Le problème de la gauche avec l’internet

David Golumbia (@dgolumbia), auteur de La logique culturelle de l’informatique, publie une intéressante tribune dans Jacobin, le magazine socialiste américain. Comment expliquer, questionne-t-il, que si la révolution numérique produit de la démocratie, déstabilise les hiérarchies, décentralise ce qui était centralisé… bref, favorise les valeurs de gauche, celle-ci semble alors plus dispersée que jamais, et même en voie de disparition dans les démocraties les plus avancées ?

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Image : l’intérieur d’un ordinateur en 3D par Fidelis.

Quelle est la nature libératoire de l’informatique ?

Pour David Golumbia, la raison est à chercher dans le cyber-libertarianisme. Ce terme introduit dans les années 90 par les théoriciens des médias Richard Barbrook et Andy Cameron, auteurs de « l’idéologie californienne » (Wikipédia, voir sa traduction en français), l’ont utilisé pour décrire le fonctionnement de la Silicon Valley. La journaliste américaine Paulina Borsook a parlé de Cyberégoïsme. Et le philosophe des technologies Langdon Winner (Wikipédia) de cyberlibertariens

David Golumbia ne donne pas de définition précise de ceux qu’il désigne sous ce terme. Au mieux, si l’on s’en réfère au texte de Langdon Winner, le cyberlibertarianisme désigne une collection d’idées qui relie l’enthousiasme extatique pour des formes de médiations électroniques avec des idées libertaires radicales, de droite, relatives à la définition de la liberté, de la vie sociale, de l’économie et de la politique. Pour Golumbia, les tenants de cette utopie se retrouvent sous quelques slogans simples comme : « l’informatisation nous rendra libres  » ou l’informatique est la mère de toutes les solutions. Parmi ces techno-enthousiastes, Golumbia range nombre de gourous des nouvelles technos : Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia, Eric Raymond, le théoricien du mouvement open source, John Perry Barlow, le cofondateur de l’Electronic Frontier Foundation, Kevin Kelly, l’ancien éditeur de Wired, le financier Peter Thiel, l’entrepreneur Elon Musk, Julian Assange, le cofondateur de Google Sergey Brin et les membres du Front de libération de la technologie… Dans la forme la plus aigüe du cyberlibertarianisme, explique-t-il, l’expertise informatique est considérée comme directement applicable aux questions sociales. Pourtant, comme Golumbia l’explique dans son livre, les pratiques informatiques sont intrinsèquement hiérarchiques et se concrétisent par l’identification avec le pouvoir. Les hacktivistes, ceux qui promeuvent la nature libératoire de l’informatisation massive, semblent pourtant indifféremment de droite comme de gauche, comme si la technologie pouvait servir indifféremment les fins politiques de chacun. Mais c’est mal observer combien la convergence est surtout libertaire, estime Golumbia. L’open source par exemple est une commercialisation délibérée de la notion de Logiciel libre non commercial imaginée par Richard Stallman (voir ses explications). L’open source est devenu un impératif politique qui a dépassé la communauté du développement logiciel, en dépit du fait qu’il soit d’abord au mieux ambiguë politiquement, au pire explicitement libertaire et pro-entreprise. En fait, comme nous l’expliquait récemment le chercheur Sébastien Broca, le mouvement du logiciel libre et de l’open source ont été idéalisés et idéologisés en nous faisant croire que la collaboration pouvait se faire sans régulation, sans organisation autre qu’instrumentale, sans hiérarchies, sans voir combien les outils en créaient de nouvelles. Or la nature libératoire de la technologie semble favoriser plutôt certaines formes de libertés sur d’autres, notamment les plus individuelles.

Comment le solutionnisme sape les fondements mêmes de l’engagement

Pour Golumbia, dès que les ordinateurs sont impliqués, les gens de gauche – quand ils ne rejettent pas sans discussion toute approche technologique – semblent perdre toute raison critique… acceptant sans broncher « ces politiques de l’utopie numérique qui s’appuient sur un discours de la transformation radicale ». Pour les cyberlibertariens, le monde politique est si radicalement transformé par la technologie numérique que les anciennes règles ne s’appliquent plus et qu’il faut donc trouver de nouvelles normes éthiques et politiques. Tant et si bien que les cyberlibertariens semblent désormais partout, même s’ils revendiquent rarement ce titre. Pour la journaliste Jessica Roy, « le narcissisme se fait passer pour du futurisme éclairé » s’énerve-t-elle en dénonçant la méritocratie sexiste, raciste et de classe des développeurs de la Silicon Valley. Or, l’idée que le « code sauvera le monde » rend toutes les autres formes d’engagement politique inutiles, voire indésirables. Pour Golumbia, le solutionnisme technologique, que dénonce Evgeny Morozov, est encore bien trop considéré à gauche comme emblématique d’une pensée de gauche que comme un mouvement rétrograde qui sape les fondements mêmes de l’engagement politique.

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Image : « Independence » le projet de ville autonome imaginé par Glenn Beck, l’animateur télé et radio américain libertarien décrypté par les Inrocks.

L’historien et philosophe Philip Mirowski dans son livre Ne jamais laisser une grave crise se perdre, explique, en retraçant le parcours des figures fondatrices du mouvement libertarien contemporain, que leurs écrits portaient moins sur l’établissement d’une position conceptuelle claire que sur la consolidation et la gestion du pouvoir politique. Cette consolidation est une stratégie, estime Golumbia, qui voit dans les liens entre néolibéraux et libertariens, une manière de pousser toujours plus avant le discours d’une droite dure, dont les tenants du cyberlibertarianisme sont l’une des poupées russes. « Ils semblent préconiser l’ouverture totale, la liberté absolue, la démocratie radicale et la création de nouvelles prestations sociales via l’innovation technologique », mais cette rhétorique ne fonctionne qu’en présentant les institutions existantes comme fermées plutôt qu’ouvertes, qu’en promouvant la liberté individuelle sur les libertés collectives, et surtout, la circulation du capital de l’entreprise comme le meilleur moyen de réaliser le changement social… En fait, estime Golumbia, les positions idéologiques du cyberlibertarianisme sont activement destructrices des politiques de gauche, car elles dénigrent le gouvernement tout autant que les néolibéraux, en n’offrant aucune résistance aux incursions libérales dans une grande variété de sphères politiques, en promouvant l’individualisme dans l’action politique et en désamorçant toute résistance au pouvoir capitaliste.

A qui profite l’ouverture ?

« Les cyberlibertariens se concentrent sur la promotion d’outils, d’objets, de logiciels et de politiques dont le principal attribut est d’échapper à la réglementation et à l’application de la loi par l’Etat. Ils dépeignent systématiquement le gouvernement comme l’ennemi de la démocratie plutôt que sa réalisation potentielle. En général , ils refusent d’interpréter le pouvoir des entreprises sur le même niveau que le pouvoir gouvernemental et suggèrent le plus souvent que des sociétés comme Google ou Facebook ne devraient dépendre d’aucun contrôle gouvernemental. » En fait, explique-t-il, quand les libertariens parlent de liberté, ils l’utilisent dans une acception différente de celle que nous présumons : pour eux, la liberté n’est pas autre chose que la liberté économique. Les mots-clefs qu’ils utilisent à l’envi – comme « libre », « ouvert », « innovation » ou « efficacité » – sont des valeurs abstraites qui plaisent autant à des gens de gauche que de droite. Dans l’enseignement, ces mots évoquent pour les gens de gauche un changement de paradigme dans le contexte scolaire, un appel à la créativité, quand à droite, cela évoque avant tout la libéralisation du système. Et Golumbia de s’en prendre longuement à l’Electronic Frontier Foundation, souvent marquée à gauche, alors que, comme le soulignait un rapport de l’Electronic Privacy Information Center, l’EFF est avant tout l’une des organisations de lobbying de Google et d’autres entreprises des technologies (une accusation que l’EFF rejette).

La liberté de l’internet sonne bien souvent comme une valeur de gauche, alors qu’elle ne l’est pas tant que cela dans les faits, note Michael Gurstein du Centre pour la recherche informatique communautaire qui remarque que la Coalition pour la liberté de l’internet (Internet Freedom) est surtout une couverture pour s’assurer que la gouvernance de l’internet ne nuise pas à la stratégie américaine globale.

Le Cyberlibertarianisme se retrouve même dans des projets louables, comme Code for America, cette organisation « non partisane et non politique » comme la présente Wikipédia de promotion du code pour résoudre le fossé entre le secteur public et privé par la technologie et le design. Or, leurs projets de « piratage civique » (le fait d’utiliser des développeurs pour instruire des projets démocratiques, comme le propose le National Day of Civic Hacking initié par Code for America par exemple) des projets communautaires ou gouvernementaux n’encouragent pas les participants à réfléchir sur ce qu’est censé être un gouvernement, estime Golumbia. Au lieu de cela, dans ces hackathons, des citoyens privés révisent le fonctionnement gouvernemental en dehors de structures démocratiques. La citoyenneté ainsi définit n’est plus « un ensemble de contributions désintéressées et sans but lucratif consacré au bien-être général, mais son contraire : des intérêts particuliers (voir d’entreprises – comme l’indique la liste de ceux qui la financent – NDE) utilisés pour peaufiner des institutions démocratiques pour leur propre bénéfice. »

Ceux qui envisagent le « piratage civique » que prône Code for America seraient certainement surpris par l’emphase significative que Code for America place non seulement dans la coopération, mais surtout dans la promotion active des affaires, dans la génération de profits privés depuis des ressources publiques générées par les citoyens. Code for America promeut le développement d’organisations for-profit faisant de l’argent des données publiques ouvertes via des programmes d’incubateurs et d’accélérateurs, rappelle Golumbia. Pourtant, dénonce-t-il, le piratage civique promut par Code for America introduit un mécanisme antidémocratique dans la démocratie même, favorisant l’extraction de ressources publiques par le capital. Le chercheur, Tom Slee, auteur de Personne ne vous fait acheter à Wall-Mart, les surprenantes déceptions des choix individuels, dans l’un de ses billets contre l’ouverture souligne que le langage de la transparence, le langage de l’engagement civique non commercial et celui romantique de la rébellion sont utilisés comme une façade intéressante et attrayante pour promouvoir un programme qui n’a rien à avoir avec la transparence ou la participation civique, mais bien plus avec la politique et le profit. Pour Slee, Code for America et le mouvement de l’open government ont moins fait pour le public que pour les entreprises, dont certaines ne se sont développées que par la mise à disposition de données ouvertes, à l’image de Zillow, le grand acteur de l’immobilier en ligne.

Pas de politique numérique de gauche sans stratégie sur les finalités

« Les ordinateurs peuvent être utiles à la gauche, bien sûr », conclut Golumbia. « Mais les buts de gauche ne peuvent être servis sans articuler clairement ce que sont ces objectifs et comment ils doivent être atteints – notamment en discutant d’abord des moyens par lesquels ceux-ci doivent être atteints. (…) Nous ne devons pas confondre la révolution informatique avec la révolution politique. Le seul moyen d’atteindre les objectifs politiques que la gauche poursuit est d’être absolument clair sur ce que sont les finalités. Mettre en place des moyens technologiques pour y parvenir avant de connaître clairement les fins consiste seulement à mettre la charrue avant les boeufs, c’est faire confiance à un déterminisme technologique qui n’a jamais été et ne sera jamais favorable à la poursuite de la liberté humaine.

Le cyberlibertarianisme estime que les problèmes de la société peuvent être résolus simplement en les interprétants comme de l’ingénierie et des problèmes logiciels. Non seulement c’est faux, mais à bien des égards, cela risque surtout d’empirer nos problèmes. Comme une grande partie de ces idées proviennent de la droite, encourager l’informatisation de masse comme un projet politique encourage également la diffusion de principes de droite, même camouflée dans une rhétorique de gauche.

Lorsque nous supposons que les objectifs de la gauche sont promus seulement par l’innovation numérique, nous oublions trop rapidement de réfléchir profondément sur la façon d’articuler ces objectifs. Nous avons foi en un progressisme technologique qui n’est pas dans les fondations de la gauche. (…) et surtout nous risquons de mettre de côté les efforts nécessaires pour résoudre les problèmes sociaux et faire progresser les perspectives de gauche en cédant à une forme technologique de la pensée magique comme la dénonce Virginia Eubanks qui est le contraire de l’action politique engagée. »

En pointant le fait que la technologie n’est pas dans les fondations de la gauche (la plupart des gens de gauche demeurent le plus souvent sceptiques face aux projets technologiques, quand ils n’y sont pas radicalement opposés à l’image du collectif Pièces et Main d’oeuvre qui expliquait son positionnement sur le blog de Michel Alberganti), Golumbia oublie peut-être l’essentiel. Combien le rejet de la perspective technologique a facilité le rattachement de tout un pan de la gauche à ce libertarianisme, qu’il soit cyber ou pas. L’impensé technologique de la gauche ne s’est-il finalement pas retourné contre elle ?

Hubert Guillaud

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8 commentaires

  1. J’ai du mal à voir un problème « de gauche » avec l’internet. C’est tout l’appareil hiérarchique qui est remis en cause, et il s’avère que des personnes de gauche ou de droite légitimées par un même système hiérarchique se retrouvent dans la même défense de celui-ci.

    Pour ce qui est de la libéralisation du système… dire qu’il s’agit d’une approche de droite, ça me parait complètement erroné. Si la droite a utilisé des discours et des postures libérales ce n’est pas pour ça qu’elle a su démontré des forces particulières à ce niveau. Ce qu’on appelle un peu trop vite dérégulation et concurrence non biaisée s’avère la plupart du temps le soutien aux plus grandes fortunes et la protection (souvent par de nouvelles lois) de leurs intérêts, l’interdiction faite, même au secteur privé, d’entreprendre des actions sur la réalité, ce n’est pas particulièrement libéral. La droite prône la liberté individuelle, certes, mais de certains, clairement pas de tous, alors il s’agit de protéger des valeurs importantes, comme la continuité de l’ordre, la sécurité… la possession et la permanence : c’est tout à fait respectable, c’est juste que ça n’est pas plus libéral que la gauche.

    Ce qui me semble important aussi c’est quand même de considérer que la politique est une organisation des moyens d’action, collectifs notamment, relativement à la gestion des contraintes et contingences matérielles. La technique à ce niveau n’est absolument pas neutre ; il n’y a pas que la technique, mais disons que c’est son rôle de résoudre les contraintes et contingences matérielles, même si c’est pour en générer de nouvelles, plutôt que de les gérer. Je ne suis ainsi pas tout à fait certain que de se braquer sur des programmes dits de gauche qui dateraient de plusieurs millénaires devrait être systématiquement considéré comme étant de gauche aujourd’hui, surtout si ça revient à prendre les mêmes postures que la droite.

    Bref, encore une fois la remise en question des hiérarchies est peut-être de gauche, dans le discours, mais la gauche légitimée par un système hiérarchique est elle aussi en question si le changement est effectif. Je crois qu’il y a un problème dans l’utilisation du mot « gauche » qui est trop général et qui ne distingue pas suffisamment les valeurs, les programmes, les modèles, les personnes, les appareils, les hiérarchies, les rôles, les références culturelles, les références historiques… etc.

  2. Appliqué à l’école, il est facile – non pas d’anticiper – mais d’ores et déjà de constater comment le numérisme contribue gaiement au naufrage de l’école publique. On pourrait des tablettes fournies aux élèves de la maternelle jusqu’au lycée, des smartphones appelés à être considérs comme des outils de travail en classe dans le secondaire, des moocs, des réseaux commersociaux utilisés dans les pédagogies innovantes, de la gamification, des espaces numériques de travail etc.

    Un exemple simple et concret, mis en place à partir de novembre 2013 auprès de 30 000 élèves de 6e en difficulté dans 1085 collèges défavorisés : le dispositif national D’Col, fer de lance de l’école numérique. On propose aux élèves, deux heures par semaine au collège mais également chez eux, des ressources en ligne avec l’aide de « tuteurs virtuels » ainsi que des « échanges asynchrones » (pour un quart des élèves) avec des professeurs du CNED.

    Plus de détails sur ce dispositif : http://www.laviemoderne.net/grandes-autopsies/63-un-cas-d-col-du-numerisme

  3. @Loys Bonod > Un lien intéressant en effet sur le manque de préparation, d’organisation et de stratégie. Maintenant ce n’est clairement pas en voulant continuer de ne pas se préparer au numérique qu’on s’y préparera au mieux. La conclusion est édifiante : il ne s’agit pas de savoir si la réalité est bien ou mal, il ne s’agit pas de décider si oui ou non il faut l’accepter. Encore une fois, particulièrement en France, il y a une croyance selon laquelle le monde serait dominé par l’idéologie. Oui Socrates avait de bons et grands arguments contre l’écriture, peut-etre détenait-il une vérité d’ailleurs, mais hélas (hélas car c’est notre condition humaine) la vérité n’est pas en cause, ni aucune morale abstraite. Il ne suffira pas de prier pour que le temps se fige. Ce qu’il faut c’est lancer une nouvelle école ; ça ne signifie pas que celle que nous connaissions jusqu’à aujourd’hui était mauvaise, ça veut dire qu’elle était parfaitement adaptée à son époque et à la révolution qu’elle a permise mais que de nouvelles révolutions sont en cours.

  4. Votre raisonnementsur la réalité qu' »il faut accepter » n’est pas recevable s’agissant d’éducation. A ce compte il faudrait servir de la junk food et des sodas dans les cantines.

    La « réalité », pour un enfant/un élève, est ce qu’on en fait et rien n’oblige ni un parent/un enseignant à le placer précocément face à des objets numériques qui sont au mieux peu utiles ou inutiles, au pire destructeurs de l’attention. Bernard Stiegler a évoqué à ce sujet le « massacre des innocents ». Il ne s’agit pas d’interdire absolument les écrans, il s’agit de les mettre à leur juste place.

    A propos de D’Col, vous parlez de « manque de préparation et de stratégie » : mais sur le fond, trouvez-vous acceptable que des enfants défavorisés et en difficulté se voient proposer des « tuteurs virtuels » automatisés plutôt que des professeurs ?

  5. @Loys Bond> Je ne vois pas en quoi la santé et la culture gastronomique ne sont pas du domaine de la réalité. Je suis tout à fait d’accord pour dire que si on arrive à éliminer le numérique du monde de l’enfant alors ça lui sera tout à fait étranger, mais nous n’y arriverons pas. Et si le numérique est absent de l’école alors ce ne sera pas le numérique qui sera inutile, ce sera l’école, parce qu’enfermer les enfants à l’école est contreproductif. C’est un peu comme vouloir interdire Wikipedia au lieu d’essayer de s’en servir, de la même façon que brûler les livres est une bêtise et non pas seulement relativement à une morale abstraite mais dans les résultats concrets que cela produit. Le numérique fait partie d’une augmentation du savoir et de la culture, si on le laisse aux marchands alors c’est normal que ça ressemble à de la marchandise… mais ce n’est même pas le cas, c’est à dire que tous les intellectuels dignes de ce nom (je ne parle pas de Finkielkraut ou d’autres qui ne cherchent qu’à vouloir légitimer une posture d’autorité a priori plutôt que a posteriori) investissent le numérique. Ce qui se passe au niveau des publications scientifiques est par exemple très intéressant.
    On peut en effet ne pas placer précocement les enfants en face du numérique, de la même façon que les placer en face des livres n’est pas vital. Mais parler de cette approche comme d’une approche pédagogique et culturelle est ridicule. Enfin parler d’un « écran » comme le font tous ceux qui ne voient dans le numérique qu’un mode de consommation est une erreur. Oui, évidemment, si il s’agit de pianoter un iPad pour aller sur tel ou tel site, même soit-disant pédagogique, ce n’est pas de l’instruction, mais c’est pareil pour le cours du professeur : c’est le dispositif de la messe qui est reproduit et si le professeur se contente de prêcher la bonne parole comme un curé alors ce n’est plus l’école, c’est le temple. Donc je suis d’accord pour ne pas faire de l’école un lieu de consommation, du numérique, de la bouffe, de spiritisme ou d’autre chose, mais le numérique n’est pas que ça et c’est même principalement autre chose (de la même façon que l’écriture est principalement autre chose que des slogans de publicité).

    Des tuteurs virtuels débiles plutôt que des professeurs, non ce n’est pas correct. Des tuteurs virtuels intelligents plutôt que rien du tout, oui c’est tout à fait acceptable. Est-ce que je préfère avoir des bras de 3m de long ou des pieds de 5kg chacun ? heureusement qu’il n’y a pas de raison pour se prononcer sur ce genre de questions.

  6. Je suis allee lire l’article de Lee que vous avez mis en lien. J’ai trouve qu’il fait l’amalgame entre economie du partage et open data.
    airbnb n’a pas besoin de donnees publiees gratuitement, mais de smartphones. A ce sujet, votre tumblr base sur l’article de wired est tres interessant.
    Alors oui zillow est une entreprise peut etre tres profitable (je ne suis pas aller verifiee) basee sur des donnees publiques. Peut etre que des agents immobiliers ont pati de la creation de ce site, mais si zillow a du succes c’est aussi parce que le consommateur estime que le site fourni de bonnes informations, et est une plateforme tres pratique pour obtenir plein de donnees dispersees.
    Quand a la conclusion de savoir si le gouvernement public fait moins pour l’entreprise que pour le public, il est evident que le chiffre d’affaire que fait le public avec ces donnees est nettement moindre que celui des entreprises. Ce serait idem pour ce qui est de l’open source, s’il est evident que j’ai economise en prenant linux et libreoffice, mon CA ne s’en est pas accru. Seuls mon porte monnaie et mon savoir en ont beneficie.

    Sinon, je ne suis pas sure que la droite classique francaise soit plus a l’aise avec internet que la gauche.

  7. Le point de départ, se basant sur « de gauche » et « de droite », me parait déjà un prisme tellement réducteur et faussé… la suite est à l’avenant.

    Pourquoi ne pas dériver ceci à l’infini ?
    « Le problème de l’Occident avec l’Internet »
    « Le problème des femmes avec l’Internet »
    « Le problème des gauchers avec l’Internet »

    Les étiquettes « les gens de gauche » et « les gens de droite » recouvrent tout autant de réalités complexes et différentes pour les individus et les groupes, que ce que ces exagérations ci-dessus le feraient.

    J’imagine qu’il y a un certain temps, on a pu faire un livre sur « le problème de la gauche avec le téléphone ».

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