Ouvrir le monde bancaire ?

La corruption et la fraude sont deux grands défis que nous adressent le fonctionnement de nos sociétés contemporaines, attaque le programmeur, entrepreneur et compositeur Simon Redfern à l’occasion de la conférence internationale Lift qui se tenait il y a peu à Genève (voir sa présentation). En Europe, c’est quelque 30 milliards d’euros qui seraient perdus chaque année par la corruption.

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Image : Simon Redfern sur la scène de Lift, photographié par Ivo Näpflin.

La corruption est multiple. L’aide étrangère est bien souvent son premier vecteur, tant et si bien que la banque mondiale a lancé l’initiative Start pour recouvrir les avoirs volés. Les scandales financiers qui ont précipité la dernière crise économique (Enron, Lehman Brothers…) en sont aussi une marque. Et elle touche jusqu’aux institutions caritatives…

La corruption s’appuie sur le secret et la dissimulation. L’inégalité, la méfiance et le manque d’informations sont quelques-uns des facteurs qui conduisent à la corruption. « Que se passerait-il si on remplaçait le déficit d’information par la transparence, la méfiance par l’autonomisation du public ? Que se passerait-il si nous avions les outils de débogage financier efficace ? Que se passerait-il si nous avions une banque avec des comptes ouverts à la vue de tous ? Peut-on remettre en cause le tabou du secret bancaire ? »

C’est tout l’objectif du projet Open Bank : rendre les transactions transparentes en proposant de nouvelles modalités de protection des données bancaires. « Nous pouvons ajouter des caractéristiques de protection des données qui s’appliquent à chaque situation ». Ainsi, par défaut, les données bancaires accueillies par le projet sont donc transparentes. Mais chacun peut y adapter les modalités : on peut rendre toutes les transactions publiques, selon une fréquence annuelle ou en temps réel, et bien sûr gérer le partage (avec personne, avec sa société, ses amis ou avec tout le monde).

C’est le rôle de l’interface de programmation que met en place le projet Open Bank : développer un protocole qui permette à toute banque, à tout individu, à toute société de régler les paramètres de confidentialité de ses données bancaires. Simon Redfern semble croire en son idée radicale et pense fermement que cela permettrait de développer de nouvelles opportunités d’affaires.

Open Bank permettrait par exemple de suivre des projets financés par l’Europe ou les gouvernements qui la composent, qui pourraient demander aux organismes qui bénéficient de leurs subventions la transparence sur cet argent. Les individus, les sociétés, les organisations caritatives pourraient utiliser ces systèmes pour faire la lumière sur leurs comptes. A terme, le système permettrait même de comparer des services : trouver le jardin d’enfants qui utilise plus d’argent pour payer son personnel que le chauffage par exemple.

Faire de la transparence une opportunité plutôt qu’une menace… Voilà qui rappelle furieusement la BanqueX6, l’une des pistes de scénarios des conclusions de l’expédition Confiance Numérique que vient de publier la Fing.

BankX6 – La banque à l’ère de la transparence from videosfing on Vimeo.

Simon Redfern se veut confiant sur son projet qui promeut à la fois la transparence financière et la sécurité en engageant la vigilance publique et en accroissant la confiance des consommateurs dans les organisations et institutions financières. Dans un monde où la suspicion se généralise, la transparence semble toujours une réponse accessible, facile à mettre en oeuvre… techniquement.

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4 commentaires

  1. Un grand merci pour cette fiction qui je n’en doute pas deviendra très vite réalité.
    Je partage 100% du point de vue énoncé sur les conditions de la confiance entre les gens et leurs institutions.
    C’est la plus belle des opportunités !

  2. Ouvrir le compte bancaire en toute transparence?
    Non, car cela empiètera sur la vie privée.
    Par contre pour un organisme caritatif, c’est ce qu’il faudrait faire.
    Après tout beaucoup d’organismes se vantent d’être d’une très grande transparence.
    Ce qui est rarement le cas n’est-ce pas?

    Mais essayons d’en discuter un peu plus sérieusement encore.
    Supposons que vous êtes une brave personne qui devrait choisir entre Marine Le Pen et Mélenchon (voir la caricature de Plantu pour s’en convaincre).
    Vous envoyez un chèque d’égal montant aux deux.
    Sincèrement vous souhaitez que cela se sache?
    Je ne pense pas, donc, même si vous êtes une personne au dessus de tout soupçon et qu’en plus vous n’avez rien à cacher vous serez embarrassé.

  3. Autre cas: la majorité écrasante d’entre nous ont sous une forme ou une autre participé au marché noir.
    Dépanner un copain en espérant qu’il renvoie l’ascenseur, enseigner à des enfants contre le gîte et le couvert.
    Garder une personne en échange d’un service passé, conduire ou être conduit quelque part.
    En terme économique je dirais qu’on paye ou on est payé pour quelque chose (bien ou service qui a une valeur).
    Ai-je envie que cela se sache? Non. Ce n’est pas par malhonnêteté, sinon je n’en parlerais pas ici.

  4. Jusque là c’est un peu simple mais imaginons qu’on vous donne de l’argent pour acheter quelque chose:
    500 euros pour acheter un ordinateur qui en couterait 499 euros.
    Imaginons que l’ordinateur est même à votre nom pour faciliter la transaction.
    Ai-je reçu 500 euros de revenue?

    Vous me direz que non, puisque c’est du liquide…
    Mais ici j’anticipe en supposant que je vis dans un futur proche: la monétique sera à plein régime.
    Je sais que l’ordinateur est à l’autre mais il est à mon nom.
    Mais qui le sait à part nous deux?

    Vous en doutez?
    L’ordinateur que j’utilise n’est pas à mon nom mais j’étais pressé alors j’ai donné l’argent à quelqu’un de confiance pour qu’il me l’achète à ma place.

    La bonne question est donc:
    suis-je disposé à donner et/ou à recevoir des sous et le faire savoir systématiquement?
    Plus simple encore:
    qui a envie qu’on sache qu’il a des sous dans son compte bancaire? Pas grand monde vous en conviendrez…

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