Comment consultons-nous les images ?

Blade Runner ou Minority Report n’ont pas imaginé que « la photographie, support privilégié de la mémoire privée, puisse un jour connaître une autre matérialité que celle du tirage », explique André Gunthert, chercheur en études visuelles et directeur du Laboratoire d’histoire visuelle contemporaine (Lhivic). Pourtant, « l’installation brutale de la photo numérique au sein des pratiques familiales a bouleversé ce schéma immuable », rappelle le chercheur. En quelques années, nous sommes passés de supports consultables sans intermédiaires (ces « autels photographiques » comme les appelle André Gunthert c’est-à-dire ces espaces de photo ou de cadres photo qui peuplent certains endroits de nos maisons) à des systèmes à lecteurs (ordinateurs, cadres photo connectés, appareils photo, DVD, sites web…). « L’essentiel de la mémoire privée s’est déplacé ailleurs, au sein de logiques de consultation labile, sur internet, par l’intermédiaire des médias sociaux ou d’outils de visualisation transitoires. »

L'autel photographique de Blade Runner
Image : L’autel photographique de Blade Runner.

Des pratiques pourtant encore balbutiantes, rappelle en complément le sociologue Sylvain Maresca, chercheur associé au Lhivic. Car l’autel photographique moderne est aussi souvent un écran vide, comme le montre l’exemple de non-usage d’un cadre photo connecté qu’il rapporte. Comment la nouvelle circulation des images dépossède certains non-utilisateurs des tirages d’images auxquels ils souhaiteraient pourtant accéder et auquel le « diaporama en continu » fourni par nos outils modernes ne répond pas ?

Un cadre photo numérique éteint
Image : Un cadre photo numérique éteint.

« Après avoir étudié le volet de la production des images, nous devons maintenant nous tourner vers l’observation des pratiques de consultation. Je suis en effet persuadé que c’est celles-ci, plus encore que les processus de réalisation, qui ont connu et vont connaître les plus grands changements », annonce André Gunthert en commentaire. Et de pointer le changement de pratiques documentaires et mémorielles : la disparition de la pulsion de collection, l’oubli comme filtre de l’information, le besoin de repères stables et durables… « du côté des plus jeunes, c’est le web dans les nuages qui est la règle, et la collection l’exception », explique-t-il encore. « A quoi bon s’imposer un effort de gestion si ce qu’on désire est toujours disponible ? Je ne dis pas que les digital natives n’auront pas le besoin ponctuel de recourir à l’appropriation, en particulier pour tous les contenus hors consensus, mais le processus qui est en marche est celui du désengagement. »

Désengagement ? Pas seulement. D’un autre côté, de nouvelles pratiques, comme les usages encyclopédiques et documentaires des plates-formes de partage (type FlickR ou YouTube) redonnent de la valeur à l’image, explique-t-il dans un récent article consacrée à « L’image partagée » publié par la revue Etudes Photographiques : « Comme l’invention de la photographie, la transition numérique pouvait laisser craindre un phénomène de dévalorisation des images. Ce n’est pas ce qui s’est produit. Le ressort fondamental des plates-formes visuelles, nous l’apercevons désormais, a été un principe de collectivisation des contenus. De ce principe découle un nouvel état de l’image comme propriété commune, qui a transformé fondamentalement les usages. Aujourd’hui, la véritable valeur d’une image est d’être partageable. La réalisation collaborative de la plus importante archive visuelle en est la conséquence directe – et l’un des résultats les plus concrets des usages du web 2.0. »

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3 commentaires

  1. Pour le premier commentaire, je suis d’accord sur le fait que pour l’argentique, il faut encore encourager les gens(surtout les nouvelles générations) à l’utiliser. Car la valeur d’une image n’a pas le même sens qu’avec le numérique, une photos étouffées par la masse de photos sur son ordinateur n’est souvent que des codes binaires délaissés alors qu’une photo « objectale », donc une photo dans ses mains demande plus d’intérêt, elle semble prendre vie sur son support, elle n’est pas partageable, ce n’est pas des codes que l’on peut envoyer aux autres.
    Pour le deuxième commentaire, j’encourage vivement madame, monsieur d’aller apprendre premièrement le respect et deuxièmement de ne pas perdre son temps à mettre des commentaires inutiles, il y a tant de choses à faire. Eh bien, voici une idée: prenez un appareil photo numérique et argentique, et prenez trois photos avec chacun…

    Je vous laisse la surprise dans cet acte que vous ne ferrez pas, j’en suis persuadé.

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