Bien commun : moteur du développement pérenne de l’internet

Construction mondiale unique, rassemblant des acteurs hétérogènes en taille et en nature, sans réel cadre institutionnel, l’internet des pionniers change de nature dès lors qu’il se généralise et devient l’infrastructure générique des communications. Outre les données, produites et consommées, ce sont maintenant le téléphone et la télévision qui sont transportés, et au-delà, un ensemble de télécommunications domestiques ou industrielles qui n’entrent pas dans les radars de Google et ne poseront pas de problèmes de droits d’auteur.

Ce changement rapide d’échelle et d’enjeux attise les rapports de forces qui ont toujours été à l’œuvre ; et dans une vision pessimiste, on peut craindre que les intérêts qui convergent aujourd’hui pour rendre l’internet possible s’affrontent demain.

Amorcée dans l’ombre, à la faveur de la libéralisation des télécoms, la course à la maîtrise des infrastructures bat son plein, redistribuant les rôles entre opérateurs classiques et alternatifs et acteurs publics. Dans le champ de la connaissance et de la création, les modèles économiques s’affrontent sur fond de mutation rapide des industries du divertissement et de l’information. La course au haut débit, qui tire la croissance du réseau, mêle à plaisir les arguments consuméristes et ceux de l’aménagement du territoire.

Parmi les mille et une promesses de l’internet (société de l’information, société des citoyens en réseaux, plateforme commerciale mondiale, …), la continuité des dispositifs techniques sur la base des standards ouverts est probablement la plus héroïque et la plus concrète par les possibilités offertes à tous. Aujourd’hui il faut une vigilance de tous les instants pour que les standards ouverts ne soient pas supplantés par les standards de fait de tel ou tel acteur dominant, pour que la fertilité logicielle ne soit pas confisquée par la brevetabilité, pour que la version 6 du protocole internet (IPv6) permette une large distribution des adresses malgré les freins géopolitiques et industriels à sa mise en place, pour que les passerelles établies avec les opérateurs mobiles et d’autres propriétaires de réseaux et de données ne transforment pas la continuité du Net en une multitude de jardins clos que l’on traverserait de péages en octrois.

Au-delà du consensus technique, les visions utopiques ont été le carburant du développement du réseau, construction politique étonnante fondée sans les Etats, lieu de la réinvention de nombreuses formes collectives (des « communautés » aux forums ou aux projets collaboratifs) et de nouvelles contractualisations sociales. Sa place devient exorbitante, il est maintenant un fait de civilisation, ancré dans les pratiques, et qui fait défaut à ceux qui ne peuvent en être ; il accueille en son sein les places de marché, en même temps qu’il définit un « espace public » ; il est, parfois abusivement, le cadre et le levier de toutes les innovations, celles du commerce, de l’administration, de l’éducation ou du développement territorial.

Pour qu’il devienne un facteur de civilisation, il nous faut aujourd’hui prendre explicitement en compte le Bien commun, c’est-à-dire la vision de l’intérêt général qui sublime les intérêts particuliers. C’est cette notion qui fait de la Toile une maison commune pour les collectifs informels, les entreprises commerciales, les esprits libres et les acteurs publics. Parce que nous sommes tour à tour citoyen, consommateur, éducateur, administré ou travailleur ; cette vision partagée du Bien commun est probablement le moteur du développement pérenne de l’internet.

Jacques-François Marchandise

« Le bien commun à l’épreuve du développement numérique » est le thème de l’Université de printemps de la Fing, qui se tient à Aix en Provence du 5 (soir) au 7 mai 2004. Jacques-François Marchandise en est le responsable du programme.
Programme et inscription : http://www.fing.org/universite

Construction mondiale unique, rassemblant des acteurs hétérogènes en taille et en nature, sans réel cadre institutionnel, l’internet des pionniers change de nature dès lors qu’il se généralise et devient l’infrastructure générique des communications. Outre les données, produites et consommées, ce sont maintenant le téléphone et la télévision qui sont transportés, et au-delà, un ensemble de télécommunications domestiques ou industrielles qui n’entrent pas dans les radars de Google et ne poseront pas de problèmes de droits d’auteur.

Ce changement rapide d’échelle et d’enjeux attise les rapports de forces qui ont toujours été à l’œuvre ; et dans une vision pessimiste, on peut craindre que les intérêts qui convergent aujourd’hui pour rendre l’internet possible s’affrontent demain.

Amorcée dans l’ombre, à la faveur de la libéralisation des télécoms, la course à la maîtrise des infrastructures bat son plein, redistribuant les rôles entre opérateurs classiques et alternatifs et acteurs publics. Dans le champ de la connaissance et de la création, les modèles économiques s’affrontent sur fond de mutation rapide des industries du divertissement et de l’information. La course au haut débit, qui tire la croissance du réseau, mêle à plaisir les arguments consuméristes et ceux de l’aménagement du territoire.

Parmi les mille et une promesses de l’internet (société de l’information, société des citoyens en réseaux, plateforme commerciale mondiale, …), la continuité des dispositifs techniques sur la base des standards ouverts est probablement la plus héroïque et la plus concrète par les possibilités offertes à tous. Aujourd’hui il faut une vigilance de tous les instants pour que les standards ouverts ne soient pas supplantés par les standards de fait de tel ou tel acteur dominant, pour que la fertilité logicielle ne soit pas confisquée par la brevetabilité, pour que la version 6 du protocole internet (IPv6) permette une large distribution des adresses malgré les freins géopolitiques et industriels à sa mise en place, pour que les passerelles établies avec les opérateurs mobiles et d’autres propriétaires de réseaux et de données ne transforment pas la continuité du Net en une multitude de jardins clos que l’on traverserait de péages en octrois.

Au-delà du consensus technique, les visions utopiques ont été le carburant du développement du réseau, construction politique étonnante fondée sans les Etats, lieu de la réinvention de nombreuses formes collectives (des « communautés » aux forums ou aux projets collaboratifs) et de nouvelles contractualisations sociales. Sa place devient exorbitante, il est maintenant un fait de civilisation, ancré dans les pratiques, et qui fait défaut à ceux qui ne peuvent en être ; il accueille en son sein les places de marché, en même temps qu’il définit un « espace public » ; il est, parfois abusivement, le cadre et le levier de toutes les innovations, celles du commerce, de l’administration, de l’éducation ou du développement territorial.

Pour qu’il devienne un facteur de civilisation, il nous faut aujourd’hui prendre explicitement en compte le Bien commun, c’est-à-dire la vision de l’intérêt général qui sublime les intérêts particuliers. C’est cette notion qui fait de la Toile une maison commune pour les collectifs informels, les entreprises commerciales, les esprits libres et les acteurs publics. Parce que nous sommes tour à tour citoyen, consommateur, éducateur, administré ou travailleur ; cette vision partagée du Bien commun est probablement le moteur du développement pérenne de l’internet.

« Le bien commun à l’épreuve du développement numérique » est le thème de l’Université de printemps de la Fing, qui se tient à Aix en Provence du 5 (soir) au 7 mai 2004. Jacques-François Marchandise en est le responsable du programme.
Programme et inscription : http://www.fing.org/universite

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