Inde : Innover pour faire disparaître la pauvreté

Par le 09/07/10 | 2 commentaires | 1,500 lectures | Impression

Retour sur les présentations de la seconde édition de la conférence Lift France qui s’est tenue cette semaine à Marseille.

“L’Inde s’est engagée dans les technologies de l’information et de la communication dès les années 80, lorsque Rajiv Gandhi était premier ministre”, rappelle l’entrepreneur indien Sam Pitroda, aujourd’hui conseiller du premier ministre indien en matière d’infrastructure publique de l’information et de l’innovation, en introduction à la conférence Lift. A l’époque le pays s’était attaché à augmenter la communication dans le monde rural et aussi à s’assurer une certaine indépendance. L’Inde avait par exemple prévu de construire sa propre usine de fibre optique, malgré les avis d’experts qui recommandaient plutôt d’acheter de la fibre à l’étranger. Mais le pays a tenu bon, parce qu’il était suffisamment grand pour avoir besoin de sa propre production, mais également parce qu’il devenait ainsi plus facile d’en maîtriser la technologie.

Lorsque cette modernisation a commencé, il y avait environ 2 millions de téléphones pour 750 millions d’habitants. A l’époque, les délais d’attente pour obtenir une ligne téléphonique étaient de 15 ans ! Les parents la demandaient pour leurs enfants à la naissance ! Aujourd’hui, il y a en Inde 650 millions de téléphones portables et bientôt un milliard de connexions internet.

DSC_0300
Image : Sam Pitroda sur la scène de Lift France, photographié par les représentants de l’association Bug.

La première étape de modernisation des communications se termine aujourd’hui. Une seconde s’ouvre et elle ne parle pas d’infrastructure. “Nous allons taguer toute la population : chacun aura un visage, une empreinte digitale et un identifiant”, explique Pitroda.

“Nous voulons taguer tous les compartiments de trains avec une adresse IP pour mieux identifier le trafic comme le fret, une plateforme pour tous les services gouvernementaux qui fonctionnent actuellement en silo, ainsi qu’une plateforme de paiement. Ensuite nous pourrons tout ouvrir pour les mettre à disposition pour les jeunes disposant de logiciels open source”, lance-t-il dans un grand élan de transformation qui semble ne rien vouloir oublier.

Mais, poursuit-il, on ne peut se contenter d’informatiser ce qui existe. Une modernisation conceptuelle est nécessaire. “Nous avons encore un état d’esprit du XIXe siècle, des procédés du XXe siècle et des besoins du XXIe siècle”, affirme-t-il. “A quoi servirait-il d’automatiser des procédés datant de plus de 100 ans, hérités de l’Empire britannique ? Nous devons reconcevoir toutes ces méthodes… Nous voulons introduire l’innovation dans tous les aspects de la vie : famille, école, santé, etc.”

A l’heure d’internet que devient le rôle de l’enseignant, demande Pitroda. Jusqu’ici les enseignants étaient des producteurs de contenus et les transmettaient. Mais aujourd’hui on peut accéder via l’internet à une multitude de contenus élaborés parfois par les meilleurs cerveaux de la planète. Faut-il que les enseignants deviennent des mentors ? Qu’ils arrêtent de produire et transmettre des contenus ? Mais alors à quoi ressemblera la relation mentor/élève de demain ? Quelles formes prendront les universités en 2050 ? Ressembleront-ils plus à des hôtels qu’à des campus, avec des petits groupes d’étudiants en lieu et place des amphithéâtres ?

On pourrait adresser le même type de questions à d’autres secteurs, comme la santé et la médecine, explique Sam Pitroda, car l’innovation dépend de l’infrastructure publique. L’essentiel est d’avoir des innovations frugales, peu coûteuses, agiles. “Les meilleurs cerveaux servent à régler les problèmes des plus riches… de ceux qui n’en ont pas”. Les problèmes des populations pauvres ne reçoivent pas l’attention qu’ils méritent. La technologie doit se tourner vers les plus démunis, pas seulement dans un but caritatif ou romantique, mais parce que l’outil web est l’outil qui permet de les atteindre et qui va permettre de créer les emplois et services de demain.

Et Sam Pitroda de conclure : “Nous pensons qu’il faut résoudre les problèmes des populations pauvres non seulement parce que l’Inde possède l’une des plus grosses populations pauvres de la planète, mais aussi parce que nous pensons que notre pays a le talent pour résoudre les problèmes des populations pauvres du monde entier.” Endiguer la pauvreté via les nouvelles technologies. C’est à attendre Sam Pitroda le défi que se lance l’Inde pour le XXIe siècle.

2 commentaires

  1. Cet article a été repris par LeMonde.fr.

  2. par Bax

    Je suis très surpris, un seul commentaire pour cet article (deux avec le miens), cela n’intéresse donc personne, un projet fantastique proposant de résoudre le problème de la pauvreté ?
    Effectivement, l’analyse semblerait donc juste : les cerveaux ne serviraient-ils qu’à se préoccuper de problèmes de riches ?