Le prolétariat du web accède à la conscience de classe

Jean-Laurent Cassely pour Slate.fr (@slatefr) revient sur le lancement d’une revendication collective de travailleurs du Mechanikal Turk d’Amazon qui ont entamé une campagne de publication en ligne de lettres adressées à Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon.

dynamoMturk

« Parmi les points soulevés par les Turkers, on trouve le fait qu’Amazon ne fixe pas de salaire minimum en ligne, ou qu’il se réserve une commission de 10 % sur chaque transaction. (…) Les plaintes concernent donc surtout les commanditaires de ce micro-travail, certains refusant de valider le travail effectué parce qu’il ne leur convient pas, sans que les internautes aient de recours ou de possibilité de défendre la qualité de leur travail. » (…)

« Dynamo, c’est le nom du site qui héberge les contributions, est un site qui se veut «neutre» et n’est pas géré par des « Turkers ». Les leaders du mouvement insistent sur l’importance de ne pas braquer leur employeur et de présenter leurs griefs d’une manière constructive. C’est pourquoi les internautes commencent leurs lettres en listant ce que le travail à distance en ligne leur a apporté de bénéfique.

Il ne s’agit pas à proprement parler d’un syndicat géré en ligne, détaille The Daily Beast, mais plutôt d’une plateforme pour que les digital workers s’accordent sur des revendications minimales et, si la chose est envisageable, rééquilibrent le rapport de force en leur faveur. »

Des revendications qui interrogent d’autant plus que Google vient d’annoncer une mise à jour de son système ReCaptcha, qui faisait travailler chacun d’entre nous pour améliorer la reconnaissance d’image de Google Books et de Google Street View. Avec NoCaptcha (vidéo), Google propose de remplacer le fastidieux remplissage de cases par une simple case à cocher dont le contenu évoluera si l’algorithme de Google a des doutes sur notre identité.

Les questions évolueront selon notre profil en puisant dans les données que Google connaît sur nous. S’il a suffisamment d’information sur nous, Google vous laissera passer. Mais si vous naviguez en mode privé par exemple, il vous proposera de nouveaux types de Captcha vous demandant de reconnaître des images, des formes… Le but : aider l’algorithme de reconnaissance d’images que nous évoquions il y a peu.

Le problème, estime très justement le sociologue Antonio Casilli sur son blog (@AntonioCasilli), c’est que ce genre de tâches sont les mêmes que celles qu’effectuent les utilisateurs du Mechanikal Turk d’Amazon. La seule différence c’est que les « turcs » d’Amazon reçoivent des micropaiements pour les microtâches qu’ils réalisent, pas les noCaptcher de Google ! Sous ses dehors sympathiques nous invitant à reconnaître des chatons, Google généralise le Digital Labor (qu’évoquait déjà le sociologue à Lift), à notre insu.

cat_captcha

Pourtant, comme le signale Trebor Scholz, le père du concept de Digital Labor, sur Medium (blog, @trebors), des solutions existent. Le chercheur en rappelant l’histoire des coopératives, esquisse un modèle alternatif de réappropriation des plateformes participatives. Il y évoque les exemples de LaZooz et Fairmondo, un Uber et un eBay initiés par des utilisateurs sous forme coopérative, c’est-à-dire des entreprises sous forme de propriétés collectives, contrôlées démocratiquement, avec des missions sociales (l’emploi, l’assurance,… et bien sûr une forme de dignité). Pour lui, le « coopérativisme de plateforme » peut-être un remède aux effets corrosifs de l’hypercapitalisme de l’économie du partage (voir notre dossier : Qu’est-ce que l’économie du partage partage ?).

Autant dire que les revendications collectives des « turcs » d’Amazon nous concernent tous !

Hubert Guillaud

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2 commentaires

  1. Voilà une bonne nouvelle! Si nous laissons collectivement faire ce capitalisme furieux, nous irons vers les pires scénarios de science-fiction. Et merci surtout d’avoir employé le mot « dignité ».

    Et ça serait bien si nos politiciens s’occupaient enfin du seul sujet actuel vraiment important: trouver un équilibre à l’européenne entre une dose indispensable de libéralisation du travail et les dérives esclavagistes en train de se mettre en place au forceps.

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