il n’est pas sûr que les participants aient pleinement répondu aux questions. Elles auront au moins le mérite d’avoir été posées.

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1 commentaire

  1. Est-ce que l’on sait parce que l’on voit ? En voilà une bonne question ?

    ça résonne avec l’expérience que nous avons vécu au sein du réseau Apprendre 2.0 avec Olivier Auber autour de son générateur poïétique…idem pour l’agrégateur poïétique !

    Je dirais que voir c’est connaitre par émergence via le couplage et la résonnance sensorielle !

    Pour que cette connaissance devienne un savoir « transférable et négociable », il y a tout un travail de prise de recul et de mise en sens à mener à la fois sur le plan individuel et collectif : il s’agit d’apprendre à apprendre !

    Pas simple ! Complexe car ce processus d’apprentissage questionne notre rapport à la vérité et à la construction des savoirs ! Nos formatages éducatifs ne nous ont pas préparé à cela !

    Je dirais que c’est tout l’enjeu de l’éducation tout au long de la vie aujourd’hui : apprendre à apprendre…c’est ce que nous avons à accompagner pour chacun développe ces compétence à la fois sur le plan individuel et collectif !

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