Nouvelles frontières ?

La session finale de Lift était dédiée à des personnalités qui réinventent leur discipline, comme Melanie Rieback, spécialiste de la sécurité des puces RFiD, Clive van Heerden de Philips Design et bien sûr, Vinton Cerf, le père de l’internet.

Développer le piratage pour renforcer la sécurité

Melanie Rieback est une spécialiste des puces RFiD (des puces électroniques qu’on peut identifier via les ondes radio et qui devraient être la technologie principale de « l’internet des objets », cet internet qui va connecter tous nos objets du quotidien), professeure au Groupe des systèmes informatiques du département des sciences de l’informatique à l’université Vrije d’Amsterdam. Elle se présente comme une « hackeuse en col blanc », c’est-à-dire qu’elle casse les systèmes pour chercher à les réparer et à les rendre plus forts.

Les mains de Melanie Rieback par MRTNK
Image : les mains de Melanie Rieback par MRTNK.

« Avec l’internet des objets, nous aurons les mêmes problèmes qu’avec l’internet », prévient la chercheuse : lecture non autorisée de puces, traçage, copie, écoute, refus de service, piratage, spam… Le problème de la technologie RFiD est qu’elle est bas de gamme et donc peu sûre. Comme nos ordinateurs, les puces sont sensibles au virus, comme l’a démontré Mélanie en créant le premier virus RFiD en mars 2006. La plupart des systèmes RFiD peuvent être piratés, assène la chercheuse en évoquant les passeports, les cartes d’identité ou les pass de transports en commun qui commencent à intégrer ces puces, comme l’ont démontré ses étudiants aux Pays-Bas en piratant l’un des systèmes de transports publics hollandais utilisant des puces électroniques. Mais les hommes politiques et les industriels semblent ne pas vouloir entendre le problème, explique Melanie Rieback. D’où l’idée du RFiD Guardian. Il consiste en un système portable capable d’assurer la protection et la sécurité de la vie privée dans les systèmes RFiD. Cet appareil agit comme un lecteur de puce, capable de décoder les étiquettes intelligentes, et peut également émuler les étiquettes ou brouiller les puces. RFiD Guardian a un double but politique : permettre à chacun de surveiller l’utilisation des puces RFiD et permettre à chacun de générer sa propre politique de sécurité, en permettant de modifier l’information contenue par les puces.

Une version commerciale devrait bientôt être accessible (même si le projet est en open source) afin que tout un chacun dispose des moyens pour pirater les puces. Le but de Mélanie est de faire réagir l’industrie, qui pour l’instant demeure sourde aux problèmes de sécurité qui s’accumulent. Les attaques vont sortir des laboratoires promet la chercheuse. « Parce que nous avons besoin d’une industrie de la RFiD sûre, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », conclut clairement la chercheuse.

Provoquer pour mieux comprendre le futur

Clive van Heerden de Philips Design s’occupe du programme Probes, un programme de recherche dans les domaines de la politique, de l’économie, de l’environnement, de la technologie et de la culture, dont le but est de comprendre comment vont évoluer nos styles de vie. « Ce que nous essayons de faire à Philips Design, n’est pas de proposer des produits précis, mais de présenter des conceptions provocantes pour évaluer les réactions qu’elles suscitent. Nous nous focalisons surtout sur les phases de crises, pour mieux comprendre les réactions des gens et mieux comprendre ce que sera notre mode de vie à l’horizon 2020-2030 ».

Clive van Herdeen par MRTNK
Image : Clive van Heerden à Lift, par MRTNK.

Et clive van Heerden de montrer les vidéos de plusieurs champs de recherche du programme comme Off The Grid, imaginant à quoi pourrait ressembler un habitat durable à l’horizon 2020, avec des matériaux vivants, agissant comme des membranes acheminant l’eau, l’air ou la lumière (vidéo).

Le projet Skin imagine l’intégration de matières sensibles, de tissus intelligents, dans nos vêtements, pour faire ressentir nos états émotifs dans les habits que nous porterons (vidéo).

Le projet se décline en deux autres versions : l’un imagine des tatouages électroniques capables de traduire nos émotions à la surface même de nos corps (vidéo) ; l’autre, des bijoux électroniques et flexibles, ludiques, tactiles, permettant de stimuler notre activité biologique et de traduire nos émotions en messages.

Un autre projet, dédié à la nourriture, imagine comment nous consommerons nos aliments dans 20 ans, selon plusieurs scénarios. Le premier, « la cuisine de diagnostic », consiste en un outil capable d’adapter votre alimentation à votre santé et à vos besoins nutritionnels. « L’alimentation de création » s’inspire lui de la cuisine moléculaire et des imprimantes 3D pour imaginer comment nous « imprimerons » notre nourriture à l’avenir. La « ferme de la maison », enfin, est un écosystème domestique permettant de cultiver chez soit poissons, crustacés, algues et plantes, d’une manière interdépendante les uns aux autres (la filtration de l’eau, le recyclage des éléments nutritifs, l’utilisation optimale de la lumière du soleil, sont quelques-uns des piliers du projet).

Des normes pour bâtir l’internet

Le père de l’internet, Vinton Cerf, a conclu la conférence Lift en rappelant que l’internet fonctionne parce qu’il y a des normes, et que des personnes coopèrent ensemble autour de ces normes. En 1983, lors du lancement officiel de l’internet, il y avait 400 ordinateurs connectés, aujourd’hui on dénombre plus 1,4 milliard d’utilisateurs. 3,5 milliards de mobiles sont aux portes de l’internet : la première expérience de l’internet, pour de nombreuses personnes, se fera via un mobile.

Vinton Cerf à Lift 2009 par RMTNK
Image : Vinton Cerf à Lift, par RMTNK.

Mais l’internet n’est pas sans faiblesse. Dans les années 70, personne ne pouvait savoir la quantité d’espace nécessaire pour les adresses que nous nous apprêtions à utiliser. Le choix s’est porté sur des adresses de 128 bits, ce qui semblait suffisant pour une expérimentation… « Sauf que cette expérimentation n’a jamais pris fin et que l’on vit toujours avec ». Comme le confiait récemment Vinton Cerf : « D’ici 2010, nous n’aurons plus d’adresses IP disponibles si nous ne faisons pas quelque chose pour résoudre le problème”.

Il y a d’autres limites que nous sommes en train de dépasser également, comme l’intégration des caractères non latins dans les noms de domaines, ou encore des solutions permettant d’interpréter des applications qui ne sont plus disponibles, nous permettant par exemple de continuer à lire un PowerPoint de 1997 en l’an 3000.

Vinton Cerf a évoqué également son projet d’internet interplanétaire, expliquant que le protocole TCP/IP, qui fait fonctionner l’internet, n’est pas adapté aux communications spatiales parce qu’il n’accepte pas les retards de transmission de plus de 40 minutes alors qu’il faut une vingtaine de minutes pour envoyer un message sur Mars (et autant pour le retour). D’où la nécessité de construire de nouveaux protocoles… D’ici la fin de l’année, le protocole interplanétaire devrait être au point et nous serons capables de faire des communications spatiales standardisées, assure Vinton Cerf. La prochaine étape ? « Le réseau interstellaire ! », s’amuse Vinton Cerf. « Mais nous avons besoin de trouver un système de propulsion adéquat. Autant dire qu’il nous reste beaucoup de travail à faire », s’amuse avec une belle modestie Vinton Cerf.

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