Comment travaillerons-nous ?

A l’heure où les robots et les algorithmes sont perçus de plus en plus souvent comme une dépossession, nous subtilisant notre pouvoir, notre travail, notre connaissance, nous avons certainement besoin d’entendre d’autres manières d’interagir avec eux. « Nous avons besoin de nous engager directement avec les machines », clame l’architecte Fabio Gramazio sur la scène de la conférence Lift, qui se tenait du 5 au 7 février 2014 à Genève.

Fabio Gramazio est architecte au cabinet Gramazio & Kohler. Il enseigne l’architecture et la fabrication numérique à l’École polytechnique fédérale de Zurich et au Future Cities Laboratories de Singapour… A priori, on peut avoir tendance à penser que l’architecture n’a rien à voir avec la robotisation ou la fabrication numérique, et pourtant, l’architecte va brillamment nous prouver le contraire…

« Les architectes sont des acteurs culturels comme les autres qui doivent s’engager sur le terrain du dialogue avec les machines afin de ne pas être exclus des changements sociaux à venir et pour apprendre à construire des choses qu’ils ne pourraient pas concevoir autrement. »

Travailler avec les robots

La fabrication numérique a le potentiel de créer une différenciation à coût zéro, estime Gramazio. A l’heure où tout se numérise, l’architecture devient potentiellement un élément clef. En 2005, l’École Polytechnique de Zurich a ouvert un laboratoire pour explorer la frontière entre le matériel et le numérique, entre la fabrication et le design. Au centre de ce laboratoire a été placé un robot industriel, un de ces robots génériques qui ont changé la logique de la production industrielle.

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Image : Fabio Gramazio sur la scène de Lift.

« Le débat actuel sur l’automatisation se réduit souvent à une critique de l’automatisation : qui détruit à la fois l’emploi et les valeurs sociales qui lui sont associés. Même s’il faut demeurer conscient des risques, la relation, la complémentarité entre l’homme et la machine ne peut pas être mise de côté », estime l’architecte. « La machine mange l’être humain tout autant que l’être humain mange la machine. C’est l’homme qui décide des règles et les formalise dans un programme qui est traduit en mouvement par la machine. »

C’était le coeur de l’idée du premier prototype conçu par le laboratoire de Fabio Gramazio, en 2006 avec le mur programmé : connecter la conception humaine à l’action constructive du robot. Pour cela, les chercheurs en architecture ont programmé un robot industriel pour qu’il construise un mur de briques, en les déposant les unes sur les autres selon une technique programmée. Via cette programmation, le robot a été capable de construire des façades où le positionnement parfaitement répétitif des briques (avec des variations structurales) permettait de créer des surfaces à la fois parfaitement industrielles par leur caractère précisément répétitif, tout en étant somptueusement créative, notamment par les effets de lumières que générait leur enchevêtrement compliqué composé par ordinateur. La technique a été utilisée dans plusieurs réalisations des architectes, notamment dans un établissement vinicole suisse.

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Images extraites de la présentation de Fabio Gramazio, montrant les murs réalisés par le robot et le robot lui-même.

En 2008, pour la biennale d’art contemporain de Venise, le robot de l’école polytechnique a construit un autre mur de brique devant le pavillon suisse, en étant capable d’adapter la forme construite, cette répétition de motifs qu’il était programmé à composer, à l’environnement (vidéo).

Structural Oscillations from GramazioKohler on Vimeo.

Lors d’un atelier avec des étudiants à Singapour, l’équipe a travaillé à voir comment la programmation informatique et la fabrication robotique pouvait être utilisée au niveau conceptuel et méthodologique pour simuler des environnements de travail en faisant fabriquer des maquettes d’immeubles par des robots.

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Image : les maquettes d’immeubles des étudiants assemblés par des robots.

Aujourd’hui, le meilleur du travail architectural est souvent réservé aux quartiers d’affaires des grandes métropoles où les architectes rivalisent de styles pour construire d’étonnantes et uniques structures verticales… comme c’est le cas à Singapour par exemple. A l’inverse, si vous portez votre regard sur les grandes banlieues des métropoles vous trouvez alors un développement architectural tout à fait standardisé, d’immeubles ou d’habitat pavillonnaires construits aux kilomètres, à partir des mêmes plans et matériaux pour minimiser les coûts par des économies d’échelles. Pourrait-on introduire davantage de liberté, de flexibilité, de diversité dans le développement de ces banlieues industrialisées sans en augmenter le coût ? Nous n’y arriverons que par l’automatisation, estime d’une manière quasi paradoxale l’architecte, interrogeant le rapport de l’automatisation à l’industrialisation lui-même.

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Image : la banlieue de Singapour et comment l’architecture soutenue par des robots pourrait la transformer. Images extraites de la présentation de Fabio Gramazio.

Dans les années 90, le Japon et la Corée du Sud se sont essayés à la construction automatique de grands bâtiments. Cela n’a pas vraiment fonctionné, car c’était trop cher et pas assez flexible pour s’adapter à la diversité architecturale. L’idée pourtant était de complètement remplacer le travail humain par des machines, pour éviter son coût et son risque. A l’école polytechnique, Fabio Gramazio pense qu’il faudrait utiliser des robots plus simples, plus standards et ne pas les envisager comme un moyen de se substituer aux humains, mais comme un outil de collaboration avec eux. Il faudrait concevoir pour cela des systèmes adaptables, des machines capables de construire sans code, juste en comprenant leur environnement. Des machines permettant de franchir un seuil, de passer du paradigme de la répétition vers plus de différenciation. « L’architecture doit s’adapter à une nouvelle perspective : elle a besoin à la fois de nouvelles machines et de revoir les processus même de la construction. »

Et l’architecte de montrer un autre projet, Mesh Mould (vidéo). Pour produire du béton armé, explique-t-il, le plus difficile repose parfois dans l’armature, surtout si elle doit avoir des formes particulières. Pour résoudre ce problème, l’équipe de Fabio Gramazio a eu l’idée d’utiliser une Imprimante 3D pour qu’un robot extrude l’armature, le maillage dans lequel sera coulé le béton, permettant de construire des formes plus évoluées. Cette technique permet d’envisager une nouvelle complexité architecturale, tout en maximisant les ressources. Ce projet est encore au stade de la recherche fondamentale, mais lui aussi semble tout à fait stimulant.

Mesh-Mould from GramazioKohler on Vimeo.

Dernier projet qu’évoque Fabio Gramazio, Flight Assembler (vidéo). Il consiste à utiliser des drones capables de porter des briques de terre pour produire un village vertical, chaque brique symbolisant un conteneur et donc autant d’habitations. Cette maquette démontre de nouvelles possibilités d’assemblages qui reposent tout entier sur la conception logicielle, du village comme de la technique de pilotage des drones.

Flight Assembled Architecture from GramazioKohler on Vimeo.

Pour Fabio Gramazio, ces exemples montrent que les architectes doivent développer leurs propres outils. « Nous sommes déjà victimes de ne pas avoir participé au développement des logiciels d’architecture, quand l’industrie du film, elle, a su développer ses outils de montage de manière dynamique », explique-t-il en faisant référence aux plus utilisés des logiciels de conception architecturaux. « Nous avons besoin de ne pas être à nouveau victimes des prochaines transformations technologiques. Nous avons besoin d’inventer des systèmes qui tiennent compte de nos systèmes de valeurs plutôt que ceux des autres ». La complémentarité avec les robots permet d’imaginer des solutions complexes qui avaient jusqu’à présent été exclues par la rationalisation de la production architecturale. On peut inventer de nouveaux processus s’appuyant sur les forces et capacités des machines. Contrairement à ce qu’on pouvait penser, la fabrication numérique renforce le besoin de sensualité matérielle. « L’architecture doit aborder la technologie d’un point de vue culturel ». Si nous n’arrivons pas à nous y engager, nous manquerons la transformation de notre profession, conclut-il.

Travailler pour se réaliser soi-même

C’est à un tout autre rapport au travail que nous invitait Narkis Alon (@narkisalon), loin des machines et des robots, mais tout aussi stimulant, au moins par son aspect volontaire et résolument optimiste. On ne sait pas très bien ce que fait Narkis Alon, même après l’avoir entendue pendant 20 minutes nous l’expliquer sur la scène de Lift. Ce qui est sûr, c’est qu’elle semble dotée d’une belle énergie.

« L’autoréalisation de soi me fascine, car elle comble à la fois nos propres besoins et les besoins de la société. Quelque chose allait de soi. On le fait. Et il n’y a besoin d’aucune explication pour cela. »

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Image : Narkis Alon sur la scène de Lift.

Comme tous les jeunes de son âge, Narkis a fait 100 petits boulots dans sa vie. Mais elle ne voyait pas cela comme un boulot. C’était drôle. Temporaire. Elle s’est rendu compte que, pour bien des collègues avec qui elle travaillait, ce n’était pas le cas. Mes collègues qui servaient au bar étaient plus âgés. Ils travaillaient là depuis plusieurs années. Ils y sont restés. Pourquoi ne bougeaient-ils pas ? A quoi s’étaient-ils résignés ? J’ai compris alors que l’endroit qui paye votre salaire, oblige votre temps sans développer toujours vos capacités. » Se réaliser soi-même et obtenir un salaire sont deux choses différentes, réalise alors la jeune israélienne avec pas mal de naïveté. Une expérience qui lui a appris qu’elle ne voulait plus jamais travailler à des boulots qui ne la développeraient pas.

Mais, comme beaucoup d’autres qu’elle en font chaque jour l’amère expérience, ce n’est pas si simple. Après ses deux ans de service militaire, la voici qui entre dans la dynamique industrie high-tech israélienne, pour occuper une série d’emplois allant du secrétariat au marketing en passant par le développement de projets. Mais là encore, bien souvent, ceux qui utilisent leur créativité dans leur travail, ce sont surtout les autres. Alors, Narkis Alon finit par s’offrir une coupure et part 2 mois en Amérique centrale, faire le point sur elle-même… Elle quitte son travail, son copain… pour se poser et réfléchir à ce qu’elle veut faire de sa vie. Elle décide alors de se concentrer sur ce qui la préoccupe elle : créer une expérience permettant aux autres de trouver ce qui les passionne. Et c’est ainsi qu’elle a fondé ZeZe, une société de conseil entre coaching et innovation sociale, qui vise à aider les gens à faire ce qui les passionne, à trouver et inventer leur propre travail. Et la jeune entrepreneure de prendre quelques exemples. « Les musiciens de rues n’aiment pas jouer dans la rue. Ils préféraient le faire sur une scène. Vivre de leur musique. Jouer dans la rue bien souvent n’est pas un choix. D’où l’idée d’en rassembler et de les aider à s’organiser… à monter un groupe, à trouver un répertoire commun, à trouver des scènes où jouer ». C’est le cas du philharmonique de rue que ZeZe a accompagné et aider à se structurer. « Désormais, ils ont un salaire. Ils suivent leur passion. Ils jouent dans des salles. »

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Image : le philharmonique de rue lancé par ZeZe.

Visiblement ZeZe a d’autres réussites à son actif. Un travail avec des prisonniers leur permettant de lancer leur entreprise de design. Le lancement d’une formation d’animateurs de colonie de vacances pour des jeunes de quartiers difficiles de Tel-Aviv…

Mais le plus important pour Narkis Alon, c’est ce qu’elle a retiré de cette expérience. Pour elle, nous devrions inverser la pyramide des besoins de Maslow. C’est l’autoréalisation qui est à la base de la satisfaction de tous nos autres besoins. « Nul ne peut sous-traiter son malaise au travail. Personne ne peut le résoudre pour vous. Aucun compromis n’est possible. Nous avons tous besoin d’évaluer nos forces et nos besoins pour nous réaliser. Il nous faut regarder nos savoir-faire et nos talents avec un regard d’entrepreneur. Il faut sourire, même quand notre compte en banque est négatif. Il faut prendre des risques et les assumer. Développer ses capacités personnelles. L’industrie de la technologie est un bon modèle, car elle ne cesse de créer des postes qui n’ont jamais existé. Il nous faut une forte créativité pour nous distinguer des robots. Dans l’industrie high-tech, le capital humain est primordial. »

Pour cela, il faut aider les gens à grandir. Les préparer au monde du travail de demain. Le groupe d’investissement Elevation qu’elle a confondé à du mal à recruter des gens compétents. C’est pourquoi ZeZe se veut un incubateur pour les gens, une couveuse pour leur permettre de se réaliser.

« L’important ce n’est pas ce dont le monde a besoin, mais ce dont vous avez besoin qui l’aidera au mieux. Investissez dans vos talents ! »

Facile à dire ! Narkis Alon paraît être finalement une jeune femme bien privilégiée à qui la vie et les facilités sociales ont permis de se réaliser. Il n’est pas sûr que ce soit aussi simple pour tous. Le chemin vers la réalisation de soi est toujours une trajectoire personnelle… un mantra stimulant, mais que tout le monde n’aura hélas certainement pas la chance ou la possibilité de relever.

Ne plus travailler ?

Alors peut-être nous faut-il décorréler l’emploi de la réalisation de soi ? C’est ce que propose Che Wagner, l’un des animateurs du mouvement pour le revenu de base inconditionnel suisse.

De partout sur la planète, l’emploi est le premier sujet de préoccupation des gens. Et ce d’autant plus à une époque ou le chômage est devenu massif, du fait notamment des machines qui se substituent aux hommes, explique peut-être trop rapidement Che Wagner. Le travail de production représente 50 % du travail. L’autre partie est majoritairement constituée par du travail de service : un travail de garde, de soin, qui n’est la plupart du temps pas payé et qui consiste à prendre soin de nos familles, de nos parents, de nos enfants, des autres, de la société, de la cohésion sociale comme le montre le travail associatif par exemple. Mais trop souvent, ce travail n’est pas considéré et n’est pas considéré comme du travail. Enfin, il faut bien le reconnaître, nos sociétés occidentales disposent de tout ce qu’il leur faut. « En double ». Nous vivons dans une abondance totale.

La plupart des gens pensent toujours qu’ils travaillent pour eux-mêmes, pour obtenir un revenu. Mais, le problème est que ce n’est pas vrai. Personne ne travaille vraiment pour lui-même. Si c’est le cas dans notre conscience, bien souvent, en fait, nous travaillons pour les autres, pour nourrir nos proches.

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Image : Che Wagner sur la scène de Lift.

Pour inverser ce phénomène, pour distinguer le revenu de l’emploi, Che Wagner propose de passer au revenu de base inconditionnel (RBI). Le revenu de base consiste à ce que la communauté, l’État, décide de garantir un revenu pour chacun assez élevé pour couvrir les besoins essentiels d’une personne. Et que ce revenu soit sans condition. Qu’importe que vous soyez jeune ou vieux, en bonne santé ou malade… Le RBI ne créé aucune obligation en retour. « C’est un droit qui vous est accordé juste parce que vous êtes un être humain. Chacun étant libre de faire ce qu’il veut de cet argent. »

Pour Che Wagner, ce RBI changerait profondément notre rapport au travail. Il changerait notre rapport au chômage, nous permettant de prendre conscience que les machines nous aident, font le travail pour nous et nous libèrent pour faire autre chose, nous déchargent pour être créatifs autrement. Le problème du chômage n’est pas que nous n’ayons pas assez d’emploi. « Le problème est plutôt pourquoi en créer si les machines le font à notre place. Le problème de nos sociétés n’est pas le chômage, c’est le manque de revenus. En Espagne, le problème n’est pas le manque de travail, mais le manque de revenus pour être actif. Le RBI permet d’arrêter que la société définisse pour les gens ce qui est du travail et ce qui n’en est pas. Il permet que chacun décide ce qui est pour lui travail et ce qui n’en est pas. » Passer du temps avec ses parents, avec ses enfants, avec d’autres individus a un rôle primordial dans notre société. Le RBI est un moyen pour en reconnaître l’importance. Par rapport à nos sociétés d’abondance, le RBI nous pose une question presque philosophique : que feriez-vous si vous aviez un revenu assuré ? Notre but n’est pas de devenir plus productifs, nous en avons déjà trop, mais de poser une question plus sociale, plus générale : qu’est-ce que vous voulez faire de votre vie ?

Pour Che Wagner, la question du coût du RBI est un faux problème qu’il balaierait presque d’un revers de la main. Et de prendre l’exemple de la Suisse. Si on introduisait le RBI en Suisse, il coûterait 200 milliards de francs suisses par an. Si on retranche les transferts sociaux (70 milliards) et les salaires de base (120 milliards), il resterait à trouver 10 milliards d’investissements… Un investissement négligeable pour permettre à chaque citoyen de recevoir chaque mois 2500 francs suisses (soit environ 2000 euros). Pour Che Wagner, introduire le RBI n’est pas une question de financement. Il s’agit surtout de comprendre comment la société décide de distribuer l’argent et de permettre aux gens de faire ce qu’ils veulent.

En Suisse, Che Wagner a créé un groupe politique pour promouvoir cette idée, génération RBI. Ce groupe a récolté 100 000 signatures, ce qui lui ouvre la porte à l’organisation d’une votation d’ici 2 à 3 ans. Pour célébrer le succès de cette signature, génération RBI a déversé 8 millions de pièces de monnaie sur la place fédérale à Berne, chaque pièce symbolisant un citoyen et l’ensemble la liberté nouvelle qui s’ouvre à la société suisse avec cette perspective. Ces 400 000 francs ne représentent finalement que 10 jours de travail pour 80 personnes… Une goutte d’eau dans l’océan des revenus.

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Image : 4 octobre 2013, Génération Revenu de Base inconditionnel déverse 8 millions de pièces de monnaie sur la place fédérale de Berne.

Pour Che Wagner, il nous faut nous lancer dans le RBI. L’enjeu n’est pas un enjeu d’argent. C’est une question de confiance, de dignité. « Nous faisons-nous confiance les uns les autres ? » Pour le prosélyte du revenu de base, une formidable explosion de créativité va naître de cette confiance, même s’il se défend de parler de révolution. Le RBI est appelé à totalement s’intégrer à notre société d’abondance.

Che Wagner n’a rien d’un affreux gauchiste. Au contraire. Il semble plutôt libéral. Pour lui, la génération RBI va faire souffler un incroyable esprit d’entrepreneuriat sur le pays qui l’adoptera… lance-t-il avant de défier ses opposants d’un « venez nous montrer qu’on a tort ».

Bien sûr, les questions fusent. Le revenu de base inconditionnel ne va-t-il pas surtout créer une société d’assistés ? Les gens ne risquent-ils pas plutôt de devenir paresseux que créatifs ? « Pour être créatif, il faut de la liberté », rappelle Che Wagner, en faisant référence aux intervenants de la veille. « On n’est pas créatif quand on cherche un travail pour avoir un revenu »

Etes-vous un communiste ? « Le revenu de base inconditionnel est plus libéral que communiste », estime Che Wagner. Nous sommes dans des sociétés où les gouvernements veulent tout contrôler. Avec le RBI, les gens sont libres. Le directeur de banque comme le SDF. Et Che Wagner de conclure confiant. « Les Suisses voteront. Le RBI l’emportera. En tout cas, on ne va pas cesser d’en débattre… »

Che Wagner a raison. Le RBI pose une question de confiance de la société sur elle-même, comme le montrent les incessants débats sur la hauteur et le niveau du revenu de base. Avons-nous suffisamment confiance dans la capacité de chacun d’entre nous à faire société ? Voulons-nous un revenu libératoire ou seulement gérer autrement l’assistance et les transferts sociaux ?

Le discours en tout cas est stimulant. Reste que les idées politiquement ambiguës, celles qui peuvent être autant de droite que de gauche, montrent souvent qu’il y a quelque chose qu’elles n’ont pas résolu en leur sein. Peu avant sa mort, le sociologue Robert Castel le disait très bien dans une magistrale tribune publiée récemment par la Vie des Idées, rappelant combien le couple travail-emploi dignifie le travailleur en même temps qu’il l’aliène, reprochant aux thuriféraires du revenu d’existence de sous-estimer l’utilité sociale du travail. Pour Castel, le risque du revenu de base est de couper la relation entre travail et protection, qui est le fondement même de la lutte sociale (même si elle a été rudement mise à mal par 30 années de chômage de masse). Peut-on promouvoir une transformation radicale de cette articulation essentielle et structurante de nos sociétés, dans le régime de capitalisme sauvage dans lequel nous sommes ? Pour Castel, un tel abandon risque surtout de disqualifier totalement le travail. Enfin, pas pour tous… Seulement pour la plus grande majorité d’entre nous. Seulement pour ceux qui n’ont pas de capital à faire travailler.

Hubert Guillaud

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