Nos muscles comme interfaces

La proprioception désigne la conscience de soi, c’est-à-dire aussi la perception, consciente ou non, de la position des différentes parties de notre corps. Les interfaces proprioceptives sont donc des interfaces qui réagissent à la position de notre corps, au mouvement de nos mains, pieds ou doigts. L’équipe du laboratoire d’interaction homme-machine de l’Institut de recherche Hasso Plattner travaille à un dispositif de ce type (vidéo) utilisant l’électrostimulation musculaire (ou électro-myostimulation), rapporte le designer Geoffrey Dorne sur son blog, qui permet par exemple de contrôler le déroulé d’une présentation ou le niveau sonore de sa sono d’un mouvement de poignet, grâce à une interface qui mesure la stimulation électrique des muscles.

Pedro Lopes, l’un des chercheurs du laboratoire a également travaillé à un concept complémentaire, baptisé Affordance++ (vidéo) : des objets qui réagissent au fait d’être saisis. Comment ? On envoyant une rétroaction au dispositif qui mesure la tension musculaire permettant par exemple d’inviter son porteur à secouer un objet qui demande à être secoué ou en laisser tomber un autre quand on le saisit.

Le New Scientist revient également sur les travaux de Pedro Lopes, en expliquant comment l’électrostimulation musculaire est appelée à devenir une nouvelle interface entre les ordinateurs et nous. En parlant directement au système nerveux par nos muscles, Lopes sait guider les mouvements du corps d’une personne, permettant de créer de nouvelles formes d’interaction avec la technologie. L’article explique notamment que cette technologie permet par exemple de guider les mains d’une perceuse pour lui faire manipuler une perceuse ou jouer d’un instrument de musique. Et avec des composants plus invasifs, comme des implants, la technologie permettra d’affiner le contrôle musculaire.

Reste que le New Scientist souligne l’étrangeté de l’électrostimulation musculaire, notamment parce qu’il est impossible de résister à une stimulation électrique de ce type… Une difficulté qui devrait rendre cette technologie peu appropriable par le public tant que les réglages ne pourront pas être adoucis. Mais ses applications, notamment pour l’entraînement des sportifs afin de les aider à accomplir les mouvements les plus optimums, semblent prometteurs, estiment les chercheurs. Pour Lopes, demain, cette technologie pourrait nous permettre d’apprendre une compétence simplement en la téléchargeant comme un tutoriel sur un forum, comme on apprend à faire quelque chose en regardant des vidéos sur YouTube.

Hubert Guillaud

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4 commentaires

  1. Impressionnant. Bientôt on pourra apprendre le Kung Fu comme Neo dans The Matrix. Ce qui soulève la question de savoir si ce moyen de commander les muscles déclenche une mémorisation (corporelle) comme pour un mouvement « normal ». Pas de mémoire, pas d’apprentissage. Les utilisateurs ont-ils été testés sur leur capacité à répéter des mouvements par eux-même après avoir été guidé par electro-stimulation ?

  2. Oui Hadrien. Très bonne remarque effectivement : est-ce que l’exemple, même intériorisé par la commande musculaire, favorise la mémorisation « corporelle » ? Cela semble évident pour les équipes qui travaillent à ces projets… Mais est-ce vérifié ou vérifiable ?!

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