Le micropaiement : stade ultime du capitalisme ?

L’internet est-il vraiment en train de façonner une nouvelle économie des biens immatériels dont l’un des principes essentiel serait de court-circuiter les anciens intermédiaires pour s’en passer ou les remplacer par d’autres ? Et si les modalités de l’échange marchand étaient en train d’évoluer de manière radicale en « fractalisant » différemment l’économie, la notion d’échange, le capitalisme ? Et si l’internet n’était pas un nouveau supermarché, mais bien plutôt un réseau de micro marchés individuels dont les acteurs seraient non seulement les producteurs de bien culturels (artistes, rédacteurs…) renégociant leur rapport à la distribution, mais aussi l’internaute lui-même, au travers de sa culture et de ce qu’il entend faire désormais de ce qu’il a acquis, ingurgité, dans son monde lui… Le micropaiement, qui se développe lentement mais (semble-t-il) sûrement serait alors le signe d’un changement profond, qui placerait au centre l’atomisation des échanges marchands et le développement des échanges entre consommateurs (le Consumer to Consumer opposer au Business to Business ou au Business to Consumer). La très lente progression du micropaiement et des notions qui lui sont liées (comme la réputation ou la recommandation, notions essentielles dans ces modèles d’échanges directs) marque-t-elle donc un changement culturel allant de pair avec la mise en place d’une nouvelle façon d’organiser les échanges immatériels ?

Ou bien, au contraire, le micropaiement n’est-il qu’un outil destiné à rendre possible ou simplifier les flux financiers de personnes à personnes sur les produits dématérialisés, supposés coûter moins cher que dans le commerce physique ? Il s’agirait alors d’une méthode commerciale parmi d’autres, adaptée à la forme de l’outil internet pour faire du commerce à l’unité. Le micropaiement, outil ultime du capitalisme, marque alors sa massification en devenant enfin accessible à tous : tout pouvant être vendu et acheté par tous à la manière des offres fantaisistes (ou carrément inquiétantes) que l’on trouve régulièrement sur eBay.

En fait, l’économie de l’internet, que les uns présentent comme fondamentalement non marchande dans ses origines et les autres comme ultra-libérale, est bel et bien les deux la fois, à savoir le plus souvent espace d’échange entre les personnes, mais aussi donc espace de recyclage, pourquoi pas marchand, des valeurs dormantes, des niches de choses à valeur affective, personnelle, communautaire. Autrement dit, l’économie de l’internet tiendrait-elle plutôt d’une économie atomique, une économie d’émergence de valeurs dans un environnement massif que d’une économie mécanique, de valeurs décrétées à reproduire en grand nombre ?

Pourquoi est-ce que le micropaiement n’a jamais décollé ? Décollera-t-il vraiment un jour ? Est-ce d’ailleurs sous une forme monétaire qu’il prendra vraiment son envol – à moins qu’il ne le prenne sous la forme plus évanescente de la recommandation et de la réputation (« le réseautage ») qui permettra demain à un blogueur de devenir éditorialiste dans un grand journal, à un troqueur de devenir commercial dans une multinationale comme un inconnu devient aujourd’hui chanteur ?…

Le micropaiement demeure pourtant toujours aussi fascinant. Peut-être parce que dans notre monde d’aujourd’hui, il reste préhensible, à taille humaine. C’est un mode d’échange qui porte en lui la confiance (ou ne la nécessite pas vraiment, ce qui revient au même) au moins parce qu’il est dénué d’enjeu personnel puisque les sommes sur lesquelles il porte sont minuscules. Pour autant, les exemples qui nous clament qu’il fonctionne sont toujours nombreux et en même temps, ils restent terriblement uniques. Peut-être parce qu’il manque encore un maillon la chaîne ? Une nouvelle forme de marketing, de nouveaux intermédiaires ou de nouveaux outils jouant ce rôle ? A moins que plus fondamentalement, il faille attendre encore l’assimilation de nouvelles habitudes, de nouvelles mentalités pour voir s’amplifier ces pratiques d’échanges directs.

Frank Beau et Hubert Guillaud

L’internet est-il vraiment en train de façonner une nouvelle économie des biens immatériels dont l’un des principes essentiel serait de court-circuiter les anciens intermédiaires pour s’en passer ou les remplacer par d’autres ? Et si les modalités de l’échange marchand étaient en train d’évoluer de manière radicale en « fractalisant » différemment l’économie, la notion d’échange, le capitalisme ? Et si l’internet n’était pas un nouveau supermarché, mais bien plutôt un réseau de micro marchés individuels dont les acteurs seraient non seulement les producteurs de bien culturels (artistes, rédacteurs…) renégociant leur rapport à la distribution, mais aussi l’internaute lui-même, au travers de sa culture et de ce qu’il entend faire désormais de ce qu’il a acquis, ingurgité, dans son monde lui… Le micropaiement, qui se développe lentement mais (semble-t-il) sûrement serait alors le signe d’un changement profond, qui placerait au centre l’atomisation des échanges marchands et le développement des échanges entre consommateurs (le Consumer to Consumer opposer au Business to Business ou au Business to Consumer). La très lente progression du micropaiement et des notions qui lui sont liées (comme la réputation ou la recommandation, notions essentielles dans ces modèles d’échanges directs) marque-t-elle donc un changement culturel allant de pair avec la mise en place d’une nouvelle façon d’organiser les échanges immatériels ?

Ou bien, au contraire, le micropaiement n’est-il qu’un outil destiné à rendre possible ou simplifier les flux financiers de personnes à personnes sur les produits dématérialisés, supposés coûter moins cher que dans le commerce physique ? Il s’agirait alors d’une méthode commerciale parmi d’autres, adaptée à la forme de l’outil internet pour faire du commerce à l’unité. Le micropaiement, outil ultime du capitalisme, marque alors sa massification en devenant enfin accessible à tous : tout pouvant être vendu et acheté par tous à la manière des offres fantaisistes (ou carrément inquiétantes) que l’on trouve régulièrement sur eBay.

En fait, l’économie de l’internet, que les uns présentent comme fondamentalement non marchande dans ses origines et les autres comme ultra-libérale, est bel et bien les deux la fois, à savoir le plus souvent espace d’échange entre les personnes, mais aussi donc espace de recyclage, pourquoi pas marchand, des valeurs dormantes, des niches de choses à valeur affective, personnelle, communautaire. Autrement dit, l’économie de l’internet tiendrait-elle plutôt d’une économie atomique, une économie d’émergence de valeurs dans un environnement massif que d’une économie mécanique, de valeurs décrétées à reproduire en grand nombre ?

Pourquoi est-ce que le micropaiement n’a jamais décollé ? Décollera-t-il vraiment un jour ? Est-ce d’ailleurs sous une forme monétaire qu’il prendra vraiment son envol – à moins qu’il ne le prenne sous la forme plus évanescente de la recommandation et de la réputation (« le réseautage ») qui permettra demain à un blogueur de devenir éditorialiste dans un grand journal, à un troqueur de devenir commercial dans une multinationale comme un inconnu devient aujourd’hui chanteur ?…

Le micropaiement demeure pourtant toujours aussi fascinant. Peut-être parce que dans notre monde d’aujourd’hui, il reste préhensible, à taille humaine. C’est un mode d’échange qui porte en lui la confiance (ou ne la nécessite pas vraiment, ce qui revient au même) au moins parce qu’il est dénué d’enjeu personnel puisque les sommes sur lesquelles il porte sont minuscules. Pour autant, les exemples qui nous clament qu’il fonctionne sont toujours nombreux et en même temps, ils restent terriblement uniques. Peut-être parce qu’il manque encore un maillon la chaîne ? Une nouvelle forme de marketing, de nouveaux intermédiaires ou de nouveaux outils jouant ce rôle ? A moins que plus fondamentalement, il faille attendre encore l’assimilation de nouvelles habitudes, de nouvelles mentalités pour voir s’amplifier ces pratiques d’échanges directs.

Frank Beau et Hubert Guillaud

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