Quand les soldats communiqueront par la pensée

L’armée américaine vient d’accorder à l’université de Californie d’Irvine un fond de 4 millions de dollars afin de développer un système de « télépathie synthétique » qui permettrait aux combattants sur le front d’envoyer des messages directement depuis leur cerveau.

Le système consisterait en une interface neurale directe qui détecterait certaines manifestations cérébrales. En réception le contenu serait affiché en mode texte ou converti en message vocal.

Exemple de mapping des zones du cerveau pour le projet Muri du laboratoire des neurosystèmes cognitifs de Michael D'ZmuraLe système proposé reposera essentiellement sur la détection d’ondes cérébrales (EEG). Il semble qu’on soit très loin d’envisager de développer un système complexe impliquant l’imagerie par résonance magnétique (IRM) et une analyse poussée des activités du cerveau, comme celui-ci. La technologie EEG, assez ancienne, présente l’avantage d’être peu onéreuse et aisément transportable. En revanche, elle est peu précise. Comment donc les chercheurs espèrent-ils obtenir des résultats fiables avec cette méthode ? En effet des casques reposant sur l’EEG existent déjà pour les joueurs, comme celui d’Emotiv, et se révèlent très limités dans leur capacité à reconnaitre les signaux cérébraux. Et, comme le dit Paul Sajda, de l’université de Columbia, il est plus facile de penser « déplacer rocher » que « rendez-vous au Starbuck à 15h30 ». C’est pourtant des phrases de ce genre que devrait pouvoir traiter ce futur système.

Dans les années 60 le chercheur Edmund Dewan avait certes réussi à moduler la fréquence de ses ondes alpha pour rédiger un message en morse. Mais la méthode utilisée par les chercheurs sera probablement plus sophistiquée. Ils envisagent de procéder à une classification des différentes activités du cerveau, ce qui pourrait nécessiter une phase de préparation assez longue. « Il faudra effectuer un entrainement assez long pour envoyer et recevoir des messages. Au début, la communication se reposera sur un ensemble limité de mots reconnus par le système », explique Michael D’Zmura, le responsable du projet, à la tête du département des sciences cognitives et notamment du Laboratoire des neurosystèmes cognitifs. « Il pourra impliquer un langage plus sophistiqué, au fur et à mesure de la technologie avancera. »

Voici un exemple de la procédure imaginée. On montre à un patient, recouvert d’un casque EEG les lettres « y » pour « yes », ou « n « pour « no » (des français utiliseraient bien sûr les caractères o et n). Une ou deux secondes plus tard, on demande au cobaye de penser « yes » ou « no », et on enregistre les ondes pour l’ensemble du processus. On refait l’expérience des dizaines de fois, jusqu’à ce qu’on puisse déterminer les ondes qui surgissent dans le cas d’un « yes » ou d’un « no ». Nous vous laissons imaginer le temps nécessaire pour arriver à constituer un lexique suffisamment complet pour être utilisable… Dans ce processus de classification, des méthodes plus onéreuses comme l’IRM ou la magnetoencéphalographie pourraient être utilisées, mais en complément de l’EEG.

Ce « casque » ne servirait pas qu’à créer des messages. Les ondes cérébrales permettent aussi de repérer les mouvements de l’attention de l’utilisateur. On pourrait ainsi aussi savoir où et à qui l’expéditeur souhaite envoyer sa missive.

Tout ça semble bien compliqué et on se demande un peu si la montagne ne va pas accoucher d’une souris, et si un soldat rampant dans la boue sous le feu ennemi n’aura pas autre chose à faire qu’à calibrer soigneusement ses pensées pour envoyer des messages télépathiques à son vis-à-vis.

A moins bien sûr qu’une fois de plus, l’application militaire ne soit qu’un prétexte pour permettre à l’Etat américain d’investir dans des technologies civiles. Michael D’Zmura ne cache d’ailleurs pas son intérêt pour les applications dans le domaine de la santé, de l’éducation ou du jeu.

Ce ne serait pas la première fois que la Darpa par exemple, finance des recherches possédant essentiellement des débouchés d’ordre civil. A noter toutefois que le présent projet n’est pas financé par la Darpa, mais par un autre service de R&D de l’armée (oui, c’est une administration compliquée), l’Us Army Research Office

Via MSNBC/Discovery.com.

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4 commentaires

  1. Cette histoire de reconnaitre les signaux cerebraux est de la fumée on nous fait croire que l’armée découvre tout cela alors que l’enjeux réel est bel et bien d’impacter des ordres au cerveau à distance par le biais d’ultrasons ciblés sur zones (technologie d’aujourd’hui)

  2. En intervenant sur les problématiques d’erreur d’interaction homme machine, je me demande comment en amont de l’interaction, du geste, l’humain pourrait arriver à ne pas émettre de pensée (parasite) avant son choix.
    Il y a peut être des applications sur des domaines ciblés. Pour l’instant le jeu vidéo se limitait à contrôler son activité cérébrale pour faire avancer une balle. (pas de télépathie, la balle avance en fonction du ralentissement de l’activité électrique mesurée par un ordinateur).

  3. Des soldats communiquant par la pensée. ca va pas surchargé les ordinateurs, ça !

    C’est un peu comme les bombes intelligentes. Elle le sont a peine moins que ceux qui les largent. Ce qui ne fait pas grand chose en somme

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