Le financement participatif peut-il bâtir des villes ?

Par le 06/09/12 | 12 commentaires | 5,953 lectures | Impression

Le financement participatif (crowfunding ou “financement par la foule”) est un marché en pleine expansion, expliquait le rapport de Crowdsourcing.org. Les 452 plateformes de financement participatif dénombrées dans le monde en avril 2012 ont récolté 1,1 milliard de dollars de fonds en 2011 pour les projets qu’elles accueillaient – dont plus de la moitié pour des projets hébergés par des plateformes européennes. Comme quoi, le modèle du financement participatif n’est pas un phénomène uniquement lié aux modes de financement anglo-saxons, que l’on dit traditionnellement plus sensibles au mécénat et à la prise de risque que l’Europe. Peut-être parce qu’en fait ce financement participatif fonctionne plutôt de plus en plus comme un système de prévente que comme un système de prise de risque ?

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Image : Répartition des 450 plateformes de crowfunding dans le monde selon le rapport de Crowdsourcing.

Kickstarter en ses limites

L’un des emblèmes du financement participatif est bien sûr le phénomène Kickstarter, qui pour sa troisième année d’existence a levé 119 millions de dollars pour les projets qu’il accueille en s’octroyant 6 millions de commissions, rapporte The Next Web dans un très intéressant article qui détaille l’activité de la plate-forme. Les plates-formes de financement participatif profitent du développement de nouvelles possibilités de fabrication, plus agiles, notamment des entreprises chinoises, souligne Gadi Amit dans Wired, surtout parce qu’elles ont montré qu’elles pouvaient par ce biais trouver des financements importants. Elles transforment l’économie même du soutien aux projets innovants, permettant à des start-ups de se passer de capitaux risqueurs parfois trop frileux.

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Image : page d’accueil du site Kickstarter.
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Image : le financement des projets sur Kickstarter par catégories, par Ben Jackson pour the Next Web.

Bien sûr, ces plateformes ne sont pas sans risques pour ceux qui y investissent, comme l’explique Aarti Shahani sur NPR. Que se passe-t-il si un projet financé ne parvient pas à fournir le produit qui a été financé ? Le problème n’est pas encore arrivé, répond l’un des cofondateurs de Kickstarter. Pourtant, les délais annoncés par certains projets n’ont pas toujours été respectés – le professeur de management Ethan R. Mollick de l’école Wharton de l’université de Pennsylvanie, dans l’un des rares articles scientifiques sur le sujet, estime que 75 % des produits sont livrés avec retard – et un porteur de projet a déjà disparu dans la nature en emportant l’argent de ses financeurs. Si le site sait rembourser les financeurs de projets qui n’ont pas atteint la somme désiré, il ne dispose pas de mécanismes d’assurances pour les projets qui n’arrivent pas à terme une fois leur financement rassemblé… La dissolution de l’investissement dans une agrégation de petites sommes dissout non seulement le risque, mais aussi la responsabilité… Qui portera plainte pour la perte d’un investissement non conséquent ?

En attendant, le recours aux plates-formes de financement participatif progresse. Tant et si bien qu’on se demande quels secteurs il ne touchera pas. Si Kickstarter finance principalement des films, de la musique, des projets de design ou des jeux…, on voit de plus en plus apparaître sur ces plates-formes des projets de dispositifs technologiques et d’objets connectés. Mais pas seulement…

Le financement participatif : plateforme de services urbains ?

Pour palier au changement de configuration du système d’exploitation mobile d’Apple, l’organisation associative OpenPlans a lancé une campagne sur Kickstarter afin de récolter des dons et permettre aux gens de continuer à accéder à de l’information de transit pour leurs déplacements en temps réel (que la prochaine version de l’OS devrait rendre indisponible), explique Alex Howard pour O’Reilly Radar. Kevin Webb, responsable d’OpenPlans souligne : “Pour ceux d’entre nous qui travaillent dans la communauté de l’open government, il s’agit de démontrer pourquoi les données publiques ouvertes sont importantes. Il n’y a pas de raison qu’une importante infrastructure civique doive être liée à un combat entre Apple et Google. Et dans les communautés disposant de spécification de flux de transits généraux, il n’y en a aucune.” Pour cela, OpenPlans travaille avec des agences publiques à construire OpenTripPlanner, une application open source qui utilise des informations de transit ouvertes pour aider les utilisateurs à faire de bonnes décisions dans leurs déplacements et qui pourra être disponible sur toutes les plateformes, quel que soit leur système d’exploitation.


Vidéo : présentation vidéo du projet OpenTripPlanner sur Kickstarter.

Pour Alex Howard, l’utilisation de Kickstarter est une nouvelle façon pour les communautés de financer collectivement la création d’applications ou de services citoyens que les autorités ne savent pas offrir. Mais également un moyen pour contourner les limites des marchés publics traditionnels ou les autorités elles-mêmes.

Webb explique encore que les fondations et les mécènes sont peu intéressées la plupart du temps par le développement d’outils et que les agences n’ont souvent ni le pouvoir ni les budgets pour soutenir des projets de ce type, plus universels que leurs actions localement circonscrites.

Mettre seulement l’accent sur les applications de transports ouvertes, cependant, serait passer à côté de plus grandes opportunités pour construire des améliorations à l’infrastructure de la ville numérique, estime Alex Howard. Le financement participatif pourrait être un recours pour bâtir bien des infrastructures de la ville numérique de demain… que les services publics ne savent pas bâtir. De là à utiliser le crowdfunding pour construire des services publics qui n’ont rien de numérique, il n’y a qu’un pas… qu’il faut peut-être se garder de franchir, prévient avec beaucoup d’intelligence Ethan Zuckerman sur son blog.

La réflexion du chercheur du Centre Berkman pour l’internet et la société a mûri à l’occasion d’une réunion au MediaLab du MIT organisé par la Fondation Awesome, fondée par Tim Hwang et Christia Xu, pour discuter des nouvelles approches de la philanthropie (dont le Centre pour les médias citoyens a rendu compte). Cette fondation philanthropique consiste chaque mois à verser une cagnotte à l’un des projets les plus étonnants que ses membres auront remarqués. La Fondation dispose désormais de 50 chapitres répartis dans 10 pays et a parrainé plus de 250 projets allant de panneaux d’affichage gratuits à des capteurs environnementaux… Lors de cette réunion, l’accent bien sûr a été mis sur le financement participatif qui cherche à démocratiser la philanthropie. Si 80 % des Américains donnent du temps ou de l’argent à des organisations caritatives, très peu sont impliqués dans la manière dont les fonds sont alloués. Des initiatives comme Donors Choose ou Global Giving permettent désormais aux donateurs de choisir les projets qu’ils veulent aider.

L’urbanisme Kickstarter

Ethan reconnaît être assez enthousiaste sur le principe du financement participatif, mais cela ne l’a pas empêché de réfléchir aux inconvénients inattendus de cette forme d’organisation. Et le voilà qu’il évoque un projet qui a peu de chance de réussir, mais qui illustre bien le problème que pose le financement participatif. La ville de Kansas City s’est vu refuser des subventions du ministère américain des transports pour construire une nouvelle ligne de tramway. Le développeur Jase Wilson a donc décidé d’essayer de recueillir sur une plateforme de financement participative qu’il a lui même mise en place, Neighbor.ly, les 10 millions de dollars nécessaires pour construire la ligne (il n’a recueilli pour l’instant que 3500 dollars).

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Image : présentation du projet de Tramway participatif sur la plateforme Neighbor.ly.

Sur TechPresident, Neubauer Miranda pointe d’autres sites de financement participatif civiques comme Citizinvestor ou Patronhood. Au Royaume-Uni, Spacehive a permis à un centre communautaire de Glyncoch au Pays de Galles de recueillir 800 000 livres (mais la plupart des fonds sont en fait venu des autorités). Brickstarter suit un modèle similaire en Finlande.

La designer Alexandra Lange appelle ces projets “l’urbanisme Kickstarter” et, pour l’instant, ils sont loin de garantir le succès. Elle évoque notamment le projet de financement de The Low Line, une proposition de parc en sous-sol dans un terminal de tramway abandonné qui rassemblé 155 000 $ non pas pour construire le parc, mais pour construire un démonstrateur, notamment du projet d’éclairage par fibre optique. Car en fait, souligne Lange, la construction du parc est bien plus compliquée et nécessite de massives querelles bureaucratiques pour obtenir l’espace autorisé et le faire prendre en charge comme un parc public.

Lange suggère que Kickstarter fonctionne bien mieux quand il s’agit de prévendre des marchandises. Les projets qui recueillent des fonds en masse sont le plus souvent ceux où votre engagement contributif consiste à préacheter un produit pour rendre sa création possible. Mais les parcs publics ne sont pas un produit : ils sont des biens publics, rappelle Ethan Zuckerman.

Le financement participatif peut-il remplacer les services publics ?

Aux Etats-Unis, le droit est inspiré par la croisade anti-impôt du républicain Grover Norquist, qui mène une guerre contre les dépenses du gouvernement, une guerre contre les biens et services publics, estime Zuckerman. “La conviction de Nordquist est que l’entreprise privée est forcément plus efficace et moins corrompue que le gouvernement et a conduit à la privatisation de services autrefois offerts par le gouvernement comme les prisons et la défense et vise l’élimination d’autres services clefs quand les recettes fiscales ne pourront plus les soutenir”. Dans une récente interview Norquist expliquait qu’exiger que les politiciens républicains s’engagent à ne pas augmenter les impôts était pour lui un moyen de déclencher une crise visant l’élimination des programmes gouvernementaux et le rétrécissement de leur action.

“Parfois, ce retrait explique pourquoi les services publics que nous utilisons ne fonctionnent plus très bien. A Trenton, New Jersey, les coupes massives dans les services de police ont entraîné une augmentation spectaculaire de la criminalité. A d’autres endroits, cela signifie que les services publics ne sont disponibles que si nous les payons. Colorado Springs a éteint ses lampadaires, cessé d’entretenir ses parcs publics et les transports en commun quand les électeurs ont décidé de ne pas voter une augmentation des impôts. Les citoyens concernés par le problème pouvaient adopter un réverbère éteint en payant 75 $ pour assurer le service public (le conseil municipal a abandonné ce programme en partie en raison de la publicité négative générée et tous les lampadaires résidentiels sont en train d’être réactivés).”

“Lorsqu’un service de police est sous-financé et ne peut pas prévenir la criminalité, il envoie un message : le gouvernement ne fait pas son travail, alors peut-être que nous devrions chercher des alternatives, comme les forces de sécurité privées pour les quartiers qui peuvent se permettre de les embaucher. Lorsque les efforts communautaires visant à maintenir un parc public, en dépit de la réduction du financement gouvernemental, réussit, il envoie le message que nous n’avons pas besoin du gouvernement pour fournir un service public, car les bénévoles prendront soin de lui (c’était l’idée de génie de George Bush senior et son programme “mille points de lumière” : les Américains aiment les idées reposant sur le bénévolat de la communauté : si les associations peuvent servir le public, pourquoi le gouvernement devrait-il fournir ces services ?). Quel que soit le résultat de ces expériences (positives ou négatives), les expériences de Norquist “prouvent” que nous avons besoin de moins de gouvernements, et de moins de biens et de services fournis par les autorités.”

“Or, l’impact des compressions budgétaires dans les services publics n’est pas réparti uniformément. Les coupes dans les transports en commun affectent peu les personnes qui possèdent des voitures et qui les utilisent pour se rendre au travail. La fermeture des parcs publics a moins d’importance pour ceux qui peuvent se permettre d’adhérer à un club de sport ou cotiser à une association disposant d’un gymnase. Cet impact inégal transforme les coupes budgétaires en problèmes sociaux : les économies d’impôts profitent de manière disproportionnée aux riches et nuisent aux plus pauvres, suscitant le débat récurent de savoir si les gens riches devraient être tenus de subventionner les services offerts aux moins privilégiés.”

“Lorsque Colorado Springs a été ses lampadaires en 2010, la ville a lancé un site web sécurisé permettant aux habitants de se connecter et de payer pour les rallumer. Il n’est pas difficile d’imaginer une municipalité à court d’argent listant les parcs qu’ils ne peuvent construire ou maintenir et postant des projets sur Kickstarter ou Neighbor.ly, pour trouver des financements participatifs pour les soutenir.”

“Je pense que ce serait probablement une mauvaise chose. Même si cela est fait avec beaucoup de soins, le financement participatif des projets de ville risque de favoriser les quartiers riches sur les quartiers pauvres (les gens des quartiers pauvres ayant moins d’argent à dépenser pour ce soutien et étant moins susceptibles d’avoir accès à l’internet pour les soutenir). Si le financement de projets urbains se développait sur Kickstarter on pourrait s’attendre à voir une multitude de parcs financés à Brooklyn et seulement quelques-uns dans le Bronx.”

“Mais l’injustice sociale n’est pas le seul problème. Si le financement participatif de parcs réussissait, cela soutiendrait l’argument de Norquist pour un gouvernement rétrécit, aux profits de services offerts par le libre marché et le financement participatif “d’un millier de points de lumière”.

Comment utiliser intelligemment le crowfunding pour les projets citoyens ?

“Jase Wilson, le gars qui essaye de financer la ligne de tramway de Kansas City est-il un agent de la droite radicale ? Bien sûr que non”, ironise Ethan Zuckerman. “Il est un gars bien intentionné qui se tourne vers un modèle qui a fait ses preuves en ligne pour soutenir un projet dont il se soucie. La nature des conséquences imprévues, c’est la diminution des autres activités utiles. Rassembler son voisinage pour rendre le quartier meilleur est une bonne chose. Comprendre comment le faire en minimisant les impacts politiques indésirables est encore mieux.”

Le financement participatif citoyen est inévitable, notamment parce qu’il est en harmonie avec d’autres formes d’organisation basées sur l’internet, estime Ethan Zuckerman (et également parce qu’il peut être une solution face à la diminution des recettes et des dépenses publiques ajouterais-je). Le crowfunding citoyen s’appuie sur un grand nombre de mécanismes mis en avant par l’écosystème open source de l’internet : la formation de groupes rapides et légers, la coordination des efforts, l’intérêt personnel éclairé… Encore faut-il en éviter les inconvénients.

Et Ethan Zuckerman de préciser quelques règles pour cela :

- Eviter la rhétorique qui postule que le financement participatif est un remède à l’inaction du gouvernement. Il vaut mieux affirmer, comme l’a fait parfois le mouvement Occupy notamment en fournissant de la nourriture aux communautés de sans-abris, que ces services sont un exemple de ce que nous voudrions que les gouvernements fournissent et un moyen de pression sur ce que le gouvernement devrait faire.

- Faire que les projets de financements participatifs tirent parti des dispositifs existants. Ioby est un site de financement participatif citoyen qui cherche à changer l’environnement de voisinage. Un de leurs projets phares est d’aider les communautés Latinos de San Francisco a impliquer leurs édiles à convertir des interstices urbains en parcs publics. Leur projet ne cherche pas à construire un parc, mais à récolter quelques milliers d’euros pour s’assurer que la communauté pourra participer aux audiences et faire pression sur les fonctionnaires municipaux pour défendre leurs droits et leurs réclamations.

- Utilisez le financement participatif pour réfléchir et innover et laissez les autorités mettre en oeuvre. Les gens derrière le projet Low Line ont peut-être une bonne idée : le financement participatif peut aider à attirer l’attention sur un projet citoyen et permettre la conception d’un prototype novateur. Le financement participatif doit permettre de trouver des façons de coopérer avec les autorités pour soutenir de nouveaux espaces publics, des oeuvres d’art, etc. En permettant de créer des liens gouvernementaux appropriés, ils pourraient même être un critère d’évaluation de projets viables.

- Privilégiez des projets qui créent du capital communautaire grâce au bénévolat et qui ne cherchent pas seulement à soutirer de l’argent. L’une des promesses du financement participatif est qu’il renforce les quartiers et communautés. Les projets qui encouragent l’activité volontaire (comme Kaboom, pour construire des terrains de jeux) aident à renforcer le capital civique local.

- Ne laissez pas les autorités transformer les projets non financés en projets de financement participatif. Utilisons plutôt le financement participatif pour exercer des pressions, pour montrer que les gens s’investissent et s’assurer que l’argent des villes, des Etats et de l’Etat fédéral pour les transports, les espaces publics ou les arts n’est pas coupé.

“Le financement participatif devrait être l’occasion de fabriquer des biens et des services publics plus impressionnants, pas de transférer la responsabilité publique sur le dos de donateurs connectés à l’internet !”, conclut avec raison le chercheur.

Hubert Guillaud

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6 commentaires

  1. par Victor

    Très intéressant, merci.

    j’avais jamais fait le rapprochement entre la structure du financement participatif, enfin, tout ce qui est micro-finance, finance plus “horizontale” quoi, et la structure d’internet. Enfin que l’émergence de l’un soit un des facteur de l’émergence de l’autre.

    Genial ce site sérieux, je n’ai encore lu que quelques uns de vos articles mais à chaque fois c’était sur des sujets captivant et c’était instructif !

  2. Bonjour,
    Merci pour cet article l’un des meilleurs que j’ai pu lire…et j’en lis beaucoup sur le sujet.
    Il pose bien le sujet, rappelle bien le contexte actuel et surtout met bien en perspective les questions que soulèvent le succès du crowdfunding.
    Un must !
    pour conclure, si je peux donner mon avis personnel, je ne crois pas que le crowdfunding doit pallier les faiblesses des pouvoirs public..
    il faut tout de même rappeler que Kickstarter a été fondé à l’origine pour financer les bonnes idées ( essentiellement dans le domaine de la création artistique)
    Leur ambition n’était pas de permettre le financement d’Utopia

  3. par Phil L.

    Le service public est un “mal nécessaire”, sur le (très ?) long terme c’est positif que chacun se responsabilise et participe à la vie de la cité…
    Je cite donc Bastiat :
    ” Le citoyen ne peut en même temps être libre et ne l’être pas. M. de Lamartine m’écrivait un jour: « Votre doctrine n’est que la moitié de mon programme; vous en êtes resté à la Liberté, j’en suis à la Fraternité. » Je lui répondis: « La seconde moitié de votre programme détruira la première. » Et, en effet, il m’est tout à fait impossible de séparer le mot fraternité du mot volontaire. Il m’est tout à fait impossible de concevoir la Fraternité légalement forcée, sans que la Liberté soit légalement détruite, et la Justice légalement foulée aux pieds.”

  4. Evgeny Morozov ne pense pas que le financement participatif puisse redéfinir le processus de création explique-t-il sur Slate, même si Kickstarter distribue plus d’argent que le National Endowment for the Arts. Une étude récente s’est intéressé à la production de documentaires sur ces plateformes et montre que le financement participatif bénéficie plus à certains types de films que d’autres : les films militants. Il rend difficile les enquêtes journalistiques épineuses. Pour Morozov, cela montre bien que Kickstarter ne saurait être une alternative à la production, mais bien un supplément, qui ne produit pas les mêmes contenus. Certains contenus auront plus de mal que d’autres à trouver des financements participatifs, pas plus qu’ils ne sauraient affaiblir la domination des chaînes de télé sur la production documentaire. Kickstarter n’aidera pas à émanciper les artistes. Bien sûr, tout cela ne donne pas d’arguments pour s’opposer à ce type de financement, juste d’être lucide sur ses finalités.

  5. par Anaxago

    Très bon article, clair et bien documenté.
    Hubert, la réallocation d’une partie de l’épargne vers l’économie réelle et productive est une fin si ce n’est suffisante en soi au moins louable.
    Le financement participatif donne le choix au consommateur/ utilisateur / client final de choisir, financer ou aider les projets qu’il souhaite voir aboutir. En ce sens on ne saurait reprocher à KICKSTARTER ou d’autres plateformes de ne financer qu’un certain type de projets car les choix sont directement dictés par une volonté collective.
    Le pouvoir de la foule prend tout son sens dans ces exemples. Mais rien n’empêche les passionnés de sujets plus “épineux” et moins partisans de se réunir pour à leur tour financer de tels projets.
    Encourageons donc ces initiatives et multiplions les !

  6. par Devhope

    Aujourd’hui le crowdfunding est une alternative de financement en pleine évolution et on peut même insinuer sa mutation. Ce mode de financement peut effectivement à terme permettre l’acquisition et la réalisation d’oeuvre d’envergure à l’image d’une ville. C’est à cet effet qu’émerge des plateformes de développement local comme Devhope sur lequel est référencé principalement des projets d’intérêt général destinés à être financé via la production communautaire.