La thérapie de groupe en ligne

Peut-on utiliser l’internet pour mieux gérer son diabète au quotidien ou pour arrêter de fumer et s’y tenir ? C’est l’idée de nombreux programmes à travers le monde rapporte le New Scientist, comme HealthMedia développé dans le Michigan et qui commence à donner des résultats impressionnants, notamment pour aider les fumeurs à décrocher. HealthMedia a développé de nombreux programmes (pour lutter contre les désordres alimentaires, contre le stress, la dépression, les troubles du sommeil…), mais il n’est pas le seul. U Can Poop Tools est un programme pour aider les enfants à ne plus faire pipi au lit, Blood Glucose Awareness Home un programme pour les patients atteints de diabète tous deux mis au point par le département des Systèmes de santé de l’université de Virginie ; MoodGym et ECouch deux programmes pour combattre la dépression développés par l’université nationale d’Australie…

Explication des programmes d'HealthMedia

Autant de programmes de santé électronique qui encouragent les participants à modifier leur comportements par un programme éducatif en ligne. « 50 % de la gestion d’une maladie est comportementale », avance Victor Strecher, directeur du Centre de recherche sur la communication pour la santé de l’université du Michigan à Ann Arbor et fondateur d’HealthMedia. Pour un engagement financier souvent modique, les différents programmes délivrent des cours aux participants via l’internet. Chaque participant répond à un questionnaire et ceux qui acceptent de se soumettre au programme doivent travailler sur une série de module éducatifs et d’exercices adaptés à leurs besoins. Des questionnaires évaluent les progrès. Ainsi, Shuti, un programme qui combat l’insomnie, fait des recommandations spécifiques basées sur les informations que les utilisateurs renseignent en tenant le journal de leur sommeil. Le programme pour la surveillance du diabète nécessite d’entrer quotidiennement son taux de sucre dans le sang, afin d’aider les patients à reconnaître les taux anormalement haut ou bas. A tout moment, les utilisateurs peuvent joindre un forum d’aide ou accéder à des vidéo explicatives pour comprendre leur maladie, voir contacter par mail ou téléphone médecins et psychologues.

Une initiative bien évidemment qui est suivie avec attention par les gouvernements et les compagnies d’assurance, car la gestion de patients via l’internet est économe en personnel médical. Depuis deux ans, l’Institut de la santé britannique a lancé également deux programmes en ligne : FearFighter, pour traiter les phobies et les paniques et Beating the Blues pour combattre les petites dépressions, qui ont montré également des résultats significatifs.

De nombreux problèmes de santé mentale sont facile à traiter via l’internet avec un support médical minimum, expliquent les promoteurs de ces méthodes. Deux études menés par l’unité de thérapie électronique de Swinburne, l’université de technologie de Melbourne, rapportent que 86 patients souffrant de peur panique comme l’agoraphobie, ont été traité par thérapie comportementale pour moitié en face à face et pour moitié via un programme en ligne baptisé Anxiété en ligne, qui consistait à avoir des contacts par mails réguliers avec un thérapeute. Les mails avaient pour but de motiver les patients selon leurs besoins pour les aider à affronter leur problème. « Nous avons montré qu’anxiété en ligne était aussi efficace qu’une thérapie en face à face, alors que le programme sur le web prenait beaucoup moins de temps. » Les chercheurs de l’université de Melbourne travaillent à un programme de santé en ligne pour traiter des désordres psychiques plus sérieux, comme le trouble bipolaire via le programme international MoodSwings.

« Pour l’instant, il n’y a pas encore assez de preuves qui montrent que les programmes de santé électronique fonctionnent, mais il demeure très important de valider chaque programme par des tests cliniques », explique la psychologue Judith Proudfoot du BlackDog Institute à Sydney, qui accompagne le programme contre la dépression de l’université australienne. La nature électronique de ces programmes se prête bien à l’amélioration constante et à la surveillance de l’évolution des patients, explique encore le New Scientist. « Quand nous arrivons à extraire la meilleure information et l’utilisons pour créer le programme le plus personnalisé qui soit, nous arrivons à accompagner 38 % de fumeurs à adopter des patchs à la nicotine pour arrêter de fumer », affirme Stretcher, « un taux auquel aucune thérapie de groupe n’arrive. »

Pour ses promoteurs, les programmes de santé électroniques ont un « gros potentiel », puisqu’ils permettent d’envisager de réduire les coûts de traitement de certaines maladies en diminuant la ressource en spécialistes. « Ils seront communs dans 10 ou 15 ans et rivaliseront avec la pharmacopée », soutiennent-ils encore, sûr de leurs progrès.

À lire aussi sur internetactu.net

5 commentaires

  1. Via le numéro spécial que consacre Courrier international à l’avenir de la santé, signalons un autre article du New Scientist sur les usages des réseaux sociaux appliqués à la santé. L’article explique comment, via l’internet, les communauté en ligne de patients (comme PatientsLikeMe ou 23andMe) sont capables de fournir un observatoire d’étude fiable et surtout de renouveler le recrutement de patients souffrants d’une même maladie, qui était jusqu’à présent coûteux et difficile à accomplir. Pour autant que les données fournies et collectées par les patients s’avèrent fiables.

    23andMe, la société lancée par Linda Avey et Anne Wojcicki, dont le mari à annoncé récemment qu’il avait le gène de la maladie de Parkinson, est en train de développer un site dédié aux personnes souffrant de cette maladie, qui prévoit d’étudier 150 génomes pour mieux déterminer les variantes génétiques associées à la susceptibilité à développer cette maladie. Reste à savoir, au terme de cette étude, si les questionnaires en ligne sont susceptibles de constituer un outil de sélection de patient et de recherche fiable. Si c’était le cas, les sites médicaux sociaux pourraient profondément modifier la façon dont se fait la recherche clinique aujourd’hui.

  2. Jacques, notre licence vous autorise à reprendre notre contenu sans en faire d’utilisation commerciale et en indiquant très clairement la paternité de l’article que vous reprenez : source, lien vers l’article originel, nom de l’auteur et de la source. Le mieux, comme vous l’ont dit les auteurs du ReadWriteWeb (visiblement vous posez la question partout aujourd’hui) est de choisir un extrait de l’article ou de rédiger votre critique et d’inviter vos lecteurs à venir le lire ici, dans son intégralité. Les sites web ont tous aujourd’hui besoin de compter leurs lecteurs et qu’on respecte l’intégrité de leur travail. Merci.

  3. Eh bien, depuis le Online Clinical Study Group (1999) qui voyait des psychothérapeutes se réunir en ligne pour discuter des situations cliniques qu’ils rencontraient en ligne, les choses ont un peu bougé. Le web 2.0 et les réseaux sociaux sont passés par là. Curieusement, on en arrive à une situation ou les patients sont laissés entre eux. Sans aucun doute, ces groupes ont une fonction soutenante. Le web 2.0 n’apporte ici rien de neuf puisque cette fonction était déjà ce qui avait conduit des patients a créer des listes de diffusion, des forums web ou des groupes Usenet

    Ce serait vraiment très inquiétant, à mon avis, que le crowdsourcing en arrive a contaminer la santé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *