Que ReFaire ? Le “manifeste” des manifestes

Par le 04/07/13 | 9 commentaires | 4,921 lectures | Impression

Dans leurs ateliers, Fab Labs, Techshops et autres Hackerspaces, les “nouveaux artisans”, makers, DIYers, bricoleurs du XXIe siècle inventent, transforment, personnalisent, réparent, produisent et reproduisent. Le mouvement semble puissant. Il se répand partout dans le monde, il fonctionne en réseau, il suscite ses plates-formes et ses espaces d’échange, il dispose de médias (Make Magazine au premier rang) et d’événements (Maker Faire).

Mais quelles sont leurs intentions ? Pour quoi, contre quoi les makers se battent-ils ? Qu’espèrent-ils accomplir au-delà du fait de vivre une expérience enrichissante ? Que veulent-ils changer et quelles alternatives dessinent-ils ?

Le programme de travail de la Fing qui s’achève, baptisé ReFaire, est parti collecter les principaux “manifestes” dans lesquels les acteurs et les porte-paroles du mouvement maker expriment leurs valeurs et leurs intentions. L’idée : faire que l’analyse de ces manifestes permette aux lecteurs d’en cerner le potentiel, d’en anticiper les évolutions, d’établir des liens et des collaborations, d’en faciliter le développement…

Une histoire des manifestes

En 1986, peu après avoir été arrêté (apparemment pour avoir pris le contrôle d’une partie du réseau téléphonique américain), le “hacker” américain Loyd Blankenship publie le “Manifeste du Hacker“. Armé de sa curiosité et de son intelligence, le hacker taille son propre chemin vers la connaissance, il s’abstrait des contraintes sociales pour mieux exprimer ses valeurs. L’ordinateur est son outil, la source et l’expression de sa connaissance et de son pouvoir.

Beaucoup d’autres textes ont depuis exprimé la vision et l’éthique des hackers. Mais curieusement, le site web de Loyd Blankenship se réduit aujourd’hui à une seule page qui décrit… ses travaux d’ébénisterie. Existerait-il une continuité entre la culture des hackers et la culture des makers ?

la ligne de temps des manifestes
Image : la ligne de temps des manifestes.

Les premiers manifestes de makers apparaissent en 2005. Le Crafter Manifesto (“manifeste du bricoleur/artisan”) de la designeuse et entrepreneuse finlandaise Ulla-Maaria Mutanen exprime à la fois le plaisir que l’on peut trouver à fabriquer ses objets soi-même et, déjà, l’idée que ces pratiques personnelles trouvent un nouveau sens (y compris économique) lorsqu’elles se mettent en réseau. Egalement publié en 2005 sur le site du tout jeune magazine Make [1], le Owner’s Manifesto (“manifeste du propriétaire”) s’adresse plutôt aux designers et fabricants auxquels il oppose une “déclaration des droits du maker” : seuls des produits documentés, faciles à ouvrir et à réparer, nous “appartiennent” vraiment ; toute autre option est suspecte.

La thématique de la réparation nourrit trois autres manifestes de 2009, 2010 et 2012 : le Repair Manifesto des hollandais de Platform21 se focalise sur la valeur personnelle de la réparation, sa dimension créative et son lien avec l’aspiration à l’autonomie : “La réparation, c’est l’indépendance”. Le Self-Repair Manifesto s’inscrit, lui, dans la thématique du développement durable : on répare par plaisir, par économie, pour créer du lien et pour protéger l’environnement. Tandis que le Fixer’s Manifesto, certes produit par une entreprise qui vend une sorte de caoutchouc utilisable pour réparer toutes sortes d’objets, fait le lien entre les deux thématiques.

Plus récemment, une équipe de chercheurs Belges, rassemblés dans le projet européen Dyse (“Do-It-Yourself Smart Experience“) publiait un manifeste (.pdf) pour la création d’un “internet des objets” associé aux pratiques du “faites-le vous-même”. A rebours d’une approche dominante qui vise à masquer la technologie, ils invitent à penser l’internet des objets comme une “inspiration à la créativité” du plus grand nombre. La culture numérique rejoint celle des bricoleurs du XXIe siècle. Tandis que l’(Affective) Craft Manifesto, rédigé par de “vrais” artisans d’art, tente d’exprimer la fonction du “faire” dans un monde de plus en plus complexe : “En se liant avec l’usage quotidien, l’artisanat rend le monde intelligible.”

La plupart des manifestes affirment la valeur en soi de l’acte de “faire”, qu’il s’agisse de créer, de bricoler, de réparer. Le Cult of Done Manifesto de Bre Pettis (fondateur de Makerbot) et Kio Stark (enseignante et auteur) va jusque au bout : “Avoir fait quelque chose, ce n’est pas avoir terminé, mais pouvoir faire autre chose.”

Lus ensemble, ces manifestes prennent position d’une manière assez cohérente dans trois domaines : la relation de chacun à “ses objets” ; la responsabilité des objets ; et par suite, la responsabilité des industriels.

L’émancipation par les objets

Si les points de départ des manifestes diffèrent, tous convergent vers une conviction commune : le modèle de l’industrie de masse, qui vend des produits standardisés (ou même personnalisés) à des individus réduits au rôle de consommateurs, n’est plus satisfaisant, tant d’un point de vue individuel que d’un point de vue collectif. Trouver ou retrouver la capacité de réparer, modifier, adapter, créer des objets constitue un chemin vers l’émancipation, vers l’accomplissement de soi.

Faire c’est comprendre

“La meilleure manière de découvrir comment quelque chose fonctionne, c’est de le démonter !”- Self-Repair Manifesto

Dans les années 1970, le designer Enzo Mari proposait déjà de donner aux particuliers les plans de ses meubles et de les inviter à les réaliser eux-mêmes : “le design est le design s’il communique la connaissance”. Alors qu’il devient impossible de réparer nos objets ou d’en remplacer des pièces, que les ouvrir expose à annuler toute garantie, les makers veulent comprendre pour agir et ensuite, insuffler leur propre sens aux objets.

Faire c’est apprendre

“Réparer enseigne la technique” – Self-Repair Manifesto

Il y a dans la démarche des makers la volonté de revaloriser le “savoir de la main” et la pratique comme un chemin vers la connaissance, vers l’acquisition par l’action de compétences qui pourront être mobilisées ailleurs.

Faire c’est posséder

“Si vous ne pouvez pas l’ouvrir, vous ne le possédez pas” – Owner’s Manifesto

La fermeture des objets, la complexité croissante des associations produits-services, maintiennent en quelque sorte les objets sous le contrôle de leurs fabricants : obsolescence programmée, licences d’utilisation, etc. Les makers veulent maîtriser le destin de leurs objets, leur cycle de vie mais aussi, pourquoi pas, leur transformation.

Faire c’est s’exprimer

“Les choses que les gens ont fabriquées eux-mêmes ont un sens caché que les autres ne peuvent pas percevoir” – Crafter Manifesto
“Régler un problème pratique est la plus belle forme de créativité qui soit” – Fixer’s Manifesto

Les manifestes parlent de la “joie” de réparer, de la “satisfaction”, d’un “jeu”. En associant de manière indissoluble créativité et compétence, l’action de “faire” produit de la confiance en soi et invite à partager avec les autres tant le processus, que le résultat.

Faire c’est reprendre le pouvoir

“Réparer, c’est faire acte d’indépendance. Ne soyez plus esclave de la technologie – soyez-en maître – Repair Manifesto

Au-delà du pouvoir sur l’objet, la capacité de créer ou d’intervenir sur ses objets exprime une volonté de maîtriser sa vie et son environnement, de ne plus dépendre en toutes choses de ceux qui produisent nos objets et en déterminent le devenir. Très enracinée dans la culture américaine de la liberté des pionniers, cette aspiration se situe en totale continuité avec celle des premiers hackers.

Changer le système des objets pour changer le monde

Au-delà de l’émancipation et de l’accomplissement individuels, les manifestes expriment la conviction selon laquelle la manière de concevoir, de produire et de gérer les objets tout au long de leur vie a des incidences écologiques, sociales, économiques, voire morales – et qu’il appartient aux makers d’exprimer d’autres valeurs que celles du monde industriel.

Faire, face à la crise

“Réparer vous fait faire des économies” – Self-Repair Manifesto

Produire soi-même, réparer, redonner une vie à d’anciens objets, mais aussi partager ses objets et ses compétences, constituent des armes anti-crise : on fait des économies, on partage des coûts, on produit des revenus complémentaires ou même une forme d’économie parallèle, non monétaire. Mais le Repair Manifesto prévient : “Ne croyez pas que ce manifeste soit lié à la récession. Ce n’est pas une question d’argent, mais de mentalité.” Le chemin que pointent les makers ne s’interrompra pas au terme de la crise.

Faire, pour la planète

“Si nous doublons la durée de vie de nos produits, nous divisons par deux ce qui finit dans les décharges” – Fixer’s Manifesto

Les manifestes des années 2005-2012 accordent une importance croissante à la dimension écologique. “Réparer est mieux que recycler”, affirment les différents manifestes consacrés à la réparation : prolonger la durée de vie d’un objet constitue la meilleure des alternatives. Mais en comprenant mieux leurs objets, les makers deviennent également plus exigeants quant aux matériaux qui les composent et à l’empreinte écologique de leur fonctionnement.

Faire, ensemble

“L’apprentissage des techniques réunit les gens. Cela crée des communautés de pratiques. Les gens qui aiment fabriquer cherchent à découvrir des objets intéressants et à rencontrer ceux qui les ont réalisés. Ceci crée des places de marché.” – Crafter Manifesto

Faire rend “indépendant”, mais c’est aussi un prétexte pour échanger, partager, donner et recevoir (des conseils, des schémas, des pièces). Si certains manifestes, surtout américains, se focalisent plutôt sur les individus, d’autres se concluent de manière presque systématique sur une invitation à partager “ses idées, son enthousiasme et ses compétences” (Fixer’s Manifesto), ainsi bien sûr que ses réalisations.

Faire, une nouvelle croissance ?

“La réparation ne s’oppose pas à la consommation, simplement au fait de jeter des choses sans raison” – Repair Manifesto

Certains manifestes assument une orientation écologique, voire “décroissante”. Mais d’autres prennent au contraire soin de montrer que le “do-it yourself”, même nourri de valeurs collectives et/ou écologiques, ne s’oppose pas à la création de valeur. On ne sort pas de la société de consommation, on consomme autrement et mieux ; on récuse certains modes de fonctionnement de l’industrie, mais on en suscite d’autres et l’on crée même “de nouvelles places de marché” (Crafter Manifesto).


Un cahier des charges pour l’industrie


Certains manifestes, en particulier l’Owner’s Manifesto, s’adressent directement aux industriels pour leur dire ce qu’ils ont à faire afin de répondre aux exigences des makers. D’autres le dessinent en creux ou en conclusion. Dans tous les cas, les designers et les industriels se trouvent directement interpellés.

Personnalisables

“Les gens sont infiniment divers, les produits devraient l’être aussi. Tout peut être amélioré ou personnalisé” – Fixer’s Manifesto

Intervenir sur ses objets les rend siens, leur donne une histoire et un sens. La diversité des aspirations et des besoins ne peut pas être couverte par les quelques options de personnalisation qu’offrent aujourd’hui les industriels. Des produits “habitables” doivent pouvoir être personnalisés par leurs possesseurs et leurs utilisateurs – et pourquoi pas, plusieurs fois.

Ouverts

“Si ça peut se fermer, ça peut s’ouvrir” – Owner’s Manifesto

Le manifeste du projet européen Dyse propose de voir le système des objets communicants comme “un système génératif qui propose des bacs à sables et des boucles de recyclage”. Autrement dit, chaque composant, chaque objet, existe à la fois comme produit fini et comme brique à partir de laquelle d’autres composants, objets, services ou systèmes pourront se créer – qu’ils émanent de l’esprit du concepteur originel, ou d’autres.

Réparables

“La facilité de réparation doit être un idéal de design, et non quelque chose à quoi on pense à la dernière minute” – Owner’s Manifesto

La réparation a une valeur émotionnelle (elle “donne une âme à nos objets et les rend uniques”, Self-Repair Manifesto), économique et écologique. La possibilité de réparer devient ainsi une revendication des makers, assortie parfois d’une menace : “Achetez des produits réparables !” (Fixer’s Manifesto).

Documentés

“La documentation et les outils associés disposeront de liens permanents sur le web” – Owner’s Manifesto

La meilleure manière d’organiser l’obsolescence d’un produit est de faire disparaître l’information qui le concerne. L’accès durable à la documentation est une condition de tout ce qui précède.

Des produits, et des outils

“Des outils accessibles, portables et faciles à apprendre sont essentiels” – Crafter Manifesto

Qu’il s’agisse de machines, d’outils ou d’interfaces de programmation, les makers ont besoin d’outils. Soit ceux-ci proviennent des industriels eux-mêmes, soit ils seront fabriqués par d’autres, tells l’emblématique Makerbot Industries. Et une industrie de matériels et d’outils “libres” émerge également, depuis les contrôleurs électroniques (Arduino) jusqu’aux imprimantes 3D (RepRap).

Les objets-manifestes

Les manifestes ne décrivent pas que des intentions. Ceux qui les écrivent ou ceux qui les affichent dans leurs ateliers, leurs Fab Labs ou leurs bureaux, les traduisent en actes. Une autre relation à la production et l’usage fera nécessairement émerger de nouveaux types d’objets.

les différents types d'objets que l'on peut refaire
Image : les différents types d’objets que l’on peut “refaire”.

Objets-ego et “crotjets”
De même que la majorité des vidéos partagées par les internautes sur le web ne présentent d’intérêt que pour eux-mêmes et leurs proches, le brouillage des frontières entre professionnels et amateurs produira des milliers d’”objets-ego”, expressions de soi difficilement partageables par d’autres. Est-ce un problème ? Pas pour les vidéos, explique Clay Shirky dans Cognitive Surplus : c’est parce que des millions d’individus oseront produire et publier des vidéos sans intérêt qu’émergeront aussi de nouveaux auteurs, ou que ces mêmes individus oseront aussi participer à des projets collectifs plus ambitieux. La même chose pourrait arriver aux objets, grâce à des plate-formes telles qu’Etsy ou Thingiverse. Mais, toujours s’agissant des objets, certains appréhendent la production de millions de “crotjets” (crapjects, contraction de crap et object) qui consommeraient matériaux et énergie et dont la décharge serait la seule destination possible…

Objets à terminer
L’objet à terminer se propose prêt à l’usage tout en restant largement, (et parfois infiniment) extensible et personnalisable. Sa valeur provient à la fois de son utilité première, de son potentiel (quand bien même il ne se réaliserait pas) et de la valeur que d’autres y ajoutent, sous la forme d’extensions, d’adaptations, d’applications, etc.

Les plates-formes matériel/logiciel du monde du jeu vidéo, de la micro-informatique et de la téléphonie mobile explorent cette dimension depuis longtemps. Mais on la voit aujourd’hui émerger autour de meubles, des Legos, des drones, d’automobiles, etc.

Objets ouverts
Les objets ouverts mettent à disposition leur dessin, leurs schémas techniques, leurs listes de composants, leurs fabricants, leurs usages, leurs extensions, permettant à d’autres de les produire, d’y ajouter de nouvelles possibilités, mais aussi d’en améliorer ou d’en transformer la conception même. Le site OpenSourceEcology.org met à disposition un “kit de construction du village global”, 50 machines faciles à fabriquer pour “construire une petite civilisation durable avec le confort moderne”. Tandis qu’OpenCola met à disposition une recette libre pour produire son propre cola (tout en avertissant que “le processus de production reste complexe”).

Au même titre que le logiciel libre, le “matériel libre” (Open Source Hardware) travaille aujourd’hui sur une charte de principes et des licences communes.


Image : Une partie du Global Village Construction Set d’OpenSourceEcology.org.

Objets communautés
Un objet ouvert, qui partage ses schémas techniques, ou encore qui met à disposition des “prises” pour que ses utilisateurs les transforment (conception modulaire, prises physiques, interfaces de programmation…) peut former la base de communautés qui l’améliorent, en construisent ensemble des extensions ou des adaptations, partagent leurs expériences comme leurs astuces…

Décrivant cette perspective autour d’un concept de système d’arrosage (open sprinkler), Chris Anderson poursuit : “Nous n’avons pas besoin de notre propre usine parce que nous avons accès à des usines dans le cloud, des entreprises de services s’en occupent. De la même façon nous n’avons pas besoin de marketing, parce que nous avons des communautés : un bon produit finit ainsi par rencontrer son public.”

Objets bouclés
Les principes de l’écologie industrielle, du cradle to cradle (“du berceau au berceau”), prévoient que la conception d’un produit intègre le récit de sa fin de vie et de la réinjection de tous ses composants dans la circuit de production : “les déchets sont des nutriments” (“Waste=Food”). En amont, la conception de ces objets intègre également leur maintenance et leur réparation, de manière à ce que cette réinjection elle-même intervienne le plus tard possible. L’institut d’innovation Cradle to Cradle, créé par Michael Braungart, recense des centaines de produits qui respectent ces principes.

les objets trou noir de Gaëlle Gabinet et Stéphane Villard
Image : les {objets} trou noir de Gaëlle Gabinet et Stéphane Villard : imaginer des objets qui s’absorbent ou se contiennent les uns les autres.

Objets générateurs
Pas de fabrication sans outils. Le mouvement maker a d’emblée suscité l’émergence de projets “générateurs”, d’outils ou de plates-formes techniques eux-mêmes ouverts destinés à faciliter la production de futurs objets : les plates-formes électroniques Arduino ou celles de Sparkfun, les machines-outils de Makerbot, les langages informatiques Wiring et Processing, les schémas de conception communs d’d’Open Structures

Vers des objets sujets ?
Un objet industriel commence et finit sa vie comme un flux de données. Ne serait-ce que parce qu’il est identifié, il existe à la fois en ligne et dans l’espace physique. Par choix ou par obligation, il se documente et prévoit sa fin de vie. Ajoutez à cela l’intervention des makers et c’est un nouveau type d’objet qu’il faut inventer pour l’avenir. Explorant cette perspective dans son livre Shaping Things[2], Bruce Sterling invente un mot pour le désigner : “spime”, une contraction de l’espace (space) et du temps (time).

Un spime est à la fois plus complexe que ce qu’exigerait son usage premier (“trop” riche en fonctions) et jamais fini. Il se présente comme “un projet technologique ouvert dont l’évolution est déléguée à ses utilisateurs finaux”. Il fonctionne comme “une plate-forme, un terrain de jeu pour les développeurs futurs, (…) dans un délicat équilibre entre commodité et chaos”, et “tout entier tourné vers l’avenir”. Selon le degré de complexité de l’objet, cette ouverture peut prendre des formes diverses : simple personnalisation, dialogue permanent entre une communauté d’utilisateurs et le fabricant, “hacking” amical de machines ou de logiciels… On n’utilise pas un spime, on se collette (wrangle) avec lui. Le spime est autant un sujet qu’un objet.


Image : représentation du concept de spime par Alice Chen.

Ce que les manifestes ne disent pas

Les makers défendent ainsi un esprit, une attitude, une éthique tournée vers l’émancipation des individus auxquels ils proposent d’agir plutôt que de subir, de se prendre en main plutôt que de se déresponsabiliser. Ils racontent une industrie plus vertueuse, plus attentive aux gens comme à l’environnement.

En revanche, ils passent rapidement sur la difficulté de réaliser leur vision. Plusieurs questions n’y sont pour ainsi dire jamais traitées : le renouvellement rapide des techniques ; la fragilité persistante des logiciels et des systèmes complexes associant conception, production, distribution, maintenance et recyclage ; les questions de sécurité et de responsabilité ; et la difficulté, pour une large part de la population, d’accéder aux compétences nécessaires.

Le designer britannique Thomas Thwaites a ainsi essayé de fabriquer son grille-pain à partir de rien. Il raconte son aventure en vidéo et dans un livre, The Toaster Project. Résultat : 9 mois de travail et un coût 250 fois supérieur à celui d’un grille-pain du commerce. Que peut-on tirer de cette expérience ? Sans doute l’idée que le “faites-le vous-même” n’est pas une réponse universelle ou du moins, que toute conception, toute production s’inscrit dans un système.

Les manifestes décrivent des attitudes et des perspectives. Il leur reste encore à penser le système qui les appuiera et en particulier, la manière dont, demain, industriels et makers inventeront des nouvelles formes de collaboration.

Véronique Routin et Daniel Kaplan

Véronique Routin (@veroniqueroutin) est directrice du développement de la Fing. Elle est également coresponsable du programme Refaire (@Re_faire). Daniel Kaplan (@kaplandaniel) est le délégué général de la Fing (@la_fing). Cette réflexion est le premier résultat de travail du programme Refaire. D’autres suivront…
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Notes
1. Make a vu le jour au sein d’O'Reilly Media, l’un des groupes d’éditions emblématiques de la “révolution numérique”. Le magazine est devenu indépendant en 2013.
2. Traduit en Français sous le titre Objets bavards, Fyp Editions, 2009.

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2 commentaires

  1. par marie

    Bonjour,
    Je réagis rapidement à la fin de l’article et en particulier à propos de l’expérience – malheureuse ? – de Thomas Thwaites. A mon avis ce monsieur, dont je ne savais rien, a interprêté le concept du diy un peu de travers (mais peut-être est-ce moi qui le conçois de travers). Dans ma façon de faire les choses moi-même, la première question que je me pose c’est celle de l’utilité. Est-ce utile d’avoir un toaster électrique ? Ne peut-on pas remplacer cet objet par autre chose, par une autre manière de s’y prendre pour griller ses toasts (si on tient VRAIMENT à avoir des toasts grillés) ?
    Je pense que ne pas poser ce style de questions AVANT de se lancer dans la fabrication de quelque chose revient exactement au même que ne pas se poser la question de la réduction des besoins en énergie quand on veut équiper sa maison en panneau solaire… Une belle pirouette qui ne résout pas le problème !
    En tout cas, j’ai beaucoup aimé lire cet article – merci !
    Marie

  2. Remarquable papier.

    On pourrai distinguer plusierus degrés :

    - Faire soi-même un peu, à titre d’exercice (comme on fait du jogging, ou du scoutisme)
    - Aller aussi loin que possible pour des raisons d’économie notamment, surtout dans les domaines où c’est nettement “rentable” (peinture et papier peint chez soi), ou écologique
    - En faire une idéologie… fondamentaliste…