L’innovation monétaire (3/5) : Différentes monnaies pour différents objectifs

Par le 05/01/11 | Aucun commentaire | 4,848 lectures | Impression

La couverture du dernier livre de Jean-Michel CornuJean-Michel Cornu, directeur scientifique de la Fing continue d’explorer pour nous l’innovation monétaire (voir la première et la seconde partie). Dans De l’innovation monétaire aux monnaies de l’innovation qui vient de paraître chez Fyp éditions, il entre dans le corps du sujet et explique la nécessité qu’il y a d’avoir différentes monnaies pour remplir différents objectifs. Nos monnaies nationales n’ont qu’un objectif unique, alors qu’on pourrait imaginer autant de monnaies que de but assignés à leur utilité.

1. Pourquoi faut-il plusieurs monnaies ?

Jusqu’à présent, nous n’avons parlé que d’un monde où in fine il n’existe qu’une seule forme de monnaie permettant de tout acheter. Même si chaque pays ou groupe de pays dispose de leurs propres monnaies, celles-ci sont en général convertibles entre elles. Sans doute pourrait-on innover au niveau monétaire, mais cela est du ressort des États et des banques et nécessiterait certainement un accord international. Quant à disposer de plusieurs monnaies pour un même pays, cela semblerait bien contre-productif !

Pourtant, à y regarder de plus près, nous pourrions nous poser la question de monnaies plus spécialisées. L’argent est là pour réguler les échanges entre les hommes, mais cela se fait indépendamment du type d’échange. La même monnaie sert à acheter des vivres ou à blanchir des activités illicites. L’argent sale, comme l’argent propre, « n’a pas d’odeur ». Le marché est aveugle et favorise les activités les plus rentables économiquement. À charge aux États et aux institutions judiciaires de trier parmi tout cela pour favoriser, généralement par la taxation, l’économie d’un territoire particulier ou certaines activités tout en tentant d’en empêcher d’autres.

Un pilote d’un cargo qui fait la navette entre l’Europe et l’Afrique témoigne (1) : « J’ai fait deux vols d’Europe vers l’Angola avec des grandes machines comme des chars. J’ai transporté ça en Angola. Ma compagnie a reçu de l’argent, je pense. Et après ça je suis allé à Johannesburg prendre du raisin pour le ramener en Europe. Alors, un ami m’a dit : les enfants d’Angola ont reçu des armes pour Noël ; les enfants européens ont reçu du raisin. C’est le business ! C’est une petite histoire personnelle. Je voudrais que tous les enfants du monde soient heureux, mais je ne sais pas comment faire… »

Imaginons une monnaie qui permette d’acheter seulement du raisin. Une telle monnaie permettrait de favoriser spécifiquement l’échange de raisin. Il faudrait cependant qu’elle ne vienne qu’en complément d’une monnaie plus générale qui permettrait, elle, d’acheter autre chose que du raisin. Ainsi, notre « monnaie complémentaire » favoriserait l’échange de raisin, là où la monnaie généraliste encourage l’échange quel qu’il soit. Pour Patrick Viveret : « Il ne s’agit pas de monnaies substitutives à la monnaie officielle, mais de monnaies complémentaires qui renouent avec la fonction affichée de la monnaie, celle de l’échange, et exercent une pression sur la monnaie officielle pour qu’elle soit elle-même davantage un vecteur de “doux commerce” (on dirait aujourd’hui de “commerce équitable”) plutôt qu’un vecteur de violence sociale (voire d’activités à dominante maffieuse ou terroriste). » (2)

Outre le fait de ne pas tuer les autres types d’échanges, il faudrait également que le système économique complémentaire soit viable : que feraient les producteurs de raisin une fois cet argent récupéré en échange de leur raisin ? Acheter du raisin avec ? Il serait plus astucieux de créer une monnaie dont le domaine d’action serait suffisamment large pour qu’elle puisse permettre une économie même partielle qui soit équilibrée : une monnaie uniquement pour l’alimentaire pour des personnes qui tous, cultivent ou élèvent, ou bien une monnaie sur un territoire suffisamment vaste pour que les échanges entre ses habitants puissent se faire de façon autonome au moins partiellement (une part de monnaie globale permet l’échange avec le reste du monde).

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On pourrait objecter que disposer de plusieurs monnaies rend les échanges plus compliqués et moins efficaces. Lorsque les États-Unis ont remplacé leur centaine de monnaies par l’unique dollar au moment de leur indépendance, il en a résulté une croissance sans précédent des flux monétaires. Faudrait-il revenir en arrière ?

Optimisation ou diversité : une question de stabilité et de durabilité
Robert Ulanowicz est un écologiste empiriste connu pour ses recherches sur la mesure de la biomasse dans les écosystèmes naturels. Ses découvertes dans ce domaine ont des implications philosophiques importantes dans d’autres domaines complexes, comme celui de la monnaie. Il a constaté que les systèmes totalement optimisés ne sont pas durables (3). Ainsi, si nous choisissions le plant le plus optimisé de maïs, par exemple, et ne plantions que celui-là, il y a fort à parier qu’au premier parasite, l’ensemble de la récolte serait perdu. Le professeur à l’université de Maryland, aujourd’hui à la retraite, s’est alors intéressé à la durabilité des systèmes et a montré que celui-ci était maximal lorsque l’on trouve le bon équilibre entre l’efficience et la résilience (qui nécessite une plus grande diversité au détriment de l’efficience, afin d’augmenter la capacité d’adaptation aux problèmes qui peuvent survenir). Cet optimum se situe un peu plus près de la résilience que de l’efficience (sur un rapport approximativement de un tiers/deux tiers).

C’est à ce point d’équilibre entre optimisation et adaptabilité, entre ordre et désordre (4), qu’émergent de nouvelles possibilités ; en un mot, que la possibilité d’innovation est maximale. Ce résultat, sur les dangers de seulement optimiser sans développer l’adaptabilité, n’est pas seulement un constat sur les systèmes biologiques, mais plutôt une règle profonde de tous les systèmes complexes. Il peut ainsi être appliqué au domaine de l’innovation, au réseau internet, aux choix complexes et aux civilisations elles-mêmes (5).

En appliquant cette compréhension à la théorie de l’information et aux domaines monétaires (6) apparaît alors la nécessité de diversifier les monnaies pour permettre une meilleure adaptation aux crises. Ainsi, en 25 ans, nous avons connu 96 crises bancaires et 176 crises monétaires (7). A posteriori, on constate que l’unification des monnaies américaines autour du dollar a optimisé la taille des flux financiers, mais fortement diminué la durabilité du système.

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Image : Nombre de monnaies complémentaires au 24 octobre 2009 (source : Bernard Lietaer).

Bernard Lietaer comptait en 2009 plus de 5 000 monnaies complémentaires dans le monde. Celles-ci sont créées avec des finalités différentes, comme nous allons le voir, et avec des caractéristiques qui leur sont propres. Jacques Robin identifie trois types de monnaies : une monnaie thésaurisable qui permet l’échange, mais également l’investissement dans le secteur marchand ; une monnaie non thésaurisable de consommation immédiate pour assurer à chacun une vie décente ; et une “monnaie de l’économie solidaire” affectée seulement à un domaine ou un territoire donné. De même, il existe plusieurs types de monnaies complémentaires en fonction de leur but et des acteurs qui les mettent en place.

2. Des monnaies d’économie locale ou régionale pour le développement économique

La première idée vient du monde de l’économie lui-même. Il s’agit d’utiliser les monnaies complémentaires pour favoriser le développement économique (8) d’une zone très localisée ou plus étendue (9).

Une des méthodes pour favoriser l’échange (qui est l’un des trois rôles de la monnaie) est de rendre difficile la spéculation (qui vient de l’intérêt, le moyen aujourd’hui le plus courant pour rémunérer son autre rôle de réserve de valeur) et ainsi de favoriser la « rotation de la monnaie » : car plus une monnaie change souvent de main, plus elle est disponible pour les échanges. D’où l’idée de créer une monnaie ayant un intérêt négatif (une monnaie perdant un peu de sa valeur chaque mois) afin de faire une monnaie dédiée à l’échange mais inefficace comme réserve de valeur.

Silvio Gesell et les monnaies franches
Silvio Gesell était un commerçant et un théoricien monétaire. Il publie en 1916 L’Ordre économique naturel, dans lequel il constate que l’argent, contrairement à tout ce qui se trouve dans la nature, ne se détériore pas. Ainsi, il est avantageux pour une personne qui le peut de conserver son argent en attendant que les prix baissent (ce qui ne peut arriver que si suffisamment de personnes évitent à un moment donné d’utiliser l’argent dont elles disposent).

Il propose la mise en place de « monnaies franches » qui perdent régulièrement de leur valeur afin d’en encourager la rotation (on parle d’« oxydation de la monnaie »).

Une association « franchiste » s’est créée en Allemagne en 1919. Il y a eu une vingtaine de cas de mise en place de monnaies franches locales afin de favoriser l’échange local, dont trois en France (Nice en 1933, Lignières en Berry en 1956-1958, Marans en 1957-1958) mais aussi Schwanenkirchen (Allemagne, 1930-1931), Wörgl (Autriche, 1932-1933) ou Porto Alegre (Brésil, 1958). Dans tous ces cas, elles ont permis de grandes métamorphoses alors que sévissaient des crises économiques graves. Ces expériences ont ensuite été interdites par les États ou les banques disposant du monopole de la création monétaire.

Une deuxième idée pour favoriser l’échange est de rendre l’économie indépendante des crises bancaires et monétaires (une dizaine par an depuis 25 ans). C’est l’idée qu’ont eue seize hommes d’affaires suisses et que relate Bernard Lietaer (.pdf). Peu de temps après la crise de 1929, les banques réduisaient leur ligne de crédit et certains hommes d’affaires ne pouvaient plus payer leurs fournisseurs. En 1934, seize hommes d’affaires ont décidé de continuer malgré tout à faire des transactions entre eux en comptabilisant leurs crédits et débits dans une monnaie commune, le WIR (d’une valeur équivalente à celle du franc suisse). Ainsi, lorsque tout va bien, les sociétés échangent en francs suisses et lorsque les crises impactent la capacité de financement des sociétés, celles-ci échangent plutôt en WIR. Aujourd’hui, la Banque coopérative WIR basée à Bâle compte 75 000 PME clientes, soit un quart des entreprises suisses qui échangent près de 2 milliards de dollars annuellement. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’empêcher la spéculation, mais plutôt de rendre l’économie indépendante des aléas de la finance. D’ailleurs, le WIR dispose d’un taux d’intérêt, bien que celui-ci soit très faible.

Une troisième approche consiste à favoriser l’échange sur un territoire particulier ou avec un groupe particulier de commerçants en convertissant de l’argent classique dans des coupons ou monnaies qui ne peuvent être utilisés qu’avec un nombre réduit d’acteurs. C’est le cas par exemple des S’Miles ou des Miles (quatorze trillions de Miles existent et un trillion est créé chaque année) ou toutes les autres cartes de fidélisation. Les achats effectués dans les enseignes participantes permettent d’accumuler des « points » qui peuvent être convertis en cadeaux. Le débat existe pour savoir s’il y a dans ce cas création monétaire (l’argent immobilisé sous forme de points n’existe plus sous forme de monnaie classique jusqu’à ce qu’il soit reconverti lorsque l’offreur de cadeau ou de service redonne les points pour être payé (10)). Des économistes considèrent que les cartes de fidélisation sont une forme de monnaie créée non plus par les banques et les États, mais par des sociétés privées (11)… La question est la même pour les Chèques-Déjeuners très répandus en France et qui commencent même à être utilisés pour des achats de fruits et légumes chez les détaillants.

D’autres systèmes de paiement spécialisés se développent dans ce sens, en allant plus loin : les utilisateurs ne gagnent plus des points, mais doivent « acheter » cette monnaie avec de la monnaie classique. C’est le cas, par exemple, du Chiemgauer créé dans la région de Prien en Bavière. Cette monnaie est achetée 97 euros pour 100 Chiemgauers (sous forme de billets papier) par des associations sans but lucratif qui les revendent à leurs membres ou au grand public à parité avec l’euro et gagnent ainsi des euros pour financer leurs activités. Seuls 600 entreprises et commerces peuvent reconvertir cette monnaie sur la base de 95 euros pour 100 Chiemgauers. Ainsi, le système permet de financer les associations (3 euros pour 100 Chiemgauers) et le fonctionnement de la monnaie (2 euros pour 100 Chiemgauers pour l’association indépendante qui gère aujourd’hui la monnaie). Les entreprises qui paient 5 % sur leurs ventes en Chiemgauers y trouvent leur compte en disposant ainsi d’un ensemble de clients dédiés. Les utilisateurs peuvent s’en servir chez les commerçants ou entre eux, mais ne peuvent pas thésauriser, car la monnaie est fondante et perd 2 % de sa valeur tous les trois mois. Le Chiemgauer n’est que la plus connu des 27 monnaies régionales allemandes (Regio Netzwerk) et des 40 autres en formation.

Une autre approche pour éviter l’échange monétaire est le barter (l’échange de stocks contre de l’espace publicitaire ou des services). Il permet à des entreprises classiques de réduire leur besoin en fonds de roulement. Ce système concerne 200 000 entreprises aux États-Unis pour un montant de 16 milliards de dollars. Il est particulièrement développé dans le monde anglo-saxon et dans les domaines de la publicité et du tourisme. Il existe même une organisation internationale de contrôle des pratiques, l’International Reciprocal Trade Association (IRTA). Les entreprises négocient puis facturent les transactions avec des montants dans la monnaie officielle, cependant le paiement ne s’effectue pas en dollars, mais par compensation. La TVA, dans ce cas, s’applique. Pour faciliter les échanges, plus de 800 sociétés de barter se sont montées dans le monde. La compensation permet de vendre à une société, mais d’acheter avec le montant « potentiel » ainsi obtenu à une autre société (un « troc multilatéral », en quelque sorte). Cette approche, équivalente à celle du WIR suisse, revient à remplacer le troc par une nouvelle monnaie (dont la valeur est équivalente à celle de la monnaie officielle). L’argent officiel qui peut venir à manquer est remplacé par une ligne sur un serveur ou un livre de comptes, indiquant un montant disponible ou bien à compenser par la fourniture d’un bien ou d’un service.

La même approche est également possible pour réduire les effets, pour les PME, des délais de paiement des factures (leurs principaux clients les paient à 90 jours ou davantage). Le circuit de crédit commercial (C3) proposé par l’ONG néerlandaise STRO (Social Trade Organisation) permet à une entreprise d’échanger des factures assurées, mais non encore réglées contre des « fonds de compensation ». L’entreprise peut alors régler ses propres fournisseurs en ligne par ces fonds de compensation. Le fournisseur qui est ainsi payé peut soit encaisser la somme en monnaie conventionnelle (avec un certain coût), soit, sans frais, payer ses propres fournisseurs avec ces fonds de compensation. Un tel système permet d’injecter de la liquidité de manière substantielle dans tout le circuit des PME et ainsi de développer des emplois. Les gouvernements ou les collectivités peuvent décider de contribuer au mécanisme de garantie des réseaux C3, ce qui revient à réduire le chômage à un coût considérablement moindre qu’avec les approches traditionnelles. Ce système, qui a été testé au Brésil, est actuellement déployé en Uruguay où il peut même servir à payer les taxes (ce qui est une première). Il est également en train d’être introduit en Europe (entre autres en Bretagne) et on peut même y jouer.

L’Euro RES, un barter entre entreprises et un système de fidélisation des particuliers (12)
Il est possible de mixer les approches. Ainsi, l’Euro RES est à la fois un système de compensation de barter entre les entreprises et un système de fidélisation des particuliers par une société créée en 1996 qui compte aujourd’hui 25 collaborateurs.

Cette monnaie, l’Euro RES, rassemble près de 5 000 commerçants et PME et 100 000 utilisateurs en Belgique et maintenant dans certaines régions de France, pour des échanges d’un montant de 34 millions d’euros en 2009. Les achats peuvent se faire à l’aide d’une carte de crédit, par téléphone ou bien par virement électronique.
L’objectif du RES est de stimuler l’économie locale. L’intérêt des particuliers de payer en RES est un rabais de 10 % sur leurs achats : ils achètent en effet 150 euros RES pour seulement 135 euros avec un pouvoir d’achat de 1 euro pour 1 euro RES. Les professionnels disposent pour leur part d’une clientèle fidélisée qui augmente leur chiffre d’affaires (de 3 à 5 %). Pour l’État, il n’y a pas de différence. Les factures sont toujours labélisées en euros et la TVA est payée normalement (en euros classiques). Il existe même des prêts à taux d’intérêts nuls, car la rémunération du système RES se fait sur les transactions et non sur les crédits. Le système a reçu l’agrément de la Commission bancaire belge.

Le système n’est convertible qu’en entrée. Cela veut dire que le surplus de chiffres d’affaires réalisé par un commerçant sera dépensé auprès d’autres sociétés acceptant le RES (il garde bien sûr la majorité de ses ventes en euros classiques). Bien qu’un cadeau de 10 % soit fait lors de la conversion d’euros en Euros RES, ces derniers continuent de tourner et rapportent 3,5 % à la coopérative RES pour chaque vente d’un commerçant, afin de faire fonctionner le système.

L’Euro RES arrive actuellement en France, dans un premier temps dans le Nord et en région parisienne.

Il est intéressant de constater que les monnaies franches développées au cours du XXe siècle sont étanches (non convertibles en entrées et en sortie, mais surtout souvent non calculables en monnaie conventionnelle) ce qui pose un problème de taxation par les États, alors que les monnaies de type fidélisation des consommateurs ou compensation entre sociétés (WIR, Regio Netzwerk, RES) permettent une comptabilité tout à fait classique équivalente aux monnaies officielles et apparaissent dans les comptes comme un simple compte bancaire supplémentaire.

Il existe cependant une approche tout à fait différente qui n’indexe plus la monnaie complémentaire sur la monnaie officielle (ou sur un panier de monnaies officielles), mais sur une autre unité qui a pour particularité de ne pas fluctuer comme les monnaies classiques : le temps. C’est le cas, par exemple, de l’Ithaca Hours utilisée dans la petite ville d’Ithaca dans l’État de New York, accepté par près de 1 500 boutiques ou entreprises. Il est possible d’échanger du dollar contre de l’Ithaca Hours (environ 10 dollars, ce qui représente le salaire horaire moyen, vaut 1 Ithaca Hours), mais l’échange inverse, d’Ithaca Hours vers le dollar, est impossible. La librairie Autumn Leaves assure le rôle de banque. Ce système a été accepté par les institutions (mairie, chambre de commerce) et même par les banques (une grande banque facture même certaines de ses charges et quelques frais de crédits en Ithaca Hours). Cette monnaie commence à faire des émules dans plusieurs autres villes des États-Unis et même en dehors du pays (13). Des représentants de la Banque centrale de Chine sont même venus à Ithaca et ont depuis créé des « Hours ». Les Japonais ont également eu leur monnaie complémentaire économique labélisée en temps : le Tsukisara, qui a fonctionné apparemment jusqu’en 2005. Il est également convertible en entrée sur la base de 1 Tsukisara pour 800 yens, soit l’équivalent d’environ une heure de travail.

Les monnaies complémentaires d’économie ne sont pas seulement basées sur des territoires matériels locaux ou régionaux, mais également sur des « territoires virtuels ». C’est le cas par exemple des Linden dollars qui ont cours dans le monde virtuel 3D persistant Second Life. Ils s’achètent et se vendent approximativement pour 1 dollar les 250 dollars Linden (sans compter la commission de change) sur le site officiel d’échange ou sur plusieurs autres. Le système PayPal utilisé par eBay – mais également chez beaucoup d’autres vendeurs en ligne – est du même type. Aujourd’hui, c’est Facebook, le réseau social le plus répandu au monde, qui se lance dans l’aventure. Fort de ses 500 millions de membres et des cent langues disponibles, la société est sur le point, après une phase de test, de lancer les « crédits Facebook ». Déjà, Zynga, la société qui a lancé plusieurs jeux à succès sur Facebook, devrait réaliser un chiffre d’affaires de l’ordre de 450 millions de dollars en 2010. Avec la possibilité d’utiliser son compte Facebook pour s’authentifier sur d’autres sites grâce à Facebook Connect, il devient possible pour à peu près n’importe qui dans n’importe quel pays d’accepter les paiements sur son propre site (Facebook prélevant au passage 30 % des transactions pour ses « frais »). Cette initiative devrait permettre une explosion du e-commerce et du micropaiement dans le monde, y compris dans les pays émergents. Mais également de fournir aux spécialistes du marketing des données sans précédent sur nos comportements d’achat…

Caractéristiques des monnaies d’économie locale ou régionale
Il semble que ces types de monnaies disposent de caractéristiques communes : même si elles n’ont pas toutes une unité de compte en valeur d’échange (mais, par exemple, comptabilisé en temps). Cependant, pour devenir acceptables, elles doivent avoir un moyen de calculer un équivalent en monnaie officielle (ou dans un ensemble de monnaies officielles) afin de permettre une taxation par l’État.

Il existe deux principaux cas de figure :

  • La monnaie complémentaire est achetable en monnaie officielle uniquement en entrée (ce qui revient à faire gonfler la masse monétaire de cette monnaie au fur et à mesure que des personnes en achètent) ;
  • La monnaie complémentaire est achetable en monnaie officielle uniquement en entrée par les consommateurs, mais les destinataires, tels que les commerçants, peuvent ensuite récupérer de la monnaie officielle à partir de la monnaie complémentaire, ce qui revient à l’équivalent d’une carte de fidélité qui permet d’« acheter » des cadeaux.

Les monnaies complètement étanches comme les monnaies franches, lorsqu’elles ne sont pas indexées sur une monnaie conventionnelle, complexifient la taxation et donc le financement de la collectivité (14).
Ces monnaies qui ont pour vocation de « favoriser l’échange » (l’une des trois fonctions de la monnaie) cherchent le plus souvent à éviter la spéculation ou l’accumulation dormante de monnaie. C’est pour cette raison qu’elles ont rarement de taux d’intérêts (ou bien très faibles), voire parfois des taux d’intérêts négatifs (monnaies fondantes).

Ces monnaies complémentaires économiques, peuvent ainsi passer à l’échelle et même si elles ont souvent été proposées comme monnaies locales, elles se développent également à l’échelle d’un pays ou même d’un groupe de pays, voire au niveau international.

3. Des monnaies de lien social pour développer la solidarité

(15)
Pour certaines monnaies, l’objectif n’est pas tant de multiplier les échanges économiques, même si elles les permettent, que de développer l’entraide et le lien social. C’est le cas des LETS (Local Exchange Trading Systems) créés à partir de 1982 au Canada (16) et des SEL (systèmes d’échange local) qui sont nés en Ariège en 1994. Il s’agit de monnaies utilisées par une communauté à but non lucratif : le Pélou en Ardèche, le Piaf ou le Panam à Paris, le Cocagne à Toulouse, etc.

Il existe aujourd’hui entre 300 et 350 SEL en France qui impliquent 25 à 30 personnes pour les plus petits et 300 à 500 personnes pour les plus importants. Cette approche s’est répandue dans de nombreux pays. Chaque SEL dispose de ses propres règles. Certains utilisent des feuilles de richesse pour comptabiliser la monnaie (on signe sur la feuille de l’autre en indiquant le montant de la transaction), d’autres des chéquiers spéciaux dédiés au SEL. Dans certains SEL on démarre avec un crédit de zéro, tandis que dans d’autres on dispose d’un solde de démarrage. La gouvernance est en général collégiale et ne comprend ni président ni trésorier. Certains SEL créent ainsi de la masse monétaire (on parle de « puits sans fond ») pour fournir un crédit de départ ou pour indemniser les tâches qui assurent leur fonctionnement sans prélever un « impôt » sur les membres. Cependant, s’il y a beaucoup plus de monnaie disponible que de ressources proposées, on se retrouve avec une inflation ou une dévaluation tout comme dans n’importe quelle monnaie. L’unité de compte est parfois indexée sur la monnaie officielle, mais plus souvent fait appel à une conception objective de la valeur – contrairement à la monnaie traditionnelle depuis la fin du XIXe siècle, qui se base sur la rareté et sur la perception subjective de l’utilité : les économistes anglais classiques considèrent que la valeur a un fondement objectif, indépendant de l’observateur, comme le travail objectif qu’il a fallu dépenser pour produire un bien ou un service. Certaines monnaies de SEL sont indexées sur le temps, indépendamment de la qualification de la tâche.

Les SEL sont en général plutôt ciblés sur un territoire. Certains SEL ont cherché à toucher des populations particulières. Ce fut le cas des Prunes pour les chômeurs (« On travaille pour des prunes ! »), mais ces types de SEL ont eu du mal à vivre par manque de diversité.

Les SEL, l’économie classique et la fiscalité
Les SEL sont en général complètement non convertibles avec les monnaies officielles. Dans 95 % des cas, il est même interdit de payer une partie avec une monnaie de SEL et le reste avec de l’argent classique. Se pose cependant la question de l’impact d’un SEL sur l’économie classique.

S’ils favorisent l’échange entre les habitants, ils pourraient nuire aux professionnels qui doivent gagner également de l’argent classique pour acheter les biens et services nécessaires qu’ils ne pourront pas trouver dans le SEL (même si certaines personnes vivent en très grande partie dans cette économie locale, ils peuvent difficilement accéder à certains services, par exemple voyager : l’essence ou le train ne sont pas payables dans ces monnaies). C’est pour cette raison que certains SEL ont établi comme règle, l’interdiction de payer par cette méthode les services d’un artisan en activité (17).

Dans d’autres SEL il est possible d’acheter des pizzas ou même les services d’un prothésiste dentaire. Cependant, dans le cas d’activités non ponctuelles, ces professionnels doivent payer la TVA et les impôts qui financent le fonctionnement de la collectivité. L’unité de compte des SEL, souvent non compatible avec la monnaie traditionnelle, nécessite une évaluation pour assurer une comptabilité et les déclarations nécessaires (18). Les SEL sont néanmoins tolérés par les banques et les États à condition qu’ils restent dans une marge d’activité acceptable pour ne pas mettre en péril l’équilibre des finances des banques et des collectivités.

Il n’y a pas d’association nationale des SEL mais des Rencontres interSEL et un site internet favorisant l’échange et qui a également permis la négociation d’une assurance au niveau national pour les activités des SEL. Certains SEL proposent une convertibilité entre eux et disposent ainsi d’une feuille de richesse annuelle pour les échanges entre SEL. Il est également possible de bénéficier d’hébergement lorsque l’on se déplace dans différents SEL avec La Route des SEL. Les nuitées sont payables en SEL (60 unités dans la plupart des SEL comptabilisés sur un « carnet de voyage ») et les participants offrent deux nuitées pour la gestion du réseau.

Le Gran, une monnaie indexée sur… ce qui n’a pas de valeur (19)
Comme nous l’avons vu, les monnaies peuvent être créées à partir d’un bien matériel (en général un métal précieux comme l’or ou l’argent), par décision des États ou bien par la promesse du remboursement d’une dette.

Le Gran (« grain » en portugais) utilisé dans les universités brésiliennes représente un cas particulier intéressant. Il s’agit d’une monnaie qui se crée à partir d’un bien matériel qui n’a pas de valeur pour l’intéressé. Chacun a chez lui des objets dont il ne se sert plus. L’idée est de faire une bourse d’échange avec une monnaie (je peux être intéressé par ce qu’a apporté quelqu’un d’autre, mais n’avoir rien à lui donner en retour qui l’intéresse, dans ce cas le troc est inefficace). La valeur d’usage des objets apportés est donc nulle. Les personnes reçoivent, en échange de ce qu’elles ont apporté dans un poste d’échange de l’université, 1 Gran, et ce, quelle que soit l’importance de l’objet, vélo ou simple livre, dont de toute façon elles souhaitent se débarrasser. Plus précisément, les postes d’échanges comportent deux boîtes : une où l’on met les objets que l’on considère pouvoir avoir un intérêt pour d’autres (en échange d’1 Gran) et une autre où l’on place les objets qui n’ont aucune valeur et que l’on est prêt à donner. Ce système d’auto-sélection a permis une régulation suffisante pour éviter un déséquilibre entre les Grans et les objets qui ont peu de chance de trouver des acquéreurs. Les premières expériences ont eu lieu en 2004 dans une université pendant la durée limitée d’une foire. L’échange est par la suite devenu permanent.

En 2008, quatre universités ont utilisé le Gran. Certaines administrations ne souhaitant pas assumer le travail supplémentaire de la gestion de la monnaie et des postes d’échange, ce sont des étudiants qui se sont alors proposés pour assurer le rôle de banque. Finalement, après avoir été exclusivement une bourse d’échange d’objets, le Gran a commencé à devenir un marché éco-solidaire : quelques commerçants sur le campus (vendeurs de sandwichs) ont même commencé à accepter certains paiements en Grans pour bénéficier des objets proposés. Parfois même, le sandwich est payé en Réal et la monnaie est rendue en Grans (sur la base choisie par les consommateurs de 1 Réal pour 1 Gran). La Tienda, un magasin de livres, a finalement accepté les Grans en paiement, avec pour résultat un accroissement du nombre de lecteurs.

Un système identique a été testé en 2009 dans le Morvan, au sein d’un petit groupe d’amis, le Bleep Morvan, pour développer une monnaie pour une seule soirée dans le cadre d’une bourse d’échange de plants de fleurs et de légumes : le Flore. L’expérience a permis de mieux comprendre le fonctionnement de ce type de monnaies, mais n’a pas été pérennisée, car un groupe d’une douzaine de personnes est suffisamment petit pour permettre l’échange informel sur la base de la confiance entre les personnes. Remplacer cette confiance par la confiance dans un mécanisme monétaire risquerait au contraire de perturber le système de confiance directe entre les personnes. Effectivement, par la suite, le groupe a continué d’échanger sur la base du don (sans contrepartie), l’ensemble des échanges s’équilibrant globalement suffisamment.

Caractéristiques des monnaies de lien social
Les monnaies complémentaires sociales ressemblent aux monnaies d’économie locale ou régionale mais cette fois la priorité est donnée plutôt à la solidarité et au lien social qu’à l’échange marchand.

Elles sont en général non convertibles en monnaies officielles (bien que dans le cas du Gran présenté précédemment, il soit possible de rendre la monnaie en Grans pour un bien acheté en Réal) et disposent d’unités de compte variées, mais souvent calculées à partir d’une conception objective de la valeur contrairement aux monnaies classiques actuelles (valeur-travail, temps passé, nombre d’objets fournis, etc.).

Ces monnaies n’ont pas pour but le développement d’activités professionnelles classiques (non ponctuelles). Lorsqu’elles les autorisent, il est alors nécessaire de déclarer ces activités pour permettre une fiscalité traditionnelle pour financer la collectivité. Cependant, par leur taille réduite adaptée au développement du lien social (quelques centaines de personnes au plus), ces monnaies sociales ont un impact modéré sur le reste de l’économie et sont tolérées par les banques et les États. Il existe cependant des conversions possibles entre certaines de ces monnaies, prémisses d’un système monétaire plus global axé sur la solidarité.

4. Des monnaies de réputation pour favoriser les mécanismes de confiance

Le troisième type de monnaie n’a qu’un rapport indirect avec l’économie, car il s’agit des monnaies de réputation qui mesurent la reconnaissance que l’on a reçue des autres. Elles agissent un peu à la manière des « bons points » et permettent de savoir si l’on peut avoir confiance dans une personne ou bien si celle-ci a une action sociale positive.

Un exemple de ce type de monnaie est le Whuffie. Le nom de cette monnaie est issu du roman de science-fiction de Cory Doctorow, Dans la dèche au royaume enchanté. Dans un monde futur, les problèmes de rareté ont été vaincus (comme c’était l’objectif des théoriciens de l’économie). Tous les biens de première nécessité sont gratuits et à disposition. La seule chose qui a de la valeur est la réputation mesurée en Whuffies qui est visible instantanément par tous grâce à un implant cérébral. La Whuffie Bank propose actuellement sur internet un mécanisme similaire avec une réputation basée sur Twitter : plus on « retwitte » plus on a de points. Il n’y a pas besoin d’inscription supplémentaire, le site internet permet de calculer immédiatement votre nombre de Whuffies à partir de votre compte Twitter. Mais le Whuffie est-il à proprement parler une monnaie ? Il s’agit bien d’un système de mesure (une « unité de compte ») qui a pour but de « faciliter l’échange » (dans ce cas, l’échange d’information en incitant les internautes à se « retwitter » entre eux). Mais le nombre de tweets est-il une bonne approximation de la reconnaissance ?

La reconnaissance est le mécanisme qui permet de construire dans un groupe la confiance entre les personnes (et pas seulement la confiance dans un mécanisme intermédiaire). Il y a en fait deux formes de reconnaissances : le prestige et l’estime.

Le prestige est attribué par un représentant légitime d’un groupe sous forme de titres ou de récompenses. Il est donc mesurable comme la monnaie (on peut montrer les titres et les récompenses que l’on a obtenus) mais contrairement à la monnaie, il a plutôt tendance à être distribué de façon centralisée (le chef ou un comité spécialisé) et, sauf cas exceptionnel, on accumule les titres et les récompenses, mais on ne les rend pas ou on ne les donne pas à quelqu’un d’autre. C’est d’ailleurs le fondement du Principe de Peter : une personne qui travaille bien va obtenir un poste de plus en plus élevé jusqu’à ce qu’elle arrive à son « niveau d’incompétence » où elle ne progressera plus. Une organisation mature est donc un groupe où tout le monde est arrivé à son niveau d’incompétence…

L’estime fonctionne de façon très différente et est à la base des modes de gestion coopératifs. Tout d’abord, elle n’est pas mesurable (même s’il reste possible de l’évaluer approximativement) : nous ne pouvons pas comparer l’estime que nous avons pour une personne avec celle qu’un autre a pour cette même personne, car nous n’avons pas d’étalon commun externe à nous (la mesure nécessite un étalon commun et une unité, mais dans ce cas, ceux-ci sont internes à nous et non pas externes et partageables). Nous pouvons cependant l’évaluer et dire que nous avons « beaucoup » ou « peu » d’estime, ou encore « de plus en plus », « de moins en moins », mais cela n’a pas de sens de parler de 7,1 ou de 7,3 points d’estime. En revanche, l’estime est un système distribué qui est attribué par n’importe qui dans le groupe et peut être repris si la personne fait quelque chose qui est jugé négativement. De ce point de vue, elle se rapproche d’une monnaie, mais contrairement aux monnaies que nous connaissons, elle n’est pas « transactionnelle », c’est-à-dire qu’elle ne se limite pas seulement à deux protagonistes. Si une personne fait quelque chose de bien pour une autre, les autres membres du groupe pourront lui apporter de l’estime (même si le bénéficiaire, ingrat, ne le fait pas lui-même). De ce point de vue, l’estime est un système « économique » qui n’est pas basé sur l’interrelation comme le troc ou la monnaie classique (l’interaction entre deux personnes, le vendeur et l’acheteur), mais sur le groupe, le réseau ou, dit autrement, sur la complexité (interaction à plusieurs, c’est-à-dire à partir de trois).

Un système à deux (acheteur/vendeur) ou bien un système plus complexe à plusieurs ?
Le mot « plusieurs » en français a pour sens « à partir de trois » dans certains dictionnaires, mais plus récemment « à partir de deux » dans d’autres. Le dictionnaire de l’Académie française qui fait loi dans notre langue entérine la perte de cette subtilité distinguant le « deux » (l’interrelation, l’interpersonnel) des autres nombres pluriels (à partir de trois, là où commence le monde de la complexité) : « Qui est en nombre indéterminé et, le plus souvent, supérieur à deux. » Dans d’autres langues, cette distinction est conservée dans la grammaire elle-même avec le singulier (un), le duel (deux) et le pluriel (à partir de trois). C’est le cas par exemple en grec, dans la plupart des langues slaves ou encore en langue Huron.

De la même manière, il faut se garder de jugements trop hâtifs sur la manière de compter de la tribu Pirahã en Amazonie. Ils ont des termes uniquement pour « un », « deux » et « beaucoup ». S’ils ne distinguent pas les nombres au-delà de deux, ils ont parfaitement compris la différence entre l’interpersonnel et le groupe…

Les systèmes monétaires ont été conçus pour faciliter l’échange par rapport au troc. Il y a cependant à chaque échange (à chaque transaction) un vendeur et un acheteur. L’économie s’intéresse à la somme des transactions deux à deux. Cependant, avec les mécanismes de reconnaissance, une même personne peut recevoir de l’estime de plusieurs personnes pour une même action. Nous sommes alors dans le domaine des systèmes complexes et des phénomènes « émergents », tels qu’on les trouve dans la plupart des groupes humains.

Si l’économie s’appuie sur la rareté, les mécanismes coopératifs basés sur l’estime s’appuient au contraire sur l’abondance de possibilités et correspondent donc à des modes de gestions différents. L’abondance étant même un des moyens de développer l’innovation.

Le prestige est donc mesurable, mais distribué de façon centralisée et rarement repris. Il agit plutôt comme un système de bons points que comme une monnaie. L’estime est bien un système de régulation décentralisé, mais il n’est pas mesurable (l’unité de compte est par nature « approximative ») et non transactionnel (l’échange peut faire intervenir plus de deux personnes). Peut-on dans ce cas imaginer un système de monnaie mesurable, plus proche des monnaies classiques qui puissent contribuer aux mécanismes de réputation ? C’est ce qu’ont cherché à réaliser certaines monnaies.

Le Twollar est une monnaie de remerciement et de gratification. Toute personne qui dispose d’un compte Twitter dispose (souvent sans même le savoir) d’un compte Twollar avec un capital de départ de 50 Twollars (il y a donc augmentation de la masse monétaire au fur et à mesure de la création des comptes Twitter). Vous pouvez donner facilement des Twollars à toute personne disposant d’un compte Twitter avec un message de la forme « @jmichelcornu 2 Twollars pour m’avoir fait connaître les monnaies complémentaires ». Mais le Twollar n’est pas complètement séparé du monde économique. Il est ainsi possible de donner des Twollars à des causes humanitaires. Ces mêmes organismes peuvent ensuite revendre leurs Twollars sur la base de 1 dollar pour 10 Twollars (ainsi les Twollars reviennent en circulation). Il est intéressant de noter que contrairement aux monnaies classiques le classement (Twollars ranking) se fait non pas en fonction du nombre de Twollars que vous possédez, mais du nombre de Twollars que vous avez donnés à d’autres. Il ne s’agit donc pas tant d’une monnaie qui sert d’échange et de comptabilité que d’une façon d’appeler des fonds pour des causes charitables.

ExploraCœur est une unité de compte subjective pour remercier quelqu’un. Elle peut donc servir de monnaie complémentaire pour rémunérer une activité (comme la maintenance ou la traduction d’un wiki), mais il s’agit plutôt d’une « monnaie jeu » permettant de tester des monnaies (par exemple dans le cadre d’un BarCamp) sans la complexité sur les aspects sécuritaires et légaux de monnaies ayant des enjeux plus importants. La syntaxe des tweets pour donner des ExploraCœurs est du type « give 5 #exploracœurs @jmichelcornu pour son article sur les monnaies ». Il est également possible de réutiliser des Twollars en version ExploraCœurs, mais contrairement aux Twollars il n’y a pas de classement des ExploraCœurs. Ceux-ci peuvent en revanche servir pour acheter des biens et des services.

Les systèmes d’évaluation (ranking) tels que ceux d’eBay pourraient s’apparenter à ce type de monnaie de réputation, mais avec une création monétaire illimitée (chacun donne autant d’étoiles qu’il le veut) et une distribution à sens unique (on ne prend pas une partie de son score pour le donner à d’autres) comme dans le cas du prestige. Cependant, l’évaluation peut, contrairement au prestige, baisser plus facilement si un vendeur commence à se comporter de façon moins parfaite. Cela a d’ailleurs conduit à des réactions exacerbées où des vendeurs insultaient des acheteurs qui les avaient mal notés ou à des tractations (si je fais un geste commercial tu changes ou annules ta note). En réalité les systèmes d’évaluation de vendeurs correspondent plutôt à une mesure négative (combien on s’écarte de la perfection, du nombre maximum d’étoiles) qu’à une mesure positive de la qualité du vendeur.

Trois projets de monnaies pour le jeu du Tao
Tao Village propose un jeu aussi bien pour les particuliers que les entreprises facilitant l’entraide entre les participants pour réaliser leurs souhaits ou leurs projets essentiels. Dans le cadre du « Grand jeu » qui rassemble tous les joueurs de parties du jeu du Tao, trois monnaies différentes ont été imaginées avec des spécificités adaptées à différents besoins :

  • La richesse qui s’échange : le Taosou. La valeur du Taosou est équivalente à l’euro et plus ou moins à une minute de son temps. Chaque groupe peut avoir ainsi sa propre monnaie pour échanger nourriture, produits, logement, services, temps, toutes les richesses qui s’échangent ;
  • La richesse qui s’évalue : le Taocool. L’amitié, la beauté, la liberté, la politesse, l’intégrité, la réputation, etc., sont toutes des formes de richesse que l’on peut évaluer intimement. Elles ne sont ni échangeables, ni objectivement mesurables, car leur impact n’est ressenti que subjectivement. Mais elles sont très importantes et comptent énormément dans la relation ;
  • La richesse qui se mesure : le Taotop. Ce que j’offre à la communauté par philanthropie, mes actions, mon efficacité, mes résultats, tout cela peut se mesurer et accroître la richesse de la communauté. Mais cela souffre presque toujours d’un manque de monnaie. Pour accroître notre capacité à cultiver ces niveaux de richesse, nous avons besoin de systèmes de prise en compte de la richesse qui vont au-delà de la monnaie.

Les monnaies de réputation, même lorsqu’elles ne sont pas convertibles, ne sont pas complètement étrangères à la sphère économique. En effet, la reconnaissance par les pairs peut être convertie en confiance pour lancer ou participer à un projet et donc être convertie en emploi salarié ou en promotion. C’est ce modèle économique qui a prévalu dans la communauté scientifique avant l’émergence des revues à comité de lecture : l’estime de l’ensemble de la communauté scientifique permettait l’embauche ou la promotion des scientifiques. Le système de comités de lecture a permis de rendre mesurable cette « réputation » par le nombre d’articles acceptés par les pairs pour être publiés dans une revue scientifique prestigieuse. Mais ce système de mesure a eu un effet pervers : là où les scientifiques échangeaient très librement entre eux dans le cadre d’un mécanisme global d’estime, la compétition pour la publication dans quelques revues scientifiques a rendu les contributeurs concurrents entre eux. Au risque qu’un pair relisant le papier d’un collègue le refuse pour le republier par la suite sous son nom… L’abondance d’échanges scientifiques en continu s’est raréfiée pour ne plus passer que par la version finale diffusée par des revues très onéreuses.

Le logiciel libre dispose également d’un mécanisme similaire à la communauté scientifique d’avant (et parfois d’après) les revues à comité de lecture, c’est même un des modèles économiques des contributeurs du libre : une personne ayant contribué gratuitement, mais efficacement au développement d’un logiciel pourra ainsi être repérée plus facilement pour ses qualités. Les monnaies de réputation peuvent faciliter le repérage des personnes de valeur qui peuvent ainsi trouver des emplois en rapport avec leurs qualités.

Caractéristiques des monnaies de réputation
Les monnaies de réputation cherchent à rendre mesurable la réputation d’une personne afin de développer les mécanismes de reconnaissance et de confiance dans un groupe.

Elles nécessitent bien souvent une sécurité moindre, car contrairement à une idée reçue, il semble que la confiance au sein d’un réseau social ne nécessite pas toujours un système de sécurité fiable (on le voit par exemple dans Wikipédia), si bien que ces monnaies peuvent se mettre en place facilement en utilisant des outils simples comme Twitter. Elles peuvent ainsi être utilisées comme des « monnaies jeu » afin de tester et faire comprendre des mécanismes de régulation au sein d’un groupe, même ponctuel.

Cependant, les mécanismes de régulation de la coopération dans les groupes font appel en général à l’estime qui n’est ni mesurable (il n’existe pas d’étalon indépendant extérieur aux personnes) ni transactionnelle (l’échange peut faire intervenir plus de deux personnes). Un système monétaire calculable ne donne donc qu’une représentation partielle de la réputation et peut parfois développer des effets pervers – comme dans le cas de la mesure de la qualité des scientifiques par le nombre de parutions dans les revues à comité de lecture.

Il reste sans doute à imaginer ce que seraient des monnaies non mesurables (des monnaies approximatives ou « pifométriques ») pour mieux prendre en compte les jugements subjectifs, et des monnaies complexes plutôt que transactionnelles (permettant une régulation globale plutôt qu’une somme de régulations fragmentaires).

Ces monnaies qui sont à la frontière entre la confiance « entre les personnes » et la confiance « dans un mécanisme intermédiaire entre les personnes » posent également la question de savoir jusqu’où la monnaie doit aller sans perturber les mécanismes naturels de régulation des groupes.

5. Des monnaies affectées pour favoriser une activité humaine

Une monnaie complémentaire peut servir à développer l’échange économique, le lien social ou les mécanismes de réputation. Elle peut également être limitée à une activité particulière – la culture, le développement durable, l’aide aux seniors, etc. – afin de la favoriser. Dans l’exemple du pilote de cargo (voir au début du chapitre) celui-ci regrettait que le « business » aboutisse à vendre des armes aux uns et des raisins aux autres. Sans supprimer la monnaie classique généraliste qui sert à faciliter tous les types d’échanges quels qu’ils soient, il est possible d’ajouter à celle-ci une autre monnaie affectée uniquement à un type d’échange pour lui donner une chance supplémentaire.

Une monnaie affectée à la culture et qui change la société
À Bali en Indonésie la monnaie officielle est le rupiah (la « roupie indonésienne »). Mais il existe une seconde monnaie, le Narayan Banjar, ce qui signifie littéralement « travailler pour le bien de la communauté ». Depuis le Xe siècle se sont créées des « banjars », des communautés qui regroupent entre 50 et 500 familles. Il en existe environ 3 000 aujourd’hui. Tous ces banjars, riches ou pauvres, sont capables de créer des événements ou des festivals fantastiques qui peuvent durer un mois. À chaque fois ils établissent deux budgets complémentaires, l’un en rupiahs et l’autre en Narayan Banjars, une monnaie créée par chaque banjar qui représente des unités de temps d’environ trois heures. Les communautés pauvres ont tendance à avoir du temps mais peu d’argent, alors que les communautés riches ont plus d’argent que de temps disponible. Chaque banjar, quelle que soit sa richesse, est ainsi capable de créer des événements culturels de grande ampleur.

Bernard Lietaer a ainsi découvert que cette double monnaie est la raison pour laquelle les habitants de Bali sont pratiquement tous artistes, vivent plutôt bien en communauté et sont comparativement plutôt non violents. Cette monnaie complémentaire affectée a changé la société (si l’on compare le peuple de Bali à d’autres peuples indouistes, par exemple).

Bernard Lietaer identifie quatre défis majeurs pour la prochaine décennie (20) : l’instabilité financière, le vieillissement des populations, le changement de climat et l’extinction d’espèces et enfin la fin de l’ère industrielle et la question de l’emploi. Le premier défi est commun à toutes les monnaies. Les deux suivants peuvent être en particulier abordés par des changements de comportement face au vieillissement ou à l’environnement. Ceux-ci peuvent être encouragés par des monnaies affectées. Le quatrième défi, celui de l’emploi à la fin de l’ère industrielle est à la fois une question d’activité (à ne pas confondre avec l’emploi, comme le souligne Michel Godet) bénéficiant à la collectivité (abordée par les monnaies affectées) et une question de capacité économique (abordée par les monnaies d’économie locale ou régionale). Les monnaies affectées peuvent proposer des réponses à ces défis.

Ainsi, certaines monnaies complémentaires sont dédiées au développement territorial durable. À partir de 1971 à Curitiba, la capitale de l’État du Paraná au Brésil, le maire de l’époque, Jaime Lerner (un architecte), s’est attaqué à deux problèmes qui sévissaient dans sa ville : la pollution et les difficultés de transport. Le conseil municipal a décidé l’émission d’une monnaie sous la forme de jetons de bus. Les habitants de la ville gagnent cette monnaie en ramassant et triant les ordures. Cette monnaie affectée a un double avantage : les rues sont nettoyées et les habitants sont incités à utiliser les transports en commun et les nombreuses navettes disponibles pour se rendre au travail. Il existe plusieurs autres initiatives du même type dans la ville. À chaque fois, l’idée consiste à résoudre deux problèmes ensemble : avec le Cambio verde (le « change vert ») les habitants peuvent également échanger leurs ordures contre de la nourriture (1 kg le déchet contre 1 kg de denrées alimentaires). Ces initiatives ont été créées par un groupe comprenant des architectes, des sociologues et des artistes.

Jaime Lerner explique : « J’ai toujours aimé travailler avec des artistes, car les artistes ont la peau plus sensible, ils peuvent ressentir les besoins de la société avant les autres. » La mise en place de cette monnaie et de ces actions a également permis à la ville de faire des économies tout en résolvant ses difficultés. La municipalité a donc pu baisser l’imposition et ainsi rendre la ville plus attractive. Ce cercle vertueux a permis à Curitiba, aujourd’hui avec 2 millions d’habitants, d’être sacrée « capitale écologique du Brésil » et de devenir une des villes les plus prospères du pays (21). D’autres pays s’intéressent à des systèmes de paiement affectés à l’écologie. Les Pays-Bas, la Suisse et peut-être bientôt la région bruxelloise, ont des cartes de fidélité qui valorisent les achats et les comportements respectueux de l’environnement.

Trois monnaies pour trois approches : le Sol
Le Sol est une monnaie complémentaire qui s’est montée en France. Elle a comme particularité de représenter non pas une, mais trois monnaies, accessibles avec une même carte à puce :

  • Le Sol Coopération est une monnaie de type carte de fidélité qui s’obtient en achetant chez des commerçants qui ont une plus-value de type sociale ou environnementale (10 Sol pour 1 euro d’achat) et qui peuvent être réutilisés pour des achats ou pour soutenir des projets ;
  • Le Sol Affecté permet une aide par les collectivités ou les comités d’entreprises à un public déterminé pour une action particulière et uniquement pour celle-ci (telle que des chèques petite enfance, l’achat de produits issus de l’agriculture biologique ou le transport doux) ;
  • Le Sol Engagement permet de l’échange de temps (1 Sol pour 1 minute) entre personnes. Cette monnaie, plus qu’un objectif économique, a pour but le développement de solidarités.

80 entreprises utilisent le Sol dont 17 en Rhône-Alpes. La masse monétaire est de 130 000 Sols. Les deux premières monnaies reviennent à convertir de l’euro en Sols (les collectivités et les commerçants payent en euros les Sols qu’ils donnent) pour ensuite revenir en euro (les commerçants ou les projets bénéficiaires peuvent reconvertir les Sols reçus en euros). Le Sol Engagement, pour sa part, n’est pas convertible et dispose de sa propre « masse monétaire » indépendante.

L’expérience Sol est une bonne illustration de la diversité des types de monnaies. Toutes n’ont pas vocation principale à soutenir le développement économique sur un territoire comme le Sol Coopération, mais peuvent privilégier un domaine particulier (Sol Affecté) ou la solidarité entre les hommes (Sol Engagement).

Un autre exemple d’activité qui peut être favorisée par une monnaie complémentaire affectée est l’aide aux seniors. Le Fureai Kippu touche 1,8 million de Japonais. Cette monnaie s’intéresse à tout ce qui n’est pas couvert par l’assurance nationale maladie et invalidité. Le Fureai Kippu (« les billets de relation bienveillante ») a été mis en place en 1995 par la fondation Sawayaka Welfare. L’unité de compte est une heure de service à une personne âgée. Cette monnaie peut être gagnée par des seniors qui en aident d’autres ou bien par des personnes les transférant à leurs parents qui vivent à un autre endroit ou bien les conservant pour plus tard, quand ils seront malades ou âgés eux-mêmes. Les personnes âgées préfèrent payer les services en Fureai Kippu plutôt qu’en yens, même quand ils disposent des deux du fait de la nature plus personnelle de la relation (Fureai) entre les aidants et les aidés.

Caractéristiques des monnaies affectées
Les monnaies affectées ont pour but de favoriser une activité humaine telle que l’art et la culture, les comportements favorables à l’environnement, l’aide aux personnes âgées, etc.
Ces monnaies sont le plus souvent non convertibles avec les monnaies officielles pour ne pas détourner le soutien à une activité vers d’autres domaines. Elles ont des unités de compte variées (indexées sur une monnaie classique de valeur d’échange, temps, etc.) mais ne permettent pas – le plus souvent – le paiement de taxes et d’impôts. Cependant, certaines de ces monnaies sont mises en place par des collectivités qui réalisent ainsi des économies compensant la non-taxation de l’activité (voir l’exemple de Curitiba).

Certaines monnaies peuvent être affectées aux défis de la fin de l’ère industrielle et de l’emploi. Elles peuvent rejoindre en cela les monnaies d’économie locale ou régionale. Ces deux types de monnaies ont des caractéristiques différentes et il reste à inventer un système repensant le lien entre l’activité et la sécurité économique.

Jean-Michel Cornu

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Notes
1. Extrait du film documentaire Le Cauchemar de Darwin de Hubert Sauper, 2005.
2. Patrick Viveret, in Philippe Merlant, René Passet, Jacques Robin (dir.), Sortir de l’économisme. Une alternative au capitalisme néolibéral, Les Éditions de l’Atelier, 2003.
3. Robert E. Ulanowicz, A Third Window. Natural Life beyond Newton and Darwin, Templeton Foundation Press, 2009.
4. Benoît Mandelbrot :”Entre le domaine du désordre incontrôlé et l’ordre excessif d’Euclide, il y a désormais une nouvelle zone d’ordre fractal”. Voir également la notion de “dialogique” d’Edgar Morin qui “unit deux principes ou notions antagonistes, qui apparemment devraient se repousser l’un l’autre, mais qui sont indissociables et indispensables pour comprendre une même réalité”.
5. Joseph Tainter, The Collapse of Complex Societies, Cambridge University Press, 1990. L’idée que le manque d’adaptabilité conduit à l’extinction a été reprise et appliquée à l’économie par Clay Shirky dans l’article « The collapse of complex business models » accessible sur son blog (il aurait mieux valu parler de modèle économique compliqué et peu adaptable plutôt que complexe). Voir également l’émission Place de la Toile sur France Culture à ce sujet (et l’article d’InternetActu).
6. Sally J. Goerner, Rocio Gomez, Bernard Lietaer, Robert E. Ulanowicz, “Quantifying sustainability. Resilience, efficiency and the return of information theory”, Ecological Complexity, vol. VI, n° 1, mars 2009.
7. Bernard Lietaer, conférence “Créer des monnaies régionales pour traiter la crise globale, organisée par l’IRE”, Prospective 2100 et l’École de Paris du management, Paris, 13 mai 2009.
8. Voir le livre de Bernard Lietaer et Margrit Kenedy, Monnaies régionales. De nouvelles voies vers une prospérité durable, Charles Léopold Mayer, 2008.
9. Le terme « régional » peut également être entendu comme une zone large telle que l’ensemble de la zone euro, par exemple, ou encore une « sous-région » africaine.
10. Le fait qu’une partie de la masse monétaire ait une durée de vie limitée n’est pas étonnant en soi. C’est le cas également de l’argent créé par les banques qui, lorsqu’elles offrent un crédit, est ensuite automatiquement détruit au fur et à mesure du remboursement.
11. Rappellons que « la monnaie est un instrument de paiement spécialisé accepté de façon générale par les membres d’une communauté en règlement d’un achat, d’une prestation ou d’une dette » (source : Wikipédia).
12. Cet encadré est basé sur la présentation de Marc Tirel à l’atelier sur les monnaies lors des rencontres d’Autrans 2010 et la présentation du site RES.
13. Joëlle Delvaux, “L’Ithaca Hours”, Silence, hors série, supplément au n° 229, premier trimestre 1998.
14. Les collectivités sont également incitées, comme les États, à s’endetter auprès des banques. Elles peuvent ainsi en apparence percevoir moins d’impôts. Mais l’augmentation de leur dette et donc des intérêts à payer peut présenter d’autres inconvénients. Il serait cependant possible d’imaginer des impôts en monnaie complémentaire pour financer les dépenses que la collectivité pourrait faire au niveau local. Mais cela ne résout pas la question de la taxation nationale, comme la TVA.
15. Cette partie s’appuie fortement sur la présentation de Dominique Doré lors de l’atelier monnaie aux rencontres d’Autrans 2010.
16. Le premier LETS a été créé en 1982 par Michael Liton dans la Comox Valley à Courtenay, sur l’île de Vancouver en Colombie-Britannique, une région touchée par le chômage. Dès le départ, le Green dollar n’a pas été conçu comme un remplaçant de la monnaie officielle mais plutôt comme un complément. Les LETS se sont ensuite diffusés, entre autres, au Royaume-Uni et en Australie.
17. Contrairement aux monnaies franches ou bien à la plupart des monnaies complémentaires économiques dont c’est justement la raison d’être (voir le point précédent sur les monnaies d’économie locale ou régionale).
18. Une solution pourrait être des contributions en monnaies locales qui seraient redistribuées par les collectivités sous forme de subventions ou d’achats locaux. Mais cela laisse posée la question de la taxation nationale, qui a moins d’intérêt à gérer de multiples monnaies locales à redistribuer.
19. Cet encadré a été rédigé à partir de l’atelier monnaie animé par Patrick Viveret en janvier 2009, lors du Forum social mondial à Belém (Brésil).
20. Bernard Lietaer, The Future of Money. Creating New Wealth, Work and a Wiser World, Century, 2002 (nouvelle édition).
21. Voir « Curitiba, la ville des hommes » ; France 3 Faut pas rêver, 18 septembre 2006.

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