#Lift12 : Le pouvoir des évènements

Par le 13/03/12 | 2 commentaires | 998 lectures | Impression

Le français Julien Dorra (@juliendorra) se définit comme un “concepteur d’évènements créatifs”. Il est le cofondateur de Museomix, et le coorganisateur des Art Game weekend ou de DorkbotParis.
Le pouvoir des évènements, c’est de pouvoir faire des choses ensemble. Aujourd’hui pourtant, bien souvent, l’espace virtuel nous semble plus adapté pour faire des choses ensemble : nous préférons travailler en réseau que dans le monde physique. Dans le monde physique, les réunions sont ennuyeuses. Le brainstorming est souvent pauvre. Les conférences sont parfois riches, mais on ne sait pas mettre en oeuvre toutes les idées qu’on en récupère et elles permettent peu au public de s’impliquer. On lui demande d’être certes à l’écoute, mais passivement. Pas étonnant que les étudiants préfèrent consulter Facebook qu’écouter leurs cours… Car ce qu’il s’y passe y est souvent plus intéressant, notamment parce qu’ils peuvent y participer plus activement.

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Image : Julien Dorra sur la scène de Lift, photographié par Stéphanie Booth.

Pourtant, les évènements dans l’espace réel ont une certaine magie. C’est peut-être pour cela qu’ils ont encore cours, même dans les communautés de développeur, explique Julien Dorra sur la scène de Lift en évoquant ces rencontres physiques entre développeurs, qui se réunissent ensemble pour échanger et coder, ce qu’ils font pourtant également très bien à distance. En 2009, alors qu’il oeuvrait dans la communauté Drupal, Julien Dorra a participé à plusieurs “Sprint” comme on les appelle (voir ceux de la communauté Drupal.fr par exemple), où les développeurs se rassemblent dans un même espace, venant parfois de très loin pour cela, établissent des objectifs et oeuvrent ensemble durant quelques jours pour corriger un bug de programme ou développer des fonctionnalités. L’idée de ces évènements est de se projeter en dehors du flux du travail quotidien pour résoudre des problèmes ou créer de nouvelles applications. Pourquoi des Américains ou des Indiens viennent ainsi à Paris coder pendant 3 jours, sans même prendre le temps de visiter le Louvre ou la Tour Eiffel ? Ils le font pour une bonne raison, explique Julien Dorra : améliorer le produit qu’ils développent, accélérer l’interaction et la production. Car ce type de rencontre, de session de “programmation extrême”, permet bien souvent d’accélérer les projets.

Comment ? Dans ces rencontres, l’emplacement physique, le lieu, n’est pas si important. L’important est de travailler ensemble, précise l’organisateur d’évènement. Julien Dorra a participé à de nombreux évènements de ce type tels que des BarCamps ou le premier Start-up week-end à Paris. Ici, le but était de cristalliser une communauté locale d’entrepreneurs autour de divers projets, en mélangeant les profils de participants pour créer des équipes devant travailler et peaufiner des projets en 48h. Dans ces rencontres, précise Julien Dorra, “l’apprentissage est le but premier : on apprend en faisant ensemble”.

Ce format de rencontre a été adapté aux Artgame Weekend, dont le but était de créer des jeux mobiles pour Androïd en 48h, en intégrant des artistes à des équipes de développeurs. Le but était d’avoir des jeux téléchargeables et jouables à la fin du week-end.

C’est sur ces modèles qu’a été imaginé Museomix. Museomix est né d’une demande de plusieurs musées d’introduire ce type de manifestations pour mettre en oeuvre de nouvelles formes d’innovation dans les musées. Des dix musées qui étaient intéressés, les organisateurs en ont choisi un – le musée des Arts décoratifs à Paris – en invitant les 9 autres à venir imaginer des interventions dans celui-ci. Le week-end a consisté à investir un musée réel, à offrir une grande variété d’outils aux participants et à les mélanger pour constituer des équipes aux profils variés : professeurs, amateurs, hackers… Chaque équipe avait pour but de construire en trois jours des prototypes d’interactions avec les oeuvres. En 3 jours, 11 projets ont vu le jour grâce à 70 participants. A ce jour, 5 sont en recherche active de financement. L’évènement a permis de fédérer une communauté qui compte désormais plus de 400 personnes, explique Julien Dorra fier du succès de l’évènement.

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Image : le Museomix en oeuvre.

Le succès de Museomix a reposé sur l’inclusion d’un public large et varié et aussi sur l’objectif : produire des projets réels, exploitables ou réutilisables par d’autres.

Si l’on regarde tous les évènements de ce type, on peut percevoir des points communs, estime d’ailleurs Julien Dorra. Le fait que le flux de travail ne soit pas prédéterminé, l’importance de la communauté rassemblée et bien souvent de sa diversité, le fait que l’évènement soit conçu pour créer une expérience d’apprentissage commune…

Longtemps “l’optimum” de l’organisation a été symbolisé par les usines, les écoles, les conférences… Les gens n’avaient pas besoin de savoir ce que faisaient les autres. Aujourd’hui, nous devons avoir conscience de ce que font nos pairs, estime Julien Dorra. Pour retrouver la magie des évènements en temps réel, il faut mélanger les compétences et les aptitudes. On peu appliquer les principes de ces nouveaux types de rassemblement à de multiples domaines, trouver des collaborateurs capables de participer à des rassemblements de ce type quelque soit leurs sujets, pour y apporter leurs compétences propres. La diversité des compétences et des talents permet d’avoir une production finale plus riche et plus variée. La puissance des évènements consiste à organiser des évènements pour votre propre communauté afin qu’elle apporte à chacun des participants, conclut Julien Dorra, selon des formes assez distribuées et participatives, qui peuvent effectivement être plus stimulantes que les formes traditionnelles, selon ce que l’on souhaite apporter à la communauté en question. L’idée n’est certainement pas d’opposer les formes entre elles, mais voir que d’autres formes d’interaction peuvent enrichir la créativité et la capacité d’action d’une communauté.

Hubert Guillaud