Geode : échapperons-nous à la géolocalisation massive ?

T’es où ?

Comme on le constate avec nos mobiles, savoir où nous sommes permet de rapidement comprendre le contexte. Dans toutes les conversations distantes, la réponse à la question « où es-tu ? » devient aussi importante que la raison de l’appel. Tant et si bien que la localisation de chacun est devenue un enjeu technologique majeur, un Eldorado où chacun espère trouver le levier qui actionnera le jackpot de la localisation.

Démonstration du fonctionnement d'Around MeNos téléphones mobiles ont commencé à embarquer un GPS permettant de les géolocaliser facilement par satellite. Reste que le rythme de développement du GPS est encore faible : Nokia prévoit que seulement la moitié de son parc de mobiles sera doté de GPS d’ici 2012. Le GPS est également imparfait : lent (il faut en moyenne 45 secondes pour que la position soit validée), il n’est pas toujours accessible en intérieur et il consomme trop d’énergie pour qu’un téléphone soit localisable toute une journée sans vider sa batterie… C’est pourquoi, dans le domaine du mobile, on utilise plus souvent la technologie de la triangulation via les antennes de téléphonie mobile pour localiser les appareils, en se servant de l’intensité du signal reçu par les antennes.

Des systèmes de géolocalisation qui fonctionnent plutôt bien comme le montrent les dernières applications pour l’iPhone telles que AroundMe (un système qui permet d’accéder à la liste des services situés autour de sa localisation), GeoPedia (un service qui utilise les coordonnées géographiques des articles de Wikipédia pour les positionner par rapport à votre localisation) ou Locly (qui fait la même chose pour l’ensemble du web). Des exemples d’applications venant renouveler une géolocalisation qui s’insinue toujours plus avant dans notre quotidien afin de nous aider à mieux accéder à l’information qui nous entoure.

Après les mobiles, nos ordinateurs

Jusqu’à présent, si la géolocalisation faisait miroiter ses promesses à la téléphonie mobile, elle touchait peu nos ordinateurs, sauf via des passerelles permettant d’afficher nos localisations de l’un à l’autre, comme FireEagle. Il faut dire que techniquement, il est difficile de géolocaliser un ordinateur. On peut localiser un ordinateur via son adresse IP, comme le propose Loc8Ip ou Utrace par exemple, à l’aide de bases de données de répartition de ces adresses. Mais ces adresses ne sont pas fournies sur critères géographiques, elles sont juste allouées par blocs aux fournisseurs d’accès. Ces blocs peuvent être distribués par sous-blocs sur des secteurs géographiques pour alléger les tables de routages, mais ce n’est pas une pratique obligatoire, et les zones géographiques concernées peuvent être très vastes.

Le logo de GeodeVoilà qu’avec Geode, un module additionnel au navigateur Firefox que viennent de lancer les laboratoires de Mozilla, la géolocalisation de nos ordinateurs pourrait prendre un tour différent. A terme, Geode sera capable de déterminer votre position en utilisant tout type de services (module GPS externe, carte de téléphonie mobile…). Pour l’instant, il ne fonctionne presque qu’avec le service fournit par SkyHook Wireless, et basé sur la localisation des bornes Wi-Fi les plus proches. Pour cela, le système mis au point par SkyHook Wireless se sert d’une technique de triangulation, mais avec des routeurs Wi-Fi plutôt que des antennes de téléphonie mobile. Chacun des routeurs est géolocalisé manuellement : c’est-à-dire qu’il est nécessaire que les réseaux Wi-Fi aient été captés et cartographiés par une personne dûment équipée pour ce faire, repérant les hotspots Wi-Fi en se promenant dans la ville. Ce n’est qu’ensuite que le réseau sur lequel vous vous connectez peut-être identifié. Bien sûr, cette technique a ses limites comme l’explique cette vidéo en flash. Elle n’est pas très réactive (un nouveau hotspot n’est pas repérable rapidement) et elle est plus à même de vous localiser dans une grande ville ou le cartographe de réseau aura pu circuler, que dans les villages éloignés des grands centres où personne ne sera venu dresser la carte des noeuds Wi-Fi.

Pour l’instant, comme l’explique très bien Clochix, Geode permet, dans les régions urbaines densément couvertes en bornes Wi-Fi, d’avoir une localisation à 20 ou 30 mètres près. A terme, Geode devrait permettre d’utiliser bien d’autres services de localisation (dont ceux qui s’appuient sur le GPS) en se fondant sur les standards de géolocalisation développés par le W3C, permettant de connaître, outre les coordonnées, l’altitude, la direction et la vitesse de déplacement.

« Voulez-vous être géolocalisé ? Oui. Non. Toujours accepter »

Le fonctionnement de SkyHookWirelessSavoir où nos ordinateurs sont connectés devient de plus en plus utile, surtout à l’heure où ceux-ci sont devenus portables et donc mobiles. Avec un tel système, notre ordinateur serait capable de trouver des services à proximité de l’endroit où nous nous trouvons. De déterminer si nous sommes chez nous ou à notre bureau et de modifier son comportement en fonction. D’autoriser des accès selon sa localisation… D’imaginer de nouveaux jeux, des systèmes de sécurité… La réponse à la question « où es-tu ? » devient d’autant plus importante que l’information que nous consultons peut être modifiée par notre localisation : de la liste des restaurants à proximité, en passant par les dernières informations de notre réseau social par exemple.

Geode permettra à terme à n’importe quel site web de savoir (avec notre accord) où nous sommes. Pour l’instant, l’interface utilisateur nous avertit à chaque fois qu’une page web veut interroger le navigateur pour connaitre notre localisation, afin de nous permettre d’accepter ou non la requête. Geode et SkyHoock Wireless se veulent rassurants : nous sommes maîtres de ce que nous communiquons et à qui nous le communiquons. Mais pour combien de temps ?

Comme la fonctionnalité est implantée sur peu de sites, nous pouvons surfer tranquillement. Mais que se passera-t-il quand tous les sites web nous demanderons cette information ? Quand demain, le moindre site nous demandera nos coordonnées pour nous servir de la publicité localisée ou mieux qualifier sa base de visiteurs ? Echapperons-nous à la localisation généralisée ?

Il est probable que, comme nous le faisons avec les cookies, nous les laissions voir ou nous sommes, juste pour gagner du temps et bénéficier d’un service plus personnalisé. Surtout qu’à n’en pas douter, beaucoup de services vont voir dans cette géolocalisation des internautes une nouvelle poule aux oeufs d’or, un Graal pour enfin distribuer de la publicité localisée et ciblée.

Si l’exemple de notre acceptation des cookies est parlant, on voit mal alors comment nous pourrions échapper à la géolocalisation massive de nos pratiques.

Reste à établir des règles de fonctionnement claires pour que cette information-ci ne puisse pas être recoupée avec d’autres. Que les requêtes que nous effectuons sur un site et la géolocalisation ne soient pas conservées dans les serveurs sous le même identifiant par exemple, afin de ne pouvoir être tracées ou recoupées… Décidément, les données et les conditions dans lesquelles ces données sont conservées doivent toujours êtres éclaircies.

Hubert Guillaud

PS : SkyHook Wireless n’est pas le seul système à utiliser le Wi-Fi pour faire de la géolocalisation. Place Engine, un moteur fondé par la start-up Koozyt et dirigée par Jun Rekimoto, directeur du Laboratoire d’interaction de Sony, propose le même type de technologie.

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6 commentaires

  1. Pour les parisiens, je pense que l’adresse ne suffit pas 🙂 j’aurais bien aimé savoir la station de métro la plus proche où se trouve la personne 🙂

  2. Pour les GPS, on peut aussi citer le système d’info traffic HD qui sera proposé par Tomtom l’année prochaine pour la France (déjà commercialisé aux pays bas).
    En France, cela se fera en partenariat avec SFR. Les données de géolocalisation (par triangulation) des millions d’abonnés SFR dont le portable est allumé seront transmises en temps réel à TomTom (anonymement, bien sûr). En analysant la vitesse de déplacement de chaque abonné sur toute la France, TomTom pourra ainsi avoir une idée du traffic de la quasi totalité du réseau routier, de façon très précise et en temps réel. (Actuellement, les fonctions info traffic disponibles sont liées à l’observation humaine, cette fonction n’est donc proposée que sur les grands axes routiers.)

    Sinon, c’est sûr qu’on peut imaginer un grand nombre d’applications basée sur la géolocalisation ! Imaginons par exemple que tous les abonnés à Meetic qui le souhaitent, et dont un profil qui correspond, aient la possibilité de se reconnaitre dans la rue, lorsqu’ils se croisent ? 😉
    Pour ce qui concerne les systèmes de sécurité, le marché est énorme. Un objet discrètement géolocalisable (une voiture par exemple) est quasiment impossible à voler.

  3. Avant qu’il ne soit trop tard, n’avons-nous pas une opportunité pour lancer une sorte de P3P dédié pour les données géolocalisées ? http://fr.wikipedia.org/wiki/P3P

    On échappera sans doute pas à la géolocalisation massive mais on peut la réguler et proposer dès maintenant des principes éthiques qui satisfassent entreprises et usagers.

    Des amateurs pour travailler là-dessus ?

  4. @Dieu Anh, je pense que ça doit être possible.

    @Christophe. Oui, sur le modèle de Dash, visiblement. Mais la géolocalisation de nos pratiques web me semble d’une nature assez différente de celles que nous connaissons jusqu’à présent, comme celles de nos outils de navigation automobile.

    @Charles. Je pense qu’il est possible de faire des propositions simples et de bon sens pour limiter les effets de la géolocalisation massive, comme celle qu’on ne puisse pas recouper les données de géolocalisation et les requêtes…. Mais je suis loin d’être un spécialiste de ces questions… En tout cas, il me semble qu’il y a effectivement là un terrain à baliser. D’autres ?

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