Comment rendre concrets nos échanges d’argent dans une économie immatérielle ?

On le sait depuis longtemps, la dématérialisation transforme notre rapport à l’argent, mais il n’est pas sûr que nous ayons demain un terminal unique pour régler toutes nos dépenses. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous n’avons pas un seul usage de l’argent et que ses formes sont désormais multiples. Au dernier Forum des développeurs d’Intel, les chercheurs de l’équipe de recherche sur les gens et les pratiques ont présenté leurs conclusions sur le sujet rapporte Putting People First à la suite du blog d’Intel.

Parmi les enseignements que tirent les chercheurs : il n’existe pas une pratique unique dans ses façons de payer, mais au contraire une large palette d’usages qui nécessitent une alphabétisation monétaire constante. Et de mettre en avant les querelles monétaires auxquelles nous sommes de plus en plus confrontés, nécessitant de jongler avec les formes privées ou publiques d’argent (espèces, cartes de crédits, points et cartes de fidélités…), chacun créant ses propres repères et ses propres modalités de valeurs. Autre enseignement fort de leur observation : les gens utilisent l’argent socialement plus qu’individuellement. Si les gens consomment des services financiers, ils en produisent aussi beaucoup sous forme de prêts, dons et autres partenariats plus ou moins formels avec leurs amis, leur famille. Enfin, dépenser de l’argent est une consommation expressive, qui ne parle pas juste de ce que nous achetons, mais de comment nous l’achetons, avec des comportements très différents selon sa culture ou son identité.

Le petit scénario dessiné (vidéo) qu’ils ont mis en ligne sous le titre de « Moneyscape » (qu’on pourrait traduire par « la cavale de l’argent ») montre justement comment nos terminaux mobiles nous permettront de passer d’une monnaie l’autre, de convertir des points de fidélités d’une marque en biens de consommation sans liens avec l’enseigne qui les a émis.Avec des étudiants du département d’interaction du Royal College of Art de Londres, Intel a mené également tout un travail conceptuel fin 2007 sur l’avenir de l’argent pour comprendre ce qu’il advient quand il disparait en tant que monnaie physique (voir également le blog). Parmi les élucubrations des designers, on peut essayer de distinguer plusieurs formes de rapport à l’argent. Plusieurs créations ont exploré les systèmes identitaires liés à la dématérialisation, qui vous permettent de consommer selon votre identité comme ce National Fiscal Health Service imaginé par Thomas Thwaites, qui nous permettrait de consommer selon notre niveau de santé, nous interdisant d’acheter certains produits non compatibles avec notre santé ou notre âge. Qui dit qu’on ne payera pas un jour avec nos gènes ? Plus radical encore, Revital Cohen pousse le traçage de nos achats jusqu’à l’extrême : puisque c’est notre banque (assistée d’un psychologue) qui nous dit quoi consommer.

Un certain nombre de projets tentent de matérialiser autrement la disparition de l’argent physique comme ces nouvelles relations avec l’argent imaginées par Chris Worbken : des systèmes à retour de force qui éloignent la bouteille d’alcool du rayon quand vous vous approchez pour la prendre (vidéo) ou des lecteurs de cartes de crédit servent également de pendules pour vous rappeler que votre temps c’est de l’argent (vidéo). Voire des systèmes pour mettre le paiement lui-même en spectacle. Dans le même ordre d’idées, Alice Wang et Susanna Heitrich ont imaginé, elles, des tirelires connectées gonflables, pour donner de la réalité à l’argent que l’on vous offre ou qui s’accumule sur vos comptes virtuels.


RFID force-feedback transactions from chriswoebken on Vimeo.

Pour d’autres designers, la dématérialisation de l’argent a des conséquences directes sur les relations sociales ou la façon que nous avons de comprendre nos dépenses. Ivo Vos imagine un système qui permettrait de cataloguer nos dépenses à la manière d’un catalogue Ikea. Le Personal Relationship Assistant de Bernd Hopfengärtner transforme les relations sociales en relations marchandes, permettant à chacun de négocier le prix de nos discussions comme de nos moments de tendresses. Autre contournement possible, pour résister à la dématérialisation, Cat Cramer imagine la banque des bienfaits, un système d’échange de talents en présentiel pour incarner d’échanges physiques la dématérialisation de l’argent.

D’une manière surprenante, aucun n’explore plus avant la voie des relations sociales autour des profils de gestion personnelles, comme ils se développent pourtant dès à présent dans la banque 2.0. A croire que ces échanges-là n’étaient pas assez matériels pour les designers.

Via a thousand tomorrows.

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5 commentaires

  1. Oui c’est assez juste François. Le terme joue visiblement sur sa polysémie. Moneyscape/Landscape. Là où j’ai plutôt vu (certainement trop rapidement) le jeu sur Money/Escape.

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