Mobilité et promiscuité

Le plus souvent, lorsque nous utilisons un mobile, nos gestes nous isolent : nous tenons la paume et l’appareil vers nous, délimitant un volume privatif plus ou moins tendu selon que nous parlons, lisons ou écrivons via le mobile. Dans Mobilités.net, Julien Morel et Marc Relieu montrent, certes, que l’on peut téléphoner en public sans couper les ponts avec ceux qui nous entourent – mais le geste "en dedans" demeure et signifie malgré tout que la télécommunication est, pour une part, une téléportation.

Or la nouvelle promiscuité des mobiles constitue l’un des enseignements les plus riches de la 3e Fête de la Mobilité, qui se déroulait du 21 au 23 septembre 2004. Le téléphone se tourne vers le monde : il l’observe et le capte en photo et en vidéo ; il le lit, qu’il s’agisse des codes-barre à deux dimensions, des filigranes contenus dans des images publicitaires et interprétés par l’appareil comme des liens, ou même des idéogrammes reconnus par un service de traduction distant (voir http://www.almaden.ibm.com/software/user/infoScope/index.shtml) ; il se frotte (sans contact, certes, mais de très près) aux portillons, serrures, distributeurs de boisson, bornes d’embarquement – et même aux autres téléphones, au travers de multiples dispositifs destinés à repérer amis, âmes soeurs et autres "étrangers familiers" (voir http://www.fing.org/index.php?num=5083,2) passant dans les parrages. Nous sommes mêmes quelques-uns à avoir utilisé la puissance de son rétro-éclairage comme une sorte de lampe de poche…

Beaucoup de choses changent lorsque le mobile s’utilise aussi bras tendu, regard et appareil dirigés vers le monde et les autres. Le geste n’est plus réflexif, mais affirmatif : donner, prendre, piloter. Il exprime une nouvelle puissance, une capacité d’action. L’objet devra bien changer avec : on imagine un bâton de berger ou de maréchal (comme le formidable "bâton pour se perdre" présenté par le designer Dimitri Delmas lors du dernier Carrefour des possibles : http://www.fing.org/index.php?rubrique=projets_carrefour15), une baguette, un panneau, une télécommande, un couteau suisse.

Tout change aussi dès lors que le mobile transporte mémoire, valeurs, objets numériques, photos et clés – tout, à commencer par le caractère "mobile" du mobile, puisque celui-ci devient indispensable aux appareils domestiques et aux postes dits "fixes" dont il porte, en quelque sorte, l’identité.

Ce nouveau statut du mobile produit de nouvelles vulnrabilités et confère aux utilisateurs, mais aussi aux constructeurs et opérateurs de nouvelles responsabilités. Les conséquences en cas de perte ou de défaillance, d’indélicatesse, de mauvaise manipulation, d’intrusion, etc. sont d’une autre ampleur si le risque porte, non seulement sur notre carnet d’adresses, mais sur des preuves d’identité, des codes d’accès, de l’argent liquide, un billet d’avion, une photo compromettante ou les traces de notre passage quelque part.

La nouvelle promiscuité dont font preuve les mobiles les place donc, plus que jamais, au centre de notre univers de relations et de services. Que subsiste-t-il de "fixe" ? Au-delà des appareils trop lourds pour être déplacés, pas grand-chose.

Daniel Kaplan

Le plus souvent, lorsque nous utilisons un mobile, nos gestes nous isolent : nous tenons la paume et l’appareil vers nous, délimitant un volume privatif plus ou moins tendu selon que nous parlons, lisons ou écrivons via le mobile. Dans Mobilités.net, Julien Morel et Marc Relieu montrent, certes, que l’on peut téléphoner en public sans couper les ponts avec ceux qui nous entourent – mais le geste « en dedans » demeure et signifie malgré tout que la télécommunication est, pour une part, une téléportation.

Or la nouvelle promiscuité des mobiles constitue l’un des enseignements les plus riches de la 3e Fête de la Mobilité, qui se déroulait du 21 au 23 septembre 2004. Le téléphone se tourne vers le monde : il l’observe et le capte en photo et en vidéo ; il le lit, qu’il s’agisse des codes-barre à deux dimensions, des filigranes contenus dans des images publicitaires et interprétés par l’appareil comme des liens, ou même des idéogrammes reconnus par un service de traduction distant (ex. Infoscope d’IBM) ; il se frotte (sans contact, certes, mais de très près) aux portillons, serrures, distributeurs de boisson, bornes d’embarquement – et même aux autres téléphones, au travers de multiples dispositifs destinés à repérer amis, âmes soeurs et autres « étrangers familiers » passant dans les parrages. Nous sommes mêmes quelques-uns à avoir utilisé la puissance de son rétro-éclairage comme une sorte de lampe de poche…

Beaucoup de choses changent lorsque le mobile s’utilise aussi bras tendu, regard et appareil dirigés vers le monde et les autres. Le geste n’est plus réflexif, mais affirmatif : donner, prendre, piloter. Il exprime une nouvelle puissance, une capacité d’action. L’objet devra bien changer avec : on imagine un bâton de berger ou de maréchal (comme le formidable « bâton pour se perdre » présenté par le designer Dimitri Delmas lors du dernier Carrefour des possibles), une baguette, un panneau, une télécommande, un couteau suisse.

Tout change aussi dès lors que le mobile transporte mémoire, valeurs, objets numériques, photos et clés – tout, à commencer par le caractère « mobile » du mobile, puisque celui-ci devient indispensable aux appareils domestiques et aux postes dits « fixes » dont il porte, en quelque sorte, l’identité.

Ce nouveau statut du mobile produit de nouvelles vulnrabilités et confère aux utilisateurs, mais aussi aux constructeurs et opérateurs de nouvelles responsabilités. Les conséquences en cas de perte ou de défaillance, d’indélicatesse, de mauvaise manipulation, d’intrusion, etc. sont d’une autre ampleur si le risque porte, non seulement sur notre carnet d’adresses, mais sur des preuves d’identité, des codes d’accès, de l’argent liquide, un billet d’avion, une photo compromettante ou les traces de notre passage quelque part.

La nouvelle promiscuité dont font preuve les mobiles les place donc, plus que jamais, au centre de notre univers de relations et de services. Que subsiste-t-il de « fixe » ? Au-delà des appareils trop lourds pour être déplacés, pas grand-chose.

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