« Dans l’espace public, l’intimité est déjà condamnée »

« Dans l’espace public, l’intimité est déjà condamnée. » Tel est le constat, pessimiste, que dressait Adam Greenfield à l’occasion de la 5e Conférence internationale sur l’informatique omniprésente qui s’est tenue à Toronto, du 13 au 16 mai 2007. L’auteur du remarquable Everyware – dont la traduction en français, réalisée par Cyril Fiévet, vient de paraître chez FYP édition (Amazon, Fnac) -, était l’un des rares intervenants à tirer la sonnette d’alarme sur l’impact de ces technologies ambiantes. Car elles sont avant tout fascinantes, comme le soulignait très bien l’article que leur consacrait le National Post, le grand quotidien canadien, en titrant : « Dans le futur, n’importe quoi sera un ordinateur » :

« A l’avenir, les tâches quotidiennes à effectuer seront validées par un maître d’hôtel robotique, les clefs de voiture posées au mauvais endroit seront localisées en entrant le nom de l’objet qu’on recherche dans son téléphone avant de recevoir un appel indiquant en retour le lieu où il se trouve. Les enfants seront surveillés par des capteurs qui observeront le moindre de leurs mouvements. Au boulot, la pointeuse utilisera le même type de technologies pour identifier le personnel présent aux réunions. Après le travail, la publicité sur le mur du centre commercial se modifiera pour s’adapter à chaque passant et il vous suffira d’agiter votre téléphone mobile pour acheter des places pour le concert qui s’y est affiché. A la maison, la nuit, le téléphone programme le lave-vaisselle et la machine à laver pour fonctionner quand toute la famille dort. »

Cet récit n’est pas né de l’imagination du journaliste Mark Midley, mais est directement inspiré des nombreuses présentations qui ont eu lieu à cette conférence (dont les actes sont disponibles à l’achat). L’occasion de découvrir ce que l’on pourrait appeler des Phidgets, c’est-à-dire des widgets physiques, des capteurs d’information personnalisés et actualisés, des modules embarquables, ici avec une dimension physique, réelle, concrète. Tel ce « Parc d’attraction pour félin » qui permet d’amuser votre chat à distance, où ce système de recommandation dynamique de livres physiques qui permet à l’usager d’une librairie de recevoir un argumentaire ou des recommandations sur un livre qu’il a simplement feuilleté. Une équipe allemande a présenté une cuisine équipée de capteurs qui permettent à un couteau de savoir quel légume il est en train de couper… Johannes Schoning a fait la démonstration de Timmi (vidéo) une « carte augmentée » qui permet à une personne, depuis n’importe quel plan papier, de voir, via son mobile, les lieux et établissement qu’il recherche en surimpression. Darren Leigh des laboratoires de recherche de Mitsubishi, développe des tableaux de contrôle permettant de suivre en temps réel les mouvements des personnes identifiées dans un immeuble…

Apu Kapadia, doctorant au Dartmouth College, a été l’un des rares à présenter un projet explorant un aspect négatif de ces technologies, en évoquant le besoin à venir de bâtir des « murs virtuels pour protéger son intimité numérique dans des environnements pervasifs » (.pdf). Même dans un salle de réunion privée, des capteurs invisibles seront capables de transmettre de l’information à notre propos : « Saurons-nous à l’avenir déployer des murs virtuels pour prévenir la divulgation de nos données ? Pourrons-nous contrôler notre intimité et nos empreintes numériques de la même façon que nous contrôlons notre intimité dans le monde réel ? »

Via Roland Piquepaille.

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