Dans les réseaux sociaux, les bonnes nouvelles se répandent plus vite que les mauvaises

Par le 25/03/13 | 11 commentaires | 3,914 lectures | Impression

La lecture de la semaine, il s’agit d’un article du New York Times. On le doit à John Tierney et il s’intitule : “Dans les réseaux sociaux, les bonnes nouvelles se répandent plus vite que les mauvaises”.

“Les mauvaises nouvelles font vendre. Telle est la règle suivie par les journaux de 20 heures et les titres de la presse, sur la foi des chiffres (classement des ventes et diffusion) et de l’instinct viscéral des journalistes et rédacteurs en chef”.

“Mais”, poursuit le journaliste, “aujourd’hui qu’il y a d’autres moyens de diffuser et d’observer la diffusion de l’information, les chercheurs découvrent qu’il existe de nouvelles règles. En scannant le cerveau des gens et en traçant leurs e-mails ou leur activité en ligne, les neuroscientifiques et les psychologues ont remarqué que les bonnes nouvelles pouvaient se répandre plus vite et plus loin que les désastres et les drames.”

“La règle du sang qui coule marche pour les médias de masse qui veulent juste capter votre attention”, explique Jonah Burger, qui est psychologue à l’Université de Pennsylvanie. “Ils veulent votre regard, peu leur importe ce que vous ressentez. Mais quand vous partagez un article avec vos amis et vos pairs, vous vous souciez beaucoup plus de leur réaction. Vous n’avez pas envie de passer pour un oiseau de mauvais augure”. Jonah Burger tire ce constat d’une expérience : avec son équipe, il a regardé pendant 6 mois comment les gens partageaient des milliers d’articles du site du New York Times – en classant ces articles sous diverses catégories.

Quels sentiments augmentent la probabilité de partage d'information par e-mail : la colère, la valeur pratique, la crainteUne première trouvaille – que le journaliste du New York Times considère comme la découverte la plus importante des sciences sociales de ce début de siècle – est que les articles de la rubrique “Science” apparaissaient beaucoup plus souvent dans cette liste que les autres. Cela viendrait du fait que la science suscite un sentiment d’admiration respectueuse et incite les lecteurs à partager cette émotion positive avec d’autres. Les lecteurs ont aussi tendance à partager les articles qui les ont excités ou amusés, ou qui ont inspiré des émotions négatives comme la colère ou l’angoisse. En revanche, ils partagent peu des articles qui les ont laissés dans un état de tristesse. Ils ont besoin d’être sollicités, et préfèrent les bonnes nouvelles aux mauvaises. Plus l’article est positif, plus il sera partagé.

Dans une autre tentative de comprendre quelle information fait le buzz, des neuroscientifiques ont scanné le cerveau des gens au moment ils entendaient parler de faits nouveaux. Ensuite, en observant ce que ces gens racontaient à d’autres personnes, ils ont pu en déduire qu’elles étaient les informations qui étaient partagées. Vous pensez que les gens ont tendance à partager les idées le plus mémorables – celles qui ont fait réagir le cerveau dans les zones associées à l’encodage et à la récupération des souvenirs. Et bien pas du tout. L’étude (.pdf) menée par les Universités du Michigan et de Californie montre que le buzz agit ailleurs, dans les zones du cerveau associées à la cognition sociale – le souci qu’on a des autres. Si ce sont ces zones qui sont mobilisées à l’audition d’une information, il y a plus de chance qu’elle soit partagée avec plus d’enthousiasme, et continue de se répandre. Penser à ce qui pourrait plaire à l’autre est plus important que diffuser une information qui nous excite nous-mêmes.

On pourrait trouver cela très encourageant et avoir l’espoir que dans les réseaux sociaux se diffuse une autre vision du monde, moins catastrophiste que celle qui nous arrive dans les autres médias. Mais la suite de l’article est moins euphorique, car, comme l’explique le journaliste “cette conscience sociale entre en jeu quand les gens partagent des informations sur leur sujet favori, à savoir eux-mêmes”. Evidemment, les réseaux sociaux sont le lieu privilégié de ce discours sur soi. Et, en tant que ce discours sur soi est plus construit dans les réseaux sociaux que dans la vie (car on parle aussi beaucoup de soi dans la vie physique), il a manifestement tendance à prendre plus en compte le fait qu’une information positive plaira plus au destinataire qu’une information négative. Ce qui explique, selon l’auteur, le grand nombre de statuts Facebook qui mettent en scène les vacances des usagers, et tout autre moment agréable.

Deuxième raison d’être moyennement enthousiaste : des études menées en Utah et en Allemagne (.pdf) par des équipes différentes ont montré que toute cette positivité dans les réseaux ne rendait pas les gens plus heureux. Au contraire, plus les gens passent de temps sur Facebook plus ils ont l’impression que leur vie est moins intéressante que celle de leurs amis, d’où le développement d’une forme de jalousie rampante, conséquence du phénomène d’autopromotion qui est à l’œuvre dans les réseaux sociaux.

Xavier de la Porte

Xavier de la Porte (@xporte), producteur de l’émission Place de la Toile sur France Culture, réalise chaque semaine une intéressante lecture d’un article de l’actualité dans le cadre de son émission.

A l’occasion du Salon du livre, l’émission du 23 mars 2013 accueillait le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron pour évoquer en sa compagnie la culture du livre et la culture des écrans.

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4 commentaires

  1. par benavent

    Tout à fait intéressant de s’intéresser aux motivations du partage. Mais au-delà des raisons individuelles, il est nécessaire aussi de prendre en compte certains effets de sélection et d’agrégation. Il semblerait que ceux dont la motivation est de se faire valoir ( ce qui rejoint les arguments cités) et qui est associée aux normes de réciprocité ( publier car on a bénéficier de la publication des autres) publient plus frequemment que d’autres individus dont la motivation est celle du ressentiment (la vengeance). La différence d’activité entre les deux groupes génère ainsi un biais de représentation. Des éléments supplementaires sont disponibles ici : http://christophe.benavent.free.fr/?p=465

  2. Au début, je me suis étonnée en lisant le titre. Car en principe, ce sont les mauvaises nouvelles qui se répandent plus facilement que les bonnes. Mais, en parcourant l’article, j’avais saisi l’essentiel du sujet: le partage sur les réseaux sociaux!

  3. par Musique

    A mon avis les nouvelles doivent etre réglementé car on constate que les informations sont toute à fait contradictoire

  4. par Adrien Ferro

    Bonjour Xavier, encore une fois merci.

    J’ai redocumentarisé votre redocumentarisation :) dans le cadre du MOOC de Novantura sur Facebook. Je ne sais pas si c’est une bonne nouvelle ou une mauvaise. Elle est peut être utile.

    C’est par là : http://www.facebook.com/groups/novantura

    On travaille autour des Reseaux Sociaux d’Entreprise cette quinzaine.

    Bien à vous.

    Adrien Ferro