Des modèles sans repères

L’atout des NAN (Neighborhood Area Networks ou réseaux de voisinage sans fil), n’est pas que technique, comme nous l’expliquent Cyril Fiévet et Jean-Michel Cornu dans notre dossier de cette semaine. La promesse des réseaux Mesh et ad hoc ne consiste pas seulement à diminuer les coûts d’infrastructure ou à faciliter la mise en réseau, sans fil et sans couture. Il réside plutôt dans la manière dont ces réseaux contribuent à restructurer les échanges sur un modèle distribué plutôt que centralisé.

Sacrée gageure pour une technologie que de proposer un modèle d’échange qui soit aussi éloigné, voire opposé au modèle dominant, qui ne soit pas pyramidal, qui ne s’organise autour d’aucun repère – ou plutôt, autour de tellement de repères qu’aucun n’apparaît plus remarquable qu’un autre. La décentralisation à l’extrême que promettent les réseaux de voisinage annonce non seulement de nouvelles plates-formes techniques et applicatives, mais plus encore de nouvelles plates-formes d’usages où chacun est un point d’accès, un maillon de la grille, un élément du réseau.

Bien sûr, les technologies ne changent pas le monde. Ce n’est pas demain que disparaîtront les réseaux et projets centralisés. Ceux-ci peuvent avoir de nombreuses raisons d’être, pour autant qu’ils soient vraiment adaptés aux buts et aux intérêts qu’ils servent. D’ailleurs, en attendant qu’on s’acclimate à ces nouveaux modes d’organisation, les projets centralisés sont bien rassurants. Ils épousent nos modes de pensées, la façon dont nous structurons la plupart de nos rapports aux autres et aux choses. Ils épousent notre mode d’organisation cognitif qui nous pousse à catégoriser, ranger, arborer. Ils ne demandent ni effort de participation, ni effort d’imagination pour se les approprier. Ils s’utilisent, souvent bien d’ailleurs.

Les technologies distribuées, les usages fédérés, les applications décentralisées sont encore loin de s’utiliser avec autant de facilité. Ils nécessitent bien souvent de sortir des sentiers battus, de faire des efforts pour penser les choses « autrement » : il n’y a plus de point d’eau, de service unique autour duquel tout le monde vient s’abreuver. Bien sûr, ils nous interrogent avec force sur les systèmes d’identification et de gestion de droits car ils nécessitent de gérer une très large gamme d’autorisation et d’interdiction. Ils requièrent de faire une place aux différences, aux individualités, aux passerelles. Ils nous obligent à prendre en compte l’altérité et à nous adapter. Et puis surtout, ils permettent à chacun de donner de la voix. Ca n’organise pas pour autant le débat, mais ça permet peut-être d’entendre tout le monde.

Hubert Guillaud

L’atout des NAN (Neighborhood Area Networks ou réseaux de voisinage sans fil), n’est pas que technique, comme nous l’expliquent Cyril Fiévet et Jean-Michel Cornu dans notre dossier de cette semaine. La promesse des réseaux Mesh et ad hoc ne consiste pas seulement à diminuer les coûts d’infrastructure ou à faciliter la mise en réseau, sans fil et sans couture. Il réside plutôt dans la manière dont ces réseaux contribuent à restructurer les échanges sur un modèle distribué plutôt que centralisé.

Sacrée gageure pour une technologie que de proposer un modèle d’échange qui soit aussi éloigné, voire opposé au modèle dominant, qui ne soit pas pyramidal, qui ne s’organise autour d’aucun repère – ou plutôt, autour de tellement de repères qu’aucun n’apparaît plus remarquable qu’un autre. La décentralisation à l’extrême que promettent les réseaux de voisinage annonce non seulement de nouvelles plates-formes techniques et applicatives, mais plus encore de nouvelles plates-formes d’usages où chacun est un point d’accès, un maillon de la grille, un élément du réseau.

Bien sûr, les technologies ne changent pas le monde. Ce n’est pas demain que disparaîtront les réseaux et projets centralisés. Ceux-ci peuvent avoir de nombreuses raisons d’être, pour autant qu’ils soient vraiment adaptés aux buts et aux intérêts qu’ils servent. D’ailleurs, en attendant qu’on s’acclimate à ces nouveaux modes d’organisation, les projets centralisés sont bien rassurants. Ils épousent nos modes de pensées, la façon dont nous structurons la plupart de nos rapports aux autres et aux choses. Ils épousent notre mode d’organisation cognitif qui nous pousse à catégoriser, ranger, arborer. Ils ne demandent ni effort de participation, ni effort d’imagination pour se les approprier. Ils s’utilisent, souvent bien d’ailleurs.

Les technologies distribuées, les usages fédérés, les applications décentralisées sont encore loin de s’utiliser avec autant de facilité. Ils nécessitent bien souvent de sortir des sentiers battus, de faire des efforts pour penser les choses « autrement » : il n’y a plus de point d’eau, de service unique autour duquel tout le monde vient s’abreuver. Bien sûr, ils nous interrogent avec force sur les systèmes d’identification et de gestion de droits car ils nécessitent de gérer une très large gamme d’autorisation et d’interdiction. Ils requièrent de faire une place aux différences, aux individualités, aux passerelles. Ils nous obligent à prendre en compte l’altérité et à nous adapter. Et puis surtout, ils permettent à chacun de donner de la voix. Ca n’organise pas pour autant le débat, mais ça permet peut-être d’entendre tout le monde.

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