Tableau : hybrider nos échanges d’images

Le designer John Kestner, du laboratoire de conception de l’écologie de l’information a visiblement un faible pour la technostalgie. Outre le porte-monnaie tangible, il propose avec Tableau une interface hybride qui, si elle utilise un objet familier et rétro, me semble plus intéressante car elle tente de faire un pont entre des pratiques différentes, plutôt que de donner seulement une matérialité ancienne à des pratiques nouvelles comme il l’explique.

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Image : le prototype de « Tableau » par John Kestner.

Tableau est né d’un constat, celui du fossé entre sa pratique d’échange de photo et celle de la génération précédente. En l’occurrence, la difficulté d’avoir à échanger avec sa grand-tante, Olga, qui aime écrire des lettres et envoyer des tirages photo, alors que John Kestner utilise plutôt des médias numériques : l’e-mail et Flickr.

Tableau tente de lancer un pont entre les utilisateurs physiques et numériques. Ce prototype consiste en une table de chevet connectée à l’internet, capable de scanner et d’imprimer des images. On peut mettre une image dans le tiroir qui est alors scannée et envoyée sur le net, sur Twitter ou dans un compte Flickr : John peut ainsi, simplement, recevoir les messages de sa grand-tante dans le respect des pratiques de chacun. A l’inverse, John peut envoyer une image à sa tante directement, ou simplement en en publiant une nouvelle sur son compte photo en ligne, qu’elle va recevoir imprimée dans le tiroir. Tableau devient alors l’interface entre les deux mondes permettant de continuer à ce que chacun conserve la pratique qui lui semble la plus adaptée à ses usages. La table de chevet sert d’interface tangible entre eux : elle n’est qu’un prétexte, une instanciation pour faire un pont entre deux pratiques ; alors que le porte-monnaie dont je vous parlais tout à l’heure avait seulement pour fonction d’incarner le numérique dans le réel.

Une différence de conception qui me semble en tout cas riche de sens. Peut-être ajoute-t-elle une caractéristique supplémentaire à l’hybridation telle que nous l’avions définie : celle de tisser un pont entre des pratiques différentes plutôt que de seulement chercher à matérialiser l’une d’entre elle ?

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3 commentaires

  1. Très beau geste inter-générationnel ! Reste à savoir si il s’agit de coloniser le monde ancien, ou juste de le préserver … Décidément, les TIC sont bien le problème philosophique de notre temps ! Et comme dirait Gilles Deleuze, à un problème contemporain doit correspondre un concept contemporain. Pourquoi pas l’Ecologie Politique de Bruno Latour ?

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