L’internet des objets : Des outils pour hackers ou une véritable opportunité d’affaire ?

Le flyer de la sessionEn introduction de ce très riche atelier sur l’internet des objets à Picnic, Oliver Christ, directeur de SAP Research en Suisse a détaillé pourquoi cet internet des objets est désormais possible. La miniaturisation des capteurs et des outils de communication, la chute de leurs coûts de production permettent d’aller toujours plus avant dans l’intégration des objets : on est passé de l’intégration de puissance de calcul dans les ordinateurs aux mobiles, et demain, dans les objets du quotidien. Ensuite, le coût de la collecte des données à chuter en s’automatisant : on est passé des données saisies à la main, aux cartes à puces et aux codes-barres qu’il fallait manipuler, aux étiquettes Rfid et aux systèmes embarqués qui renseignent automatiquement les bases de données, en passant sous un capteur.

Pour Oliver Christ, l’internet des objets, c’est des communications de voiture à voiture (on parle de communications car2car, voire car2X, pour évoquer les voitures qui communiquent avec tout leur environnement comme les téléphones mobiles des piétons ou la signalétique), c’est de la surveillance des conduites d’eau, qui, via des capteurs, permet de repérer les fuites, d’alerter les techniciens, et même de délivrer de l’information sur les rues que l’on ferme directement aux véhicules en attente. Autre exemple, les systèmes d’assurances qui se branchent sur votre voiture pour vous faire payer une assurance proportionnellement aux kilomètres que vous effectuez (« Pay as you Drive insurance »). Et de terminer en nous montrant un magasin en Allemagne où tous les produits sont connectés. Qui ne permet pas seulement de payer sans passer à la caisse, mais qui permet aussi de reproduire le magasin et vos achats dans Second Life, comme si cette projection de soi était un aboutissement. Autant dire qu’Oliver Christ nous a donné une vision un peu froide et industrielle de l’internet des objets. Une vision très descendante, des industriels vers les consommateurs.

Les apports concrets de l’internet des objets
Si Joe Polastre, président de Sentilla Corporation, s’intéresse à l’industrie, c’est avec un peu plus de fraîcheur, notamment sur les apports bien réels que promettent l’internet des objets. Le but de cette prochaine révolution est de rendre visible l’invisible, nous explique-t-il. Les capacités de calcul se miniaturisent et vont se répandre dans notre environnement : c’est cela l’internet des objets.

Aujourd’hui, nos voitures savent déjà nous envoyer un e-mail pour dresser le bilan de leur état (OnStar Vehicle Diagnostics de GMC). 570 millions d’objets sont déjà accessibles via l’internet… Mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan des objets existants, qui ne représente encore que 0,005 % de l’ensemble des objets.

Quel peut-être l’apport de l’internet des objets à notre bien-être ? Joe Polastre veut être concret en s’intéressant à l’énergie. Aujourd’hui, 18 % de l’énergie est consommée par les domiciles, 20 % par les commerces, 34 % par l’industrie et 27 % par les transports rappelle-t-il. En quoi l’internet des objets peut-il nous aider à limiter notre consommation énergétique ? On le sait, le prix de l’électricité et de l’essence s’envole, tant et si bien que cela devient une préoccupation pour tous – même pour les Américains ;-). Wal Mart est l’une des sociétés mondiales qui consomme le plus d’électricité : 0,5 % de toute l’électricité des Etats-Unis, nous apprend Joe Polastre. Pour savoir comment faire des économies, Wal Mart a réalisé un audit de ses dépenses. Ils ont ainsi constaté qu’en remplaçant les ampoules de leurs stands de vente de lampe, ils pouvaient économiser 6 millions de dollars sur leur facture énergétique. Wall Mart a fait peindre tous les toits de ses magasins en blanc pour réfléchir la chaleur et économiser 7400 dollars par bâtiment et par an (ce qui pour 4141 magasins aux Etats-Unis représente une économie de quelque 30 millions de dollars par an).

Autre exemple : 30 % des coûts de production de l’industrie de l’aluminium sont des coûts électriques. En améliorant les machines, en améliorant le processus de fabrication de l’aluminium, l’industrie américaine est arrivée à réduire de 2 % sa consommation d’électricité, soit 200 millions de dollars d’économie et une tonne de gaz carbonique rejeté en moins. Le même diagnostic peut être répété dans bien d’autres industries…

Dans nos domiciles, peut-on faire la même chose ? Bien sûr, répond Joe Polastre en évoquant le kit que sa société a mise au point. L’objet de Sentilla est de construire des composants connectés et bardés de capteurs permettant d’optimiser la gestion énergétique et de les offrir aux détournements et à l’imagination des développeurs. Depuis un tableau de bord en ligne, on pilote sa consommation électrique, on lui donne des ordres (ne tourner que la nuit pour le lave-linge, etc.), on visualise le détail de sa facture énergétique et on la surveille. Pour lui, l’internet des objets va donner naissance à la prochaine génération de services et nous permettra de mieux mesurer ce que nous faisons et son impact.

Un internet des objets ouvert
David Orban est venu, lui, présenter sa société, Wide Tag, qui propose de construire une infrastructure pour un internet des objets ouverts (voir sa présentation). OpenSpime, leur projet phare (que nous avions déjà évoqué) fait explicitement référence au concept de Spime introduit par Bruce Sterling. Pour lui, les Spime sont des « social hardware » dont le but est de mettre le hardware à la disposition de tous.

OpenSpime a développé une bibliothèque en open source avec des spécifications techniques et des protocoles pour créer des objets ouverts. Ainsi, CO2 Spime est un système qui collecte le niveau de gaz carbonique. CO2 sensor, qui sera disponible en 2009, n’est pas seulement un détecteur de gaz carbonique, mais aussi une façon d’augmenter socialement votre téléphone. Ils travaillent enfin à un « Social Energy Meter », une application pour iPhone qui permettra d’agréger des données issues de capteurs que l’on installera à son domicile pour mesurer sa consommation d’énergie.

Tester toutes les interactions
Matt Cottam est le président de Tellart, un studio et un laboratoire de recherche autour du design de l’expérience humaine, qui s’intéresse au « basculement » de nos interfaces, qui souhaite mettre du tangible, de la réaction dans nos objets électroniques comme le font déjà nombre de nos objets quotidiens. Matt présente plusieurs vidéos d’ateliers réalisés par exemple avec l’université de design d’Umea en Suède ou avec l’Académie centrale des arts de Pékin… (les vidéos sont accessibles sur le site de Tellart, que je vous invite à visiter en profondeur). Il explique l’importance qu’il y a à « cracker » les objets pour leur donner des dimensions supplémentaires, pour comprendre comment ils fonctionnent, les détourner ou retrouver leur sens premier une fois augmentés d’électronique. « Plus transparents les objets deviennent, et plus intéressants et capables d’interactions ils sont. »

La page d'accueil de Tellart

Il évoque longuement le travail de son équipe sur un simulateur médical, qui a consisté à recréer un mannequin pour développer les interactions possibles. Il évoque encore son travail sur des interfaces tactiles plutôt amusantes comme des coussins qui permettent de donner des coups à des avatars ou des plateaux qui mesurent votre consommation d’eau en déposant votre verre dessus et mettent en veille votre écran si vous ne buvez pas assez, des chaussures pour commander un jeu, une éponge souris… Ou encore le Horsepower Challenge qui a consisté à hacker un simple podomètre pour créer un jeu inter-école consistant à encourager les élèves à avoir un style de vie plus sain pour leur santé. Le site de Tellart grouille visiblement d’idées, superbement mises en scènes. N’hésitez pas à vous y perdre.

Ombres et manifestations des objets
Mike Kuniavsky, chercheur en design d’expérience, est lui aussi à la tête d’un studio de design, ThingM. Pour lui, quand les objets deviennent connectés, leur nature fondamentale change : ils existent à la fois dans le monde réel et dans le monde des données et ces deux qualités couplées modifient profondément leur conception.

La capacité de calcul devient le matériel sur lequel nous devons travailler, parce qu’il n’est plus précieux, mais au contraire, facile à produire. On est capable de mettre des ordinateurs partout, même dans un four… Reste à concevoir les interfaces explique-t-il en racontant la difficulté qu’il a eue à faire fonctionner un four connectable (interface web non accessible, multiples manipulations via son téléphone, etc.) Eh oui ! Les règles du jeu de nos objets sont encore bien souvent trop compliquées à utiliser.

Wimen, les casiers à bouteille de ThingMMais il n’y a pas que les interfaces qui posent problème. Une autre difficulté que l’on rencontre avec l’internet des objets est leur identification. Car les objets ont désormais deux existences : une existence physique et une existence virtuelle (qui implique par exemple des relations sociales propres). Or, quand je m’adresse à un objet, sais-je toujours auquel ? Est-ce que je m’adresse à cette bouteille ou a son ombre ? Est-ce que ce sont les mêmes ?

« On est au début des mashups entre le monde physique et le monde « virtuel » », explique encore Mike Kuniavsky. Reste à savoir quels scénarios construire autour de ces croisements d’informations, quelles informations augmentées mettre dans l’ombre de nos objets ? L’idée de l’internet des objets est justement de créer des comportements qui prennent du sens, alors qu’avant, ils n’en avaient pas. Toute la difficulté va être de révéler ces nouveaux comportements.

ThingM produit plusieurs objets comme BlinkM, des leds intelligentes, capables de changer de couleurs ou d’intensité. Ils s’en sont d’ailleurs servis pour construire Winem. Winem est une installation qui permet d’afficher de l’information sur des vins. On sait que le vin est un objet éminemment social. Ici, l’idée a été de créer un service qui unifie l’information cachée. L’idée est de proposer un magasin avec un casier à bouteilles électroniques et lumineux. Depuis votre mobile, vous sélectionnez les vins qui vous intéressent. Par prix, par types, selon leurs qualités… Pour chaque bouteille, vous avez accès à son stock, à sa fiche signalétique, etc. Le casier de dégustation s’allume alors pour vous montrer où se trouvent les bouteilles que vous avez sélectionnées (voir la vidéo).

ThingM a une démarche claire. Ils veulent explorer comment l’internet des objets peut transformer notre rapport au commerce de détail. Ils ne devraient pas avoir de mal à trouver des clients.

Connecter un objet n’est pas suffisant
Rafi Haladjian, le père du Nabazatg
Crédit photo : ©now u see it

On ne présente plus Rafi Halajian, le cofondateur de Violet et l’inventeur du Nabaztag. Rafi Haladjian a accompli la présentation la plus stimulante de cet atelier, certainement parce qu’il portait une vision forte de ce que va devenir l’internet des objets. Le problème explique-t-il, n’est pas quand ça va arriver, mais comment nous allons y arriver. Que voulons-nous dire quand nous parlons de l’internet des objets ? De quel internet parlons-nous ? Il y a deux internet des objets, distingue-t-il : celui qui parle d’abord d’infrastructure et celui que nous pouvons commencer dès à présent à construire, car les technologies sont déjà là. En lançant le Nabaztag en 2005, son but était de rendre l’internet des objets massifs, intuitifs et accessibles en permettant d’explorer de nouveaux modes d’expression (les sons, les lumières…) et de faire un objet suffisamment idiot pour que les gens puissent se l’approprier, le transformer afin qu’il ne soit jamais ennuyeux.

Pour rendre l’internet des objets accessible, il faut le rendre possible et abordable avec des systèmes que les gens puissent acheter facilement. « Proposer des solutions amusantes et sociales est plus important que de produire des choses utiles », insiste-t-il. Bien sûr, le Nabaztag a voulu apporter une nouvelle image de la technologie : design, simplicité, sociale et donnant de la puissance à l’utilisateur (sans le prendre pour un consommateur).

Après avoir connecté les lapins, Violet veut connecter tout le reste. « On ne doit pas décider ce qui doit être connecté et ce qui ne doit pas l’être. Le but n’est pas de créer des objets connectés particuliers, mais de pouvoir connecter ceux qui existent déjà. Nul objet n’est une île. »

Mais connecter un objet n’est pas suffisant. Les objets doivent aussi être interconnectés pour interagir et interopérer entre eux. Les connexions ne doivent pas être seulement locales, mais globales : trop de projets d’infrastructure autour de l’internet des objets font une coupure entre la maison ou le bureau et le monde extérieur. « Quand je passe une clé devant le capteur de mon Nabaztag, je dois pouvoir le savoir à l’autre bout du monde. »

Rafi Haladjian dit une autre chose importante encore : « Il y a un esperanto de l’objet communiquant. Il ne faut pas oublier que chaque type d’objet aura ses propres capacités d’expression (son, texte, visuel, image, vidéo, kinétiques…). « Que ce passe-t-il si mon objet déclenche une vidéo et que je n’ai pas d’écran pour la jouer ? » Il faut pouvoir traduire les applications sans avoir à tout réécrire à chaque fois (comme le fait la plateforme de Violet, d’ailleurs). Tous nos objets ne sont pas des télés : « Les objets connectés ne sont pas limités au push et pull mais ont des effets ping-pong. » Nos objets ne peuvent pas être seulement des signets tangibles pour commander des pages web quand on les approche d’un lecteur de puces Rfid. « Il faut faire apparaître les bénéfices de la connexion. »

Rafi Haladjian donne une dernière recommandation : les objets sont dans la vie et l’espace des utilisateurs réels. Ce qui implique qu’« il faut donner le pouvoir à l’utilisateur ». Fort de son expérience réussie, assurément, Rafi Haladjian porte désormais une vision forte d’un avenir possible pour l’internet des objets. Et ce n’est pas l’avenir le plus inintéressant qui nous a été proposé ce matin. Bien au contraire.

Et encore
Bien évidemment, dans cet atelier, il était possible d’utiliser et de voir fonctionner plusieurs de ces périphériques de l’internet des objets : comme le Mir:ror que lance bientôt Violet ou le Tikitag, dès à présent disponible.

L'ikWin, le Google Fight grandeur natureDurant toute la durée de Picnic, Mediamatic proposait d’ailleurs de s’amuser avec les puces Rfid, en proposant tout un lot de jeux sociaux par le biais d’une puce qui était délivrée aux inscrits et connectée au site social de l’événement. Une station de partage de boisson (en passant votre étiquette devant un capteur avec une personne avec laquelle vous n’étiez pas en relation précédemment, vous gagniez chacun une consommation), un double élévateur connecté sur Google Fight qui vous permet de défier un autre participant (les puces lancent une requête Google sur les noms des participants et les élévateurs montrent physiquement votre influence sur le réseau), ou encore le canapé masseur (quand on s’assoit sur le canapé avec une personne qu’on ne connait pas, le canapé vous masse le dos et les passants peuvent vous offrir des minutes de massage supplémentaire en passant leur badge sur le canapé)… L’intérêt de Mediamatic réside bien sûr non pas dans le fait d’explorer de nouveaux usages des RFiD, mais d’en imaginer des usages éminemment sociaux.

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