Un robot peut-il apprendre à cuisiner ?

La lecture de la semaine est un article paru dans la revue The Atlantic et s’intitule « Un robot peut-il apprendre à cuisiner ? », ses auteurs, Evan Selinger et Evelyn Kim sont respectivement enseignant en philosophie dans un institut de technologie et journaliste gastronomique.

Un robot peut-il cuisiner ? Peut-il préparer un plat avec la cuisson parfaite ? Peut-il couper le poulet comme il faut ? Peut-il déterminer la dose adéquate d’épices ? Pour le dire autrement : un robot peut-il acquérir la « connaissance tacite » ?

« Les discussions concernant la connaissance tacite, expliquent les auteurs, doivent beaucoup au philosophe Michael Polanyi (Wikipédia), qui a prononcé la célèbre phrase : « nous savons plus que ce que nous pouvons dire ». Utiliser des baguettes. Aller cueillir des champignons ou pêcher à la mouche. Savoir quelle bouteille de vin il faut ouvrir. Etre un hôte parfait, qui fait les bonnes blagues au bon moment et ne plonge pas ses convives dans l’ennui ? Ces aptitudes relèvent de la connaissance tacite.

Et pour l’acquérir, nous avons besoin d’une longue expérience pratique ou d’une longue interaction sociale. Comme tout cuisinier le sait, suivre mécaniquement une recette ne vous mènera pas bien loin. Pourtant, Gary MacMurray, responsable de la Division de la transformation technologique des aliments du Georgia Tech Institute est certain que les robots pourront acquérir la connaissance tacite nécessaire pour désosser et découper un poulet.


Image : Gary MacMurray devant son robot découpeur de poulet, photographié par Gary Meek pour le Georgia Tech.

Alors que nous avons tous eu un mentor qui nous a guidé dans la connaissance tacite de base requise pour cuisiner, le secret de McMurray est un système d’image 3D qui mesure instantanément les dimensions du poulet entrepris par le robot. Comment ce projet de « découpage intelligent » pourrait-il échouer ? Il est soutenu par les algorithmes les plus sophistiqués.

L’équipe de McMurray a compris qu’elle devrait relever bien des défis adaptatifs. Chaque poulet a une structure musculaire différente, des jointures différentes, un poids différent. Malgré cette complexité, un humain très expérimenté peut découper jusqu’à 1 000 poulets par heure, évaluant immédiatement comment et où il faut couper pour ne pas gâcher de viande. C’est là où la différence entre l’homme et la machine est saillante. La machine ne sait pas aussi précisément qu’un homme où il faut couper l’os.

L’équipe de MacMurray a remporté quelques succès mais elle est encore loin de pouvoir développer un système complètement intégré, ce qui ne serait même pas la dernière étape du processus. Pourtant ils sont très optimistes et envisagent même des débouchés commerciaux. Pour aller dans leur sens, disent les deux auteurs, McMurray a raison, ce n’est qu’une question de temps avant que la technologie découpe des poulets avec la même vitesse, la même dextérité, et la même précision que les hommes. D’ailleurs, nous voyons déjà autour de nous des images de cet avenir. Vous pensez que c’est quelqu’un qui a coupé votre mozarella ? Non, c’est une machine. En Chine, il existe des robots-nouilles qui plongent les nouilles dans des casseroles d’eau bouillante, et les Japonais utilisent des machines à sushis depuis longtemps. Mais la technologie pourra-t-elle reproduire le doigté du plus grand spécialiste chinois de la nouille ? Ou du meilleur fabricant japonais de sushis ?

L’automatisation de la cuisine ne dérange pas les chefs. « Toute une part du travail du cuisiner pourrait être mécanisé, et l’est d’ailleurs déjà, explique John Regefalk le chef du restaurant Metamorfosi à Rome. Mais pour tout un nombre de choses, il sera compliqué d’implémenter dans le robot l’aptitude à prendre des décisions reposant sur le jugement personnel. Un robot pourra-t-il savoir si la livraison de poisson est suffisamment fraîche ou s’il faut la renvoyer ? »

Mais, reprennent les auteurs, on peut imaginer que la robotique progresse encore. Un chef canadien du nom de Chris Selk a alors un argument plus existentiel : « C’est la touche humaine qui donne vie aux ingrédients, et un élément de la faillibilité humaine qui font leur valeur ».

Et de toute façon, expliquent les auteurs, si un robot arrive un jour à cuisiner un plat, il n’aura jamais la moindre connaissance de l’expérience sublime consistant à manger. Et ils concluent en citant un sociologue des sciences, Harry Collins : « L’automatisation croissante a apporté de nouveaux problèmes et de nouvelles questions sur ce qu’est la connaissance, même si, en dernier recours, les hommes sont encore les seuls à en être dotés ».

Xavier de la Porte

“Xavier de la Porte (@xporte), producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.

L’émission du 3 novembre 2012 recevait Bernard Chazelle, le nouveau titulaire de la Chaire informatique et sciences numériques du Collège de France.

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3 commentaires

  1. Est-ce que les robots cuisineurs seront capables de créativité ? d’improviser ? d’aller à leur propre guise ? pour tester de nouvelles recettes.

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