Le lifelogging, aide à la santé

Le lifelogging, c’est-à-dire le fait d’enregistrer et d’archiver toutes les informations de sa vie, comme le propose le Quantified Self, peut-il influencer notre comportement et nous donner de nouveaux réflexes de santé ? C’est la question que s’est posé le Journal américain de médecine préventive, relayé par le New Scientist.

Un bon nombre d’articles du dossier reposent sur la SenseCam de Microsoft. Il s’agit d’un appareil photo porté autour du cou, qui prend des clichés automatiquement tout au long de la journée. A noter que ce produit risque d’être aujourd’hui difficile à trouver. Il était commercialisé sous licence Microsoft par Vicon Revue qui a annoncé l’arrêt de sa distribution fin 2012.

L’intérêt pour l’impact cognitif de la SenseCam n’est pas nouveau. Il existe déjà de multiples recherches sur l’aide qu’un tel outil peut apporter aux personnes souffrant de pertes de mémoire ou d’amnésie. Mais comme l’indique le nom du journal qui s’est récemment penché sur l’appareil, il ne s’agit plus de réfléchir aux applications thérapeutiques de la SenseCam, mais à son rôle en prévention.

Une première étude (.pdf) concerne les habitudes de sédentarité. Combien de temps par jour passons-nous assis ou immobiles ? Beaucoup de travaux ont été conduits sur le sujet, mais ils manquent le plus souvent de fiabilité et de certitudes. Par exemple, si on cherche à connaître un comportement via un questionnaire, le sujet peut oublier les détails, mal calculer son emploi du temps, etc. Une technique, plus objective consiste à utiliser un accéléromètre pour mesurer ses déplacements. Mais cet outil ne donne pas de réelle indication de contexte et ne permet pas de bien appréhender les habitudes de vie du sujet. D’où l’idée d’y adjoindre une SenseCam.

Après examen des photos, il devient possible de faire une analyse plus fine des comportements. Par exemple, on peut distinguer les images « debout » de celles « assise » ou « couché » (seules positions qualifiées de « sédentaires ») par différents indices visuels : situation par rapport aux objets, aux autres personnes, absence des genoux sur l’image… Si deux vues prises l’une après l’autre montrent de fortes similitudes, on peut en déduire que le sujet était dans la même position.

De la même manière, grâce aux images, il devient plus simple de classifier l’ensemble des activités, comme « faire la vaisselle », « laver son linge », etc. On peut également voir à quelle activité est liée la position assise : l’usage de transport en commun ou regarder la télévision. Autant de détails qu’il est difficile d’obtenir avec un seul accéléromètre.

La SenseCam, outil d’augmentation cognitive ?

Un autre article (.pdf) concerne l’amélioration de la mémoire chez les sujets sains. Dans cette étude, les participants devaient porter leur SenseCam pendant plusieurs jours, tout en tenant un journal relatant les évènements de la journée. Premier résultat : la SenseCam était plus efficace, selon les questionnaires, pour se rappeler les évènements récents et les revivre que la pratique du journal. La seconde conclusion était plus étonnante. Après avoir porté la SenseCam, les sujets réussissaient mieux à des tests de mémoire sans rapport avec leur expérience du lifelogging, comme se rappeler une liste de 15 mots. Comment expliquer ce résultat ?

Les auteurs suggèrent que la SenseCam a peut-être agi comme un stimulant cognitif. Ils rappellent que des travaux en imagerie cérébrale ont montré que l’emploi de la SenseCam tendait à provoquer une augmentation de l’activité de l’hippocampe, zone fortement liée à la mémoire.

Les auteurs supposent également que l’usage de la SenseCam aurait donné aux utilisateurs une sensation de plus grande vivacité d’esprit, liée également au plaisir de recourir à un nouvel appareil. En effet, rappellent-ils, il a été montré que l’emploi de techniques d’augmentation cognitive tendaient à augmenter la motivation, la sensation de se sentir efficace et améliorerait l’humeur.

Une autre expérience (.pdf) combine également tenue d’un journal et SenseCam, cette fois pour évaluer la quantité de calories ingérée dans une journée. La consignation par écrit des comportements alimentaires est en effet très largement sujette à caution, les participants tendant à minimiser leur prise de calories. L’étude a montré que la combinaison journal et SenseCam tendait à augmenter le nombre de calories de 10 % chez les étudiants d’université et jusqu’à 17 % pour un groupe de footballers inclus dans l’expérience.

Le smartphone à la rescousse

Par ailleurs, un article se penche sur le remplacement possible de la SenseCam (.pdf), et examine l’opportunité de substituer un simple smartphone à cette dernière. Cela implique une série d’inconvénients, notamment celui de la durée limitée de la batterie. On perd aussi la qualité d’image des SenseCam, par exemple le champ de vision est plus restreint (la SenseCam comporte un objectif grand-angle pour capturer une scène bien plus large).

D’un autre côté, le smartphone dispose d’un ensemble d’applications qui assure une meilleure analyse que la SenseCam : par exemple, l’accès aux données de géolocalisation qui permet de savoir exactement dans quel environnement se trouve le sujet, ou la présence intégrée d’un accéléromètre.

Les auteurs ont fait porter à leurs sujets un smartphone suspendu autour du cou toute une journée, prenant une photo toutes les 5 secondes (par opposition à la SenseCam qui s’active toutes les 15 à 20 secondes). La durée moyenne d’utilisation a été de 5h39, avec une variation allant de 11 minutes à plus de 18 heures. Ce qui laisse à penser que certains smartphones peuvent être employés une journée entière sans nécessiter de recharge, mais les participants n’exploitaient pas ses fonctions de téléphone. Il serait possible d’augmenter l’autonomie en désactivant les fonctions Bluetooth et GPS, grosses consommatrices d’énergie (mais on perd alors l’accès à des renseignements qui peuvent s’avérer précieux). Concernant la limite du champ de vison, les auteurs notent qu’il est aujourd’hui possible d’acquérir un objectif grand-angle pour smartphone. Conclusion, malgré ses restrictions, le téléphone portable constitue une alternative viable à l’introuvable SenseCam. Cela suffira-t-il à la démocratisation de la démarche ? A voir, car même si le matériel est disponible, il faudra s’assurer que tout un chacun aura accès au software pour consulter et classifier ces milliers d’images… et possédera les compétences pour les interpréter. Là, il y a certainement encore un peu de travail à faire.

Rémi Sussan

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