« Du berceau au berceau » : le design en réponse au défi environnemental

Michael BraungartChimiste à l’origine, Michael Braungart est l’auteur, avec l’architecte William McDonough, de l’un des ouvrages fondateurs du « green design » : Cradle to Cradle, Remaking the Way We Make Things (« Du berceau au berceau, refonder notre manière de produire », 2002). C’est aussi un orateur et un polémiste assez redoutable, qui a donné un coup de fouet à la conférence du programme « Connected Urban Development », qu’organisait Cisco à Amsterdam, les 23 et 24 septembre 2008.

Braungart commence par décrire l’analyse chimique des composés qu’absorbe un enfant en jouant avec un jouet en plastique d’une grande marque : une dizaine de composés chimiques toxiques, des métaux lourds… « Ces objets sont conçus pour ne coûter qu’un dollar à la production en Chine, ils ne sont pas conçus pour que des enfants jouent avec. Or si nous ne savons pas concevoir des jouets pour nos propres enfants, que dire de nos autres produits ? »

C’est le modèle de production industriel « du berceau au caveau » qu’il décrit, où les objets sont produits à partir de matières premières, consommés puis jetés ou au mieux, brûlés. Un modèle évidemment insoutenable, la démonstration n’est plus à faire.

Mais les réponses actuelles, celles du « développement durable », sont loin de satisfaire Michael Braungart. « Faire moins mal, ça ne sert à rien. Il faut apprendre à faire bien ! » Pire, selon lui, les réponses qui se fondent sur le « moins » (moins de croissance, une croissance moins polluante, une moindre « emprise écologique ») sont carrément dangereuses. Elles sont malthusiennes : citant Al Gore qui en appelle, en priorité, à la stabilisation de la population du globe, il demande : « Va-t-on dire à l’enfant qui naît qu’il n’est pas le bienvenu ? » Et signale que la biomasse représentée par toutes les fourmis de la planète serait quatre fois supérieure à celle de tous les corps humains. « Nous ne sommes pas trop nombreux, nous sommes trop bêtes ! » Et nous n’avons pas un problème de surpopulation, mais de design, de conception.

Rien ne trouve grâce à ses yeux dans le discours « durable ». Consommer moins ? « C’est mettre tout le monde en faillite. » Produire d’une manière plus efficiente ? « La nature n’est pas efficiente. Tout ce qui compte vraiment dans la vie, l’amour par exemple, est inefficient. Rendre notre modèle actuel efficient, c’est améliorer notre capacité à tout détruire… »

Ce « discours de la faute« , fondé sur un sentiment de culpabilité à la fois légitime et improductif, trouverait son apogée dans l’image d’une « empreinte écologique » que nous devrions réduire chacun. Notre but serait-il de nous faire tout petits ?

On comprend que les industriels adorent ce trublion qui, pourtant, ne les ménage pas. Mais il y a dans son discours, et surtout dans son élaboration positive autour de l’image « du berceau au berceau » (dont on trouvera un excellent résumé ici), quelque chose de réellement novateur et que nous entendons trop rarement.

Au confluent de la science et de l’économie, il s’agit d’une démarche de design « holistique ». Elle consiste à imaginer un mode de conception des objets qui prend en compte tout leur cycle de vie, depuis l’obtention des matériaux qui les composent jusqu’à leur fin de vie, à laquelle tous leurs composants s’incorporent à nouveau dans le cycle de production. On ne recycle plus les déchets, on n’en produit plus du tout ! « Les déchets sont de la nourriture« , explique Braungart.

Concrètement, qu’est-ce que cela signifie ?

  • Des meubles sont fabriqués en matériaux « mangeables », non toxiques lorsque le tissu de la chaise ou le vernis du pied se décomposent doucement, et qui peuvent soit retourner immédiatement dans la biosphère, soit être incorporés après usage dans d’autres processus et produits.
  • Des produits se transforment en services, comme le fait ce fabricant de moquette synthétique qui vend aux entreprises un plancher impeccable et par conséquent, remplace à la demande les carrés usés – pour les reconvertir en matériau de base, puis en moquette impeccable.
  • Des bâtiments qui produisent plus d’énergie qu’ils ne consomment, qui nettoient l’eau, et qui sont naturellement agréables à vivre…

Le certificat Cradle to cradleAvec son compère McDonough, Braungart a fondé plusieurs entreprises qui se consacrent à appliquer ces principes de design à l’achitecture et à toute une série de secteurs industriels. Un label « Cradle to Cradle » a même été créé.

« Tout réinventer pour faire les choses bien, plutôt que moins mal« , conclut Braungart. La démarche, et le ton du prédicateur, pourront irriter. Mais on aurait tort de ne pas l’écouter, voire de ne pas l’essayer.

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