L’âge de la prédation

Par le 07/09/12 | 57 commentaires | 9,616 lectures | Impression

Couverture-Age-de-la-multitude1Dominique Boullier, professeur de sociologie à Sciences Po et coordinateur scientifique du MediaLab nous propose une lecture du livre de Nicolas Colin et Henri Verdier, L’âge de la multitude, Entreprendre et gouverner après la révolution numérique, paru au printemps 2012 chez Armand Colin. Il en livre une critique sans concession, mais qui permet d’analyser et de prendre du recul sur la façon dont l’innovation est trop souvent célébrée.

Prenez cette note de lecture foisonnante comme une occasion de débattre sur ce qu’est l’économie numérique aujourd’hui… et ce qu’elle n’est pas.

L’âge de la multitude est un livre étrange qui brouille les attentes générées par ce titre spinozien, qu’on retrouve chez Toni Negri et chez Yann Moulier-Boutang. Mais ces auteurs ont dû entendre leurs oreilles siffler car le véritable titre est assurément le sous-titre “entreprendre et gouverner après la révolution numérique”, plus exactement résumé par entreprendre, car les questions de gouvernement sont mineures et/ou subordonnées à l’impératif d’entreprendre.

L’accouplement de ces théories critiques et du credo d’innovation libérale qui constitue le fond de l’ouvrage fournit une excellente illustration à la thèse de Luc Boltanski et Eve Chiappello qui, dans le Nouvel esprit du capitalisme montraient comment la cité en réseaux, celle de la flexibilité, de la fluidité et des projets avait émergé à la fin des années 70 par souci d’intégration de la critique sociale et de la critique artiste, revendiquant plus d’autonomie et de créativité dans le travail contre la hiérarchie et les places assignées. L’hymne à l’innovation entonné par le livre ne dit pas autre chose : la créativité de la multitude, reconnue et équipée par les réseaux numériques, doit être captée (c’est le mot-clé) pour produire de la valeur. Cette captation de la valeur, ce que Michel Gensollen appelait une économie de la prédation, déjà bien présente sur internet au début des années 2000, est devenue la véritable motivation des auteurs pour l’innovation, ce qui transforme parfois leur livre en une suite de conseils, de recettes et de leçons données surtout aux pauvres français, décidément incapables de comprendre quelque chose à cette dynamique. A certains moments, nous retrouvons, étonnés, les accents prophétiques de la fin des années 90 comme si l’explosion de la bulle internet et la crise financière n’étaient pas passées par là. C’est dire parfois le caractère orienté de l’analyse, prise dans une sorte de buzz autoréférentiel sur la révolution du web 2.0 et listant les miracles qui lui sont associés.

Un bon exemple pour souligner cette célébration de l’innovation pour elle-même, qui est l’un des motifs constants de l’ouvrage, repose sur la fascination pour Apple et Steve Jobs : “dans la pomme, tout est bon” (au moins jusqu’à la dernière partie du livre où l’on parle enfin de la stratégie de lock-in délibérée, même si le terme n’est jamais employé alors qu’il est un classique de l’analyse de ce secteur économique, comme l’ont montré Carl Shapiro et Hal R. Varian dans Information Rules). Or, l’apologie de Apple cohabite parfois dans la même page avec des arguments sur la révolution récente 2.0 qui devrait contester chacune des prétentions à l’exemplarité d’Apple. Ainsi, page 22, la mort de Steve Jobs et l’émotion qu’elle a suscitée sont considérées comme significatives de la nouvelle culture numérique “d’émancipation par la technologie” alors qu’on trouve mis en valeur sur la même page, l’accès plus que la possession, le logiciel libre, de “nouveaux rapports à la création collaborative”, elles aussi toutes versées dans le pot commun de cette modernité, avec Twitter et… TripAdvisor. Tout le monde sait pourtant qu’il n’existe guère d’entreprise qui n’ait mené une telle guerre à l’ouverture logicielle, une telle défense farouche des brevets, puisque même les escaliers des magasins Apple sont brevetés. Mais la contradiction est assumée puisque page 24, il est dit que “la recherche d’ouverture a bien sûr ses limites”, comme le montre la guerre Google/Facebook (mais pas Apple ?) où les acteurs défendent sans compromission le cœur de leur valeur, sans remettre en cause le principe, “nul n’est une ile”. C’est en effet ce principe de mise en réseaux généralisé qui serait censé obliger à l’ouverture, sans autre moteur incitatif !

Cette fascination pour Apple illustre seulement une confusion conceptuelle que nous allons documenter dans cinq domaines :

1. Un modèle d’innovation mythique
Le modèle d’innovation qui transparait dans le livre tient du roman ou mieux du storytelling et ne s’embarrasse ni des analyses académiques en sociologie de l’innovation ni des faits. Le storytelling – qui manquerait d’ailleurs cruellement aux français – repose sur l’idée que tous ces innovateurs voulaient “changer le monde”. La philosophie du capital-risque reposerait même sur cette inspiration. Si “changer le monde” veut dire devenir calife financier à la place du calife financier, il serait possible de croire à cette version romantique du capital-risque mais cela resterait encore faux pour des innovateurs comme Mark Zuckerberg, qui voulait surtout impressionner sa copine et se faire valoir auprès de ses collègues que changer le monde. Lorsque l’histoire de Google est réécrite, on y trouve tous les lieux communs de l’innovation gagnante d’avance, qui n’a jamais hésité, comme le font tous les commentateurs arrivant après la bataille, et justifiant les échecs et les réussites par les qualités intrinsèques des innovations et des innovateurs (toutes choses abondamment critiquées par la sociologie de l’innovation de Michel Callon et Bruno Latour et reconnue mondialement, celle-là !). Ainsi peut-on tout expliquer par “le génie de Larry Page et Sergey Brin”, et par le fait qu’”il suffisait d’être mathématicien” pour recueillir les traces de l’activité de la multitude. Rien sur le financement décisif de l’université de Stanford qui continue de toucher des royalties dans cette affaire, rien non plus sur les travaux de Jon Kleinberg qui ont inspiré Brin et Page : cela permet de relativiser, comme ce sera le cas tout au long de l’ouvrage, l’importance de la recherche académique et de ses modes de financement.

L’innovation est présentée comme la clé du succès dans cette économie et les auteurs insistent sur l’accélération de cette innovation. Ils n’en tirent aucune leçon particulière, ni aucune explication : tout le monde court, il faut donc courir, sans savoir pourquoi ni vers où. Dès lors, il devient quelque peu pathétique et contradictoire d’affirmer déceler les innovations qui seront décisives dans l’avenir. Celles qui sont citées comme prometteuses pages 38 et 39 le sont déjà depuis plus de dix ans, et on ne peut pas dire qu’elles aient apporté les fruits annoncés. Ainsi, le web sémantique déjà vanté par Tim Berners Lee en 1997, pour contrer la désorganisation du web qu’il avait créé, a produit des couches et des standards utiles, mais rien de la vision annoncée des systèmes dialoguant, alors que pendant ce temps, c’est le web social qui a fondé toute l’économie numérique des années 2000. Le même examen serait possible pour l’internet des objets (fantasme d’ingénieurs), le big data, la robotique, l’abolition des frontières du corps et de la technique ou les villes du futur, remplies de capteurs… Toutes ces innovations sont usées, sont de vieilles visions des années 90 et c’est en cela que les auteurs se prennent dans leurs contradictions lorsqu’ils affirment l’accélération de l’accélération, plutôt que la reconnaissance de l’incertitude (qui supposerait une gouvernance très différente de celle des pôles de compétitivité qui vivent uniquement de cette autoréférence sur les supposées innovations de demain). Prétendre qu’il suffirait de “sentir” l’évolution des technologies (page 41) est une erreur profonde et livre l’opinion à la loi des gourous qui sentent mieux que les autres. A titre d’exemple, rapporter toute l’innovation du web 2.0, comme le font les auteurs, à la puissance des machines et des processeurs fait revenir à de vieilles causalités techniques alors qu’il s’agit bien d’un design d’architecture et de service (ce qui sera pourtant mentionné ensuite dans le livre).

Les auteurs ont cependant raison d’observer l’état d’innovation continue et jamais achevé qui domine actuellement. Ils font référence à la philosophie chinoise et à sa présentation par François Jullien, ce qui évite une argumentation serrée : car d’où vient cette exigence d’innovation permanente ? Rien n’est dit à ce sujet, comme si cette loi était intrinsèque, évidente, naturelle. Or, elle conduit à ce que j’ai appelé “l’innovation d’opinion” qui provoque le buzz et l’excitation des marchés – et surtout l’excitation des marchés financiers, au détriment de tout projet industriel fiable. Car les auteurs ne reconnaissent pas un seul instant le lien entre le discours qu’ils tiennent sur cette innovation continue et l’économie financière, fondée sur la fluidité et les profits de transactions dans un univers incertain, ainsi que sur la consommation à crédit, puisque le vrai pouvoir d’achat a, lui, été comprimé pour augmenter les marges et satisfaire ainsi les exigences des investisseurs financiers. Qui dit séduction des marchés financiers et vente à crédit pour des consommateurs de plus en plus insolvables, dit effet d’opinion à tous les étages, nécessitant investissements massifs de communication. Et dès lors, doute généralisé sur les avis des gourous, les indices autoréalisateurs, les études marketing ad hoc et les cours de bourses manipulés par les organismes financiers qui sont juges et parties. Voilà exactement où devrait conduire cette apologie générale de la fluidité qui fait le fonds argumentaire des auteurs, à montrer comment toute cette innovation ne vit que d’effets de bulles, de marques et de brevets, ce qui permet alors de comprendre beaucoup mieux le succès et la stratégie d’Apple et les pressions de toutes sortes pour fermer les portes à l’ouverture généralisée du logiciel et des contenus. Ce qui devrait aussi conduire à admettre un monde conflictuel, où des batailles farouches sont en cours. Car l’innovation, chez les auteurs, est univoque, elle va toujours dans un sens, et elle ne fait pas de politique, elle n’est pas
susceptible de choix de société et de valeurs différents, voire conflictuels.

2. Multitude des multitudes
La multitude dont parlent les auteurs est elle aussi un autre storytelling, celui d’une participation de masse à la production de valeur dans un contexte de généralisation de l’usage d’internet. Aucune donnée n’est fournie pour appuyer ces raisonnements et l’on apprend ainsi page 31 que le grand public s’est emparé d’internet il y a vingt ans déjà, ce qui pour quelqu’un comme moi qui a réalisé l’une des premières études sur les premiers utilisateurs de service internet en France en 1995 (publié en 1997) laisse pantois. Non, dans les années 90, “le grand public” ne s’était pas du tout emparé d’internet et pas plus aux Etats-Unis où il faudra attendre que la NSF abandonne sa gestion d’internet en 1995 pour que les services marchands commencent, commencent seulement, à s’adresser au grand public (même si AOL et Compuserve avaient commencé avant, mais ce n’était pas internet, précisément !!). Mais cette affirmation non argumentée voisine avec des affirmations encore plus gratuites sur les frustrations des élèves, des salariés, des militants, des clients. La France s’intéresse certes au numérique, nous est-il certifié. “Mais elle s’y intéresse mal”. Raisonnement classique des suivistes de l’innovation globalisée : soit le pays est en retard (sur qui ? à quel degré ? et alors ? cf. le retard des USA dans le mobile en 2000 !) soit il suit mais mal, justement pas comme il faudrait (qui dit cela ? qui sait qui seront les gagnants dans dix ans ?). En fait, la critique glisse insensiblement vers les grandes organisations, sous-entendu les administrations et les grands groupes (page 34). La critique de l’état de l’informatique de gestion est faite sommairement mais rien ne permet de comprendre d’où peut venir la faillite de l’implantation de 50% des ERP (ces progiciels de gestion intégré qui ont cherché à être le socle du système d’information des entreprises) : le chiffre ni le nom ne sont mentionnés ni même les entreprises leaders du secteur comme SAP. Mais on a quitté ici le domaine du grand public et tout est aisément mélangé et survolé, sans qu’un bilan sérieux soit tiré de tout cela, alors qu’il serait nécessaire et éclairant.

Parfois, le lecteur pourrait croire que la multitude en question va se rapporter aux foules et à leur sagesse, mais les auteurs évacuent du qualificatif de “mystique” le livre de James Surowiecki (La sagesse de foules) alors qu’il n’a rien de mystique et que son objet est bien délimité à l’agrégation, dans certaines conditions de félicité, des avis d’un grand nombre pour prendre des décisions. Donc, la multitude, ce ne sont pas les foules (ni le grand public semble-t-il). Les auteurs ont d’ailleurs l’honnêteté (page 47) de mentionner Apple comme contre-exemple, car les innovations y sont clandestines, fermées totalement à l’extérieur et le public explicitement considéré par Jobs comme incapable de donner un avis sur quoi que ce soit. Ce qui devrait relativiser singulièrement le rôle de modèle d’Apple mais rien n’y fera !

Le public peut aussi se transformer au fil des pages en catégorie culturelle ad hoc, celle des “enfants du numérique”, dont on ne connait pas vraiment le statut social, mais qui est devenu une tarte à la crème du buzz sur le web 2.0, comme le fut la génération Y. Lorsque la description des propriétés de ces enfants est tentée, le mélange de principes trop généraux, d’évidences fausses et de métaphores filées sans contrôle rend l’exercice peu productif. Qu’on en juge à la liste des sous-titres qui sont autant d’attributs de ce “groupe social” : ils aiment créer, ils vivent une expérience collective, ils ne respectent plus les institutions (ce qui est faux si l’on pense au rôle des journaux dans la notoriété des blogs, comme le montre Yochaï Benkler en évoquant “l’attention backbone” dans la Richesse des réseaux), ils sont difficiles à interrompre, exigeants, impatients, et ils aiment les sports de glisse… Sur ce dernier point, le lien fait en une phrase (page 57) entre Google, les hedge funds, le High Frequency Trading, Twitter et son audimat laissait espérer un moment de lucidité sur les connexions financières de toute cette culture, mais non, cela se termine encore par une pirouette savante, sur le kairos, qui nous fait retourner chez les Grecs (classiques !) pour mieux oublier les enjeux contemporains.

De fait, lorsque la multitude est mentionnée, c’est avant tout pour montrer comment les entreprises doivent s’exercer à capter la puissance de cette multitude (page 82), seule source de créativité, qu’il convient non pas de valoriser comme bien commun, mais de capter au profit de certains acteurs. Dès lors, il est quelque peu cynique de vanter ces développeurs de logiciel libre “qui ne recherchent aucune rémunération” (page 85) alors que dans le même temps, on démontre clairement qu’ils sont les dindons de la farce de “vrais entrepreneurs”, prédateurs de leurs créations ouvertes. De même, la liste des critères de propagation d’une idée proposée par Seth Godin est présentée (page 87) comme remarquablement non marchande, alors que tout le livre vante pourtant la monétisation de toutes les créations, de toutes les circulations et de toutes les activités élémentaires de la multitude (dont celle qui consiste à recommander). Mais le débat qui émerge quand même, malgré les auteurs (“la multitude soutient une économie de la contribution”, merci de parler pour elle !), est résumé page 87 à des différences de point de vue “optimiste”, qui vanterait le pair-à-pair, ou “pessimiste”, qui s’inquiéterait de la captation… Misère de la pensée marketing du numérique !

L’argument devient plus subtil lorsqu’il est avancé que la manifestation de la puissance de la multitude (et son “empowerment”, va-t-on jusqu’à dire plus loin), passe par cet accouplement avec l’économie marchande, car “le rapport de force entre marchand et non marchand est un rapport entre organisation et multitude qui est en soi créateur de valeur” (p. 92). Ne pas le soutenir, ce serait même “l’empêcher de fertiliser une économie de la contribution créatrice de valeur pour l’ensemble de la société”. Plusieurs arguments sont ramassés dans ce seul paragraphe et peu développés malheureusement par la suite : il n’y aurait qu’une seule définition de la valeur, celle, d’ailleurs sans réel fondement théorique, que les auteurs attribuent à la monétisation. Il n’y aurait qu’une politique de couplage avec le marchand alors que la critique devrait porter précisément sur le mode de captation prédatrice et non sur le marchand ou sur la monétisation a priori.

Le rapport entre marchand et non marchand serait donc un équivalent du rapport entre organisation et multitude, eux-mêmes termes peu définis, alors qu’on sait comment la multitude peut s’engager dans des opérations de monétisation originales (SEL, minutes de téléphones en Afrique…) qui ne sont pas pour autant organisationnelles au sens de la captation par des opérateurs intermédiateurs.

Ce qui transparait ici, c’est l’absence profonde de vision politique et l’opération centrale de dépolitisation des formes possibles de composition de notre monde commun, puisqu’il faut les faire rentrer dans le rang des formes actuelles de captation des externalités par quelques entreprises prédatrices. Voilà comment même sur les questions numériques, le triomphe de l’économie est total comme champ supposé exister indépendamment de tout le reste, ce qui, par principe, rend impossible toute politique, c’est-à-dire tout débat. Seule une “combinaison dynamique” (p. 95) est proposée entre les deux régimes “celui qui produit de la considération et du rang” (type Wikipédia) et “celui qui produit de l’utilité et de la valeur”.

Nous sommes très loin là de l’artifice de l’encastrement de l’économie, puisqu’on finit par théoriser cette division du monde en deux formes de valeur qu’il faudrait réunir ensuite alors même que les formes concrètes de cette captation de l’un par l’autre sont vantées dans tout le livre, qu’aucune piste pour rendre le débat possible n’est proposée (du type mesures pour radicalement rééquilibrer les rapports de force entre les régimes, vu la toute-puissance des oligopoles de chaque secteur), et qu’aucune théorie intégratrice ne permet de traiter ces phénomènes en commun. Or, il s’agit bien ici d’une même “économie d’opinion” qu’évoque André Orléan (Le pouvoir de la finance, 1999, et L’empire de la valeur, 2011), qui ne fait retenir du non-marchand que la considération et le rang, et donc ce qui relève aussi de l’économie d’opinion qui a tout infiltré jusqu’aux scores personnels de followers en passant par les indices de publication scientifique.

Pourtant, des formes de repentirs émergent parfois, comme lorsque, page 109, les auteurs reconnaissent que “certaines infrastructures deviennent cruciales, comme un internet libre et ouvert” comme condition même d’existence des plates-formes, qui en réalité font tout pour capter toutes les ressources du réseau à leur profit, dont les données personnelles. Mais leurs a priori émergent immédiatement puisque le pronostic que font les auteurs consiste à supposer que la multitude en viendra elle aussi à exiger de se faire rétribuer pour la mise à disposition de ses traces et données personnelles.

Certes, la perspective fait partie des possibles, mais elle est étonnamment restreinte et ne fournit là encore qu’une seule grille de lecture, qu’un seul futur possible alors qu’il faudrait toujours restituer leur diversité si l’on veut avoir une chance d’innover. Pourquoi au contraire la multitude ne parviendrait-elle pas à bloquer tout usage de ces données et de ces traces sans consentement explicite et avec un tel déploiement de conditions que les plates-formes ne parviendraient plus à capter cette externalité ? Pourquoi le cryptage généralisé par exemple, ne fermerait-il pas tout accès non délibéré à la publication de ses données personnelles et de ses traces ? Pourquoi les impasses reconnues de l’économie financière fondée sur l’opinion n’ouvriraient pas des pistes pour des valorisations différentes, certes monétisées, mais non fondées sur la prédation ni sur l’opinion, mais sur des contributions contractuelles évaluables et non fondées sur des spéculations (ce qui veut dire sortir de ou être insoumis à l’économie financière). Ce pluralisme de solutions constitue le manque le plus criant de ce livre qui, de ce fait, encourage plutôt le suivisme vis-à-vis des tendances lourdes actuelles, pourtant probablement faites de bulles et d’effets d’opinion en grande partie. L’innovation ne trouvera pas de nouvelles idées dans ce type de répétition du buzz et des mots-clés du credo du libéralisme digital.

Plus loin, c’est seulement la captation de l’activité de la multitude qui devient l’objet de l’activité économique à promouvoir (page 98) et de longs développements sont consacrés à la ressource extraordinaire que représenterait la connaissance du client. Rien de plus satisfaisant pour quelqu’un comme moi qui ai passé toute ma vie à le faire à un moment où le marketing ne s’y intéressait pas tant que ça, puisqu’il fallait alors créer des “user labs” comme je l’ai fait, pour persuader les acteurs de la qualité des informations ainsi obtenues. Cependant, un autre âge est venu, celui de la captation directe des traces, et la mutation est d’importance et devrait générer autant de précautions que lors de la phase précédente. Les données recueillies n’ont plus de référence sociodémographique, les effets d’opinion sont des effets autoréalisateurs (puisque l’activité est le plus souvent une activité d’opinion, dont les liens avec les ventes réelles sont souvent loin d’être démontrés), et il se trouve que Steve Jobs, la référence de tout l’ouvrage, a clairement affirmé qu’un véritable innovateur ne devait surtout pas demander son avis au public (et je suis assez d’accord avec lui, pour la phase de génération d’idées et de créativité, les tests pour la mise en œuvre restant nécessaires, y compris chez Apple).

La multitude est donc encore ici une affaire de storytelling plus qu’une discussion sérieuse et controversée des diverses conditions d’association des publics à l’innovation, dans un contexte de prolifération des traces, dont on ne connait que rarement la réelle portée. Dans une économie d’opinion, le risque est grand de se laisser intoxiquer par des avis autoréférentiels qui ne marquent aucune tendance profonde, mais seulement des mouvements d’opinion, ce qui, pour
ceux qui vendent des biens et des services, reste d’un intérêt limité, alors que pour les professionnels de l’opinion autoréférentielle, cela demeure une ressource inépuisable (voir sur ce point notre bilan complet des offres de méthodes et d’outils en opinion mining et sentiment analysis, D. Boullier et A. Lohard, Opinion mining et sentiment analysis, Open Edition Press, 2012). Lorsque ces ressources d’opinion mining sont supposées permettre “de ressentir le marché” et “déterminer de quelle façon il doit faire évoluer son activité” (p. 124), il y a de quoi s’inquiéter puisque rien de tout cela ne suffit à déterminer une stratégie et les ratages seront nettement plus fréquents que les réussites, comme c’est le cas pour les mesures d’audience qui ne garantissent rien et dont il est même recommandé de s’affranchir si l’on veut construire dans la durée une relation avec un public. Cette adaptation permanente au public pose pourtant de sérieux problèmes dès lors qu’on ne se contente pas de créer du buzz et d’attirer l’attention (ce qui suffit aux investisseurs), mais que l’on veut construire des pratiques largement répandues : des conventions doivent être établies (et toute l’économie des conventions a largement étudié ces processus) et les “investissements de forme” (Laurent Thévenot) nécessaires pour les bâtir ne peuvent être oubliés, d’autant moins lorsque l’on veut construire des marchés de masse. Car l’instabilité met une pression constante sur les utilisateurs les plus fragiles et contribue à leur mise à l’écart alors même que les adopteurs précoces courent toujours après l’innovation la plus récente. Malgré cela, les plus stables ou les plus innovantes des plates-formes essuient régulièrement des échecs, que l’on se charge d’oublier le plus rapidement possible pour ne pas faire fuir les investisseurs. Facebook a ainsi accumulé les échecs de ses tentatives de captation de données, et l’on ne peut pas réécrire l’histoire d’une innovation gagnante d’avance, en premier lieu car l’histoire n’est pas finie, pas même pour Apple, qui a aussi traversé des périodes sombres. Tous les discours qui vantent la recette miracle du couplage avec son public finissent par générer un discours conformiste sans innovation et surtout sans pensée originale chez les entrepreneurs eux-mêmes qui se croient obligés de reprendre sans cesse les mêmes gimmicks pour s’autopersuader (et persuader leurs investisseurs) qu’ils sont “tendance”.

L’idée même d’itération qui est mise en avant devrait donc avoir cela comme principe directeur : “inventer, réinventer sans cesse”, non pas pour s’adapter, mais pour tenter plusieurs combinaisons sans savoir du tout laquelle sera la gagnante. C’est tout l’avantage du numérique et de sa matérialité malléable à souhait : les moules n’ont pas à être refondus entièrement en cas de ratage, des lignes de code peuvent être aisément réécrites (mais parfois une telle architecture est cependant très sophistiquée et coûteuse).

La multitude est aussi considérée ailleurs comme conversation (p. 115), “passionnante et imprévisible” qui doit orienter les décisions en matière d’applications, ce qui devient un tour de force, sauf si l’on admet que les conversations en question sont formatées par l’offre qui se charge de les capter et de les renvoyer dans un cycle performatif bien connu dans tout effet d’opinion. La contradiction est d’ailleurs relevée lorsque les auteurs mentionnent pages 116 et 117 qu’”il faut impliquer l’utilisateur par une forme d’empathie” et qu’il faut aussi surprendre par une proposition forte, “une grande idée” (et Steve Jobs est cité ici contre le rôle du client, déjà évoqué). Malheureusement, cette question a toujours été la quadrature du cercle de tout innovateur et n’a rien de nouveau. Le principe du temps libéré dans les entreprises pour favoriser l’innovation était par exemple déjà présent chez 3M lorsque Art Try inventa le post-it, contre sa direction marketing, comme le raconte cette étude de cas désormais célèbre en matière d’innovation et de concurrence des porte-paroles (Akrich, Callon, Latour, “A quoi tient le succès des innovations ?”).

Que l’enseignement supérieur soit aussi versé au même chapitre de la créativité de la multitude, pourquoi pas, mais on voit alors que des cas très différents de création se trouvent agrégés, aux dépens d’une analyse rigoureuse des conditions de mise en œuvre de cette créativité et de sa captation. Car l’important est encore là : les innovations des salariés de Google et les idées des scientifiques ne subissent pas le même régime de droits et ne profitent pas aux mêmes acteurs, cela parait évident de le rappeler, mais cela veut dire encore qu’il existe une pluralité d’architectures de la créativité de la multitude, si l’on veut encore conserver ces termes. Les balancements entre tout et son contraire sont si fréquents dans cet ouvrage que l’on trouve immédiatement après, une apologie de l’idée forte qui impose sa loi aux marchés. Il n’est pas mentionné à quel point tout cela ne fonctionne qu’avec une dose élevée d’agressivité commerciale et juridique qui vise à créer un enfer pour les concurrents comme on le voit en ce moment entre Apple et Samsung (et Google/Android par ricochet). Tous les arguments semblent bons alors pour atteindre cette position dominante, qui par définition doit être unique ou quasi unique, ce qui laisse quand même peu d’espoir à tous les entrepreneurs inventifs, mais plus réalistes.

3. La valeur de l’immatériel
Les analyses qui mobilisent la valeur et les stratégies de captation de cette valeur produite par la multitude sont centrales dans le livre et le terme de captation revient un grand nombre de fois. Mais la notion de valeur est devenue très floue depuis la révolution financière, et c’est pourquoi les auteurs s’exercent à distinguer ce qu’ils entendent par là. Notamment pour requalifier et relativiser les bulles des technologies numériques. En effet, tous les critères de succès sont ramenés à ces succès en bourse, à l’instar de la capitalisation d’Apple, à nouveau, qui sert de démonstration de ce qu’il conviendrait de faire. La bulle internet de 2000 fait désordre dans ce tableau et les auteurs tentent de montrer que les placements de ces capitaux risqueurs dont ils vantent l’esprit, ne sont pas spéculatifs, mais visionnaires, plus proches des paris sportifs. Ils masquent ainsi délibérément les propriétés de la bulle internet, où l’on a pu observer effectivement une valorisation invraisemblable de sociétés sans chiffre d’affaires, uniquement sur la mise en avant de leur fichier client (comme Boo.com). De même, l’entrée en bourse de Facebook s’est révélée une opération peu profitable et largement gonflée par le marketing financier, dans un contexte de crise, et de modèles d’affaires toujours incertains. Les seuls exemples positifs, dont celui de Facebook, pour l’instant, sont liés non pas tant à des qualités intrinsèques, mais bien à une position dominante conquise de diverses façons, et notamment grâce à de multiples méthodes de lock-in et de marchés à double versant (qui sont peu expliqués dans ce livre) permettant de valoriser sur plusieurs types de clients les ressources de cette multitude, par exemple les clics chez Google et les données personnelles chez Facebook. Les financiers seraient donc les seuls à voir cette valeur à venir (page 73), alors qu’il est aisé pourtant de reconnaître qu’ils se trompent aussi souvent que tout le monde (c’est le principe même de l’innovation) et qu’ils participent au montage de la valeur d’opinion qui seule permet de focaliser l’attention du large public comme des marchés financiers pour générer une valeur, tout estimée, celle que l’on nomme “goodwill” et que les auteurs mentionnent. Ces financiers capitaux risqueurs seraient capables, eux, d’éliminer tout le caractère délirant et spéculatif de cette goodwill, alors qu’il s’agit bien d’estimer la valeur d’un actif immatériel au moment de son éventuelle revente potentielle dont on ne connaît strictement aucun élément de contexte, par définition ! Ce credo dans les méthodes et les arguments de la finance, qui a pourtant fait la preuve de son caractère auto-référentiel, est présenté comme l’étalon du “savoir entreprendre” dans l’avenir et cela ne peut qu’inquiéter tous les entrepreneurs qui prendraient ce livre comme guide. Les difficultés à prendre en compte (au sens strict) ces valeurs immatérielles est bien souligné, mais on oublie alors de dire que c’est pour cette raison que les batailles sur la propriété intellectuelle et industrielle deviennent féroces, avec un effet d’ “enclosures”, bien décrit par Moulier-Boutang (Le capitalisme cognitif, 2007, et L’abeille et L’économiste, 2010), que les auteurs ne citent pas du tout durant tout le livre, malgré l’influence explicite qu’il a exercé, malheureusement pour une réutilisation à contre-sens de tous ses arguments !

Les actifs immatériels sont bien décrits comme des opérations de captation des externalités produites par la multitude et les dispositifs sur lesquels ils reposent sont mentionnés : les marques et les brevets. Or, rien d’autre n’entre dans les comptes des entreprises et dans les calculs de goodwill car l’économie de l’immatériel se résume en fait à ces actifs-là, captés et valorisés dans la comptabilité. Les autres stratégies qui permettent cette captation ne relèvent pas du même niveau, mais permettent aux auteurs, pour une fois, de reconnaitre qu’il y a bien souvent usage de position dominante (de lock-in qui bloquent l’utilisateur en produisant des enclosures). Et l’exemple pris est celui de l’Appstore d’Apple, “société reconnue pour ses systèmes fermés et propriétaires (ah, quand même !) qui est entrée spectaculairement dans l’économie de la contribution” (page 97). Voilà donc l’exemple type de succès qu’il convient de proposer à tous les apprentis entrepreneurs de notre pays ! Il est excellent en effet, comme exemple de prédation de la créativité de la multitude, comme capacité à surfer sur l’état d’esprit contributif effectivement présent en intéressant cette fois-ci financièrement les développeurs (là est le piège en effet et le changement d’état d’esprit) tout en contrôlant tout de A à Z sur sa propre plate-forme. L’innovation est géniale, il faut l’admettre, elle relève de la réinvention d’un état d’esprit et d’un modèle contributif au profit de la captation d’une rente sur des formats entièrement propriétaires. Mais la question qui devrait être posée ne l’est jamais pour les auteurs : comment une telle dynamique prédatrice permet-elle autre chose que la parcellisation et la distribution d’une force de travail flexible et peu coûteuse, puisque la créativité en question est entièrement soumise aux critères d’Apple et à ses prélèvements ? Comment d’autres acteurs candidats entrepreneurs pourraient-ils reproduire un modèle qui repose sur la fascination d’une marque et l’adhésion des développeurs à la prédation de leurs œuvres ? Bref, comment d’autres politiques sont-elles possibles que la captation de la valeur au profit d’oligopoles, et comment fait-on pour soutenir celles qui existent déjà et qui s’appuient sur l’open source notamment ?

4. La plate-forme à tout faire
L’un des arguments-clés du livre, et son innovation conceptuelle qui prétend se diffuser à tous les entrepreneurs potentiels, réside dans le principe de la plate-forme. Le modèle Apple est encore à l’œuvre, puisqu’au-delà des applications, Apple a su passer à la mise en place d’une plate-forme qui fait travailler les développeurs et qui permet de capter cette créativité de la multitude à son profit. Car c’est bien la clé de l’opération plate-forme, remonter dans l’intermédiation de façon à capter toutes ces innovations en les testant en grandeur nature sans avoir à immobiliser des développeurs ni même des projets. L’innovation liquide est ici totalement à l’œuvre et la seule à même de séduire les investisseurs qui fuient toujours les immobilisations, même en capital humain.

Il est alors utile de savoir ce que les auteurs entendent en fait par plate-forme et, là encore, la définition se dérobe dans une généralisation massive qui ne permet plus de discriminer entre les plates-formes telles que :
- ITunes puis l’Appstore ou Amazon,
- toutes celles qui fournissent des API,
- les OS (le Mac et Windows seraient des plates-formes),
- le GPS,
- le réseau internet lui-même (p. 149),
- et finalement “la marque” (p. 156) !!!

On notera quand même avec intérêt que les principes de Jeff Bezos sont aux antipodes de ceux d’Apple en matière de cible, de point de départ (click and mortar) et de modèle économique (faibles marges), ce qui veut bien dire que le concept de plate-forme devient tellement vaste qu’il n’aide plus à comprendre grand-chose. Seul Google échappe au statut de plate-forme, sans doute parce qu’il n’ouvre pas ses API et qu’il fait tout le développement lui-même au point d’être traité de “ribambelle d’applications opérant en ordre dispersé et ménageant peu de place à la valeur venue de l’extérieur” (p. 145). Un minimum d’honnêteté intellectuelle obligerait pourtant à admettre que, du point de vue même des auteurs (le succès se mesurant à la valeur en bourse et aux marges générées), Google fait quand même très fort et pourrait donc constituer un contre-exemple pour discuter sérieusement la toute-puissance du modèle des plates-formes. Mais foin de ces arguties, Google est déclassé (et on le sent bien, guère apprécié) et constitue un cas à part. Dommage pour le pouvoir de démonstration du modèle ! Alors même qu’Androïd est considéré comme plate-forme par Steve Yegge, le franc-tireur de Google qui a inspiré ce culte de la plate-forme que les auteurs ont choisi comme cheval de bataille.

Les avantages d’un statut de plate-forme se mesurent après coup, devraient-ils pourtant reconnaître, et il n’est pas d’exemple de plate-forme issue de ses seules activités de plate-forme. Car elle doit réussir à capter les externalités et pour cela avoir suffisamment de notoriété pour attirer par exemple des développeurs : elle doit parvenir à une position dominante pour modifier le réseau en sa faveur. Chris Anderson avait ainsi annoncé que le web était mort, à cause précisément des plates-formes (qu’il appelait applications). L’effet d’annonce était évident de sa part, mais la question des infrastructures distribuées à l’origine d’internet était posée à juste titre. Les plates-formes ne vivent que de la déformation à leur profit du caractère distribué d’internet, soit par l’effet d’un phénomène classique de réseau à invariance d’échelle (les nouveaux sites se lient de fait aux plus connectés en priorité) soit par des manœuvres pour renforcer la sélectivité des capacités du réseau à leur profit, en s’associant avec des opérateurs parfois, à travers des tentatives de régulation encore ou dans les organismes de standardisation, de façon à permettre par exemple un débit différencié selon les contenus des paquets (avec le Deep Packet Inspection) remettant en question toute la neutralité du net. Tous ces enjeux sont cruciaux pour les plates-formes en question, qui sont le nom pudique pour les oligopoles du numérique, ceux qui vont discuter directement avec le Département du Commerce américain pour influencer sa politique.

De toute façon, ainsi qu’il est dit, “une plate-forme est entièrement conçue pour capter la valeur créée à l’extérieur de l’organisation” (page 145). Voilà qui est clair, mais qui ne choque pas plus que cela les auteurs. “Mieux même, ce n’est rien d’autre que l’instrument permettant d’industrialiser cette démarche et d’accélérer les rendements d’échelle nécessaires à l’établissement d’une position dominante sur le marché”. Nous voilà revenus au point de départ et à l’apologie des puissants, quels que soient les moyens qu’ils mettent en œuvre. De là à comparer les plates-formes au Hoover Dam, voilà une audace (empruntée à The Economist) qui fait fi de l’opposition métaphorique essentielle : un ouvrage de béton durable pour arrêter les flux liquides et les convertir pour le bien public en énergie d’un côté face à un ensemble d’algorithmes fait pour fluidifier les traces et pour les convertir en valeur captée par une seule firme de l’autre. Dans dix ans, toutes ces supposées plates-formes, barrages des temps du relativisme et non du modernisme, auront tellement changé ou disparu, par nécessité anti-industrielle et anti-infrastructurelle de l’économie d’opinion, qu’on n’en trouvera plus qu’un souvenir vague, pour les plus récentes d’entre elles. La liste des disparus est déjà longue et les prévisions d’un temps (cf. Murdoch et Myspace dont on attribue les reculs au rachat par Murdoch lui-même !) sont souvent démenties, car c’est la loi dans l’innovation, encore amplifiée dans le monde hyperfluide et financier des “plates-formes”.

Cette confusion créée par le concept de plate-forme est d’autant plus inquiétante pour ceux qui s’aviseraient de suivre ces conseils, que pas un élément de comparaison n’est donné sur les modèles économiques et les revenus générés par ces plates-formes, car elles sont toutes très différentes, leur seul point commun étant d’avoir atteint une telle position dominante qu’elles bloquent les concurrents et attirent les collaborations. Et ce n’est pas en recommandant à tous les directeurs de l’innovation de transformer leurs produits, leur logistique, leurs boutiques, en plates-formes, que l’on clarifiera les modèles économiques qui pourraient soutenir une telle perspective (page 171).

C’est d’ailleurs ce modèle de la captation de la créativité par les plates-formes qui permet de justifier le traitement réservé aux développeurs d’apps : une rémunération récurrente pour permettre la prise de risques, rémunération à la performance pour garantir l’alignement de ce qu’ils appellent le “sur-traitant” sur la plate-forme. On perçoit bien le côté ringard, hiérarchique et déclassant du terme “sous-traitant”, qui correspondrait à une autre époque, mais qui, malgré la pression extraordinaire qu’ils subissent actuellement, restent trop coûteux du point de vue des transactions. Ici, la flexibilité est totale et le côté durable ne tient qu’au mode de rémunération, qui assure en même temps le prélèvement pour la plate-forme.

L’apologie des gagnants et de leur toute-puissance atteint une forme de cynisme, lorsque les auteurs en viennent à vanter une forme de “management radical” qui est, de fait, la règle dans toutes les entreprises sous dictature de la finance, et qui a provoqué les drames que l’on connaît, dans des grands groupes notamment. La critique est intégrée pour vanter le toyotisme (qui n’a quand même rien de nouveau ni de digital) et qui s’inscrit donc bien dans une mutation du management associée directement à la flexibilité généralisée et s’appuyant sur les contributions des salariés. Rapporter le toyotisme à la multitude peut lui donner un habillage savant, mais constitue un raccourci qui ne contribue pas à clarifier le propos. Toutefois, cette participation des salariés rebaptisés multitude ne doit pas laisser croire à une quelconque autogestion des années 70 : “L’ouverture d’une organisation (…) exige aussi une détermination managériale absolue, qui peut se traduire par la plus extrême dureté” (page 162). Jobs (encore lui !), Bezos et les autres sont convoqués comme preuves que “ce sont des fortes personnalités, charismatiques ou redoutées, qui expliquent les choix de management de ces organisations parvenues à s’ouvrir sur l’extérieur” (page 164). Ce glissement offre une bonne idée du maelström idéologique, que constitue l’économie d’opinion : pour le management, tout est bon, depuis les discours sur l’autonomie des créateurs-collaborateurs jusqu’aux accès de colère du génie (créatif lui aussi) qui dirige l’entreprise. Tout cela brouille les pistes à souhait pour éviter de poser la question de l’état mental de larges couches de managers, nourris à cette idéologie de la flexibilité, du re-engineering permanent et au bout du compte de la pression extrême sur tous les collaborateurs pour qu’ils soient innovants, conquérants, adaptables, pour rentrer dans les ratios fixés par le contrôle de gestion. Faire accepter ces dérives managériales au nom du génie entrepreneurial est un classique, qui n’a pas évolué depuis les modèles paternalistes purement autoritaires jusqu’à la version charismatique du créatif à qui l’on doit tout passer. Le résultat est bien plus grave actuellement, car rien ne permet plus de contester ces caractériels créatifs.

Quel renoncement en matière d’innovation dans la gestion des entreprises alors qu’il faudrait en faire de vraies institutions c’est-à-dire des espaces politiques où l’on “rend la vie possible”, comme le dit Pierre Legendre, en respectant les places de chacun. L’économie financière a mis un point d’honneur à déstabiliser tout repère et tout sens des places pour générer la flexibilité et la liquidité qui l’accompagnent. Le résultat humain est terrible et ce n’est pas en vantant la créativité des multitudes asservies dans la précarité ni la nécessité des crises de nerfs des génies entrepreneurs qu’on parviendra à reprendre la main contre cette destruction systématique de l’esprit d’entreprise.

5. Gouverner sous l’emprise du plateformisme
Le “plateformisme” n’a pas de limite, à tel point que le dernier chapitre consacré à gouverner est un plaidoyer pour transformer l’école et l’Etat eux-mêmes en plates-formes, pour lesquels la multitude contribuerait aussi. Il faut dire que c’est le PDG de Skyrock qui est appelé comme référence pour penser l’administration… ! (page 240).

Prenons d’abord l’école : on pourrait penser que sur la base de l’apologie de la multitude, la question éducative mettrait en avant les qualités de formation présentes partout dans les situations sociales, ce que nous avions mis en avant dans un numéro provocateur de Cosmopolitiques intitulé “Trop d’école !” qui voulait précisément dire qu’on demandait trop à l’école et que l’éducation était une tâche à distribuer partout. Mais l’objectif des auteurs est annoncé page 176, il faut “organiser – industrialiser – l’éducation de masse”. Leur critique ne porte pas sur l’industrialisation, mais sur le modèle tayloriste mis en œuvre pour cette industrialisation, contre cette logique du dressage, alors que celle du système éducatif “doit devenir celle de l’innovation, de l’improvisation, de la rébellion” (p. 183). On se dit que les auteurs en font un peu trop, ou qu’ils parlent d’autant plus aisément qu’ils ne connaissent pas la réalité des contraintes et des traditions (et des demandes) qui pèsent sur les écoles et sur leurs personnels. Dès lors, une telle profession de foi n’engage à rien puisqu’elle restera vaine. Mais leurs propositions sont symptomatiques, car il faudrait désormais savoir coder, créer des diplômes universitaires à la volée quasiment, et faire en sorte que l’école devienne Facebook (pp. 185-186). Tout cela ressemble furieusement à une adaptation de l’enseignement à des objectifs et à des modes à très court terme. On est frappé alors de l’écart entre les ambitions quasi subversives du départ et les propositions d’un court-termisme aveugle, sans vision et sans réelle portée éducative, comme si le buzz finissait par dicter là encore la politique éducative.

La question politique est plus compliquée à traiter car les auteurs admettent que toute la philosophie des hackers, le logiciel libre ou encore Creative commons et Lawrence Lessig proposent un modèle clairement alternatif et conflictuel avec toutes les pratiques des entreprises et des idéologues des enclosures (brevets, copyright) que l’Etat devrait garantir. Page 195, ils en viennent à admettre que la puissance de frappe des plates-formes (Google, Apple, Facebook ou Amazon) remet en cause les lois sur le pluralisme et la neutralité technique. Mais ils le font alors de façon très timorée en posant des questions (comment faire ?) sans assumer le conflit qui est désormais ouvert, alors que, pendant tout le livre, ils ont valorisé à outrance la stratégie de ces plates-formes pour capter la créativité de la multitude et la valeur pour gagner à tout prix une position dominante !

Enfin, le rôle de l’Etat en matière d’innovation est posé à l’issue d’un diagnostic sommaire sur la dégradation de la position de la France dans tous les classements. Les auteurs font admettre que les systèmes d’innovation de tous les pays sont soutenus par de vraies interventions de l’Etat ou des collectivités, ce qui en effet valait la peine d’être rappelé. Ils n’en sont pas moins critiques vis-à-vis des aides existantes en France, dont le crédit d’impôt recherche, et en cela, nous pouvons les suivre. Mieux encore, ils proposent des solutions pour que ces financements publics de soutien à l’innovation soient conçus comme des assurances : au cas où le produit qui devait être mis sur le marché à l’aide de ces financements ne trouve pas son public, l’entreprise est soutenue par l’état mais doit mettre à disposition tous ses développements liés à ce produit comme bien public, pour les autres acteurs du marché. Et celles qui préfèreraient le secret industriel ne pourraient bénéficier de ce système (pp. 209-210). Cette idée est ingénieuse et permettrait de réduire à la fois les effets d’aubaine du crédit impôt recherche dans les grands groupes notamment et de pousser à une politique d’ouverture du code pour toutes les entreprises qui veulent bénéficier des aides publiques, ce qui devrait être déjà la règle.

Ces idées sont finalement les points les plus intéressants de l’ouvrage, car à la fois précises sur le plan technique, réalisables et en même temps en phase avec le discours apparemment critique de l’ouvrage.

Malheureusement, on perd cet état d’esprit dans les parties sur les pôles de compétitivité, dont on attendait, compte tenu de la qualité des auteurs, un bilan serré [Henri Verdier est président du pôle de compétitivité Cap Digital, NDE]. Mais nous devons nous contenter de l’eau tiède d’un discours convenu qui ne se prononce par sur l’avenir de ces systèmes. Il est vrai que face aux “monopoles naturels” qu’ils décrivent ensuite et à l’écosystème que ces plates-formes créent autour d’elles, il n’y a guère de chance de gagner.

Du coup, vouloir tenter de limiter ces effets monopolistiques comme le prétendent les auteurs, peut être une louable intention, mais elle se trouve arriver en toute fin du livre et aller totalement à l’encontre de tout ce qui a été professé avant, puisque le succès d’une plate-forme se mesure précisément à cette capacité à créer un quasi-monopole. Qui, par ailleurs, n’a rien de “naturel” mais se gagne à coups de manœuvres et de guerre de tranchées commerciales et juridiques contre les adversaires pour devenir le plus grand prédateur des innovations de la multitude si valorisée. Il apparaît alors clairement que le cadre conceptuel et politique adopté par les auteurs les paralyse au moment de traiter ces effets contre-productifs de tous leurs modèles, ceux liés aux monopoles et à la dépossession délibérée du politique par les grands groupes, comme c’est le cas dans toute l’économie financière. Les solutions fiscales envisagées ensuite sont en partie plombées par le refus de s’attaquer à cette structure de marché déficiente pour favoriser l’ouverture et la contribution du plus grand nombre, sauf lorsqu’elle est captée au profit de quelques-uns.

Conclusion
Contresens sur les connaissances et apologie relativiste du changement, la conclusion se lamente de l’échec de la stratégie de Lisbonne et c’est bien là où réside tout le malentendu. Les termes de “société de la connaissance” ont créé une telle confusion conceptuelle que les penseurs critiques comme Moulier-Boutang ont un moment cru bon de lui emboîter le pas. Dès lors, tout le monde a pu mettre ce qu’il voulait dans ce mot-valise qui ne reposait sur aucune théorie solide. C’est encore le cas des auteurs, qui ne critiquent pas le bien-fondé de Lisbonne même, mais son échec. Or, c’est en grande partie parce qu’on a oublié que les supposées “connaissances” en question ne sont économiquement intéressantes pour tous les Apple et Amazon, qu’à la condition de devenir valorisables dans les bilans des entreprises, ce qui veut dire en fait copyright strictement respecté, brevets systématiques et droit des marques omniprésent. Voilà les seules véritables connaissances prises en compte !

Que cette valorisation soit faite à destination des investisseurs financiers et qu’elle repose sur des effets d’opinion qui s’avèrent être souvent des bulles spéculatives et médiatiques, cela n’avait l’air de déranger personne. Mais après la bulle internet de 2000 (3 mois après la profession de foi de Lisbonne, quel manque de chance !!) et depuis la crise financière de 2007-2008, on aurait pu penser que ces discours technos enthousiastes, qui ne sont en réalité que suivistes vis-à-vis de la finance, se seraient un peu calmés. Et que l’exigence d’un minimum de clarté conceptuelle les aurait conduits à admettre la situation de guerre déclarée entre ces plates-formes qui captent la valeur et la créativité de la multitude d’un côté et tous les autres acteurs qui ont intérêt à la circulation des données, des informations et des connaissances et donc de la création, de l’autre côté. Mais dans ce monde du buzz, il ne peut pas y avoir de conflit, seulement des modes et des visionnaires d’hier matin, qui sont battus par ceux de ce matin. “Changer le monde” pour que rien ne change, c’est, semble-t-il, la devise du Guépard qu’ont encore une fois adoptée les auteurs et qui produit cet effet de confusion générale lorsque la critique savante se trouve noyée dans le discours promotionnel de l’économie d’opinion, dominée par la finance. Or, le conflit est là, ouvert, violent, entre les tenants de la captation de la créativité collective (de Apple à Amazon et à “toutes les plates-formes”) et les réseaux de la culture libre qui bataillent chaque jour pour préserver la neutralité du net, l’ouverture des données, le refus de la fermeture du code et les contrôles étatiques et financiers sur la circulation des idées. Le livre fait un choix politique, celui des plus forts et celui de la finance, alors que tous savent que c’est celui qui détruit le bien commun à terme, malgré les satisfactions immédiates du consommateur ou du développeur qui subissent cette prédation.

Dominique Boullier

Mise à jour du 10/09/2012 :
- La réponse d’Henri Verdier.
- Celle de Nicolas Colin.
- Et celle de Dominique Boullier

Rétroliens

  1. perso - divers | Pearltrees
  2. Place du numérique, Prospective | Pearltrees
  3. DOCS | Pearltrees
  4. La lettre du 10 septembre : ce que les données peuvent nous donner | Proxem, le blog
  5. Une critique de l’âge de la multitude
  6. Participation des habitants « /tmp/administration/ouverte
  7. Viva Coeur | Une marque de vie – Un réseau social de proximité
  8. [ecodoc-S6] Economie du web 1/2 : multitude et réseau | Économie du document
  9. [ecodoc-S6] Bilan économie du web 1/2 | Économie du document

48 commentaires

  1. Les technologies numériques ne suffisent pas à produire de la démocratie. C’est souvent un effort de démocratisation qui permet leur émergence, leur développement. En cela on peut dire qu’elles réclament plus de démocratie, et qu’ainsi elles y incitent. Un échange sur la formation continue des enseignants, qui a lieu ce matin sur Facebook, en donne un bon exemple > https://www.facebook.com/philippe.watrelot/posts/200717000059921

  2. Merci à Dominique Boullier. Je commençais à désespérer…

  3. On respire avec cette critique et on a de la compassion pour D Boullier qui a du lire le livre.

  4. @ Christian Fauré : oui ;-)

    Cela dit, Dominique Boullier n’est pas tout blanc non plus. Dans le domaine universitaire aussi, la “prédation” est une pratique répandue : celle de la pensée, des crédits publics ou privés, de l’influence, etc. L’université n’échappe pas à l’économie de l’attention. Je doute que puisse émerger dans ce cadre de véritables pensées et pratiques émancipatrices. Les “user labs” qu’il signale en étaient bien loin…

  5. par fm

    Deux raisons m’éviterons d’acheter ce livre :

    1) je n’en ai hélas plus les moyens financiers.
    2) Cette excellente analyse.

    Pourquoi la 1) : parce que la prédation !
    Pourquoi la 2) : parce qu’une plateforme me permet de lire cette article gratuitement.

  6. La réponse d’Henri Verdier à la critique de Dominique Boullier : “ll est vrai que la captation est la tentation centrale de ce nouvel ordre économique, tout comme le monopole était la tentation principale de l’économie industrielle. Et que nous devrons savoir la réguler. Mais en tout état de cause, c’est le monde dans lequel on doit jouer. On peut le regretter, mais on doit le connaître.”

  7. par Richard Robert

    Quant à moi je trouve cette critique obscurcit complètement le sens du livre dont elle rend compte, et qu’à force de chercher la petite bête elle frôle le contresens. Les auteurs ne nient pas la part de prédation qu’il y a chez les géants du web, ils n’en font pas non plus l’apologie, ils montrent simplement comment les dynamiques de croissance (et de chute) des grands acteurs du web procèdent d’une interaction constante avec la “multitude”, dont ils dépendent tout autant qu’elle est en leur pouvoir. La description de cette relation complexe et peu prévisible est superbement menée dans le livre, alors que la critique de Dominique Bouiller – qu’on a connu plus inspiré – tend à la réduire à une forme de domination des gros sur les petits. C’est manquer aussi bien le sens profond du livre que la complexité du réel.

  8. Peut-être est-il judicieux de rappeler que F Jullien ne se fait pas l’apôtre de l’immanence mais cherche a en comprendre l’essence en vue d’un équilibre inclusif. A la fin d’une conférence a laquelle j’ai pu assister, F. Jullien, précisait que selon lui l’occident a autant a apprendre de l’immanence que l’orient du projet politique…une forme de convergence en quelque sorte.

  9. par Ivan

    mmm, je reste dubitatif

    ceci me rappelle les discussion/engueulades des années 90 – mid 90 sur Internet, sur certains forums de discussions dans certaines associations, commentant l’arrivée d Internet ,sa démocratisation à venir ses conséquences , son avenir, les espoirs et craintes des uns et des autres…

    et tout ceci avec un fort parasitage gloubiboulgatesque d’intellos nombrilistes fascinés par leur reflet dans le miroir collectif .
    ( la phase d’après fut l’arrivée massive des escrocs dans ce nouvel eldorado , celle qui inquiète visiblement l’auteur de cet article, à juste titre d’ailleurs).

    c’est juste que le titre comme le ton et le fond de l’article relève carrément de la charge à mort.Je voudrais juste donner mon petit point de vue de end user lecteur de base:

    J’ai lu le livre d’ Henri verdier et Nicolas Colin, et je n’y ai pas trouvé de trace de volonté, d’apologie de prédation vampirique des masses par les Sith séides calculateurs du missant neo capitalisme mutant ( en général c’est là que je place “galactique” , j’aime les phrases longues qui font space opéra quand on parle de complot des forces du mal, si je pouvais je rajouterais un wav de dark vador ).

    je n’ai pas adhéré à certaines approches des auteurs (je n’ai pas de fascination pour steve jobs par exemple , même si je lui reconnais une certaine forme de génie de son temps ), et d’autres au contraire m’ont fait sourire (positivement) voire carrément emporté mon adhésion (typiquement l’etat EST DEJA une plateforme irl alors bon qu’il le devienne aussi un etat digital ou whatever cyber ce n ‘est pas exactement comme si on inventait l’eau chaude hein… , il serait juste temps d’être en phase et en cohérence avec son époque).

    Besides, comme dirait le poète, on ne peut pas d’un côté reprocher à henri verdier et nicolas colin d’être les apotres de la de mort civilisationnelle ( heu laquelle au fait, parce que le siècle des lumières est une pièce de musée éteinte depuis un bail déjà #jdcjdr ) au service des zaiibatsu cyberpunks nextgen, et de l’autre leur reprocher d’ambitionner que l Etat (notez la majuscule ) devienne une plateforme.
    Faudrait savoir…

    mmm, je reste dubitatif

    My 2c de modeste membre de la multitude parmi tant d’autres

  10. @Ivan dxit : “ceci me rappelle les discussion/engueulades des années 90″

    Ben, je trouve bien que les gens s’engueulent à nouveau. Au moins, il se dit plus de trucs ;_).

  11. par Dominique Boullier

    A olivier auber. l’époque était différente car il n’y avait pas d’accès direct aux publics d’une part et tout ce que les users labs ont développé était à mon époque au moins en open source,à disposition des entreprises ou des chercheurs (cf Lutin game lab) dans une optique coopérative.
    A Henri Verdier et Richard Robert. Le livre donne des leçons aux petits français incapables de développer des plates-formes comme Amazon ou Apple, ce n’est plus de la connaissance, c’est de l’apologie d’un seul modèle ( car les allusions au monde du libre sont très sommaires et aucune idée nouvelle n’est proposée pour soutenir la dynamique économique de ces approches).
    La captation des externalités créées par la multitude est certes la règle dans ce monde, la connaitre est élémentaire mais la critiquer et s’obliger à imaginer d’autres modèles est un devoir dans un contexte qui épuise toute perspective créative par cette captation au profit des quelques firmes en position dominante.
    à ivan
    Le livre ne fait pas l’apologie de la prédation évidemment car ce serait indéfendable mais en s’appuyant sur une analyse faible qui banalise cette captation et la présente comme allant de soi alors que la guerre fait rage entre modèles, cela se traduit par l’appui à un modèle unique d’innovation et de succès. Tout l’art du livre tient dans cette intégration de la critique issue des modèles de la culture libre pour créer une confusion complète, une vision non conflictuelle, supposée évidente, alors que l’économie financière et les modèles de captation des plates-formes sont en train d’étouffer toutes les potentialités réellement créatives.

  12. @Dominique Boullier

    “Users labs”, “Lutin”, etc. : ok, faut mettre un pied devant l’autre..

    “plates-formes” : s’il s’agit des systèmes centralisés (perspective temporelle), les “winners” ont déjà tout “winné”. Je n’ai pas lu le livre et je ne sais pas si les auteurs ont abordé les alternatives acentrées (perspective numérique) potentiellement permises par le protocole multicast, enterré par les opérateurs, que je ne cesse d’essayer de sortir de l’ombre ? http://fr.wikipedia.org/wiki/Mbone

    “aucune idée nouvelle n’est proposée ” : je n’ai pas lu le livre (bis), mais il me semble que ses auteurs éfleurent cette piste : http://colin-verdier.com/leconomie-de-la-multitude-peut-elle-fonder-un-revenu-universel/
    Certes ils ne font que l’éfleurer alors Moulier-Boutang et Negri l’ont exploré en profondeur et que des activistes (qui ne se laisseront pas implanter un derrick dans la tête) la portent avec vigueur :
    http://revenudebase.info

    “vision non conflictuelle, supposée évidente” : Heureusement, tout le monde se goure probablement ;-)

    “My God, it’s full of life”…
    #LENR papers, 17th International Conference on #ColdFusion : http://lenr-canr.org/wordpress/?page_id=1097

  13. Ma réponse ici / “Deux mondes qui s’ignorent” / http://colin-verdier.com/deux-mondes-qui-signorent/

  14. par Isabelle

    Nicolas Colin : “C’est détourner l’attention de la finalité de la finance, qui est de couvrir des risques par leur mutualisation”…

    ah, elle est marrante celle-là !

  15. par fm

    Job, Gate, Torvalds sont bien trois génies mais pas de l’innovation technologique. Du marketing, de la prédation, peut-être. Un seul des trois n’a pas fondé une méga-entreprise.

    Apple et µSoft ont été et sont toujours des entreprises de domination économique et culturelle. ( Google et Facebook aussi.) Les deux premières sont issues de la guerre froide et si elles en sont arrivée à dominer l’informatique ce n’est certainement pas pour d’obscures raisons philosophiques. C’est par ce que les USA ont gagné la guerre froide !

    Imaginer l’informatique si l’autre camp avait gagné. Regarder le film « Brazil » peut-être.

    Alors quand l’Europe dominera le monde ( C’est mal parti!), nous aurons peut-être une chance de voir se développer de telles entreprises en France.

  16. par Edward Bernays

    Ce livre (1), sa recenssion sur InternetActu (2), les deux réponses sur les blogs des auteurs (3,4) et le passage radio associé au livre (5) manifestent combien il est difficile de “penser ensemble” lorsqu’on ne parle pas la même langue, que nous ne sommes pas façonnés par les mêmes contextes, circonstances et intentions.

    S’y dévoilent la lutte pour un territoire, celui du discours, de ces mots, concepts qui constitueront demain les éléments de langage du numérique. Qui aura “le premier” (et oui, beaucoup d’hommes dans ces débats) crafté, déposé, imposé son concept, sa relation particulière avec un système de pensée à l’américaine (licensing de l’aura des personnalités comme celles du Berkman Center invitées à la fois par Latour et par CapDigital).

    Deux versions du fantasme des ‘hommes’ de pouvoir y sont représentées:

    La version **universitaire** représentée ici par D.Boullier rappelle à raison que les travaux académiques ne peuvent pas être ignorés, mais masque sa propre auto-critique, notamment celle des conditions de gouvernance, d’ouverture et de libre accès du Medialab de SciencesPo, très différent du Berkman Center qui revendique les valeurs du libre par la pratique (le lieu est ouvert, un grand nombre de publications et d’ateliers sont collaboratives, en libre accès). Le Medialab de SciencesPo, comme l’IRI, la FING/InternetActu (plus subtilement il est vrai) peuvent tout dire sauf s’étudier eux-mêmes et se critiquer (comme le font les ethnométhodologues ou les intellectuels politiques par ex) car ils prennent le risque de s’exclure du système et devenir des parias, ne plus être financés et perdre leur autorité, et également leurs locaux. H.Verdier, à la tête d’un cluster de financement qui alimente le laboratoire de D.Boullier le lui rappelle dans son blog: ” … ce qui est paradoxal quand on sait la part prise par Cap Digital dans le financement du LUTIN comme du Medialab de Sciences Po … ”

    La version **nouvel ordre du monde** représentée par H.Verdier [SUPPR : à la demande d'Henri Verdier, et non sans raison, merci de s'abstenir des accusations personnelles. Rappelons qu'il est normal que le président bénévole de Cap Digital émane des entreprises membres de Cap Digital - Hubert Guillaud]. H.Verdier utilise des techniques d’argumentation modernes, comme le font les publicitaires et les pros du marketing. Sans rentrer dans les détails ici car je n’en ai pas l’envie ou le temps (bravo à Dominique Boullier de l’avoir pris par ailleurs), ce que CapDigital dans ses appels d’offres ou Henri Verdier dans ses communications favorise est un mode de persuasion fondé sur un modèle de communication paradoxal. Oui, il faut être pour l’innovation ouverte, le logiciel libre, ça c’est le discours, bien médiatisé, surmédiatisé et dans les actions, on défend au maximum les intérêts et modes d’opérations des grands groupe industriels, le brevet logiciel, l’accaparation (la prédation) des ressources communes et développées par la communauté DIY, des Net travailleurs, cf ici Mackenzie Wark http://www.newschool.edu/lang/faculty.aspx?id=1718 . Comme le prouve le titre de l’ouvrage, utilisation aussi de technique de re-branding (Novlangue?) ou la multitude en tant que concept passe de gauche à droite (mais non, on est tous de gauche ^^ et puis ça existe plus les divisions, vive le bipartisanisme! ), et si j’avais plus de temps j’aurais détaillé l’utilisation de techniques de promotion d’objectifs inatteignables, de boucles logiques, de la fabrique de la crédibilité des auteurs (voir le post sur le blog de N.Colin qui est obligé de nous expliquer qu’il a lu des livres! bravo :D), des croyances spécifiques (H.Verdier: nous sommes de deux mondes différents – ben voyons), de la persuasion auto-télique, des exemples chocs, l’utilisation d’approximations populaires, et bien sur, lorsqu’il y a la moindre critique, utiliser des innuendos, minimiser, trivialiser celui ou celle avec qui nous ne sommes pas d’accord.

    Bref, c’est pas demain que Dominique Boullier ou Henri Verdier utilisera Linux sur son Mac, ni que l’un arrète d’étudier les systèmes d’info-vidéo-surveillance/vidéo-protection-pardon! (DB pour RATP) ni que l’autre ne les mette en place en contrôlant le financement des technologies de cloud totalement controlées par des industriels (CaaS, PaaS, SaaS alors que les chercheurs du libre à l’INRIA ou aux USA n’arrêtent pas d’en montrer les limites pour le citoyen http://www.gnu.org/philosophy/who-does-that-server-really-serve.html ) ou en célébrant de l’art numérique décoratif (oh! je bouge ma main et ça fait plier un bouquet de fleur!) plutôt que des oeuvres critiques, qui questionnent CapDigital, le Medialab de Sciences Po mais également les usages, les limites et les spécificités du monde numérique, et notamment son discours, devenu lui aussi un objet capital.

    1. http://www.amazon.fr/L%C3%A2ge-multitude-Entreprendre-gouverner-r%C3%A9volution/dp/2200277830
    2. http://www.internetactu.net/2012/09/07/l’age-de-la-predation
    3. http://colin-verdier.com/deux-mondes-qui-signorent/
    4. http://www.henriverdier.com/2012/09/sciences-po-contre-lage-de-la-multitude.html
    5. http://www.franceculture.fr/oeuvre-l-age-de-la-multitude-de-henri-verdier-et-nicolas-colin

  17. par Dominique Boullier

    Voici sur mon blog ma réponse aux réponses des auteurs sur leurs blogs respectifs ( eh oui tout le monde a son espace de publication désormais! )
    http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-g-boullier

  18. par Edward Bernays

    errata (ça m’apprendra à poster sans relire!):

    ” des croyances spécifiques (H.Verdier: nous sommes de deux mondes différents – ben voyons)”
    c’est en fait N.Colin qui dit: “nous appartenons à deux dimensions parallèles “

  19. par fm

    J’ai compris la critique et la critique de la réponse à la critique ( http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-g-boullier ) mais j’ai eu des difficultés à lire la réponse à la critique.

    Alors en fin de compte, je l’achèterai pas ce livre. Je risque de ne pas tout comprendre avec mon BAC + 3.

  20. Waou, il est bon cet “Edward Bernays” (dommage qu’il soit planqué derrière ce joli pseudo) :

    “Futur en Seine [...] célébrant de l’art numérique décoratif (oh! je bouge ma main et ça fait plier un bouquet de fleur!) plutôt que des oeuvres critiques, qui questionnent CapDigital, le Medialab de Sciences Po mais également les usages, les limites et les spécificités du monde numérique, et notamment son discours, devenu lui aussi un objet capital.”

    Cette difficulté, voire impossibilité, de (se) penser n’est pas spécifique à CapDigital, la FING, l’IRI, ou au Medialab de Sience Po. Tous les festivals et institutions du numérique, de l’innovation et de l’art dans le monde en sont là.

    Global Crisis – THE GAME
    “Even the search for an explanation of the situation of the world has become a war.”
    http://poietic-generator.net

  21. par Ivan

    je ne voudrais pas casser l’ambiance les filles ( et les garçons ) mais puisque certains et certaines ici semblent avoir vécu le temps jadis, si proche et pourtant si lointain déjà, de la période blue ribbon et messages matraqués anti Internet (surtout en France, minitel dinausorus oblige) ,

    puis je me permettre de vous signaler que nous avons des urgences communes autrement plus graves concrètement que les joutes de salon, fussent elle dans un style épistolaire aérien et ô combien plaisant, solidement documentées et étayées à grand coups de href et citations :

    il y a peu nous avions acta planant au dessus de nos têtes,
    de nouvelles versions opportunément rebaptisées sont en train de voir le jour, d’autres sont en préparation à grand coup de copier collé insérer dans de nouveaux textes.
    Ses zélés zélotes n’ont pas abandonné le combat.

    hadopi et ses conséquences méphitiques au court moyen et long terme est toujours présente.La boite de pandore a été créée.Au pire la bestiole se prépare a changer de nom et se dissoudre tel le nano-trojan dans un nouvel hôte recomposé auquel elle transmettra son ADN.

    La mission lescure se met en place, sur laquelle nous ne pouvons que constater que l’Industrie du divertissement, tout du moins le petit clan interfacé avec le(s) pouvoir(s) , pratique et opiniâtre comme toujours, n’est ni de droite ni de gauche LUI. Il défend ses intérêts quelle que soit la météo, point barre.Cette constance force l’admiration et devrait au moins faire lever le sourcil de nombre d’entre nous.

    la cavalerie de la PI de l ‘extrême est en pleine forme et charge en lobbying sur tous les fronts, en france, europe et worldwide.
    les conséquences de notre manque de vigilance, réaction et solidarité affecteront l’espèce entière, rien de moins..

    le filtrage de notre bien aimé nainternet est toujours à l’ordre du jour dans nombre de pays, d’une façon ou d’une autre, sans que le legislateur ne soit informé et ne comprenne toutes les subtilités et conséquences d’aborder ce sujet autrement qu’à la pelleteuse.
    C’est un sujet sérieux, aucunement tabou, inéluctable historiquement, mais visiblement c’est PH34R qui l’emporte sur Réflexion.

    l’accès au savoir par la population est en passe de devenir de plus en plus contraignant et surtout payant, cf le suivi de calimaq sur le sujet, entre autres ( si vous ne connaissez pas Calimaq c’est le moment https://scinfolex.wordpress.com/ ) .

    Bref, je ne vais pas vous assommer avec la liste entière des sujets immédiats et pratiques auxquels nous devons faire face, tous ensemble..

    Figurez vous, ô surprise, chers gens de bien qui vous chamaillez, qu’il y a des gens qui n’aiment, ni les Dominique, ni les Nicolas, ni les Henri, ni les Olivier…

    et là en ce moment , croyez moi, ils rigolent (ils peuvent, la distraction d’attention est un plaisir de fin gourmet).

    and guess what ? cela m’inquiète beaucoup plus que les amabilités que vous vous jetez à la tête, fussent elles intelligemment écrites (bien qu’effroyablement lourdes de sous entendus, mais je ne reviendrai pas là dessus.. ).
    .
    Pardonnez moi de reporter à plus tard mon intérêt pour les discussions enflammées sur les modalités d’assemblage et briques du Nouveau Monde , de cette nouvelle Ere, que nous contribuons tous, petits et grands, inconnus et personnages publics, chacun à notre mesure et avec nos moyens, à créer .

    Pour les guerres de religion, si ça ne vous fait rien, on verra plus tard et en famille, avec un peu d’efforts de part et d’autre ( je suis optimiste ) , j ‘ai bon espoir que tout ceci puisse s’apaiser , une fois que les gens s’apprennent et se comprennent, dans leurs différences et en levant les malentendus.

    sinon, j’ai aussi un petit cadeau pour bien commencer la semaine

    Enjoy :)

    http://www.slate.fr/story/61313/internet-ennemis-reponse

    Signé: un pion de la multitude parmi tant d’autres

  22. par jean louis Frechin

    L’âge de la confrontation ou Faire Salon, malgré tout ?

    Le texte l’”âge de la prédation” m’a réjoui et troublé. Il a réveillé la rentrée… Les conversations sur les chemins et les directions à prendre sont parfois précieuses. Cette publication, ses réponses et les certains commentaires signent la vivacité des conversations qui permettent de “domestiquer” la complexité de notre monde, elle éclaire les philosophies de l’instant et les enthousiasmes stériles de l’époque.
    Quel que soient les différences de propos, d’idées ou de visions ces échanges sont salutaires, ils sont français. Comme le disait Voltaire: “je ne suis pas d’accord avec vous, mais je serais prêt à mourir pour que vous puissiez le dire”.
    Ces vifs échanges signent la rentrée, j’y ai reconnu l’endroit où j’habite, toujours enclin à expliquer et documenter le monde en train changer, à pointer les risques dans les opportunités de l’époque, souhaitant les expliquer avant qu’elles n’existent. Le texte de Dominique Boullier et sa posture sont donc profondément ancrés dans notre culture critique. Bienvenue chez nous, c’est la rentrée.

    Ce texte est troublant. En noir et blanc. Je ne reviendrai pas sur le fond argumenté et référencé jusqu’à en perdre le fil. Ils s’engouffrent dans des interrogations légitimes pour tout un chacun et rencontrent l’adhésion de partisans déjà convaincus. Il pointe ce que nous savons tous, l’âge du service et de l’usage et sa financiarisation porte en soin sein des dérives ou des tensions qu’il s’agit de documenter, d’expliquer et de contourner. Qui peut être contre ce constat ? Qui est n’est pas contre le mal ou la faim dans le monde ? Il fait par contre un procès en “religiosité” au propos de l’”Âge de la Multitude” qui n’a pas lieu d’être.

    Étrange, on ne parle pas, dans cette critique de l’humain, de l’autonomie, du pouvoir, de la capacité créative donnée aux hommes par le numérique même par les grands méchants Apple et consorts . Ceux-ci sont tout simplement absents de ce texte au prétexte de les protéger. Il nous semblait que les tensions entre ces choix relèvent d’analyse subtile des hommes, du désir, de la liberté et de la quête d’autonomie et d’émancipation. il n’en est ici pas question. C’est troublant à l’âge de la conversation et aux pouvoirs attribués à la figure de “l’amateur”. Cette tribune, on le voit dans les commentaires, envoie également une adresse facile aux jeunes qui s’interrogent sur leur futur . Une compilation des maux du monde, légitimés à partir d’éclairages “savants” et à l’adhésion facile et consensuelle. En cela , il est dérangeant.

    Il tente de prouver scientifiquement pourquoi Verdier et Collin on tord . Il s’agit donc pour l’auteur d’affirmer une vérité. Il force artificiellement une opposition entre monde universitaire, notamment un type de science humaine et sociale sur la défensive et viellissant que scientifique, et le reste du monde. À moins que transparaisse ici, un reliquat de la guerre doctrinaire des gauches, plus qu’un propos humanisme. Il souligne la difficulté et la crise de la sociologie française à succéder à ses grands modèles. Je comprends qu’un universitaire défende son institution, j’y souscris. Mais celle-ci est-elle en cause dans le livre de Verdier et Collin ?

    Il est difficile de comprends cette opposition si française entre connaissance, idées, critique et acte d’entreprendre, compréhension et proposition. Alors que je crois que c’est notre nature profonde d’en faire la synthèse de par notre culture, notre histoire et notre éducation. C’est aussi notre but commun d’un usage social et humaniste des technologies. Il nous semble que tous les protagonistes dans cette affaire revendiquent cet enjeu, alors pourquoi cette forme clivante ? La situation caricaturale d’un professeur des universités contre la figure de l’entrepreneur et sa réciproque ne sont-elles pas dépassées et tout simplement ridicules. Balayons devant notre porte ? Qu’avons-nous fait récemment pour donner des leçons ? Que faisons-nous pendant la chute ? L’enjeu n’est-il pas ailleurs ? Cette posture autocentrée, dogmatique et passéiste n’est-elle pas contradictoire avec le “parlement des choses” de Bruno Latour.

    Enfin, si la sociologie des usages et de l’innovation sait des choses qu’elle les applique et les partage. Nous n’avons plus l’opportunité de nous en passer. Nous en avons terriblement besoin dans notre pays ou nous produisons peu de “machins” grand public technologiques de rayonnement mondial aussi bien dans le monde marchand que dans l’espace non marchand, social et artistique. Nous n’avons pas les moyens de nous passer des énergies constructives. Peut-être cette posture qui s’attache plus a la documentation a posteriori des manières de faire plutôt qu’a l’acte complexe, difficile, risqué, de “faire” et de “proposer du nouveau” n’en a t’elle simplement pas la culture ?.
    Je ne peux que m’interroger sur ce qu’aurait fait l’auteur à l’époque de l’aviation quand on a inventé en France l’objet, l’usage, et l’économie de l’avion avant même de pouvoir expliquer pourquoi cet objet pouvait voler . Il est vrai que la sociologie des usages et l’innovation n’existaient pas, et que l’aviation a été inventée dans des ateliers. Il est vrai que l’informatique et les sciences de l’information sont exactement l’exemple l’inverse. Elles sont nées dans les universités et les laboratoires militaires . Le numérique en est une substance historique et cette révolution s’est diffusé aux hommes qui en ont fait ce quelle est. Il faut l’accepter, aussi. Je veux dire en cela qu’il n’y a pas toujours de préalable de la “compréhension” à l’invention. Il est évident également que chaque technologie porte en son sein autant d’opportunités que de risques. C’est cette tension qu’il faut documenter .

    Le ton est dur, cynique, agressif inutilement. Il défend des doctrines et en cela s’attache facilement des clans et des militants d’un grand soir et d’un monde bipolaire qui ne sera plus. Il cherche une tribune idéologique, voir doctrinaire. À cet égard, beaucoup de commentaires affirment qu’ils n’ont n’on pas lu le livre l’”âge de la Multitude” ! . Le propos de Dominique Boullier se suffit donc à lui même, pour un public déjà conquis indépendamment finalement du livre qui en aurait justifié l’écriture.
    Cela renforce sa posture doctrinaire qui est assez proche de l’appel des 451 de Giorgio Agamben, sur le livre numérique (http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/09/05/le-livre-face-au-piege-de-la-marchandisation_1755856_3232.html) (http://www.lexpress.fr/culture/livre/pour-le-collectif-des-451-un-e-book-ne-sera-jamais-un-livre_1158032.html), basé sur le même postulat “nostalgique” et tardif que tout serait mauvais dans le nouveau , le marché et l’entreprise que c’est aux “sachant” plus qu’aux praticiens d’organiser ce qui sera. Tout cela nuit aux propos. Mais nous confirme que “c’était toujours mieux avant”.

    Là où je me dissocie totalement du propos dans sa forme malgré son intérêt indéniable, c’est qu’il s’oppose à un changement nouveau et significatif de «notre manière de faire les choses». II fait voler en éclat le “Salon numérique” cet espace de conversation qui depuis plus de 10 ans s’est établie étonnamment en France dans des espaces comme la Fing, Silicon Sentier, les entretiens du Nouveau Monde industriel, Cap Digital ou Futur en Seine et dans de très nombreuses villes en région (Hacklab, Fablab et autres cantines) . Ces nouvelles situations qui ont permis de faire “converser” des chercheurs, des artistes, des ingénieurs, des développeurs, des entreprises grandes et en devenir, des écoles, des universités et des laboratoires pour mettre des sujets nouveaux sur la place publique et un ‘”être ensemble” nécessaire. En cela, il rétablit des tranchés opposant entre eux des acteurs qui se côtoyaient malgré leurs origines et leurs différences. Cet espace informel : écosystème, salon ou conversations, a créé des situations singulières, innovantes loin des tranchés et des silos qui minent notre pays. Je ne pensais pas possible que cette querelle puisse émerger alors que les protagonistes sont issus des mêmes cercles et des mêmes salons numériques humanistes. Dominique Boullier et certains commentateurs associés prennent le risque de réactiver ce mal français de la confrontation et des luttes de postures et de doctrine extrêmes. Alors que d’autres proposent la mise en place de démarche “transdiciplinaire” tells que les appelles Edgard Morin, Bruno Latour, Michel Serres ou Voltaire d’une autre manière.
    En cela, il pointe la difficulté de rester ce que nous avons été en d’autres temps: critique, en quête de sens, humanisant le rôle des technologiques dans la diversité de nos rêves, de nos talents et surtout dans nos “propositions”; là où nous sommes le plus faibles, aujourd’hui.
    Par cela, ce texte valide le “mal français”, cette incapacité que nous avons à “être ensemble” et à “proposer” pour défendre des dogmes. Ce texte révèle malgré lui nos faiblesses: confrontation, doxa, doctrine, poids des idéologies dans le champ des technologies et cette propension à “expliquer” et “comprendre” plutôt que “proposer”. C’est inquiétant, car en humaniste, je ne peux croire que les positions de Boullier et de Verdier et Collin soient si éloignés.

    L’âge de la contribution, de la transformation doit-il être celui de la confrontation des blocs ? Le “parlement des choses” doit-il en être le tribunal ? À l’heure de la complexité et des défis qui nous attendent, ne rajoutons pas de la confrontation à la prédation. Ne nous tirons pas une balle dans le pied.

    PS: J’aime l’âge de la Multitude parce que’il est orthogonal, nous informe, propose et est optimiste dans son propos.
    PS2: Je ne suis qu’un modeste Designer, discipline ignorée par la sociologie des usages.

    PS3: Edward Bernays : l’art numérique décoratif (oh! je bouge ma main et ça fait plier un bouquet de fleur!) nous sommes d’accord ,

  23. par Dominique Boullier

    Cher Jean Louis Fréchin, j’ai répondu à la plupart de vos remarques sur les formes du débat et sur “d’où je parle” comme on dit dans mon blog ainsi que je l’indique plus haut. Si la forme vous a empêché de voir le problème de fond, c’est dommage car votre intervention tourne et retourne autour de cette forme, de ces débats, supposés français ( ce qui constitue une myopie étonnante à l’heure de mouvements mondiaux sur des questions de culture libre!) et supposés doctrinaires (alors que je veux qu’on sorte de ces doctrines précisément pour réellement inventer ce nouveau monde passionnant). On ne peut pas faire comme si le monde autour de nous, en l’occurrence la finance et ses méthodes, ne touchaient pas le numérique et comme si ce que nous faisons ( et je continue moi-même à agir dans cet univers) ne faisait pas pencher la balance d’un côté ou de l’autre, c’est à dire en faveur de la prédation ou pas (et le diagnostic doit guider les actions en effet et non pas nous rassurer sur la fatalité de la situation (eh oui la finance gouverne, passons à autre chose!). Oui, c’est embêtant de cliver mais l’heure est au conflit, comme le rappelle le post qui précède le vôtre. On peut regarder ailleurs, mais les créations des designers comme celles des autres sont soumises à ce régime de captation par quelques entités qui font leur loi ( que certains aiment cela et en redemandent , grand bien leur fasse! mais cela ne leur fera pas de mal d’être mis “un peu” mal à l’aise par rapport à ce qu’ils laissent ainsi faire!). Les lieux de dialogue , très bien mais pourquoi faudrait il que ce ne soit que “petits arrangements entre bidouilleurs” et oubli de ce qui nous fait agir, du sens de ce que nous visons, du monde que nous voulons construire, puisque disent les auteurs nous sommes tous supposés vouloir changer le monde? En réalité tous les créatifs dont vous êtes portent des valeurs qui sont bafouées et captées par certaines sociétés très puissantes et écrasées par la dictature financière, ils seraient temps d’être créatifs aussi pour en sortir (sans se réfugier dans les seuls plaisirs fournis par son Ipad). Même sur le design du livre numérique qui nous intéresse tous les deux, et ses plates-formes, les choix à faire sont éminemment politiques, donc à discuter et non évidents et supposés partagés parce que trendy.

  24. @Jean-Louis Fréchin : la critique de Boullier n’est pas politiquement correcte, elle clive grave, mais elle a le mérite de réveiller le Landerneau comme tu l’as souligné. L’ami Verdier n’en mourra pas. Je suis même certain qu’il en sortira renforcé, non pas par ce qu’il a plus raison que son critique, mais parce qu’il aura accepté le débat et qu’il est intelligent.

    Contrairement à ce tu suggères, je vois plutôt le “mal français”, comme une capacité hors norme à défendre “ensemble”, non pas un dogme – le terme est trop fort-, mais un simple statu quo. Cet “ensemble” défensif est trié sur le volet sur la capacité de ses membres à accepter indéfiniment (de préférence avec un sourire de gendre idéal, héhé), les discours lénifiants de la gérontocratie universitaire, les trafics d’influence politique, les ententes industrielles et les pratiques de concurrence déloyale envers les acteurs de terrain organisées avec l’argent public acquis à crédit (Cf. OVH vs les vaporclouds actuels). Toutes les voix discordantes sont ignorées ou écartées comme venant de réputés libertaires ou gauchistes excités, voire de ratés. En France, on aime bien les pensées critiques quand elles viennent de loin, des US en particulier. Dans l’art et l’innovation, c’est pareil ; il suffit qu’un américain fasse un pet de lapin, pour qu’on le sente ici dans les cinq minutes qui suivent (par l’entremise d’InternetActu entre autres, ils le savent, n’est-ce-pas Hubert ?). Nos odeurs à nous peuvent mettre vingt ans pour traverser l’atlantique, parce que les seules voies de retour sont celles aménagées pour les VIP du cru (leurs sempiternelles excursions de la Valley). Globalement, qu’est-ce d’autre qu’un système de prédation et de prévarication ?

    Ok, c’est de la real politique ; quand on pousse les acteurs désignés ci-dessus dans leurs retranchements, ils admettent finalement que seule une enclosure permet de se défendre d’une enclosure plus méchante encore, et on leur accordera qu’il y en pléthore. Seulement voilà, l’innovation – la vraie – serait de trouver une autre logique. Il y a certainement assez de neurones dans ce pays pour y contribuer. Merci à Boullier d’essayer de les réveiller. Merci à Verdier de se placer en tant que victime émissaire temporaire – ça ne va pas durer (t’es not’ pote)..

    PS @Ivan : les autres crécré-méchants, on les a l’oeil, t’inquiètes ;-)

  25. par Dominique Boullier

    Au fond ce qui est le plus étonnant, c’est comment à la critique (du livre) les auteurs ont réagi en visant ma personne et cela complètement à contre-sens, comme si ils n’avaient l’habitude de ferrailler qu’avec des réactionnaires, dogmatiques, anti numériques et nationalistes. Or, ils démontrent ainsi comment leur posture de modernes est entièrement faite d’évidences du progrès technique fatal qu’il est impensable de contester, sans se trouver placés aussitôt dans le camp de la tradition que les modernes condamnent sans appel. Ce faisant, ils n’ont pas mesuré qu’ils sont devenus 1/ les dogmatiques de service (pas de pluralisme, une seule vision de l’innovation, celle des productivistes libéraux qui visent la levée de fonds maximum, critère ultime du succès quand on est une start-up et tout cela va de soi), 2/ les suivistes de l’existant et des plus forts (le culte d’Apple en témoigne mais en général les gagnants d’hier sont ceux qu’il faut copier), 3/ les conservateurs (qui ne peuvent imaginer d’autres modèles d’innovation, beaucoup plus inhabituels ou inacceptables dans les milieux financiers mais porteurs d’un monde différent), 4/ les franco-français (qui, voulant défendre l’industrie nationale, ne voient pas que les innovations des réseaux de la culture libre n’ont strictement rien à faire de ces frontières et pratiquent vraiment autrement), 5/ les technophiles myopes (qui ne voient pas comment le monde de la finance les a embarqués dans une course à l’innovation faite massivement d’opinion et de précarité à tous les étages) etc. Tout se passe comme si, pendant ces dix années de droite au pouvoir, ces discours avaient fini par devenir évidents et partagés sauf par les ringards et technophobes et qu’on n’était plus capables d’imaginer d’autres stratégies (ou seulement d’aller voir ce qui se fait déjà !). On admet que Hadopi, ce n’est pas terrible mais on ne le dit pas trop fort et on laisse faire pour ne pas se fâcher, (avec qui ?). On sait que le logiciel libre s’étend et est désormais choisi par les grands groupes et le gouvernement mais on continue de freiner des quatre fers pour le rendre ce principe dominant, en affichant le petit air de supériorité de ceux qui font, eux, du vrai business. Musique que j’ai bien connue à l’époque -début des années 2000- où je demandais au CNRS pourquoi l’architecture peer-to-peer était aussi ignorée des labos académiques (personne ne travaillait dessus, trop petit, trop amateur, trop illégal !) alors qu’elle réalisait une grande part du trafic (désormais c’est le cloud, le cloud, le cloud, alors qu’il y a là encore plusieurs façons de faire du cloud, plusieurs façons politiquement très différentes !!). Bref, « suivisme partout, innovation nulle part » comme on dirait dans les manifs gauchistes ;-)) à condition d’admettre qu’il n’existe que d’innovation que sociale et porteuse de valeurs, et donc toujours clivante potentiellement !

  26. A Henri Verdier : si je peux me permettre, je suis passée par là, et puis il y a eu un déclic…ceci n’a pas valeur de “moi JE”, juste le témoignage d’un moment fondateur http://florencemeichel.blogspot.co.uk/2008/09/connectivism-et-enactionmon-cheminement.html?m=1

  27. Tous les participants à cette discussion, notamment ceux qui n’ont pas lu le livre, liront avec avantage cette interview d’Henri et moi parue en juin dans “ParisTech Review” : http://www.paristechreview.com/2012/06/07/economie-multitude/

  28. Etat et predation : Débat – Andromède : erreur politique et coup dur pour les PME françaises du Cloud ? http://www.zdnet.fr/actualites/debat-andromede-erreur-politique-et-coup-dur-pour-les-pme-francaises-du-cloud-39782496.htm
    L’evidence parce que trendy ????

  29. @Nicolas Colin : meci !

    Un peu sur les mêmes sujets évoqués ici (multitude, prédation, confrontation) , j’ai écrit :
    “IMPOSSIBLE DE PENSER”
    Aucune interview dans ParisTech Review, mais une prochaine publication dans la revue “Chimères”.
    http://perspective-numerique.net/wakka.php?wiki=ImpossibleDePenser

  30. par hw

    Cher Hubert Guillaud,

    Quelles sont les raisons qui ont poussé à la censure du commentaire de E.Bernays ?

  31. @hw Je vous réponds en tant que responsable de la Fing, qui édite Internet Actu. Un paragraphe de ce commentaire portait sur la personne d’Henri Verdier des appréciations sans rapport avec le fond du débat et à la limite de la diffamation. En tant qu’éditeurs d’Internet Actu, notre responsabilité (y compris légale) est de ne pas accepter ces dérives. La confrontation des idées, même rude, oui ; les accusations personnelles, non.

  32. @ Daniel Kaplan : Il est vrai qu’il faut un coeur bien accroché pour ne pas exploser face à la logorrhée visionnaire que l’on peut entendre dans les multiples cercles parisiens d’analyse et de prospective autour des “Grandes Ecoles”. Normal que certains finissent par péter les plombs et refuser en bloc tout ce qui peut en sortir de près ou de loin.

    “En 35 ans de métier, je n’ai jamais vu une grande stratégie sortir d’une analyse stratégique” dit Laurent Faibis, président du comité stratégique Xerfi,.dans un discours qui restera peut-être comme un monument du double bind :

    http://www.xerficanal.com/infos-presentation-laurent-faibis-passer-de-l-economie-a-l-iconomie-pour-la-renaissance-de-la-france-814-520.html

    Dans la sphère officielle, certains mots semblent décidément faits d’un acier plus dur encore que celui des barreaux des prisons : croissance, compétitivité, emploi, innovation, etc. Dans la sphère officieuse, c’est autre chose…

  33. par rico

    Ce qui me réjouit, ce n’est pas de lire cette critique qui stigmatise ce storytelling insupportable de bobo fascinés par les US et qui méprise leur pays, mais plutôt qu’on se rende compte du caractère insupportable de ces personnes, H VERDIER en tête. Je be vais pas argumenter, mais c’est aussi agréable de voir que les Pouvoirs publics ne vont pas céder à ces faux prophètes et se concentrent sur l’automobile, l’industrie… toutes ces vieilleries que cap digital et la bande du Sentier en silicon vouent aux gémonies. Comme si les opérateurs de PSA pouvaient spontanément trouver une fonction dans la nouvelle nouvelle économie. Pour H VERDIER et les siens, une usine, c’est le 104… un témoin du passé qui serre d’écrin à des utopies du présent. La réalité les rattrapera.

  34. par rico

    Oulala, j’ai vu le post de l’avocat de M VERDIER, de la THING (oups, la FING?? kesako??) … si mon propos est diffamatoire, il faut le supprimer!!! je ne veux pas finir au goulag numérique!!

  35. @rico : critique marxiste à poil dur ?

    Il faut lire : “Cybernétique et société, ou les déboires d’une pensée subversive ” pour se rendre compte de notre amnésie collective… Au sortir de la dernière guerre mondiale, toutes les bonnes questions étaient déjà posées. Des réponses sérieuses étaient avancées.

    http://www.revue-terminal.org/www/articles/61/identitespouvoirslacroix.html#gen0

    Parmi les réponses, l’hypothèse d’un revenu inconditionnel a été avancée par un certain C. de Saint Moulin en 1967.

    “De l’entreprise Cybernétique au Cyberspace : anticipation et utopie dans les discours techno-scientifiques”

    http://www.lecreis.org/colloques%20creis/1998/is98_actes%20colloque/g_lacroix.html

    Combien de temps mettra-t-on à redécouvrir l’eau chaude ?

    Bonne lecture.

  36. par rico

    Cher Olivier

    je ne sais pas:) Mais quand on va à des colloques et qu’on entend “si comme moi vous passez régulièrement un week end à San Francisco”, ben on se sent au mieux couillon, au pire, on ne se sent pas du même monde:)

  37. cartograhie du bouillard…tres sociogeek :-)

  38. Mon commentaire se référait a ceux effacés portant la signature y et pour lesquels il y a eu, semble-t-il, un bug. Il n’a plus lieu d’etre a présent, je demande donc que mon commentaire “cartographie du brouillard” soit supprimé itoo.

  39. par y

    Désolé @florence d’avoir intercédé dans ce fil de commentaires. Afin d’y restituer une logique potentiellement rétroactive, j’y recopie les commentaires précedents:

    de y @14h40
    “Nous avons découvert une technique révolutionnaire pour éviter la prédation des multitudes décrite ici tout en développant une innovation durable porteuse d’un grand avenir dans le contexte des marchés futurs. *Il suffit de décoreller conceptuellement les données produites par les individus des individus eux-mêmes.* Et ça ne coûte rien! C’est Free et Open! C’est un travail de réflexion rapide à faire dans sa propre tête, pour se rendre compte qu’un individu en tant que tel n’a fondamentalement rien à voir avec les données qu’il produit, ou qu’on produit pour lui (un peu comme le mot est l’absence de la chose qu’il désigne, si vous voulez..) + de détails ici : https://plus.google.com/u/0/112838098857740507954/posts/b9MBzS6m4jt Nous souhaiterions mettre au point un système, par exemple à base de neuromarketing, pour breveter la technique issue du concept et nous sommes à la recherche de soutiens dans la recherche et le financement, pourquoi pas des pôles de compétitivité compétents qui pourraient faire levier afin de mobiliser des agents financiers et favoriser ainsi l’émergence de cette innovation révolutionnaire et son implantation durable dans le développement du même nom. Certes, il nous faut reconnaître que l’acceptation globale de ce paradigme pourrait entrainer une pagaille généralisée à tous les niveaux: administratifs, sociaux, commerciaux, etc.. qui est qui? quoi? où? … ne trouveraient plus de réponses évidentes. Mais justement! Que de nouvelles opportunités de développements pour solutionner tous les problèmes ainsi créés! Que d’études d’impact à financer et de commissions à créer pour les évaluer! Que d’ouvertures sur de nouvelles découvertes aux lisières des sciences connues! ll faut se montrer prêts à affronter de tels challenges dans ce contexte de ruptures épistémologiques radicales qui ouvrent notre 3ème millénaire. Et où ne se développeront que les entreprises qui sauront associer l’audace de la prise de risque et la sérénité d’une telle évidence conceptuelle. L’humanisme le plus profond et le progrès technique enfin réconciliés, dans la fusion froide de toutes les oppositions.”

    de y … plus tard (de mémoire):
    “Bonjour, Pourriez-vous SVP supprimer le commentaire completement saugrenu ci-dessus qui pointe vers mon profil Google+ qu’un de mes amis très plaisantin s’est autorisé à poster depuis ma connexion. Merci d’avance.”

  40. par y

    Je précise que je suis l’auteur du second post signé y, que j’avais copié/collé le premier pour pouvoir y faire référence en cas de nécessité, et que bien sûr,je n’avais pas sauvegardé le second puisque j’en étais l’auteur. Il y a parfois des évidences qui s’échappent… les multitudes multipliées par des multitudes font…des…

  41. héhé, @y ! pas con ! (bon à part le brevet, là tu déconnes)

    Ce serait une sorte de Ministère de l’opacité publique ? Avec toute une armée de gens qui scruteraient le gaz social ? (que d’emplois !) Un peu comme l’INSEE qui fait déjà quelque chose comme ça, mais qui n’a pas passé le cap de l’internet et des pseudo “réseaux sociaux” ?

  42. par y

    @olivier quels brevets ? je suis complètement Boulliériste, mais mon pote qui s’amuse à utiliser mon PC quand je vais acheter du pain.. je ne sais pas…(trop con ce mec..)…une usine à gaz? bien sûr… que faire d’autre..il faut être en capacité d’augmenter l’usine à gaz, je ne vois pas d’autres solutions ;-) (surtout avec la génération Z qui pense qu’on va se chauffer, faire la bouffe et se déplacer en ecartant les doigts de pieds.. :)

  43. par y

    Je précise que je suis le y trop con qui écarte les doigts de pieds en priant lors des solstices…

  44. par y

    ingérable..la cybernétique…

  45. par y

    J’espère qu’après la génération Z qui écarte les doigts de pieds pour se nourrir, se loger et se chauffer, la génération A pourra trouver des graines qui donneront des plantes comestibles quand on les plante dans la terre.

  46. @y “ingérable..la cybernétique…” Un comble pour la science du contrôle :-)

    Le problème, c’est la privatisation du feedback et la concurrence entre les boucles. De plus, à toutes les échelles, ces boucles agissent en prédateur sur les milieux qu’elle sont censées réguler au fur et à mesure que ceux-ci manquent de nutriments. En gros, c’est la guerre ou l’apoptose.

    Cependant, il y a un truc qui n’a pas été vu à la grande époque de la cybernétique, faute d’avoir de vrais réseaux sous les yeux, c’est que chaque boucle fonctionne comme une “perspective”, au sens fort, c’est-à-dire celui de la Renaisance. Il existe des critères de “légitimité” de ces constructions “en perspective” qui, s’ils ne sont pas remplis, soumettent lesdites constructions à de fortes pressions cognitives (défiance, etc.).

    L’intégration de ces nouvelles perspectives dans nos constructions sociales et mentales prendra sans doute plusieurs décennies, voire siècles, si tant est que l’on survive à l’âge de la prédation…

  47. Un dernier mot dans le désert… [sic]

    Ce qui est intéressant (et possiblement porteur de quelque espoir) dans cette idée de “construction légitime” des systèmes d’interaction, c’est que cela peut permettre de dégager des invavariants.

    Un exemple, et non des moindres : la monnaie.

    La Théorie Relative de la monnaie (Laborde), partant de postulats hérités des critères de légitimité de la perspective numérique construite par la monnaie, démontre que le taux de croissance de la masse monétaire M est une valeur calculable, aussi intangible dans le champs économique, que C (la vitesse de la lumière) l’est dans le champ spatio-temporel. Dès lors, la création monétaire peut être automatisée au profit des libertés économiques, et donc cesser de se produire suivant les boucles cybernétiques ingérables et prédatrices que l’on connaît aujourd’hui.

  48. par y

    ça reprend à quelle heure le tir au #geonpi dans le désert? (au passage, je vous conseille d’acheter du high yeld de toxiques recyclés… c le moment http://lecercle.lesechos.fr/abecedaire/h/221135315/high-yield-haut-rendement )