Entre les tables numériques et le papier, quel est le meilleur support pour l’apprentissage ?

James D. Hollan, professeur de sciences cognitives et d’informatique à l’université de Californie et sa collègue Anne Marie Piper du Laboratoire de cognition distribuée et d’interaction homme-machine ont étudié (.pdf), à l’occasion de la dernière conférence Computer Human Interaction, les interfaces multitouch et multiutilisateur, ces tables numériques où se projette l’information qu’on peut modifier du bout des doigts, à la manière dont le propose le logiciel Surface de Microsoft.

Les tables d’affichages multitouch deviennent de plus en plus abordables et leurs vertus dans le domaine éducatif semblent prometteuses de par leur potentiel d’interaction et de partage, mais qu’en est-il exactement de leur avantage pédagogique ? Peu d’études se sont intéressées aux avantages comparés entre le papier et ce type d’interfaces, dans le cadre de l’apprentissage collaboratif. D’où l’idée de comparer comment des étudiants réunis deux par deux interagissent avec des matériaux papier et des matériaux numériques présentant le même type d’exercice. Les tables numériques ont-elles d’autres atouts que leur nouveauté ?

Les étudiants travaillent sur papier et sur tables multitouch

Après avoir préparé les exercices et les matériaux pour garantir un cadre scientifique à l’évaluation, les chercheurs ont donc proposé des exercices similaires au format papier et au format numérique à une vingtaine d’étudiants. Leurs résultats soulignent combien les usages sont en fait différents : avec le papier, les étudiants complétaient leurs tâches de manière sérielle, alors qu’avec les tables numériques, ils les complétaient en mode parallèle, ce qui semble meilleur pour l’apprentissage. Avec le papier, les étudiants dessinent individuellement, alors qu’avec les tables d’interaction, ils peuvent dessiner en même temps. Le dessin devient d’ailleurs la technique d’échange principale des utilisateurs des tables numériques, qui favorise des échanges verbaux plus soutenus que chez les utilisateurs du papier. A l’inverse, ils prennent plus de notes écrites avec le papier qu’avec l’électronique, où ils se contentent plutôt d’abréviations (peut-être parce qu’ils n’avaient pas de stylets à leur disposition, remarque l’étude). Avec le numérique, les étudiants ont plus tendance à effacer les versions anciennes qu’avec le papier, où de nouvelles couches d’information s’ajoutent aux précédentes. Mais cela n’est pas un inconvénient majeur, car l’interface numérique permet de tout mémoriser. Sans compter que le numérique permet de dresser le journal de l’activité des étudiants (ce que le papier ne sait pas faire), qui devient un nouveau support pour le professeur, lui permettant de mieux comprendre erreurs et mode de compréhension de ses étudiants.

Sur papier, quand les étudiants étaient bloqués dans un exercice, ils avaient tendance à regarder la réponse sur le corrigé qui leur était fournie, alors qu’aucun étudiant utilisant la table n’a consulté le corrigé, préférant répéter l’activité pour trouver une solution au problème. Le faible coût et le faible risque à annoter un document numérique les encourage à interroger et explorer les différentes solutions, alors qu’avec le papier, apporter la bonne réponse semble plus important que d’interroger leurs compréhensions, ont constaté les chercheurs. Refaire une activité ou effacer une réponse incorrecte demande ainsi plus de temps et d’efforts avec le papier.

Au final, concluent les auteurs, les tables numériques peuvent apporter une expérience plus immersive et dynamique que le papier. Le dessin favorise le processus cognitif et permet de mieux comprendre et assimiler un concept abstrait. Le support numérique permet la répétition et l’autoexpérimentation que le papier ne permet pas. Reste qu’en comparant les résultats des étudiants à leur examen, la différence entre les modes d’apprentissages liés aux deux supports ne se fait pas sentir. Bien sûr, rappellent les auteurs en conclusion, l’objectif n’est pas de remplacer le support papier, mais de mieux comprendre comment la table ou d’autres usages numériques pourraient améliorer l’apprentissage. Même si, à lire l’étude, perce tout de même une vraie appétence à utiliser ces nouveaux supports pédagogiques.

Via Daniel Lafrenière.

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6 commentaires

  1. Merci pour cet article que je vais faire circuler !

    Je confirme les différents points abordés : ils correspondent à l’expérience que j’en ai ! 🙂

    Juste une remarque, l’examen final mesure quoi exactement dans ce cas ? la compétence « apprendre à apprendre » est-elle prise en compte sur le long terme ? c’est bien le problème de la conclusion : le niveau d’apprentissage n’est pas le même…

  2. Corrigez moi cette faute insupportable :
    « Les tables numériques ont telles d’autres atouts que leur nouveauté ? »

    @Seca. A vos ordres ! Merci. – HG

  3. ils avaient tendances -> ils avaient tendance

    @david : merci. On va faire de vous le correcteur d’InternetActu – HG

  4. Sur le plan pédagogique des très joli resultats mais ça reste totalement utopique en généralisation pour un certain nombre de raison :
    – Comment on fait pour équiper les écoles de France en terme de budget ? sans parler des écoles en Afrique par exemple ?
    – comment fait-on quand l’un des deux fournisseurs (chinois) demande une augmentation de 30% des tarifs?
    – Comment forme-t-on les formateur à la création de supports pédagogiques ?

    Berf super chouette mais super impossible à généraliser. je suis content quune équipe de chercheurs ait eu un budget pour faire une étude aussi inutile

  5. Utopique en terme de généralisation à cause du prix ? Je serais beaucoup moins affirmatif que vous Jacques. Bien sûr La DiamondTouch de Mitsubichi ou Surface de Microsoft sont encore un peu hors de prix… Mais il y a depuis quelques temps de nombreuses alternatives open source dans le domaine. Le Cubit vaut 300 à 500 dollars (voir aussi Touchkit). Celle-ci à faire soit même guère plus… Ca ne permet pas d’envisager une généralisation massive demain, certes, mais cela permet d’envisager ce type de produits à court terme dans toutes les classes où le désir se fait sentir… Mais je reconnais que cela nécessite de mettre les mains dans le cambouis (oui, pour les formateurs également).

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