Le cerveau, objet technologique (1/8) : Hacker le cerveau ?

Dans la perspective d’une convergence des nouvelles technologies dans ce qu’on appelle les NBIC (neurosciences, biotechnologies, informatique et cognition, voir l’explication qu’en donne Jean-Michel Cornu), la cognition est celle dont la présence reste la plus mystérieuse. Il est facile de saisir l’aspect technologique des nanotechnologies, de la biotechnologie ou, bien sûr, de l’informatique. Mais la cognition n’est-elle pas quelque chose de plus abstrait, de plus fondamental ? Ne se trouve-t-on pas plus dans le domaine de la science pure, à la rigueur de la médecine alors que les trois autres initiales désignent plutôt de nouvelles branches de l’ingénierie ?

Regarder le fonctionnement du cerveau sous son aspect technologique est certainement le changement de paradigme le plus troublant de ces dernières années : avec la cognition, c’est-à-dire l’étude des processus mentaux, l’esprit humain a perdu ses derniers restes de sacralité. Comme la matière, comme la vie, il se manipule, se triture, devient prétexte à des expérimentations de toutes sortes.

Ce rapport technologique au cerveau, on peut le décliner d’au moins trois façons.

La plus évidente, spectaculaire, « high-tech » : Le cerveau, de plus en plus, devient objet de technologie. Autrement dit, on multiplie les interfaces, les produits chimiques destinés à modifier son fonctionnement. On l’augmente, on l’améliore, on le rend toujours plus perfectible. C’est le rêve du cyborg, qui en devient kitch à force d’être futuriste.

La seconde manière d’envisager le sujet est plus subtile, plus philosophique : elle souligne que l’esprit n’est jamais absent de la technologie. C’est-à-dire que comprendre le fonctionnement de notre cerveau peut nous aider à trouver des technologies qui permettront de dépasser ses limites.

Comprendre la nature de l’information, le fonctionnement de l’esprit est donc nécessaire pour maitriser la nouvelle révolution technologique. C’est un peu ce qu’affirme William Wallace , dans le fameux rapport NBIC de la NSF (.pdf) :

« Ce que les cogniticiens peuvent penser
Les gens de la nano peuvent le construire
Ceux de la bio peuvent le développer,
et ceux des technologies de l’information peuvent le maitriser. »

Autrement dit, ce qui peut être pensé peut être réalisé. Mais qu’en est-il de ce qui ne peut pas être pensé ? Ce qui apparait tout d’abord comme un truisme (bien évidemment, si on ne peut penser à quelque chose, on ne peut le réaliser) peut aisément se transformer en un projet « d’homme augmenté ». Comment penser ce qui n’a jamais été pensé ? On peut peut être y arriver en « boostant » les capacités du cerveau, mais aussi en en construisant de tout nouveaux, débarrassés des limites cognitives de notre organe biologique, qui, on va le voir, sont nombreuses. Une attitude prônée par certains futuristes « singularitariens » qui considèrent l’architecture de notre cerveau comme trop obsolète pour être sauvée.

Une troisième vision, peut-être la plus importante, se situe plutôt au niveau des mentalités. Le cerveau peut être vu comme un objet technologique en lui même : un nouveau modèle d’ordinateur dont chaque possesseur doit, chacun à sa manière, acquérir la maitrise.

C’est peut-être le point le plus important des technologies NBIC : si pour beaucoup elles représentent de nouveaux et terrifiants moyens de contrôle par les États, les institutions, les corporations, elles possèdent toutes la promesse de devenir, entre les mains de l’individu lambda, des outils susceptibles de l’aider à prendre en main sa destinée.

5 moyens pour améliorer le cerveau par le New Scientist
Image extraite du New Scientist.

Du coup, entre le scientifique pur et le technicien professionnel se dessine maintenant un troisième type de chercheur : le hacker, celui qui cherche à comprendre comment marche la machine et à l’utiliser à son profit. On a vu comment cette attitude commençait à pénétrer la biologie, que ce soit sous la forme du biohacking, de l’expérimentation des techniques de longévité, ou de la génomique personnelle. Existe-t-il un mouvement analogue dans le domaine de la cognition ? Pas officiellement (on remarquera cependant le titre d’un livre, Mind Hacks qui a d’ailleurs donné naissance à un blog tout à fait excellent sur le sujet), mais en réalité, oui, et ce, depuis toujours : une simple tasse de café fait de nous un hacker cérébral, un « cognhaker » (c’est-à-dire un hacker cognitif).

En réalité, la tentative d’améliorer notre capacité mentale date de la nuit des temps : drogues, exercices mentaux de type yoga, psychothérapies en tout genre, de la psychanalyse à la PNL (programmation neurolinguistique), le hacking du cerveau n’a pas attendu les NBIC pour exister. Une différence pourtant s’impose aujourd’hui. Les méthodes variées utilisées par le passé reposaient toutes sur une une base idéologique, une croyance sur la nature de l’esprit auquel l’adepte se conformait : le yogi cherchait à atteindre la libération du cycle des naissances, l’usager de drogues adoptait un matérialisme extrême (ou, au contraire, vénérait les esprits des plantes), les partisans de la psychanalyse se déchiraient sur la nature de l’inconscient entre freudiens, jungiens, adleriens ou lacaniens… Ce qui caractérise le hacker mental d’aujourd’hui, c’est l’absence d’une vision intégrée et unique de l’esprit. Ce qui domine, c’est l’attitude du « truc et astuce » : on prend ce qui marche, quelque soit le niveau d’action de la méthode, chimique, psychologique ou même culturelle : on prend les bonnes molécules, on fait des exercices, on s’investit dans des activités culturelles comme la musique, on pratique la méditation non par conviction, mais parce que ses bienfaits sur les neurones se confirment de jour en jour (du moins parait-il)…

Un article paru l’année dernière dans Wired est très significatif de cette attitude. Un journaliste de la revue, Joshua Green, se donna quatre semaines pour améliorer le fonctionnement de son cerveau.

Un mois plus tôt était sorti dans le New Scientist un article sur le même sujet. Pour ce faire, il a donc attaqué le problème sous plusieurs angles. Il a tout d’abord changé son petit déjeuner : selon Barbara Stewart de l’université d’Ulster, un mélange de protéines et de vitamines est la meilleure combinaison pour le matin, et elle suggère un repas à base de toast et de haricots. Le New Scientist suggère comme alternative de recourir à la très anglaise Marmite à base de levure fermentée – expérience que je ne conseillerais à personne.

Notre expérimentateur s’est ensuite assuré de dormir son content (8 heures minimum), puis s’est attaqué à un usage productif de la caféine. Il ne nous communique pas la démarche qu’il a suivi pour ce faire, mais sachez que le meilleur moyen de consommer de la caféine est de la prendre sous la forme de petites doses fréquentes, plutôt qu’une grosse quantité en une fois. Mieux vaut plusieurs coupes de thé vert prises à une heure d’intervalle qu’un double expresso avalé d’un seul coup. Vous pouvez éventuellement combiner avec du jus de pamplemousse, ou plus banalement, avec du sucre pour optimiser les effets.

Notre cobaye s’est ensuite lancé dans des activités plus bizarres glanées ça et là dans l’actualité insolite des neurosciences : ainsi, il s’est mis à prendre ses douches les yeux fermés (il parait que ça augmente les capacités proprioceptives) et à écouter du Mozart, puisque les partisans de « l’effet Mozart » affirment en effet qu’écouter le musicien autrichien contribuerait à améliorer notre cognition.

Pour vérifier ses performances, le journaliste a recouru au Docteur Kawashima sur Nintendo et à quelques autres sites web. Ici encore, il n’existe guère de moyen de mesurer la valeur scientifique des exercices proposés par le célèbre professeur japonais.

Résultat des courses, une sensation de mieux être, nous affirme Joshua Green. Quelle est la part de l’effet placebo et de l’effet réel dans ce sentiment ? On ne le saura jamais, mais cette façon d’expérimenter sur soi-même est certainement promise à un bel avenir.

En effet, aujourd’hui, ce genre de pratique tend à se répandre, notamment dans les milieux proches de la haute technologie et des sciences : 30 % des scientifiques, selon la revue Nature reconnaissent utiliser de la ritaline, du provigil ou des beta bloquants pour faciliter leur travail. Il m’est personnellement arrivé de croiser sur internet des non-fumeurs, utilisant les patches de nicotine pour profiter des bienfaits apportés à la concentration par cette molécule sans pour autant abimer leurs poumons…

Mais l’attitude de ce type de bidouilleurs se heurte à des challenges de plus en plus difficiles. On l’a vu avec la bio, il n’est pas possible de considérer l’ADN comme un simple programme informatique : trop compliqué, trop imprévu. De même, le cerveau n’est pas un ordinateur au sens traditionnel du terme, même si on a créé les ordinateurs dans l’espoir d’imiter les cerveaux. Il est donc nécessaire à notre hypothétique cognhacker d’acquérir certains principes de base qui lui serviront dans son investigation, et surtout, de savoir où les réflexes qu’il a acquis dans sa pratique de l’informatique risquent de nuire à sa compréhension. Il ne lui est pas nécessaire d’acquérir une connaissance exhaustive du sujet, mais au moins d’appréhender certains concepts fondamentaux que nous allons explorer dans les prochaines pages de ce dossier.

Rémi Sussan

Retrouvez l’intégralité du dossier « Le cerveau, objet technologique » :
1. Hacker le cerveau
2. Le plus complexe non-ordinateur du monde
3. Deux cerveaux pour une décision
4. De nouvelles façons de parler… et de penser
5. Faut-il exercer son esprit pour en avoir ?
6. Drogues, ondes et lumières…
7. Et Dieu dans tout ça ?
8. La politique du cerveau

À lire aussi sur internetactu.net

26 commentaires

  1. Si la cognition peut être une science mystérieuse, il est facile de saisir les aspect, simple et pratique, des techniques cognitives.

    Il est trés facile de démontrer scientifiquement, grace aux nanotube radio subliminal, l’intérêt de l’usage des NBIC libres, comme facilitateur.

    Aujourd’hui, il nous est permis de faire du conseil autour de l’usage des NBIC libres.

  2. Bientôt le retour de l’IRCGN pour tous !

    Votre but est-il de chercher, analyser,
    expérimenter et diffuser des techniques, moyens ou méthodes
    qui permettent à l’humanité de mieux vivre, de s’épanouir
    et d’atteindre les objectifs que les humains se sont fixé ?

    Comprendre, Assimiler et Pratiquer les techniques cognitives
    nécessite un sujet d’étude.

    Par exemple, la psychobiologie.

    Ainsi, cognition, psychologie et neurosciences sont aux programmes.

    Contrairement aux NBIC propriétaires, autour des NBIC libres, se retrouvent les mêmes esprits de communautés de partage
    et de transmission du savoir-faire
    qu’ils y avaient déjà à l’époque d’Apollo XI.

    C’était un petit pas pour l’homme mais un pas de géant
    pour l’humanité…La lune ! Un saut conceptuel majeur !

    Il reste notre saut conceptuel majeur :

    accepter que les biopuces subliminales radios
    puissent être intégrée dans notre corps,
    non pas à notre insu, mais en toute connaissance
    de cause.

    pourquoi refuser les biopuces, si vous avez une bonne
    gestion de vos ressources ?

    Grasse aux PTS, IRCGN, DCRI, etc……

    N’est-ce pas une merveilleuse formule, sans brutalité
    ni contrainte ?

  3. Non je ne l’ai pas lu ! Merci pour ce lien qui confirme certaines tendances « neuro » au sein du parti démocrate, avec l’influence de gens comme Lakoff, Thaler et Sunstein …(voir partie 3 à venir)

  4. Salut à tous,

    sympa de voir que des compatriotes essaient de se tenir au courant de l’état des lieux sur ce sujet.

    Personnellement, je fais partie d’un groupe de « neuropirates » international qu’on peut retrouver sur yahoo :
    http://sports.groups.yahoo.com/group/bavariancyclistneurohackers/

    il y a de nombreuses informations (en anglais) à glaner, et de joyeux neuropirates à côtoyer, alors rejoignez-nous ;).

    Parmi nous, Alex Ramonsky, un neurobiologiste anglais qui travaille à l’élaboration d’une théorie unifiée de l’esprit (The Matrix Theory). Vous pouvez trouver son premier livre (I’ve Changed My Mind), en ligne à l’adresse:
    http://www.ramonsky.com/stuff/icmm/intro.html

    Quant à moi, j’ai récemment sorti un premier album – qui aborde certains sujets connexes d’une manière plus métaphorique (et + rock’n’roll) – que vous trouverez là:
    http://www.le-scal.com (section COMP~Position)

    Enjoyez!
    Le Scal

  5. Alors je dirai: Welcome Home! 🙂

    Et je vais de ce pas vous accueillir sur la page du groupe. La France est encore si peu représentée…

    Scal

  6. Ma demoiselle, ma dame, monsieur, bonjour,

    En ce début des années 10 nous assistons à la préparation de la déferlante nano dans le domaine du couple (esprit ; corps) de tout un chacun.

    Quelles sont les propriétés de la relation du couple (individu ; collectif du web 4.0) ?

    Attention aux 4 pièges du web 4.0 :

    – alternatives offertes, à tout un chacun ?
    – places offertes, à tout un chacun ?
    – connaissance, par tout un chacun, de l’OS web 4.0 ?
    – facilité, pour tout un chacun, de la médiation ?

    Jusqu’où un collectif du web 4.0 (acteurs ; pilotes ; cadres) peut allez dans le domaine de la vigilance, en nanosanté mentale, sans porter atteinte au développement personnel du ou de la patiente ?

    En effet, la vulgarisation scientifique est un thème intéressant permettant à tout un chacun de faire entendre sa voie, ses besoins, ses envies.

    Très surprenant ! Dans la vulgarisation, il peut être nécessaire d’être hardi, humoristique, etc…mais il faut garder une démarche scientifique. Si non, cela devient de l’ésotérisme.

    Est-ce le cas ici ?

    Est-ce que l’Art nous éclaire sur la biologie synthétique, la nanosanté (mentale) et son support, le web 4.0 ? Je pense que c’est possible si le concepteur-réalisateur a une base de réflexion saine (DHE ; PNL ; Psychobiologie ; etc…).

    Face aux acteurs du jeu de l’ombre, évoluant sur le marché implicite du pouvoir occulte des technosciences, les libristes ont besoins et ont envies d’un cadre légal et sécurisé et dans la transparence, pour pratiquer leur jeu des acteurs du libre sur le marché légal du pouvoir officiel des technosciences du web 4.0.

    Par le kernel, de l’OS, grâce au tripode (bioéthique ; biodroit ; biopouvoir) c’est possible.

    Le principe du laissez faire, dans l’ombre, est dangereux et stérile pour les personnes vulnérables. Le Culte de l’Avion CArgo, qui en découle, en est un exemple.

    En opposition, le principe du laissez faire, dans la transparence, dans un cadre légal et sécurisé, permet d’obtenir une saine gestion des ressources, pour tout un chacun.

    Par le kernel, de l’OS, grâce au tripode (bioéthique ; biodroit ; biopouvoir) c’est possible.

    Propriétaire ou libre, exprimez-vous !

  7. Sleon une édtue de l’Uvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dnas
    un mtos n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la
    pmeirère et la drenèire soit à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas
    un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porlblème.
    C’est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe,
    mias le mot cmome un tuot.

  8. r comment l’information transite dans le cerveau humain. Ce dernier est « conçu comme un système parallèle composé de composants asynchrones de faible performance. Ces composants, neurones, opèrent sur une échelle de temps d’une milliseconde ou plus rapidement encore. Et le moyen d’échanger de l’information se fait au travers d’un pic électrique. Ces pics semblent ne contenir aucune information au travers leur impulsion ou leur

  9. Bonjour moi c Bruno, je voudrais connaître votre avis sur l’ordure qui lui capte mes ondes je supose aux terminaisons nerveuses (j’éspère) .aprouvé des médias !! Depuis 15 ans dont 10 a hurler dans son micro pour m’exploser le cerveau?? Ser’aij en danger conssiament . Si précision j’aprécirez

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