Mooc : la standardisation ou l’innovation ?

Par le 20/02/13 | 39 commentaires | 12,500 lectures | Impression

Le développement des cours en ligne massifs et ouverts (Mooc pour massive online open courses) attise autant l’enthousiasme que le rejet. Pourtant, comme nous l’avons déjà signalé, ils n’ont rien de magique et paraissent bien souvent plus une réponse économique qu’éducative. En accentuant la concurrence entre universités et entre les étudiants eux-mêmes… les Mooc semblent répondre à un problème pédagogique par une solution économique très spécifique. Or, l’enjeu éducatif n’est pas là. C’est ce que nous explique dans cette tribune Dominique Boullier, professeur de sociologie à Sciences Po, coordinateur scientifique du MediaLab et directeur exécutif du projet d’innovation pédagogique Forccast. Le projet des Mooc consiste à standardiser l’apprentissage. Or l’enjeu de l’éducation de demain n’est pas de développer un enseignement massif et formaté, mais de développer un enseignement distribué et collaboratif. Un enjeu bien plus stimulant et important ! – Hubert Guillaud

Si vous n’avez pas encore succombé au buzz des Mooc (massive online open courses, Cours en ligne ouvert et massif), ça ne saurait tarder: le temps de l’enseignement supérieur de masse en ligne est venu et la face du monde en sera changée, nous dit-on. Face à la force de frappe de cette bulle d’opinion, il devient difficile de résister et toutes les universités se sentent obligées de prendre position. Mais pour quelle raison et pour y faire quoi ? Avant tout pour ne pas paraître décrochées, pour rester dans la compétition mondiale, pour maintenir leur réputation et leur attractivité. Ce qui d’ores et déjà disqualifie non seulement la plupart des universités des pays du Sud, mais aussi une bonne partie des universités des pays du Nord, qui n’ont aucun moyen voire aucune envie d’entrer dans ce jeu d’une supposée concurrence internationale, alors qu’elles sont déjà submergées par les inscriptions en masse qui font leur lot quotidien et, dans des pays comme la France, sans que cela génère des revenus supplémentaires, mais seulement des charges puisque les frais d’inscription sont fixés par la loi. La masse est un problème pour ces universités, mais semble-t-il une chance pour les marques universitaires élitistes mondiales qui veulent capter ce marché de la formation payante. La sélection n’est plus l’ennemie du recrutement de masse, dès lors qu’il existe un marché d’étudiants avides de payer tout ce qui sera étiqueté Stanford par exemple.

La course à la plate-forme

C’est du moins le pari de quelques capitaux risqueurs qui misent sur ces cours de masse, notamment dans le cas des deux plates-formes commerciales Coursera et Udacity, toutes deux issues de Stanford (mais en réalité ne créditant aucun diplôme de Stanford, la nuance est importante !). 214 cours sur Coursera, 22 sur Udacity, ce n’est pas la masse de cours qui frappe. Certes, la Kahn Academy avait déjà mis en ligne plus de 3900 vidéos sur YouTube mais elle ne se prétendait pas Mooc et son modèle économique n’était pas basé sur le profit, ni d’ailleurs sur la qualité des vidéos en question si l’on prend le temps d’en regarder quelques-unes. Il y a quelques années iTunes avait annoncé sa volonté d’offrir une plate-forme pour tous les contenus des universités, sans format défini, sans scénario pédagogique, mais avec clairement l’intention de prendre position sur le marché pour capter cette rente future, à partir d’enregistrements audio ou vidéo de très faible qualité de cours gratuitement postés par les enseignants ou les institutions. Mais cela n’avait pas eu l’effet d’entrainement escompté. Beaucoup d’autres, plus improbables, se sont mis sur ce créneau comme le blog Marginal Revolution University, chantre des théories néo-libérales, dont la qualité est encore plus pitoyable, puisque par exemple 7 diapositives fixes en dix minutes commentées par une voix off suffisent apparemment à former des étudiants à cette pensée révolutionnaire.

Mais la bulle qui s’est ainsi créée a contaminé d’autres universités comme le MIT et Harvard qui ont entrainé UC Berkeley, University of Texas, Georgetown et Wellesley pour créer EdX, alors pourtant que le MIT avait déjà son OpenCourseWare disponible. Mais ces deux institutions, plus avisées, ont créé une plate-forme (de seulement 24 cours pour l’instant) qui veut avant tout tester de nouvelles méthodes pédagogiques adaptées à ces contextes en ligne, en limitant même parfois les inscriptions dans certains cours, comme celui sur le Copyright. De plus, leur modèle économique est non-profit, non dépendant de capitaux risqueurs et leur technologie en Open Source. Bref, une autre philosophie, mais pourtant une réponse quasi contrainte à l’offensive d’une marque, Stanford. Et Open University vient aussi de lancer le Mooc britannique (FutureLearn) qui démarrera en 2013 et a réussi à entrainer plusieurs universités européennes. Pourtant Open University possédait un modèle performant d’enseignement à distance et une véritable expertise dans ce domaine. Mais tout se passe comme s’il fallait tout relooker à la mode des Mooc. L’offre promet d’être tellement abondante qu’un moteur de recherche/site de recommandations 2.0, CourseTalk, permet de s’orienter et d’évaluer l’offre.


Image : Day of the Mooc par Michael Branson.

La frénésie est donc à son comble. Rappelons que ce n’est pas la première fois qu’une telle fièvre s’empare de l’enseignement supérieur, mais c’est alors faire appel à l’histoire et à l’histoire des techniques et des médias, que tous les promoteurs du buzz n’ont guère envie de réviser, dès lors qu’ils cherchent surtout à créer cet engouement pour attirer des capitaux ou pour contrer les concurrents. Rappelons alors les impasses des programmes éducatifs télévisés des années 60, malgré quelques expériences extraordinaires et quelques documents d’une grande valeur patrimoniale désormais. Rappelons la vague (on ne disait pas buzz) des plates-formes de e-learning à la fin des années 90 (de Learning Space à Web CT) dont l’échec commercial a été patent lorsqu’elles furent développées de façon suiviste et sans principes pédagogiques. En revanche, nous avons écrit un retour d’expérience sur dix ans d’enseignement d’un DESS sur une telle plate-forme que nous avions créée à l’Université de technologie de Compiègne, expérience particulièrement réussie, mais à certaines conditions pédagogiques, en faisant plier la plate-forme à nos visées pédagogiques. Notons cependant que toutes ces plates-formes ont muté en LMS (Learning Management Systems) divers et variés (comme Moodle en France) dont les Mooc semblent ignorer superbement les acquis, les ressources ou les limites. Google a lancé son Course Builder, en open source, qui semble offrir précisément une combinaison originale de toutes ces ressources, mais qui compte peu de réalisations pour l’instant (uniMooc espagnol et ivMooc sur la visualisation de l’information à Indiana University). Même l’échec de AllLearn en 2006, malgré ses 110 cours et la réputation d’Oxford, Stanford et Yale réunies, ne semble guère impressionner les promoteurs des Mooc.

L’innovation pédagogique en question

En réalité, il leur est aisé de montrer que tout a changé. En effet, les architectures techniques ont changé : ce ne sont plus les canaux hertziens broadcast non interactifs des années 60 ni les faibles débits de l’ADSL débutant des années 90. Grâce aux accès haut débit, la vidéo est reçue (presque) en HD, et (presque) partout. Car la vidéo est la clé de tout et semble suffisante pour parler de révolution pédagogique. Nous parlons bien ici de capture vidéo et non d’écriture cinématographique, et le fossé est immense entre les deux. Certes, le haut débit n’est pas disponible partout, mais cela ne saurait tarder : mieux même, ces projets de Mooc peuvent fournir des justifications toutes prêtes à ceux qui prônent la fibre optique partout depuis des années avec comme seuls contenus indiscutables, l’éducation et la santé, comme toujours. Le haut débit est pourtant asymétrique et provoque donc un retour à un mode de diffusion de masse, quasi voisin du broadcast, que l’on croyait révolu avec le Web 2.0 et qui maintient un modèle très traditionnel d’accès passif aux savoirs. Qu’importe ! L’important pour les investisseurs et les promoteurs des marques universitaires mondiales est avant tout “la Masse” (M de Massive) du public capable de recevoir les programmes, et non l’interactivité, même si elle est annoncée à la marge.

Ce qui se joue en ce moment, on le voit bien, n’est en rien l’innovation pédagogique, en rien les enjeux de l’éducation des jeunes générations à l’incertitude et à la complexité, en rien la croissance de la qualité éducative dans tous les établissements et dans tous les pays. Ce qui se joue, c’est la captation du marché de la formation mondiale par quelques marques réputées, un enjeu de taille puisque tout le monde est persuadé que nous sommes entrés dans l’économie de la connaissance qui serait synonyme de formation et de savoirs, etc. Alors que la seule connaissance vraiment valorisée dans la comptabilité des entreprises reste les brevets et les marques. La marque est devenue le levier de captation de ces publics désorientés et anxieux de réussir à tout prix. Nous assistons en ce moment à la constitution d’un oligopole à franges, comme on les appelle, car ces marques leaders doivent bénéficier sans cesse des innovations qui se dérouleront ailleurs dans le monde ouvert de l’internet. Dans cette méthode des plates-formes, en effet, il n’est pas nécessaire d’être innovant, ni sur le plan technique ni sur le plan pédagogique. A part EdX soucieux de qualité sur ce plan, les autres plates-formes (for-profit) savent très bien qu’elles n’obtiendront aucune rentabilité correcte pour les investisseurs s’il n’y a pas la masse, la standardisation et la production à moindre coût. C’est bien pour cela que les cours sont très traditionnels sur le plan pédagogique, avec une surreprésentation des cours d’informatique (80% sur Coursera), ce qui évite tout problème d’interprétation, de controverses.

La standardisation des cours

Ce qu’on veut, c’est du savoir en boite, garanti immuable et formaté pour l’apprentissage standard et universel, et donc sans variations locales! De fait, les enseignants locaux se retrouveront court-circuités et cet oligopole déclassera inévitablement les formations de ces pays émergents pour les évaluer toutes à un standard unique que les marques mondiales fixent elles-mêmes.

Pour trouver un public, le modèle économique adopté est fondé sur le gratuit, ce qui n’a rien d’original, mais on sait pour quelles raisons. En effet, ce “marché à double versant” (two-sided market ou marché biface) génère des revenus auprès d’autres clients (comme les données personnelles que Coursera s’apprête explicitement à commercialiser, car « si c’est gratuit, vous êtes le produit ») ou prépare les clients captifs à basculer sur des formules premium pour tout ce qui comportera une vraie valeur ajoutée pédagogique ou diplomante (ce que fait déjà Coursera). En dehors de cette qualité de gratuité, a-t-on entendu parler d’exigences pédagogiques ? De charte de qualité ? De composition entre cours en ligne et cours en présentiel ? de scénarios pédagogiques ? D’enjeux éducatifs adaptés au contexte contemporain ? Non, jamais, sauf chez les porteurs de EdX. Pour une bonne raison : la rentabilité de ces plates-formes suppose des formats standards et non des expérimentations, des publics de masse et non des interactions personnalisées.

Les universités qui prétendent capter des publics internationaux se trouvent mises ainsi sous pression pour ne pas se trouver marginalisées. Plusieurs et parmi les meilleures ont accepté de se fédérer pour bénéficier de la force d’occupation du marché des grandes marques, mais au prix du renoncement à terme à la visibilité de leur propre marque. Car c’est la loi dans cette économie des plates-formes : tout ce qui est agrégé finit par bénéficier à l’agrégateur et le client ne reconnaitra plus qu’un nom, qu’une marque, celle de la plate-forme elle-même.

Sommes-nous donc condamnés en Europe à passer sous les fourches caudines de cet oligopole en cours de constitution ? Prétendons-nous créer sur le même modèle une autre marque fédérative concurrente, sachant que la règle de base pour capter un large public consiste à être anglo-saxon puisque c’est la langue de la science et du business? Ou sommes-nous capables de refuser non pas telle ou telle plate-forme mais le principe même de cette pure logique de marque conservatrice et prédatrice ? Sommes-nous capables d’imposer un autre modèle européen, distribué, coopératif, de la diversité, où tous les producteurs de contenus ont leur chance ? Serons-nous même capables de prendre à bras le corps la responsabilité qui est la nôtre, de rénovation radicale des savoirs et des formations pour les jeunes générations plongées dans une crise sans précédent, en grande partie à cause de la formation donnée à nos élites ?

Un autre modèle est possible !

Voici les linéaments de modèles de Dooc (distributed open online courses) ou encore de Cooc (contributive open online courses) que nous pouvons proposer et qui, pour une bonne part d’entre eux, sont au cœur du projet Forccast (sélectionné comme Initiatives d’excellence en formations innovantes et coordonné par Sciences Po Paris).

1/ Les enjeux de la formation des jeunes générations ne sont pas la diffusion de masse de savoirs de base garantis. Ces savoirs sont partout disponibles sous des formats divers. La question posée est celle de l’orientation dans ces savoirs pour enclencher des processus de connaissance. L’incertitude, le débat, les controverses ne sont plus seulement la règle de “la science en train de se faire” (Latour) : toutes les populations, en raison de l’élévation générale du niveau d’instruction et de l’extension prodigieuse des réseaux médiatiques, doivent pouvoir explorer ces savoirs pour les mettre en perspective, pour les adapter à des situations complexes, pour en débattre. L’enjeu de l’exploration nécessite des principes, des méthodes et des outils spécifiques. C’est ce que nous développons à la suite de Bruno Latour avec l’enseignement des controverses, où l’apprenant acquiert les savoirs en les explorant en situation de débat, en comprenant leur dynamique, pour devenir capable de se faire son opinion et de s’approprier les éléments clés de savoirs parfois très complexes. Les savoirs sont appris parce qu’ils sont appropriés et, qui plus est, la démarche elle-même est formatrice d’une posture durable qui augmente les capacités d’exploration en situation d’incertitude ou de complexité. Première étape, donc, fournir des méthodes et des outils pour explorer l’immense champ des savoirs désormais disponibles sur les réseaux. Là est l’innovation, elle est certes technique, mais elle est avant tout méthodologique et donc pédagogique. Les promoteurs industriels des Mooc commettent une grave erreur de diagnostic en pensant que c’est l’accès aux savoirs qui pose problème. Ils feignent de créer de la rareté en prétendant que les savoirs certifiés par les grandes marques sont les seuls valables. Ce faisant, ils accroissent les inégalités, ils rendent impossible tout empowerment des enseignants comme des étudiants, ils dévalorisent un peu plus la diversité des savoirs et des modes d’apprentissage présents dans tous les pays et dans toutes les cultures. Plus grave, ils oublient leur responsabilité dans la formation des étudiants à la révision permanente des savoirs dans un contexte d’incertitude.

2/ Les étudiants des générations actuelles ne peuvent plus être soumis à une posture de réception passive alors que toute leur activité quotidienne est désormais faite de productions sur des supports variés, parfois très sophistiqués. Les étudiants du XXIe siècle sont des producteurs de savoirs, eux aussi, des agents de circulation, d’évaluation de ces savoirs, comme ils le font sans cesse sur les plates-formes des réseaux sociaux, en recommandant tel ou tel contenu. Cette activité est un apprentissage clé, celui de la publication. Cela ne signifie pas qu’on ne sait plus écouter, ou se taire, ou être attentif : l’économie de l’attention contemporaine est différente, plus extensive et multiplexée et moins intensive et focalisée sur des objets uniques. Mais pour produire des savoirs de qualité dans des formats médiatiques très différents, il est nécessaire d’alphabétiser ces générations à l’écriture web et à l’écriture vidéo, car c’est la condition pour que leur lecture soit elle-même plus active et intelligente. Ce qui ne signifie pas que la lecture et l’écriture des textes soit à négliger. Mais sur ce point, il est temps aussi d’accepter la diversité des expressions, des langues, ce que les Mooc ne peuvent gérer dès lors qu’ils visent à une standardisation mondiale, fondée sur l’anglais et sur des formats de contributions très réduits. C’est pourquoi les contributions des étudiants réalisées durant leurs études doivent avoir comme objectifs la publication, la contribution au savoir collectif, comme on le fait sur Wikipédia, mais avec une validation scientifique. Dans Forccast, nous mettons en place les méthodes et les formats d’une alphabétisation de tous les étudiants à l’écriture vidéo et à l’écriture web. On voit ainsi émerger les bases d’un enseignement distribué et collaboratif. Tout producteur de savoir peut soumettre sa contribution à une plate-forme de Cooc. Un processus de validation enclenche une dynamique d’amélioration pour parvenir à une publication ouverte sous un régime d’open edition fondée sur une licence Creative Commons. La rareté organisée par les marques sera vite débordée par le potentiel créatif de ces producteurs coordonnés. Les universités doivent alors labelliser ces productions pour leur donner du crédit scientifique sans prétendre les accaparer pour générer de la rente.

3/ La seule diffusion de savoirs déjà faits ne peut constituer l’idéal de la formation des nouvelles générations dès lors que ces savoirs sont eux-mêmes en débat et ne prennent pertinence et ne sont appropriés que lorsqu’ils sont mobilisés dans les contextes réalistes. La mise en situation est la base même de tout apprentissage dans les métiers manuels, sous forme de compagnonnage. La plupart des systèmes éducatifs ont fait disparaitre cette dimension ou l’ont réduite aux métiers manuels en les dévalorisant, puis tentent de se rattraper par des proliférations de stages qui souvent passent le temps, mais apprennent peu. Or, les méthodes de simulation, de mise en situation, les méthodes des cas, les jeux de rôle et les apprentissages théâtralisés permettent de faire faire des expériences riches, réalistes si elles sont bien documentées, et personnelles par l’engagement demandé. Les jeux vidéo sont les plates-formes où les jeunes générations se forment massivement (mais en dehors de l’école) à des savoirs faire, à des formes de coopération, à des expertises qui ne sont jamais reconnues à l’école, mais qui pourtant sont demandées dans les postes de travail. Or, il est possible de faire de ces simulations, des jeux de rôle et des débats, des formes d’apprentissage qui obligent à mobiliser de grandes quantités de connaissance diversifiées de façon pertinente. A Sciences Po, la négociation de Copenhague a été rejouée par 80 étudiants, cette année une négociation simulée sur le nucléaire iranien est en cours dans le cadre de Forccast. Une plate-forme Cooc doit reposer sur la mise à disposition d’un ensemble de cas construits réexploitables, de ressources mobilisables dans des scénarios pédagogiques divers et de serious games qui constituent l’équipement des simulations actuelles. Malgré leur approche idéologique très marquée, Les business cases de la Kennedy School de Harvard sont célèbres et leur principe constitue certainement une approche plus féconde que toutes les pauvres vidéos mises en ligne actuellement dans les Mooc. Il doit être possible d’en inventer des versions non néo-libérales !

4/ Toutes ces activités nécessitent deux prés-requis : tous les enseignements doivent être décomposés en éléments fins, en grains de connaissance, identifiables, indexables et validés (formats courts, formats conventionnels). Tous ces grains peuvent être recombinés à travers des scénarios pédagogiques différents selon les publics et selon les visées de formation. Granularité et scénarisation sont les deux exigences indispensables pour rendre les contenus appropriables et adaptables dans des environnements différents. Des plates-formes comme Scenari, issue des travaux de l’université de technologie de Compiègne, vont dans ce sens. Les Mooc actuels ne se préoccupent pas assez de formater les contenus selon des grains fins ni non plus d’offrir des possibilités de combinaison pour réaliser des parcours scénarisés incluant bien d’autres activités que le seul visionnage des vidéos.

5/ Les activités sociales des collectifs d’apprentissage ne sont pas des produits annexes, périphériques qui détourneraient l’attention du professeur central. Elles doivent elles-mêmes être scénarisées sur les plates-formes qui comportent une dimension de réseau social, de forum et de créativité collective, modérée ou orientée par l’enseignant s’il le souhaite selon son scénario pédagogique. La dimension de masse se transforme alors en dimension de réseau, très loin du broadcast mais plus proche de la vie de communautés éducatives en ligne. On comprend alors que les Mooc ne peuvent avoir un grand avenir s’ils se coupent de l’expérience des LMS (Learning Management Systems) et que tout projet de Cooc ou de Dooc suppose en même temps l’appui sur des plates-formes de ce type adaptées aux finalités de la formation. Il serait cependant inutile de prétendre développer des équivalents de Facebook alors que tous les étudiants y sont désormais inscrits, car ce serait prendre le risque d’un échec comparable à celui des réseaux sociaux d’entreprise, qu’on peine encore à admettre, mais qui est pourtant patent.

6/ La diversité linguistique est au cœur de ce type de projet distribué. Il est donc nécessaire de prévoir un système de sous titrage de documents, de versioning à partir de ces contenus ouverts, ou de traduction automatique. L’approche européenne doit sur ce point se distinguer de toute l’approche américaine et de la tradition sur les réseaux qui ont seulement récemment modifié leur code pour accepter cette diversité linguistique. Ce serait un comble que le domaine de l’éducation soit l’occasion d’un retour en arrière sur ce plan. Les technologies de transcription (speech to text et de traduction automatique développées au Limsi et réexploitées par Exalead et leur système Voxalead peuvent y contribuer.

7/ Les médias concernés ne peuvent se limiter à la captation vidéo. La qualité des vidéos elles-mêmes et leur scénarisation doivent être un critère aisé de distinction vis-à-vis des produits Mooc existants. Les mêmes exigences de qualité doivent être appliquées à tous les visuels qu’ils s’agissent des graphiques, des photos, des dessins, ou encore des maquettes des documents qui doivent adopter des principes de rédaction structurée. Une plate-forme doit fixer un cadre esthétique et des conventions de perception et de navigation qui s’imposent aux différents contributeurs, en évitant de se contenter de Powerpoint ou de basculer tout en Prezi pour la seule raison de la nouveauté. Le design informationnel et interactionnel constitue un point clé du point de vue de l’adhésion du public.

8/ La diversité des publics doit être au cœur de la conception des contenus des Cooc. Les Mooc prétendent être de masse à la condition de réduire la diversité à un profil de bon étudiant classique. Or, les enjeux contemporains de la formation touchent toutes les générations et tous les groupes sociaux dont une bonne partie a été en rupture avec le système scolaire. Avant de se préoccuper de fracture numérique, il serait judicieux de se préoccuper de fracture scolaire et l’on verrait que la première se réduit le plus souvent à la seconde. Les Mooc ont utilisé cet argument pour vanter leur capacité réparatrice par rapport aux défaillances des systèmes scolaires. Il est important de prendre au sérieux notamment l’apport de ces contenus pour des publics en rupture de scolarité et pour des publics en formation continue. C’est l’enjeu essentiel des mutations contemporaines et la conception des contenus et des scénarios pédagogiques doit viser à répondre à ces publics. Ce qui veut dire des principes de qualification des contenus et des scénarios en fonction de leur adaptation à ces publics. La “formation tout au long de la vie” doit effectivement sortir de son état de slogan creux pour être au cœur des politiques des universités elles-mêmes pour qu’en France notamment, on arrête de croire que son destin est définitivement tracé par la formation initiale reçue et donc désormais par la réputation du diplôme obtenu, même s’il n’est souvent jamais remis à jour par des formations continues systématiques.

Matrice des Mooc aux Cooc par Dominique Boullier
Graphique : La boussole des politiques possibles en matière de Mooc peut être présentée sous forme de matrice, une autre boussole à l’intérieur du quadrant des Mooc serait d’ailleurs possible pour mieux distinguer Coursera de EdX ou de Kahn Academy par exemple.

Les choix sont encore ouverts…

Les choix sont encore ouverts, mais peuvent vite se refermer si l’opération des marques dominantes fonctionne et structure durablement le marché en quelques plates-formes. Les universités européennes ne peuvent pas brader leur expertise et leurs traditions en se jetant dans les bras des consortiums américains déjà constitués. Une autre philosophie de formation en ligne est possible, mais elle suppose une vision, une confiance dans le potentiel des contributions face aux logiques des marques.

Dominique Boullier

Dominique Boullier est professeur de sociologie à Sciences Po, coordinateur scientifique du MediaLab et directeur exécutif du projet d’innovation pédagogique Forccast.

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22 commentaires

  1. par Fabrice

    Un article passionnant, critique et constructif. J’aimerais être du mouvement dooc. Fonctionnerait-il pour l’enseignement primaire et secondaire ?

  2. par Dominique Boullier

    Fabrice me donne l’occasion de préciser que dans Forccast trois lycées sont partenaires Jacques brel la courneuve, le microlycée de la Courneuve (décrocheurs) et l’internat d’excellence de Sourdun. Notre objectif est de développer des méthodes et des outils suffisamment modulaires pour être appropriés par des équipes et des publics de tous établissements et de formation continue. J’admets que nous n’avons pas encore visé le primaire ;-)) Le principe de coopération entre enseignants existe déjà en partie dans certaines disciplines ( ex en physique depuis plus de dix ans avec des banques d’exercices) mais on peut sans doute valoriser ce principe de mutualisation non pas pour déposséder les profs mais au contraire pour valoriser leur créativité. Dooc vs Mooc ! Coming soon!

  3. par Remi BACHELET

    Premier article critique français sur les MOOCs, sans doute le début d’une longue série…

    Comme qu’animateur du premier MOOC certificatif français “ABC de la gestion de projet”, http://goo.gl/PPsqM (nous sommes en ce moment à 1700 inscrits) cela m’interpelle.

    Il y a là beaucoup d’arguments certains qui ne correspondent pas vraiment à ce que nous essayons de faire, d’autres soulevant des débats qu’il faut avoir.

    Je vais répondre ici http://goo.gl/D38BP, vous pouvez également me poser des questions si vous le souhaitez

  4. par ocarbone

    Une critique constructive du phénomène MOOC, merci :)

    Comme pour le précédent buzz sur le elearning, le buzz sur les MOOC est généré par une attraction financière. Certes cet aspect est important pour définir les solutions qui vont captiver les éditeurs de solutions, et dynamiser l’expertise en la matière. En effet, si il n’y a pas de revenu potentiel, les projets ne sont pas poussés par les entreprises et les projets avancent moins vite.

    En terme de pédagogie, il y’a énormément de potentiel dans ce que l’on appelle le MOOC. Mais j’ai quand même peur que les intérêts économiques prennent le pas sur les intérêts pédagogiques et pénalise ainsi l’evolution que peut représenter le MOOC. Comme pour le elearning il y a une totalement profité de ce mouvement pour transformer nos façon d’apprendre et d’enseigner. Le changement c’est quand même opéré, mais ce fut grâce à des initiatives personnelles et des projets P2P (souvent deliés des intérêts financiers).

    Par exemple, on voit dans les premiers MOOC qu’ils sont surtout utilisés comme des “produits d’appel”, ils sont “open/libre” pour attirer facilement des prospects et bénéficier d’une certaine viralité. Cette utilisation en tant que “demonstrateur” ne correspond pas à la philosophie induite par ce que l’on attends de l’ouverture/la liberté !! On ne s’ouvre pas pour capturer de nouveau client, on s’ouvre car la connaissance est libre :)

    Les arguments pour défendre les MOOC sont très justes. Il reste quand même à affiner leur utilisation/intéret sur le long terme car pour l’instant ils restent souvent des modules “limités dans le temps” alors qu’ils devraient s’étendre sur le long terme.

    C’est en y réfléchissant entre nous que nous pouvons mieux définir le système de MOOC et l’inscrire dans notre paysage pédagogique voire dans notre projet de société … et non pas seulement l’inscrire dans un paysage économique !

  5. par yvon

    Mon expérience m’a montrée qu’étudier en tant que salarié relève plus
    du parcours du combattant qu’autre chose : 10 ans pour obtenir une
    maîtrise, de nombreux déplacements sur de longues distances quand
    on habite à la campagne et, trop souvent l’employeur se montre peu
    intéressé de notre démarche: concrètement on finance soi-même ses
    études. On n’a rien sans mal, mais quand même; surtout que finalement
    on a la désagréable impression que notre esprit a été de toute façon
    formaté pour être “un bon élément” au service de l’entreprise; que la
    réflexion passe en seconde ligne.
    Ceci étant dit; le risque est énorme comme vous le dites, que les cours
    en ligne relèvent plus d’une uniformisation des esprits que d’une
    autonomisation de l’esprit.
    Pourtant en acceptant une certaine rationalisation d’une partie des cours, en se situant entre le gratuit et le prohibitif, en acceptant des rencontres
    non fictives de temps en temps – il existe une grande marge de manoeuvre

    On peut aussi imaginer une université virtuelle, avec un contenu très
    exigeant, où l’acquisition des connaissances, d’une réflexion de qualité
    se démarquerait totalement de l’idéologie de l’entreprise. On pourrait
    même à ce moment là se passer de la reconnaissance officielle.
    J’exagère ? essayez par ex de vous former en philosophie via le cned, le
    cnam….Allez sur les sites des universités, ne trouvez vous pas qu’elles
    se justifient de plus en plus face à une certaine idéologie.

    Et si la véritable connaissance aujourd’hui, qu’elle vienne par le virtuel ou
    le présentiel n’était que notre capacité à résister à ces gens là.

  6. Merci pour cette critique aussi constructive que stimulante.

    La question à se poser est, à mon humble avis, celle-ci: quelles approches améliorent le plus le capital de savoirs des apprenants vs le capital crédibilité des institutions impliquées? Tout comme un réseau social, ce n’est pas la “boîte” qui en établit l’usage. Ce sont les intentions de chaque individu. Alors, quelles sont les véritables intentions des leaders des MOOC, DOOC ou COOC?

    Les savoirs sont tous (ou le deviendront bientôt) disponibles via Internet. Ce n’est pas leur disponibilité qui constitue le principal défi, mais leur repérage et leur qualification. Est-ce qu’une université est plus habilité à livrer ces savoirs qu’un groupe de passionnés à se les approprier en co-apprenants ensemble? Encore ici, ce n’est pas le Système qui garantira la qualité de l’expérience pédagogique, mais les Gens impliqués

    Je suis passionné à contrer l’analphabétisme profond et à améliorer la littératie en affaires numériques des chefs d’entreprises francophones (peu importe leur localisation). Les réflexions d’autres passionnés dans le domaine de l’éducation m’inspirent. Merci de contribuer à activer mes neurones ;-)

  7. par Dominique Boullier

    Sur Polytechnique avec Coursera, c’est bien triste… ! La pire des solutions dans l’offre actuelle. Mais apparemment la pression est telle qu’il faut décider pour ne pas être lâché, croit-on! Rendez vous dans deux ans…
    Pour Rémi Bachelet, il est intéressant de voir que Centrale Lille et centrale Nantes prétendent toutes les deux faire le premier MOOC! Comme quoi les effets d’annonce joue beaucoup. Et les effets de label puisque le cours de gestion de projet que vous mettez sous forme de MOOC existe en fait depuis au moins deux ans et se trouve rebaptisé MOOC! La certification fait peut être la dfférence mais au fond qu’est ce qu’un certificat, ce n’est pas diplômant dans tous les cas. Le contenu est cependant significatif de ce que l’on trouve sur les MOOC, mais j’avoue n’avoir regardé que les vidéos du cours d’introduction. Le principe de granularisation est bien respecté avec des grains de moins de dix minutes, ce qui est la condition de maintien de l’attention. Les slides sont en revanche des plus classiques, peu nombreuses, souvent textuelles, avec des graphiques aussi mais rien de plus que ce que l’on trouve dans un cours ordinaire avec la voix off permanente. A votre avis, est ce innovant en quoi que ce soit et est ce que ça donne plus envie d’apprendre? Vous me direz , ça donne accès à des publics qui n’ont pas ces contenus à disposition. Malheureusement, sur un tel sujet, la gestion de projet, il y a des quantités de sources sur internet, donc le problème n’est pas l’accès mais la forme pédagogique. De plus, pour quelqu’un comme moi qui ai fréquenté la recherche sur ces questions, avec des gens comme Midler ou Hatchuel, les énoncés proposés sont très très loin de ce qui se fait de vraiment pensé sur ce domaine. Comme je le disais dans le texte, on se contente souvent de faire passer des savoirs en boite, des recettes,qui sont déconnectés de la recherche ( je pourrais être plus précis sur le sujet) mais plus grave qui sont en réalité inapplicables tellement elles ne prennent pas en compte les contextes organisationnels réels. Au bout du compte, les défis contemporains des connaissances, incertitude et complexité, sont précisément réduits à la mode moderne d’il y a 40 ans, recettes planificatrices. On comprend bien que ce soit plus facile à mettre en MOOC mais quid de notre responsabilité de formateur? Le point le plus important, cependant, est la mise à disposition publique d’un tel contenu, qui permet d’en discuter publiquement et il faut donc saluer votre courage sur ce plan. C’est l’utilité des e-cours que nous faisons à Sciences Po:les profs voient ce que font les autres et cela finit par amorcer un débat pédagogique qui d’habitude n’a aucune existence dans l’enseignement supérieur, chacun faisant la loi dans son cours, pour le meilleur et pour le pire. Donc les réseaux numériques ouvrent un espace de controverse pédagogique et ça c’est déjà beaucoup. Mais c’est de cela dont il faut parler et non des scores d’étudiants et des investisseurs qu’on a attirés… !

  8. par Luc Sindirian

    Article intéressant qui me permet de mieux comprendre le débat en cours sur la formation à distance dans le monde universitaire et de la recherche.
    Je me suis permis de le reprendre dans un scoop.it sur le thème de la formation continue à distance pour les enseignants de l’école primaire. Ce type de réflexion doit effectivement être partagé auprès de tous les responsables qui vont devoir s’engager dans la formation à distance : décoder et comprendre l’idéologie qui sous-tend tout dispositif et tout projet de formation et d’apprentissage.

  9. par jean

    C’est intéressant de voir qu’hormis Polytechnique Paris les rares contenus francophones sont fournis par des universités Suisses (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne et Université de Genève).

  10. par Remi Bachelet

    (re-post ? )

    Merci de votre retour Mr Boullier, voici quelques commentaires sur votre retour

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    Dominique Boullier => Sur Polytechnique avec Coursera, c’est bien triste… ! La pire des solutions dans l’offre actuelle. Mais apparemment la pression est telle qu’il faut décider pour ne pas être lâché, croit-on! Rendez-vous dans deux ans…

    Rémi Bachelet => pour ce que j’en sais, il y a de fortes chances qu’on découvre de très beaux MOOC produits par Polytechnique, et que dans deux ans après une phase de mise en place, ils aient de quoi être très fiers du travail accompli..

    ——————-
    Dominique Boullier => Pour Rémi Bachelet, il est intéressant de voir que Centrale Lille et centrale Nantes prétendent toutes les deux faire le premier MOOC! Comme quoi les effets d’annonce jouent beaucoup.

    Rémi Bachelet => Oui pas de complexe, pendant que d’autres se demandent s’ils se lancent ou pas c’est mieux d’être pionnier et de faire des expérimentations ! Plus précisément Centrale Lille propose en ce moment le premier MOOC certificatif (xMOOC) en France alors que Centrale Nantes a participé à travers Morgan Magnin et Anne-Céline Grolleau au premier MOOC informel et connectiviste (cMOOC) français (avec d’autres partenaires, J-M Gilliot travaillant pour l’ENSTBr et Christine Vauffrey de Thot Cursus). Voir http://goo.gl/k0cNh pour plus de détails

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    Dominique Boullier => (à propos de mes vidéos) Le principe de granularisation est bien respecté avec des grains de moins de dix minutes, ce qui est la condition de maintien de l’attention. Les slides sont en revanche des plus classiques, peu nombreuses, souvent textuelles, avec des graphiques aussi mais rien de plus que ce que l’on trouve dans un cours ordinaire avec la voix off permanente. A votre avis, est ce innovant en quoi que ce soit et est-ce que ça donne plus envie d’apprendre?

    Rémi Bachelet => pour les vidéos de mes cours, merci je fais de mon mieux, mais toutes sont en train d’être refaites (grâce à Matthieu Cisel) et seront réenregistrées (avec une petite vidéo de moi dans un coin en haut).
    Mais sur le fond de votre question « est-ce que ça donne plus envie d’apprendre? » là il y a une longue discussion à avoir, notamment autour des réflexions de Clay Shirky sur les MOOCs et le mp3 http://goo.gl/Ha7HD !

    En tout cas pour ce qui est des méthodes pédagogiques, mes étudiants préfèrent la « classe inversée » avec des cours en vidéo à regarder à des horaires choisis que l’on peut arrêter à la fin de chaque chapitre et continuer quand on le souhaite … à un amphi à horaires contraints. On laisse le temps de l’assimilation et on libère les créneaux en présentiel pour des séquences plus riches et interactives qu’un cours magistral (cours que selon moi, « il faut bien faire aussi »)

    Sinon pour ne pas être trop long,
    1/ je trouve votre analyse en termes de marques terriblement pertinente
    2/ pour le certificat avancé du xMOOC, nos apprenants travailleront en semaine 1 sur l’élaboration de cartes conceptuelles, et nous mettrons en œuvre une évaluation par les pairs qui promet d’être intéressante
    3/ (scoop) suite aux discussions des attentes sur le forum du « pré-MOOC » nous lançons un certificat par équipes-projet d’ici quelques jours. Dans les 7 semaines à venir nous allons mener une expérimentation et des collectifs de travail autonomes vont se constituer en commençant par mettre en place leurs outils collaboratifs autour de projets proposés par les apprenants eux-mêmes.

  11. Critique intéressante et stimulante des CLOM de première génération, car en français on dit CLOM (Cours en ligne ouverts aux masses). Il est important de s’indigner, mais il est également important de nommer les choses nouvelles dans sa langue pour se les approprier et pour ne pas reléguer la langue française au rang de langue folklorique.

    La critique est particulièrement juste au niveau du positionnement des grandes universités, des entreprises et des marques. C’est le corollaire de la mondialisation des savoirs par l’usage d’internet.

    Toutefois, au delà de l’effet de mode bien réel, les CLOM sont d’abord éminemment pratiques car mieux adaptés aux besoins de la nouvelle clientèle des « natifs du numérique » qui est mobile et constamment branchée. Les assoir à 300 dans un amphithéâtre pour assister à un cours de 2 ou 3 heures est un anachronisme, heureusement en voie de disparaître. Les étudiants d’aujourd’hui sont présents physiquement, mais leur attention est ailleurs, parfois distraits à cause précisément des technologies omniprésentes, en train de surfer sur internet ou de taper un texto.

    D’ailleurs, le déficit d’attention et le comportement multitâche typique des « natifs du numérique » exige que l’on « saucissonne » la matière à passer en capsule de 10 à 20 minutes maximum ce qui est une pratique courante des CLOM de première génération. Même intérêt pour l’éducation permanente et la formation continue comme en témoigne le commentaire de M. Yvon plus haut.

    De plus, soyons honnêtes, à bien des égards les petites capsules vidéo « de très faible qualité », mais truffées de questionnaires évalués automatiquement pour vérifier la bonne compréhension des étudiants dans une stratégie d’apprentissage actif représentent une amélioration par rapport à bien des cours actuellement donnés en amphithéâtre.

    La première génération de CLOM constitue déjà une réponse « pragmatique » et à « faible coût » (la gratuité est un prix difficile à battre! ) apte à satisfaire une partie des besoins d’enseignement en ligne. Juste ce qu’il faut, pas moins, pas plus. C’est le fameux pragmatisme des entrepreneurs de la Silicon Valley, le même qui a donné naissance au iPhone qu’on s’arrache aujourd’hui mais qui descend du premier ordinateur Apple avec son boîtier de contreplaqué et construit dans le garage des parents de Steve Jobs.

    Pour le reste, la plupart des excellentes propositions de la section « Un autre modèle est possible ! » que je traduirais par « On pourrait faire mieux » font partie des évolutions souhaitables et prévisibles des CLOM.

    Les CLOM ont un énorme potentiel d’évolution dans le futur, dans plusieurs directions, y compris du côté de l’encadrement, du suivi et de la certification des compétences. C’est d’ailleurs une direction dans laquelle je suis impliqué.

    Aussi, justement à cause de leur caractère massif, la capacité des CLOM de s’améliorer et d’évoluer est quasi illimitée. En fait, ce qui est difficile à croire, mais qui est tout à fait possible, c’est d’offrir la qualité d’enseignement d’un tutorat individuel mais pour un très grand nombre d’utilisateurs grâce au traitement des données massives (Big Data).

    En effet, les CLOM de première génération sont encore primitifs par rapport à des systèmes plus sophistiqués comme les systèmes tutoriels intelligents et autres systèmes d’enseignement assisté par ordinateur qui sont restés jusqu’ici confinés aux laboratoires.

    La partie invisible des CLOM est la collecte massive des données sur le comportement des étudiants. On parle ici du traitement de données massives (Big Data) dont les résultats serviront à améliorer les CLOM de la prochaine génération. On reconnaît là une pratique courante du Web 2.0 « à la Google » qui consiste à exploiter les données de ses millions d’utilisateurs pour améliorer les résultats de son moteur de recherche. Ici, les données d’utilisation sont une véritable mine d’or.

    D’ailleurs on reconnaît là une innovation de rupture comme la définit M. Clayton Christensen. Une innovation qui s’établit d’abord dans des applications simples de bas de gamme, puis se déplace inexorablement vers le haut de gamme, pour éventuellement déloger des concurrents bien établis. Un atout majeur de l’innovation de rupture est de passer relativement inaperçue car peu menaçante à ses débuts par les concurrents établis jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

    À n’en pas douter, les « grosses têtes » en apprentissage statistique (Machine Learning) derrière Udacity et Coursera, ne vont pas en rester là. Il vont utiliser toutes les données recueillies pour bâtir les CLOM de seconde génération, puis de troisième…

    Le principal avantage des CLOM sur tous les autres systèmes rêvés et potentiellement « meilleurs » c’est justement d’exister.

    Claude Coulombe
    architecte logiciel MATI
    candidat au doctoral Téluq

  12. par Yves Epelboin UPMC-Sorbonne Universités

    Bonjour,
    Je partage, en partie seulement, votre analyse sur l’aspect commercial. Il doit être relié à la structure de l’enseignement supérieur américain qui est à la recherche de moyens pour diminuer le coût des études (voyez mon analyse http://wiki.upmc.fr/x/PYCP) dans un système où toute université est bâtie sur le principe de l’entreprise. C’est déjà là une raison essentielle pour laquelle le MOOC, dans sa forme actuelle, ne correspond pas aux nécessités de l’Enseignement Supérieur Européen où l’intervention de l’Etat existe partout.

    Dans la deuxième partie, pédagogique, je n’ai pas la même approche de l’enseignement et je pense que cette vision connectiviste ne convient pas à toutes les disciplines. Cela m’avait d’ailleurs amené à rejeter Moodle et je ne le regrette pas. Je ne suis pas beaucoup plus fan du découpage en grains fins reconstructibles et des outils qui en découlent.

    Le processus de connaissance, comme vous le dites très bien, peut être enclenché de diverses façons. Pour moi, dans les disciplines qui sont les miennes (les sciences dites dures) cette approche connectiviste ressemble furieusement à ce que nous nommons mode projet et à lui seul il ne suffit pas à construire la base de connaissances nécessaire à nos disciplines.

    Pour revenir au MOOC, enfin, et à son avenir en France, en particulier, je pense qu’il est, sous toutes ses formes, l’occasion d’attirer à l’université tout un public qui n’y serait pas venu et qu’il remettra en cause la formation continue (FOAD) et en particulier son organisation dans le temps calquée sur l’enseignement présentiel.

    Enfin pour terminer il faudrait discuter du danger que la certification peut causer à la diplomation si les employeurs la reconnaissent.

    Je conseille le film edi@2025 de R. Katz, un spécialiste américain, qui a bien compris le challenge. Il est disponible en anglais sur Youtube et nous l’avons traduit en français (voir video.upmc.fr) car il nous parait important.

    Amicalement

  13. par Jean-Paul Herman

    Un des problèmes des MOOC/CLOM, abordé à la marge dans l’article (point 3 de la dernière section), est qu’ils ne sont pas adaptés à des domaines/disciplines qui nécessitent des interactions et pratiques matérielles: médecine, biologie, chimie pour ne parler que des disciplines universitaires, mais on pourrait continuer la liste avec les enseignements fournis par exemple en IUT. Les approches par simulations, jeux etc mentionnées dans l’article ne peuvent pas remplacer l’expérience pratique fournie aujourd’hui en TP et qui est indispensable pour s’approprier réellement la discipline en question; sans elle ce qu’on a appris reste un savoir mort, qu’on est incapable d’utiliser dans la vie réelle. Ainsi, dans ces domaines, il est possible d’acquérir à travers les MOOC/CLOM les fondements théoriques, mais il reste à inventer la façon de poursuivre cette formation introductive par une vrai formation pratique pour un très grand nombre d’étudiants.

    Jean-Paul Herman
    Chercheur en Biologie
    CNRS et Aix-Marseille Université

  14. par Thierry

    C’est intéressant mais d’où l’auteur de cet article parle-t-il ? Les critiques sont pour la plupart fondées, mais l’a priori idéologique (anti-américanisme, posture de contradiction et surtout une certaine aigreur envieuse) transpire par toutes les pores de cette analyse qui devient du coup plus un plaidoyer d’autojustification personnelle qu’une critique ouverte et constructive.

    Je note aussi que dominique Boullier intègre comme allant de soi pas mal d’éléments apportés par le livre “L’âge de la multitude” qu’il a pourtant descendu en flèche dans un de ses récents billets – très intéressant lui aussi mais sous tendu malheureusement par les mêmes a priori.

  15. par Dominique Boullier

    @Thierry: C’est fatigant cette rengaine de l’antiaméricanisme dès qu’on lance une discussion!! vous avez remarqué que je crédite EdX d’autres valeurs, donc aux Etats UNis aussi il existe d’autres positions qui veulent d’autres alternatives aux modèles financiers qui captent toutes les rentes. Lle logiciel libre, Lessig, etc… sont tous aussi largement américains. Si vous aviez vécu aux Etats Unis, vous sauriez à quel point les conflits sont aussi aigus. C’est au contraire une façon de ne plus faire de politique que de tout réduire à des questions nationales selon moi, ce que je ne fais jamais ( et du coup de passer son temps à critiquer la France et ses ratages, ça c’est un buzz qui marche toujours, voir le post plus haut). Et croyez moi il y a bien plus de plaisir à faire, qu’à critiquer, mais quand on nous bassine dans les médias avec des arguments de pur marketing, il est temps de rompre le charme, que vous semblez subir avec plaisir. Mais entrez dans les détails et non dans les postures, discutez pédagogie et nous avancerons. Et admettez que nous sommes dans des sociétés conflictuelles (pléonasme) et que les béats thuriféraires qui encensent tout ce qui bouge dans le numérique, ne se rendent pas compte des rapports de force…
    par ailleurs, la critique de l’âge de la multitude portait précisément sur la valorisation abusive de ce modèle des plates-formes comme seule solution pour les innovateurs.
    Donc si vous voulez ranger tout ce qui est critique dans des cases que vous avez définies a priori, grand bien vous fasse, Mais les autres posts, eux, contribuent à la discussion et ne restent pas à la surface.

  16. par Dominique Boullier

    @ Yves
    c’est dommage de réduire une approche pluraliste et controversée à un “mode projet”. Je ne nie pas qu’il y ait des socles point de départ, qui permettent d’entrer dans la controverse, bien sûr, c’est d’ailleurs un des enjeux de la méthode: comment au bout du compte maintenir la possibilité de revenir sur ces supposées évidences qui avai’ent servi de point de départ? c’est comme ça que procède la science, en étant capable d’interroger ses propres cadres de pensée de temps en temps (mais pas tout le temps). Ce que je prétends,,c’est que la formation a été abusivement appuyée sur des certitudes en faisant croire que la science produisait des vérités et la technique des fatalités. Il est temps au moins de rééquilibrer dans le sens de l’incertitude qui est la condition réelle de travail des scientifiques qui a désormais ouvertement pénétré toute notre vie sociale. On pourrait de façon intéressante, former des étudiants en informatique à admettre qu’il y a touljours plusieurs solutions aussi , plusieurs cadres possibles et conflictuels, qui ne peuvent être ignorés pour faire comme s’il y avait des évidences seulement.

  17. par Thierry

    Bonjour,
    L’anti-américanisme primaire n’est qu’un des symptômes de “l’aigreur envieuse” que j’évoque. Je ne doute pas que vous ayez des réponses convaincantes en apparence, car je ne doute pas de votre intelligence mais elles continuent bien à sonner comme des tentatives de déni auto-justificatrices à mes oreilles. Comme je trouve suspect le fait que finalement, quand j’analyse les commentaires, vous trollez vous-mêmes votre propre billet.
    J’ai l’impression que si vous étiez au clair sur vos propres frustrations, votre travail de recherche pourrait prendre une autre ampleur.
    Pour le reste, vous m’imputez sans raison des idées – et même une idéologie – que je ne peux pas faire miennes car, comme vous le signalez à juste titre, je n’ai absolument pas critiqué le message manifeste de votre billet, simplement son contenu latent, ce qui, dans le cas précis, constitue bien pour moi le fond du problème.
    Tout ceci n’étant en fait qu’interprétation et comme je suis aussi conscient du côté probablement trop personnel de mon commentaire et que je ne tiens pas à troller votre billet, j’en resterai là.

  18. par Damien

    Merci pour cet article très intéressant sur les MOOC / CLOM !

    N’étant pas spécialiste du sujet, je m’interroge : quelle place est faite aux Serious Games / jeux de simulation… dans les MOOC existants que vous avez pu analyser ?

    Pour rebondir sur votre idée d’étudiants plus aptes à produire du savoir qu’à en consommer, existe t’il déjà des expériences de MOOC où l’on demande aux apprenants de produire du contenu ?

    On pourrait par exemple imaginer un système de “compagnonage virtuel”, où, pour être “certifié”, un étudiant en fin de parcours devrait accompagner un étudiant en début de parcours, la (bonne) progression du “padawan” dans le parcours pédagogique permettant alors à son tuteur d’avancer lui-même dans les derniers modules de formation.
    (Comme me disait un de mes enseignants au lycée, “on n’a véritablement compris quelque chose que lorsqu’on est en mesure de l’apprendre à quelqu’un d’autre”)

  19. (doublon?)
    @Damien un des points les plus importants dans la technologie MOOC est l’aide et l’évaluation par les pairs.

    J’ai revu mes diapos “Cadrage du MOOC GdP” http://goo.gl/k0cNh que vous avez peut-être déjà consultées

    ….et je les ai enregistrées en vidéo
    Introduction et défis des MOOC pour la France : http://goo.gl/YkGXd
    Cadrage du MOOc GdP et certificat par équipes : http://goo.gl/YkGXd (vidéo 2)
    Vous verrez la fonction de peer assessment de Coursera

  20. par Tom

    Pour moi Coursera et les autres amènent pleins d’éléments positifs:
    – il est possible pour n’importe qui d’avoir accès à ces contenus sans payer quoi que ce soit. C’est d’ailleurs à cette fin que j’utilise ces plateformes. Cela me permet de comprendre ou d’approfondir certains sujets, notamment en informatique, que je peux utiliser immédiatement sans avoir à payer une quelconque certification. Cela fait tomber pas mal de murs pour l’accès à ces compétences.
    – cela amène un peu de compétition dans l’enseignement de certaines matières. En effet, ces cours sont très souvent rafraichissants dans leurs approches et cela bouscule un peu les professeurs qui peuvent passer de nombreuses années sans dépoussiérer leur cours (je n’ai pas dit que c’était systématiquement le cas). Les cours de machine learning de Coursera feraient palir d’envie un cours similaire dans une université française.
    – cela permet aussi de revaloriser l’enseignement qui est souvent vu comme une corvée pour les chercheurs universitaires. Là, leurs compétences pédagogiques sont mises au premier plan.
    – un modèle ou l’étudiant suit le cours en ligne, puis vient en cours intéragir avec les autres étudiants et le professeur est beaucoup plus efficace que notre enseignement actuel ou le cours magistral se passe à écouter (ou dormir).

    On peut reprocher tout un tas de choses à Coursera, mais ils ont le mérite de faire accélérer les choses. S’ils trouvent leur équilibre financier avec cela, c’est qu’ils auront répondu à un véritable besoin.
    Maintenant il y a peu de risque de voir l’offre structurer durablement le marché en quelques plates-formes. Nous vivons à une époque ou tout s’accélère à ce niveau et ou proposer une alternative à quelque chose d’existant n’a plus le même coût qu’avant. Beaucoup de murs sont tombés et tout va de plus en plus vite.
    Par ailleurs, la plupart de nos vies sont régies par quelques grandes plateformes (google, facebook, amazon, …) mais les choses évoluent vite.

  21. par Stéphane

    Bonjour,

    L’article ne prend pas en compte ce qui fait que les MOOC marchent pour le moment : des cours généralement mis en scène avec de gros moyens, de manière “percutante” sur des sujets intéressants et appliqués, à disposition sur internet sans barrière d’accès et sans coût direct pour les étudiants (pour le moment), sanctifiés par une attestation de réussite.

    Si on prend les “meilleurs” MOOC, c’est bien de cela dont il s’agit. Pour ceux la, je peux honnêtement dire que j’ai la perception : “c’est plus intéressant et attractif que la moyenne des cours en amphi d’une fac”.

    Pourtant je suis d’accord avec certains points de l’article, en particulier le fait que les MOOC n’apportent pas d’innovation pédagogique ou technologique à la hauteur du buzzword. Mais si on en examine pas la démarche : une “recette à faire plus intéressant que la moyenne des cours de fac”, on passe à coté de beaucoup de chose.

    Aussi, quelques éléments présentés sous formes d’affirmation sont discutables :
    – “surreprésentation des cours d’informatique (80% sur Coursera)” -> j’aimerai bien savoir d’où viens le chiffre, sur les cours actuellement ouverts à l’inscription, c’est plus proche des 20%, même en comptant les cours de calcul et d’analyse de données… https://www.coursera.org/courses?orderby=new&stats=upcoming

    – “Il est donc nécessaire de prévoir un système de sous titrage de documents” -> les MOOC que j’ai suivi sont déjà exemplaires sur ce sujet au moins pour les sous-titrages en VO. Et lorsque (très rarement) l’équipe d’enseignement oublie un sous titre, sur l’une des dizaines de vidéo, les étudiants le réclament tout de suite sur le forum.