Pourquoi sommes-nous “si” impudiques ?

Par Hubert Guillaud le 06/10/08 | 75 commentaires | 9,197 lectures | Impression

Le web 2.0 est-il en train de modifier notre manière de nous présenter en public ? Que montrons-nous de nous sur Facebook, Skyblog, Myspace, Linkedin ou Meetic ? Le succès de ces nouveaux sites relationnels est-il en train d’affecter la manière dont nous exhibons ou nous cachons certains traits de notre identité ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles souhaite répondre cette petite enquête sociologique sous forme de jeu développée par Faber Novel, la Fing et Orange Labs.

Pudeur et Impudeur

Lesquelles de ces photos publieriez-vous sur votre blog ? Lesquelles n’imagineriez-vous pas un instant rendre publics ? Quelles stratégies mettez-vous en oeuvre pour choisir des amis sur les sites sociaux ?

D’ici décembre, les résultats de cette recherche seront rendu publics. En attendant, participez et faites participer.

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Rétroliens

  1. (vu sur le web)> Si le geek est social, le commentaire l’est moins + les identités numériques
  2. (vu sur le web)> Identité(s) 2.0 + les identités numériques
  3. (étapes de la recherche)> Quel protocole de recherche pour l’identité numérique ? + les identités numériques
  4. (vie du site)> 1 trimestre = 1 bilan + les identités numériques
  5. (vu sur le web)> Sociogeek+résultats + les identités numériques
  6. (méthodologie)> Yoan D + Marc L = les dangers de l’analyse + les identités numériques
  7. RU3 :: tentatives d’intelligence collective et de reseaux ouverts » Connaissez-vous votre “Web appeal” ou profil d’utilisateur du Web ?

68 commentaires

  1. @Dominique D’un côté l’art, la subjectivité, le point de vue, la liberté, la virtuosité identitaire, l’effacement dans les hybridations machinales du réseau, etc. De l’autre, la représentativité statistique, l’interdiction qu’il y ait du jeu dans les représentations de soi, un accès transparent au réel (sans déformation, sans dispositif, sans cadrage – ce que, avec Yann, tu appelles des “robots”). Bref, la vraie science.
    Ce n’est absolument pas ce que je dis, ni pense, ni écris.

  2. “Cela se voit dans les identifiants. Identifie-t-on le client, dont on veut suivre le comportement et étudier les besoins, ou bien l’équipement dont l’entreprise se sert pour produire le service ? le marketing dit qu’il faut identifier le client ; la pratique, c’est que l’opérateur télécoms identifie la ligne téléphonique, le banquier identifie le numéro de compte, l’hôpital identifie le lit. ”
    http://www.volle.com/travaux/sociologie.htm

  3. par dominique cardon

    @yann, oui j’ai bien vu que tu ne disais pas cela. Je répondais plus à un argument répété partout par Olivier sur la non-scientificité de l’enquête, qui laisse clairement apparaître que, ne répondant pas aux canons d’une scientificité rigoureuse (représentativité, jeu avec les représentations dans les réponses, réponses-stimuli à des “robots”), Sociogeek ne peut être que de l’art… ou du marketing viral. Mon argument est juste de dire qu’entre l’art et cette vision “scientiste” de la science, il y a plein de manières raisonnables d’essayer de produire des connaissances, des questionnements, des réflexions de nature “scientifiques” (même si, pour l’instant, on n’en sait trop rien avant de s’être penché sur les résultats, don’t act).
    Par ailleurs, @yann et @olivier, on organise un débat critique sur l’enquête et sa méthodologie lors d’une séance de W2S (le matin du mercredi 19 ou 26 de novembre à La Cantine, date à confirmer). Évidement, si vous pouviez venir défendre votre point de vue (et tout ceux qui le veulent, le séminaire est ouvert) ça permettrait de poursuivre et d’enrichir cette discussion : http://masterwebscience.org/

  4. par Valérie

    Je viens de faire le test “Trouvez votre réseau social” , mon résultat est presque identique à celui de Sociogeek!
    Dominique Cardon a raison, l’influence des quizz des magazines féminins est bien présente dans cette enquête sociomerciale!

  5. Mmh. . . Euh : Dominique ? Tu as prévenu l’héberrgeur du questionnaire ? Non, parce que caché dans ce débat échevelé, il y a une info sérieusement problématique : l’enquête est sur *Au Féminin* ! (Vérifie l’URL du dernier commentaire).

    Alors, oui, c’est du Marie-Claire, mais surtout, c’est du 10 000 répondantes assurées. On va avoir du mal à touver assez de geeks pour assurer la représentatitovituté artistico-sexuelle de la chose.

  6. Merci pour ta réponse Dominique. Je pense que ce débat, porté à ce niveau, commence à être intéressant pour beaucoup de monde.

    Tes explications sur la sociologie, l’évolution de ses méthodes, etc. me rendent très mal à l’aise. Vous autres sociologues semblez pointer votre regard sur les humains comme on le fait sur des rats de laboratoire auxquels on donne de petites récompenses ou bien des décharges électriques. Vous ne vous incluez pas dans le dispositif que vous mettez en place alors que même les physiciens le font de puis belle lurette.

    Je faisais le parallèle avec l’art car lui ne fait pas abstraction du dispositif dans lequel les humains sont plongés puisqu’il le crée lui-même. Il y a toujours un auteur qui, s’il en est vraiment un, assume de bout en bout son point de vue et les conséquences de sa création. Certes l’art entre souvent dans un marché, qui lui même est un dispositif qui renâcle à dire son nom. Mais certains artistes incorporent cette dimension et tentent la sculpter comme tout le reste. Antoine Moreau est l’un de ceux-là comme en témoignent ses “vitagraphies” ( http://antoinemoreau.org/index.php?cat=vi ). Ces pratiques là, procurent de la distance, du lien, du sens, en un mot de l’éthique.

    Tu écartes le sujet sur la récupération par Orange, le marketing, le capitalisme cognitif, les vecteurs, etc. en croyant t’en sortir en disant que les résultats seront rendus publics. Je crains que cela soit un peu court. Cela étant dit en toute amitié, cela va de soi.

    L’espace du réseau que nous sommes en train de sculpter collectivement crée des nouvelles formes de visibilité des uns et des autres. Il n’ y a plus les civilisés d’un côté et les indigènes de l’autre comme au temps de Claude Lévy-Strauss. Lui-même, aussi respectable soit-il, s’est fait écarter de certaines tribus. Dans le nouvel espace de visibilité de l’Internet, les indigènes risquent de vous virer de à coups de pieds au cul, vous autres, sociologues ou technologues. Vous risquez d’être tout simplement pris pour des “compradores numériques”(*), à savoir des “collabos” qui par leur méthodes et leur pratiques instituent de manière artificielle une distinction entre observateurs et observés, des complices purs et simples d’un complexe politique et industriel qui, aux yeux des indigènes, peut apparaître comme faisant tout pour maintenir, voire créer ex nihilo de l’opacité et de la différence dans l’espace en question.

    Je n’appelle pas à la révolte. Je préviens simplement du danger.

    Bertil demandait quelle est l’alternative? Et bien par exemple celle que nous tentons de poursuivre avec Yann au sein du groupe ANOPTIQUE ( http://anoptique.com ) et que j’ai cru un moment voir de développer au sein du projet AUTOGRAPH ( http://overcrowded.anoptique.org/ProjetAutograph ) qui visait à “étudier, comprendre et développer des outils avec les acteurs de grands collectifs sur Internet”. Peine perdue pour le moment. Tu sais comme moi qu’ AUTOGRAPH a obtenu des crédits du RNRT sur les mots clés “auto-organisation”, “logiciel libre”, “co-développement” avec les participants, mais tout cela est resté lettre morte dans une large mesure. Le milieu académique semble indécrottable, totalement inféodé à la loi de la publication et à la recherche de crédits, bref des “compradores numériques”.

    Comment faire pour que cela change?

    (*) Cf; Jean Ziegler: l’Empire de la honte

  7. je lis certains commentaires sur l’enquête sociogeek et je les trouve très justes mais pour nous rassurer deux points :
    1-La recherche à Oranges Labs autour de DC n’a rien à voir avec la recherche académique et ce à tous les points de vue. Donc pas d’amalgame possible.
    2-Ce psycho-test est surtout un dispositif idéologique de diffusion de la bonne morale straight et qui nous refait, avec le thème de “l’impudeur”, le coup de la leçon des voyeurs aux exhibitionnistes!

  8. @Laurence Allard : Je précise à toutes fins utiles qu’il ne s’agit pas pour moi de faire ici le procès de Dominique Cardon ou de Christophe Aguiton qui, forcés par leur contexte d’être un peu crocodiles, s’agitent comme il le peuvent dans leur maroquinerie…

    http://www.humanite.fr/2008-09-22_Politique_France-Telecom-l-exemple-a-ne-pas-suivre

    Les temps sont à le recherche de boucs-émissaires. Les sciences sociales qui ont apporté de bonnes réflexions sur ce phénomène, pourraient sans doute faire beaucoup pour éviter le pire. Elles pourraient par exemple décider comme un seul homme de mettre en oeuvre leur intelligence, leurs outils et leurs budgets dans le sens d’une alternative P2P aux médias et à l’ Internet centralisés actuels…

    Il me semble qu’arrive le moment où même ceux qui sont aux commandes des “vecteurs” (télécom, etc.) vont comprendre qu’ils ne ne peuvent plus continuer à scier la branche sur laquelle il sont assis en regardant les utilisateurs de haut. Chez Orange aussi!

  9. @Olivier Auber : “Les sciences sociales qui ont apporté de bonnes réflexions sur ce phénomène, pourraient sans doute faire beaucoup pour éviter le pire. Elles pourraient par exemple décider comme un seul homme de mettre en oeuvre leur intelligence, leurs outils et leurs budgets dans le sens d’une alternative P2P aux médias et à l’ Internet centralisés actuels…”

    …C’est intéressant ça! dans l’introduction de la revue Médiamorphoses 21, “2.0 Culture Numérique, Cultures Expressives, j’avais évoqué l’idée du nécessaire développement d’un web 2.0 générique distribué face à ce capitalisme du partage et mise en marchés de l’amité : http://mobile.culturesexpressives.fr/
    Chantier qui reste à faire et à suivre :)

    @Olivier Auber : “Les temps sont à le recherche de boucs-émissaires. ”
    …pas de chasse aux crocodiles de mon côté, j’ai d’autres chats à fouetter

    J’en profite pour rappeler à toutes celles et ceux qui sont intéressés par ces problématiques autour du développement contemporain d’internet la séance d’ouverture du séminaire “Politiques et Technologies de l’amateur”, que j’anime avec Bernard Steigler le vendredi 7 novembre 2008 de 12h30 à 14h30, petite salle, Centre Georges Pompidou, niveau -1 (programme complet sur http://www.culturesexpressives.fr)

  10. @ Laurence “La recherche à Oranges Labs autour de DC n’a rien à voir avec la recherche académique”

    Est-ce qu’il faut que je prévienne la douzaine de directeurs de thèse qui travaillent avec les doctorants dans mon labo qu’une MCF pense que ce qu’ils font n’est en rien académique ? Le mien ne travaille pas directement avec Dominique, mais comme il dirige un des labos CNRS les mieux notés et qu’il est membre de l’IUF et préside plusieurs sociétés savantes, ça risque de lui faire une surprise d’apprendre ça.

    “un dispositif idéologique de diffusion de la bonne morale straight”

    Qu’est-ce qui dans ce test est hétéronormatif ?

  11. Il est temps pour les “regardés” de lancer une grande étude sociologique sur les “regardeurs”, leurs coutumes, leurs réseaux, leurs stratégies, etc.
    L’arroseur arrosé en quelque sorte ;-)

    En France, Bourdieu et Latour ont commencé le travail. Maintenant, même les américains s’y mettent, alors…

    “They’ve Got Your Number”
    by Rob Walker, New York Times, November 2, 2008.

    http://tinyurl.com/67tkq5

  12. Surveiller les chercheurs ? Oh oui ! Enfin des lecteurs pour mon blog, de l’attention — et peut-être même des commentaires, voire à long terme des citations. . . S’il y a une chose pour lequels les académiques prient, c’est ça (et peut-être aussi ‘pourvu qu’il y ait un nouveau PhDComics ce matin’).

  13. Je plaisantais évidemment;-)

    La vision du rédacteur du NYT me semble grossière et paranoïaque. Cela pourrait vite virer au populisme.

    Bref “l’arroseur arrosé” ne fait rire que si cela reste une blague sympathique, comme c’est le cas dans le présent débat ;-)

    Bertil, tu demandais où est l’alternative et j’ai essayé de répondre à ta question selon mon point de vue : http://anoptique.com

    En gros, il s’agit de fournir aux gens les moyens de gérer leur visibilité réciproque et de se soustraire au regard de tous les voyeurs…

    Si un jour Orange Lab et/ou la FING et/ou l’IRI décidait de lancer un programme de R&D dans ce sens, nous y contribuerions avec plaisir. Nous avons déjà quelques briques en ce sens.

  14. Je ne retrouve pas le commentaire où j’ai parlé d’alternative — et je ne vois pas bien à quoi celà fait référence. Je pense que tu interprètes trop mes propos pour que ce débat mène à quoi que ce soit Olivier, et maintenant, ça me fatigue un peu.

    Surtout, je vois mal quelle position j’ai pu défendre où les usagers n’avaient un contrôle effectif de leur image ; depuis deux ans maintenant, je défends la position que leur donner les réglages ne suffit pas, pour deux raisons : la compréhension des options est trop lourde, et l’information est partagée, contextualisée — ça ne peut être une décision individuelle.

    L’enquête de SocioGeek (avec tous ses défauts) est interactive, elle renvoit plusieurs fois l’image de soi qu’on vient de proposer à un public suggéré pour récupérer ”un nouveau sourire pincé et pensif devant un miroir de salle-de-bain” et rend une première analyse, sommaire, automatique et un peu risible dès la fin du questionnaire. En ça, elle ressemble à un séance d’essayage dans une œuvre de fiction, où les spectateurs rient à leur propre vacuité ; en ça, elle participe à la construction d’une inter-compréhension nécessaire pour que ces outils soient bien utilisés.

    Je travaille depuis plusieurs mois à un outil pour rendre une discussion sur la complexité de ses options opérables, et je pense que la rustrerie confuse de certains commentaires ici n’aide pas à ce débat.

    Je connais le projet Anoptique depuis qu’il a été lancé, et même si j’ai pu y être discret, je suis inscrit sur OverCrowded : inutile de multiplier les pointeurs vers le même site, ça m’oblige à hésiter entre l’impression qu’on pense que j’ai une mémoire de poisson rouge, ou que c’est l’unique référence de certains des commentateurs ici.

  15. Je réagis à cette idée : “je défends la position que leur donner les réglages ne suffit pas, pour deux raisons : la compréhension des options est trop lourde, et l’information est partagée, contextualisée — ça ne peut être une décision individuelle.”

    c’est vrai que c’est complexe mais cela reste un point de vue qui ne prend pas en compte la dimension temporelle de l’apprentissage : la maturité que vous suggérez prend du temps…le temps du changement…mais rien n’est impossible…c’est en tout cas le point de vue que je défends et sur lequel je travaille et que j’accompagne !
    D’accord avec vous sur la dimension non seulement individuelle mais aussi culturelle pour un changement opérationnel !

  16. @Bertil Cf. #44: “Qu’est-ce qu’il propose comme forme d’enquête pour comprendre la tension palpable entre révélation et contrôle sur des sites comme Facebook ou MySpace ?”

    C’est de cette question dont je parlais.

    Et la réponse est en gros : Facebook et MySpace n’existeront plus dans deux ans. Voyons plutôt la suite ;-)

  17. par dada

    intéressé par cette étude sociogeek, je me suis plongé dans les commentaires. Résultat de la liecture : vous êtes une bande de rigolos.
    J’ai un profond respect pour la recherche scientifique et je me réjouis que les chercheurs sortent un peu de leur tanière mais tout ce débat est vraiment grotesque.

    @Dominique : c’est un jeu, une étude, un sondage, une base sérieuse de travail ? Votre étude, c’est de la merde, de sa méthodologie à son analyse. reconnaissez le.

    @tous : Vous parlez d’identité numérique à tout va et prônez une vision plus large que celle d’une identité unique pour un utilisateur. Ca c’est intéressant mais vous vous perdez trop souvent dans vos propos et au final, rien ne ressort.

    Et personne n’a participé. Moi, je ne mettrai aucune des photos parceque je ne met ni de photo avec un bonnet d’âne ni sur un lit d’hopital.

    Chercheurs, Donneurs de leçons et Piètres orateurs, je vous salue

  18. @dada.

    On sait ; pire : on n’a jamais dit autre chose.
    Oui, on est une bande de rigolos et on essaie, et on est vraiment désolés que ce qu’on fait commence par des tentatives foireuses, mal comprises et qui ne mériterait pas d’être cité ailleurs que dans des magazines féminins de troisième catégorie, un peu comme l’article original sur ‘A Small World’ qui était une expérience merdique, pas adaptée aux recherches en question (sur l’influence du statu social sur la capacité de persuadé) et qui n’a mener à rien — pour l’instant. Promis, la prochaine fois, on fera de la vraie science avec des Herlenmeyer, de la fumée et des résultats significatifs à 98,7%, comme dans Fringe, Les Experts à Miami ou NCIS.

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