Pays émergents : la voie de l’innovation

UNU MeritLes pays en voie de développement peuvent-ils s’insérer dans le cycle de l’innovation et ne pas se voir continuellement dépassés par les pays industrialisés, ni dépendants de leurs R&D ? On estime d’ordinaire que la meilleure (sinon la seule) réponse à cette question réside dans l’importation (pour ne pas dire le « transfert« ) de technologies. Plusieurs études, récemment publiées par le centre d’innovation et de technologie de l’université des nations Unies (UNU-MERIT), critiquent cette vision caritative du développement.

Pour Watu Wamae, doctorante au Centre de Recherche sur les Dynamiques et Politiques Economiques et l’Economie des Ressources (CEDERS) de la Faculté des Sciences Economique et Gestion d’Aix en Provence, ce n’est pas parce que les pays pauvres n’ont pas de mécanisme de soutien à la R&D qu’ils ne sont pas capable d’innover.

Dans un article intitulé « Les effets des transferts de technologies nord-sud sont-ils substantiels ?« , elle démontre que l’innovation est un processus itératif, qui dépend en bonne partie de la « capacité d’absorption » de ses acteurs.

En d’autres termes, « le dynamisme économique engendré par les innovations locales constitue la base même de l’assimilation des connaissances sans laquelle les technologies étrangères ne peuvent être absorbées » : s’il ne s’appuie pas sur une dynamique locale d’innovation, le transfert de technologies étrangères ne produit pas grand-chose. Au contraire, plus le pays innove, plus l’importation des produits de la R&D du nord peut contribuer à sa capacité d’innover dans l’avenir.

Dans un autre article intitulé « Creating the Capacity to Benefit from Technological Change in Developing Countries« , Watu Wamae -dont les analyses reposent sur l’étude de 51 pays- estime que les compétences technologiques relèvent plus de la sphère privée que des « biens publics« . Et parce que ce n’est pas tant la technologie elle-même, non plus que son « transfert« , qui priment, mais bien l’humain capable de l’absorber, il faudrait dès lors considérer les entrepreneurs -mais aussi leurs salariés- comme autant d' »investisseurs » à même de rester « compétitifs« , et réactifs, dans un environnement changeant continuellement.

Elements of an innovation process

Innovation participative et développement des pays émergents

Dans un essai consacré aux liens entre propriété intellectuelle et gestion des connaissances, Rishab Aiyer Ghosh et Luc Soete estiment pour leur part que la R&D et l’économie des pays émergents ont tout a gagner des processus d’innovation collaborative.

Pour eux, les paradigmes économiques de la recherche scientifique n’ont pas fondamentalement changé depuis 50 ans. En passant d’un mode de développement industriel à une économie basée sur l’information, le contexte a certes changé, mais la « nature essentielle de l’innovation » dépend toujours de la possibilité offerte au plus grand nombre de répliquer, et améliorer, les découvertes faites par d’autres.

Pour les pays émergents, les conséquences d’un processus d’innovation plus ouvert et plus collaboratif peuvent être « remarquables« . Les auteurs soulignent en effet que les pays en voie de développement étaient d’autant moins capables d’innover qu’ils ne disposaient pas des outils appropriés et ne pouvaient pas former leurs ressortissants, et qu’ils ont donc essentiellement été traités comme des consommateurs passifs, voire assistés, de produits émanant des pays développés.

A contrario, les processus d’innovation collaborative, l’accès à des technologies modifiables et la possibilité (légale) de les reproduire et de les améliorer, à l’instar de ce qui se passe avec les logiciels libres, permettent aujourd’hui de dépasser nombre de ces problèmes et d’acquérir des compétences technologiques, économiques et juridiques que seules des formations supérieurs, généralement à l’étranger, permettaient jusque-là d’obtenir.

Au-delà de la R&D, l’impact est également économique : les deux chercheurs estiment en effet que si l’accès à la connaissance relève de l’aide au développement, l’ouverture et le partage des technologies se rapproche plus du libre commerce, dès lors que les pays émergents sont perçus comme autant d’innovateurs potentiels susceptibles d’accélérer la R&D, tout en en diminuant les coûts, et non comme des clients assistés.

En matière d’immigration, les conséquences peuvent elles aussi s’avérer très importantes, car « s’il devient plus facile pour les ressortissants de pays en voie de développement de reproduire, d’améliorer et de s’approprier les innovations des pays développés, la fuite des cerveaux de ceux dont la seule chance d’exercer leurs talents d’innovateurs est d’émigrer pourrait dès lors être enrayée« .

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