L’internet des objets est-il l’avenir de la robotique ?

La lampe robotique d'AngusAIContrairement aux espoirs ou aux promesses de nombre de roboticiens, les robots humanoïdes n’envahiront pas nos maisons demain, explique Gwennaël Gâté sur la scène d’Innorobo. L’un des concepteurs du cerveau du Nao et de Pepper d’Aldebaran Robotics, ex-directeur de la conception logicielle d’Aldebaran, désormais à la tête d’Angus.ai (une entreprise qui propose d’intégrer de l’intelligence dans n’importe quel type d’objets, à l’image de la lampe qu’ils proposaient sur leur stand à Innorobo, qu’évoquait Libération) connait très bien ce qu’il est possible de faire avec des robots et plus encore ce qu’ils ne savent pas faire.

Les robots ont 3 fonctions principales, synthétise-t-il. Ils sont conçus pour percevoir, décider et agir. Si pour les humains le plus difficile est de décider, pour les robots, le plus difficile est de percevoir et d’agir. Un robot cuisinier par exemple a beaucoup de mal à percevoir les produits : aucune pomme ne ressemble à une autre. Tailles, couleurs, formes, matières et textures rendent le monde plein de complexité pour l’oeil d’un robot… Sans compter que les environnements humains ne sont pas ordonnés : chacun rangeant ses pommes à des endroits différents et parfois à plusieurs endroits différents. »La variabilité et l’incertitude sont des cauchemars pour les robots. Nos environnements domestiques sont trop complexes et incertains. Nos maisons sont plus complexes que des lignes d’assemblage et ce d’autant qu’aucune maison ne ressemble à une autre. »

Ce que la robotique peut apprendre à l’internet des objets

Aujourd’hui, le monde de la robotique est divisé en deux. D’un côté, on a des robots d’industrie, qui font très bien ce qu’ils savent faire dans des environnements très structurés, conçus pour eux. De l’autre, on a des robots qui évoluent dans des environnements plus complexes et qui nécessitent donc de limiter les choses qu’ils peuvent faire. D’où la floraison de robots sociaux sans bras, comme Buddy ou Pepper. Les faire agir est trip difficile et leur concepteur s’en tiennent à créer des interactions émotionnelles… Autant dire que les robots domestiques ne sont pas pour demain…

Par contre, nos maisons vont peu à peu se peupler d’autres types d’objets : des objets connectés ou intelligents. Et ceux-ci vont intégrer des spécificités de la robotique pour fonctionner.

Mais pour Gwennael Gâté, les objets connectés vont devoir changer et pour cela la robotique peut les aider.

Ils vont devoir apprendre à exister sans l’aide de smartphones – dépasser le web des objets pour revenir à l’internet des objets comme nous l’expliquions – à l’image d’Echo d’Amazon. Aujourd’hui, trop d’objets connectés fonctionnent uniquement depuis un smartphone. Nous n’arriverons pas à gérer les dizaines d’objets qui peupleront nos intérieurs si nous devons sans arrêt accéder à leur application pour les faire fonctionner !

Ils vont devoir apprendre à être autonomes énergétiquement. Il faut qu’ils puissent se passer de prise électrique pour qu’on puisse les déplacer facilement. Il y a là un gros challenge d’autonomie à relever.

Ils doivent apprendre à faire une chose et le faire bien, comme Roomba. Etre capables « d’agir sur les choses ».

Ils doivent apprendre à exister sans connexion internet, comme Jibo. Les objets connectés deviennent des objets morts dès que le Wi-Fi tombe et les données que ces objets échangent posent encore trop souvent de gros défis de sécurité alors qu’ils échangent des données très personnelles. Ils doivent pouvoir être fiables indépendamment de leur connexion. Gâté évoque le concept de « Fog IA », pour désigner cet espace qui ne soit ni l’informatique en nuage (le cloud) distant, ni le serveur local, mais ce « brouillard » où l’intelligence artificielle doit se trouver. Est-ce à dire que la maison aura besoin d’une intelligence artificielle dédiée, d’un serveur ? Aucune solution ne semble vraiment idéale, mais il est nécessaire de trouver de meilleures configurations qu’une solution distante ou qu’une solution locale esquisse le roboticien.

Les objets connectés doivent surtout apprendre à être proactifs, à l’image du thermostat Nest de Google. Aujourd’hui, à l’heure du web des objets, nous sommes sommés de piloter chacun de nos objets, mais quand ils deviendront trop nombreux, cela deviendra impossible. « Les objets qui ne sont pas proactifs, nous ne les utiliserons pas », lance, définitif, le jeune roboticien. Les objets doivent comprendre le contexte et prendre leurs décisions en contexte. On peut commander le thermostat de Google, mais il sait surtout s’adapter seul au contexte, à votre présence, à la température extérieure, à vos habitudes… Rendre les objets proactifs nécessite juste de bons capteurs et de bonnes données.

Mettre des roues ou des jambes, ça coûte cher et c’est difficile. Dans l’immédiat, il est certainement plus important de rendre les objets intelligents conscients de leur environnement. Pour Gwennael Gâté, on pourrait faire de meilleurs robots si on leur demandait pas de tout faire : percevoir, décider et agir.

Facebook et Google sont deux entreprises qui travaillent de plus en plus sur la perception, notamment via leurs programmes de reconnaissance d’images et de commandes vocales. Améliorer la perception nécessite de relever des défis algorithmiques, mais aussi de données. La reconnaissance de la parole par exemple est très difficile à faire depuis zéro. Le problème est qu’utiliser des bases de données existantes ne marche pas. Les bases de données de Siri ou de Google Now ont du mal à être utiles pour faire de la commande vocale pour des robots, notamment parce qu’on ne parle pas à la même distance du micro d’un smartphone et d’un robot et donc que la réverbération et le bruit à traiter ne sont pas les mêmes. Egalement parce qu’on ne dit pas forcément la même chose à son smartphone qu’à un robot. Pour améliorer les commandes vocales des robots, il faut pouvoir analyser, traiter et améliorer des données proches.

Jérôme Schonfeld de Holî travaille également dans le domaine des objets connectés. La maison connectée est une promesse sans cesse renouvelée, rappelle-t-il. Aujourd’hui, les indicateurs s’affolent. Le marché est en forte progression et il devrait représenter 300 milliards de dollars d’ici 2022. Mais de quel avenir parle-t-on ? Pour nous faire réfléchir, Jérôme Schonfeld nous montre une vidéo de l’INA de 1979 présentant une maison connectée, une maison du futur. Elle nous présente le même modèle que la maison intelligente qu’on continue de vouloir nous vendre : fermeture des volets à distance selon la présence ou la météo, tondeuse robotique, ouverture de porte-garage automatisée… Le modèle de la maison intelligente semble être resté immuable depuis 40 ans… Pas étonnant que la plupart des gens n’aient pas adopté ces innovations.

Seulement 2 % des maisons européennes peuvent être qualifiées de maisons intelligentes, si l’on s’en tient à une définition très minimale de cette intelligence, consistant pour l’essentiel à du contrôle-commande distant. Le problème est que nous ne vivons pas tous dans des maisons de rêves comme nous les présentent les promoteurs des maisons intelligentes, mais dans de petites maisons et de petits appartements, souvent anciens, où le coût des composants, la complexité d’installation et d’utilisation, les problèmes de sécurité et d’utilité sont primordiaux. Pour la plupart des gens, la maison intelligente permettant de contrôler l’ensemble des fonctions de sa maison ne fait pas sens, estime Jérême Schonfeld. Les objets intelligents permettent eux de répondre à des besoins spécifiques, de manière autonome… et pour l’instant cette réponse semble un peu plus adaptée. Les objets connectés sont à la fois un produit physique, un service et des données. Un produit qui communique et réagit à des données captées par le produit et par des données distantes venant d’autres produits ou du service, à l’image de Nest, emblème de cette génération d’objet connecté.

Reste que pour que ces objets entrent dans toutes les maisons, même les plus pauvres, il faut qu’ils parviennent à résoudre 6 défis, estime Jérôme Schonfeld. Ils doivent répondre à des besoins réels, agir sur des points douloureux. Plus que des créations originales, les objets connectés qui marchent sont des objets qui améliorent des objets déjà largement adoptés dans la maison. Ils doivent rester simples : à la fois simples à comprendre et à faire fonctionner et le plus souvent adresser un seul besoin plutôt que de chercher à en résoudre plusieurs. Les services additionnels doivent faire sens, apporter une réelle différence : ajouter de la connectivité à un objet ne suffit pas. Enfin et surtout, la différence de coût doit rester très raisonnable, explique-t-il en présentant une pyramide de Maslow appliquée à l’internet des objets, dont la base repose sur le coût.

Une équation qui n’est pas si simple a relever, comme le montre l’échec d’un autre produit de Nest : son détecteur de fumée connecté. Nest n’en a vendu que 500 000 unités en 2 ans – alors que c’est le niveau de vente des détecteurs de fumée non connecté par mois. Trop cher par rapport à un détecteur de fumée traditionnel, l’objet de Nest pose surtout la question de la valeur du service proposé. Pas sûr que nous ayons besoin d’interagir avec un détecteur de fumée…

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L’avenir est-il à une maison consciente plus qu’à une maison intelligente ? Quand on possède des produits Nest, ils savent communiquer entre eux, rappelle Jérôme Schonfeld. Via leurs API, leurs web services, les objets intelligents peuvent apprendre à communiquer entre eux, pour autant que cela ait du sens. La lampe intelligente d’Holî ou le compagnon de sommeil capable de produire de la lumière selon la musique que l’on écoute ou de mesurer la température ou l’environnement lumineux… est aussi capable de discuter avec le thermostat de Nest via le programme Nest dont Holî est partenaire. Est-on à l’aube d’un retour de la connexion des objets entre eux, le défi oublié du web des objets ? Espérons-le, car la connexion des objets entre eux apportera certainement à ceux-ci de nouvelles capacités.

L’impression 3D authentifiée

Andre Wegner, de Authentise (@authentise) nous adresse lui un tout autre problème. Tout le monde dans la distribution a déjà perdu de l’argent dans des problèmes de chaines de distribution. Qu’en sera-t-il à l’heure de l’impression 3D ? Authentise permet de diffuser un fichier prêt à l’impression 3D tout en permettant d’assurer sa qualité et les droits de son auteur originel. 46 % des usages de l’impression 3D ne servent plus à produire des prototypes, mais des objets finaux, assure Andre Wegner. Nous voici à l’heure des « usines en boites », des « mères des machines » comme l’explique DMG Mori Seki, le grand constructeur de machines-outils. L’avenir est aux usines décentralisées capables de produire n’importe quelles pièces… Un changement qui ne transforme pas seulement le produit, mais toute la chaîne de valeur de la production, estime Andre Wegner.

Reste à savoir comment ces usines garantiront ce qu’elles produisent. Pour Andre Wegner, l’avenir est à la « certification par le design ». Les imprimantes 3D produiront des objets localement, pour autant qu’ils soient garantis conformément à ce que leur concepteur a voulu. Nous allons avoir besoin de systèmes d’automatisation et de certification post-traitement, à l’image de la garantie que propose Plethora depuis ses machines-outil à commande numérique, promettant à ses clients de refaire leurs pièces ou de les rembourser au cas où ils ne seraient pas satisfaits de leurs achats. Avec la commande numérique distante, l’enjeu est de fournir une surveillance du processus de fabrication permettant de valider les produits fournis, à l’image de ce que propose-le Fairphone, ce téléphone équitable, qui souhaite valider chaque étape de sa fabrication ou à celle de 3D Hubs, qui permettent à chacun de trouver des imprimeurs 3D capables d’imprimer les pièces dont il a besoin.

C’est tout l’enjeu d’Authentise : certifier, sécuriser , contrôler l’impression 3D. Authentise fait de la conception sécurisée pour des enseignes comme Sexshop 3D (oui, c’est bien ce que vous imaginez), ToyFabb ou Lowes (la chaîne de distribution américaine spécialisée dans le matériel de construction, de bricolage et de jardinage, qui s’est doté de laboratoires d’innovation qui propose l’impression 3D de pièces, comme des poignées de porte par exemple – vidéo), afin que les objets imprimés soient imprimés comme il faut quel que soit l’endroit où ils sont imprimés (validant au passage certaines imprimantes plutôt que d’autres selon le niveau de rendu exigé par l’objet).

Pour Andre Wegner, l’impression 3D n’aura pas de limite comme le montre l’impression de pièces en 3D pour l’automobile, voire même les premières voitures imprimées en 3D comme Strati. « Nous allons devoir apprendre à concevoir des produits plutôt qu’à les consommer ». Il est temps de commencer à préparer le business de l’impression 3D. C’est ce à quoi travaille Authensise, assure son fondateur, sur de sa démonstration. Une démonstration qui n’a pas grand-chose à voir avec la robotique, mais redoutablement intéressante.

Hubert Guillaud

Retour sur Innorobo 2015 :

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