L’internet des objets… drogués

Par le 19/10/12 | Aucun commentaire | 2,722 lectures | Impression

Que se passerait-il si les objets connectés pouvaient se comparer les uns les autres ? Si les objets pouvaient réagir à la pression de leurs pairs ? C’est l’étrange question que pose le projet de recherche AddictedProducts (voir également le blog) du designer Simone Rebaudengo, étudiant à l’université de technologie de Delft et qui travaille également en compagnie du designer Husman Haque, l’inventeur de Pachube (devenu Cosm), la plateforme pour interconnecter les objets via l’internet.


Image : les toasters disséminés chez leurs locataires.

Simone Rebaudengo s’est intéressé à l’intérêt que nous portons aux produits et à l’intérêt que le marketing voudrait nous voir leur porter. Le produit idéal pour bien des entrepreneurs serait donc le produit dont on a toujours besoin, qui chercherait toujours à se rappeler à vous, un produit qui capterait notre attention pour qu’on ressente son besoin, pour qu’on ne l’abandonne jamais. Un produit entre le doudou… et la drogue. C’est pour cela qu’il parle d’addiction.

Pour illustrer son idée, le designer a choisi de s’intéresser… aux toasters. Il a imaginé interconnecter 5 toasters dont la caractéristique principale serait d’aimer être utilisé ! L’interconnexion entre les grille-pains favorise l’émulation entre les machines. Si l’un d’entre eux se “sent” insuffisamment utilisé (par rapport aux autres), il cherche un autre utilisateur. Les 5 toasters sont capables de Twitter (voir les 5 comptes) pour raconter leur histoire, le nombre de fois où ils sont utilisés, dire s’ils sont heureux (ou pas) après s’être comparés aux autres. Quand l’un des grille-pain n’est pas utilisé depuis longtemps, il tente d’attirer l’attention en Twittant ou en se manifestant physiquement à son propriétaire. Il sait également twitter ses coordonnées géographiques pour inviter des gens à venir l’utiliser, voir même à venir le subtiliser pour que d’autres s’occupent mieux de lui que son propriétaire (qui n’est qu’un locataire). Il n’est pas vraiment capable de se mettre en vente sur eBay, mais c’est l’idée… il peut communiquer avec celui qui installe les toasters pour lui demander d’être récupéré afin de trouver un autre locataire (vidéo).


Vidéo : Brad le toaster.

La web fiction pose de nombreuses questions. Que se passerait-il si nos objets non utilisés étaient capables de se vendre eux-mêmes ? De choisir leurs utilisateurs ? L’expérience pose également de nombreuses questions sur les limites du marketing d’aujourd’hui et notre rapport aux objets. Que se passerait-il s’ils les objets interconnectés étaient capables de décider si nous méritons d’être leurs propriétaires ? S’ils parlaient de nous derrière notre dos ? Si les objets étaient en compétition entre eux ? Si nous pouvions convaincre un objet de venir chez nous en lui promettant de mieux l’utiliser que son locataire actuel ? Pourrait-on même imaginer un modèle économique de distribution des objets uniquement par l’attention qu’on leur porte ?

A Lift, James Bridle attirait notre attention sur le fait que les machines nous parlaient, nous appelaient. Simone Rebaudengo en fait la démonstration et nous invite à réfléchir à un internet des objets, qui n’est pas seulement un internet des capteurs et de la mesure, mais un internet des objets sensibles qui réagit à nos interactions et qui donne aux machines leur propre autonomie.

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