Vers une robotique au service de l’homme

A l’occasion d’ICT 2008, la conférence européenne sur les technologies de l’information et de la communication qui s’est tenu à Lyon du 25 au 27 novembre 2008, retour sur quelques ateliers qui ont ponctué ces trois jours.

Difficile de définir ce qu’est la robotique aujourd’hui, explique Bruno Siciliano, professeur au Laboratoire Prisma, le laboratoire de robotique de l’université de Naples, en introduction de l’atelier sur la robotique qui s’est tenu à ICT’08.

Depuis le Moyen Âge, les hommes ont rêvé de se répliquer dans des machines. Cela a donné naissance à tout un courant de la robotique ou plus précisément de robots mécaniques, à l’image des célèbres automates mécaniques du XVIIIe siècle de Pierre Jaquet-Droz. Pour Bruno Siciliano, ce courant est l’une des influences de la robotique humanoïde si chère aux roboticiens japonais.

La couverture de Scientific Americain de janvier 2007Un autre courant de la robotique s’est lui plutôt intéressé à développer des machines utiles. Entre 1975 et 1985, il permet l’explosion de la robotique industrielle. Entre 1985 et 1995, c’est le développement de la « Field Robotics », c’est-à-dire la robotique des champs, dont Rover, le robot martien autonome ou le Grand Challenge, cette course de voiture complètement automatisée, ont été longtemps les emblèmes. Avec la Field Robotics, la robotique est sortie des usines pour investir les grands espaces. Autre période, entre 1995 et 2005 : c’est l’explosion de la robotique de service, dont Roomba, le robot aspirateur d’iRobot et Zeus, le robot chirurgien d’Intuitive Surgical, sont les nouveaux emblèmes. Désormais, les robots arrivent dans la maison, dans notre quotidien. Et Bruno Siciliano de prédire l’arrivée d’une nouvelle période, celle de la robotique personnelle. Car demain, les robots seront aussi pervasifs et aussi personnels que le sont nos ordinateurs aujourd’hui, comme l’évoquait en janvier 2007 le magazine Scientific American, en évoquant l’aube de l’âge des robots.

Statistiques des ventes de robots par domainesLa robotique aujourd’hui travaille à la confluence de plusieurs domaines : les principes actifs (la locomotion, la manipulation et la servocommande, c’est-à-dire les systèmes permettant de contrôler les mécanismes) la perception (qui provient de capteurs sur l’état du robot ou de son environnement) et la connexion intelligente (c’est-à-dire la capacité d’apprentissage et d’acquisition de savoir-faire). Ce qui différentie les champs de la robotique (la robotique industrielle de la robotique des champs ou de celle des services), c’est la croissance de l’autonomie des robots. Une croissance d’autant plus forte que sur le marché, les robots personnels et de services sont en passe de représenter l’essentiel des ventes. Alors certes, cette robotique de service tient encore beaucoup du jouet, du loisir. Mais elle inaugure tout de même cette nouvelle génération de robots capables de cohabiter avec l’homme. Le robot va partager l’espace et non plus avoir un espace réservé, comme l’évoque très bien l’excellente vidéo du projet européen SMERobot, cherchant à démontrer que les robots peuvent aussi avoir leur place dans les PME.

Le constat du programme SMERobot est clair : les technologies d’automatisation intensives peuvent difficilement être utilisées dans le contexte des PME. L’initiative vise donc à créer un ensemble de robots adapté aux contraintes et aux besoins des PME, D’où l’idée d’imaginer des robots capables de réaliser plusieurs tâches ou d’en changer, capables d’apprendre par l’exemple (simplement en accompagnant le mouvement du bras du robot), etc.

Et Bruno Siciliano d’évoquer encore deux projets européens dans lesquels le laboratoire Prisma est partenaire. Phriends, qui réfléchit à comment renforcer la sécurité des interactions hommes-machines. Se référant à la première loi de la robotique imaginée par Isaac Asimov (« Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger »), le projet Phriends travaille à des robots industriels qui seraient sans dangers pour les êtres humains qui les côtoient (vidéo). L’ensemble des mesures à prendre au moment de la conception concerne tous les domaines, la structure du robot elle-même, son revêtement, les capteurs, les caméras, mais aussi les logiciels pilotant l’ensemble, explique Futura-Sciences : « L’approche classique est de concevoir et de construire les robots dans l’optique d’une tâche précise », explique d’ailleurs Antonio Bicchi, un autre roboticien italien en charge du programme. « Ceux développés dans le cadre de Phriends seront intrinsèquement surs, car cette sureté est garantie par leur structure physique et non par des capteurs extérieurs ou des algorithmes qui peuvent faillir. »

Le programme Dexmart, lui, consiste à apprendre de la dextérité aux robots, afin qu’ils soient capables un jour de vous servir le café par exemple (vidéo). Dexmart à la même approche que les autres programmes : la robotique est appelée à cohabiter de plus en plus avec les humains dans tous les domaines de la vie. Dexmart envisage de développer une robotique habile, capable de manipuler des objets aussi bien que l’homme, pour leur permettre d’avoir la plus grand autonomie possible dans l’environnement réel auquel ils seront confrontés.

Bruno Siciliano, après avoir fait la publicité pour le Springer handbooks of Robotics, une imposante somme sur l’état de la robotique qu’il vient de coordonner, nous invite à regarder plus loin encore : quand la robotique disparaît, devient ubiquitaire, distribuée ou embarquée, pour mettre de l’intelligence directement dans notre environnement. Il ne lui aura manqué qu’un peu de temps pour évoquer par exemple AUR, la lampe robotique de Guy Hoffman du MediaLab (vidéo).

Autant dire que les autres interventions plus techniques ont fait pâle figure après cette introduction riche en perspective. Ralf Koepp de Kuka, le leader de la robotique industrielle qui s’intéresse désormais également à la robotique personnelle a néanmoins évoqué plusieurs projets intéressants comme la plateforme européenne de robotique à laquelle son entreprise participe. Il a également évoqué le projet SMERobot et l’idée d’apporter la robotique dans les PME comme un grand défi pour l’Europe et le secteur. Dans ce cadre, il a évoqué, OmniRob, le robot mobile développé par Kuka (vidéo) en soulignant le besoin de recherche sur la situation, la mobilité et la localisation des robots pour faciliter leur autonomie de mouvement. Jeremy Wyatt du Laboratoire de robotique intelligente de l’université de Birmingham a évoqué le défi qu’adresse la recherche en cognition à la robotique. Sethu Vijayakumar, directeur de l’Institut de perception, action et comportement à l’Ecole d’informatique de l’université d’Edinburgh a lui évoqué les capacités d’apprentissages des robots, expliquant avec force formules mathématiques combien les robots devaient s’améliorer dans les domaines de la compréhension de leur environnement. Pour sa part, son laboratoire travaille à faire comprendre aux robots les forces qui l’environnent, par exemple en leur apprenant à garder une balle en équilibre au bout d’un bâton ou à jouer avec une balle et une raquette… L’idée est de parvenir à donner au robot les capacités motrices de l’homme, comme le sens de l’équilibre. Avec le Honda Research Institute allemand, son laboratoire travaille à apprendre à un robot à passer une éponge sur une voiture. Un geste qui nous paraît à nous, êtres humains, simple, mais qui est plutôt complexe à appréhender pour les machines intelligentes.

Comme quoi, nous avons encore quelques capacités que les robots n’ont pas.

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0 commentaires

  1. La vidéo donnée en exemple pourra-être la même dans dix ans, comme elle a déjà existé en mot il y a quarante ans.*

    Le rendement des recherches en IA et robotique est décroissant
    et ce n’est pas l’amélioration des vitesses de calcul qui permettra de lui faire toucher des buts comme ceux décrits ici.

    A moins bien sur, et c’est effectivement ce qui se produit peu à peu, que l’on réduise par différents moyens et l’intelligence, et les capacités d’initiative et la diversité de l’humanité.

    Ce qui serait une seconde vague de normalisation et rendrait effectivement le monde « habitable » pour les robot.

    Sinon de grâce, cessons de parler de « compréhension » concernant ces mécanismes.
    La compréhension suppose une intentionnalité
    qui est totalement absente chez les êtres non munis de « peau » et de « neurone » (l’un n’étant d’ailleurs que le prolongement raffiné de l’autre)

    Certains l’ont d’ailleurs parfaitement compris, qui abandonnent les recherches en IA pure (plus de prétention à créer de l’intelligence à partir du calcul) et dans le domaine des « capteurs fins »
    Ils envisagent plutôt d’asservir des neurones et des morceaux de peau prélevés là où la vie existe.

    Bien sur, ce type de recherche, moins « pure » pour des tas de raison n’est pas mise au premier plan.

    Je crois d’avantage à un robot qui embarquerait le matériel d’un primate décérébré asservi par un ordinateur (c’est à dire un calculateur de décharges électriques)

    *Dans ces ouvriers qui construisent leur rêve à haute voix et en remontrent à leur supérieur, tout est dit.

    Luc Comeau-Montasse
    liesbuster

    « Quand la machine s’alimente du vivant »
    http://www.garde-a-vue.com/article-22521689.html

  2. « a) Le doute technique : l’automatisation, puis l’automation nous ont habitués à l’idée que le corps humain, dans sa partie asservie, est une machine coûteuse, imperfectible et fragile. Considéré dans sa partie qui est une réalisation technique naturelle, l’homme est sans doute une machine inimitable puisque universelle, auto-entretenue, homéostatique, capable de se reproduire et de se dépanner, etc. Pourtant, pour la réalisation d’une seule tâche bien’ déterminée, il se trouvera toujours une machine plus robuste et moins coûteuse, plus puissante, plus rapide, plus précise, moins distraite. L’organisation du travail a introduit une sorte de chasse à l’homme dans l’usine. Le corps humain est le seul point faible d’un ensemble mécanique. Ce n’est qu’au moment où le dernier homme aura été chassé de l’usine que l’on pourra envisager le perfectionnement harmonieux et sans limite de l’ensemble des machines. L’image de l’ouvrier de l’avenir, esclave des machines, a disparu avec les films merveilleux de Charlie Chaplin et de René Clair. On se souvient de Metropolis de F. Lang; où un ouvrier crucifié au fronton d’une usine s’épuisait à tirer sur des aiguilles de commande trop lourdes .. Un enfant verrait aujourd’hui que cet « ouvrier de l’avenir » serait ‘avantageusement remplacé par un moteur d’un quart de cheval associé à. un servo-mécanisme, ce qui, entre autres, éviterait de laisser l’usine à la merci d’une défaillance cardiaque ou simplement d’un moment d’inattention de l’ouvrier. Considéré en tant que machine, l’homme n’est même pas bon à servir les machines. »
    Propos de la cybernétique des années 1960

    on y est

    Les machines font des machines et la place de l’humain autant dans son travail que dans ses besoins (mes besoins ne sont pas là) se réduit.

    Un progrès ?

    Où sont les machines qui sont effectivement au service de l’humain
    non pas de son confort et de sa durée de vie
    mais de son bonheur ?

    Je crois que le moyen qui devait servir l’objectif
    est devenu l’objectif.

    La finesse de la vie n’est pas de ce côté là
    et le progrès des machines ne se fait qu’en réduisant la diversité

    Il y a déjà des aciers que la métallurgie ne sait plus produire …

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