Comment exploiter le crowdsourcing ?

Edial Dekker est le cofondateur du groupe « hacker le gouvernement« , le plus important mouvement hollandais sur l’open data. Aujourd’hui, il dirige également Gidsy, une startup qui promet un « marché de l’expérience authentique ». Derrière cette appellation curieuse se cache, en fait, un service collaboratif où chacun peut proposer à ses pairs de partager une expérience touristique, par exemple organiser une activité typique, ou essayer de nouvelles recettes de cuisine locale, etc.

« Nous avons des problèmes » a expliqué Dekker sur la scène de Lift : on se remet difficilement d’une crise économique, nos ressources naturelles s’épuisent et la mondialisation elle-même a probablement ses limites.

La question est donc de recréer de nouvelles manières d’apprendre et de consommer, comme celles que prône Tom Hodgkinson dans son livre Brave Old World. L’idée de base de Dekker, c’est qu’un énorme gâchis de compétences et de ressources s’accumule parce que nous ne savons pas correctement associer l’offre et la demande dans tous les domaines.

Dekker cite dans le secteur de l’apprentissage plusieurs expériences comme la School of life à Londres, où des participants donnent des cours sur les aspects les plus quotidiens de nos vies : faire des photos de vacances, trouver un(e) petit(e) ami(e), etc. ces cours ont beaucoup de succès et il faut s’inscrire longtemps à l’avance.

Autre exemple how to homestead (qu’on pourrait traduire par « Comment se re-ruraliser ») un site de conseils en vidéo pour réapprendre des pratiques rurales comme tuer un poulet ou pour économiser de l’eau quand on fait la vaisselle, ou faire du pain, etc. Dekker ne manque pas d’exemples de ce genre de connaissances partagées. Il raconte ainsi que la mère d’un de ses amis s’était décidée de donner des cours de cuisines à des hommes néerlandais de plus de 50 ans. Elle a été tellement dépassée par son succès qu’elle a dû mettre le holà aux inscriptions.

Le défi aujourd’hui consiste donc à mettre en relation les ressources « en trop » et les besoins. Il s’agit de privilégier l’accès plutôt que la propriété : en effet à quoi sert une perceuse lorsque personne ne s’en sert ?

Cela dit, toute startup se lançant dans le marché de « l’externalisation ouverte » (crowdsourcing) doit se poser un certain nombre de questions qui conditionneront son succès. Ce qui caractérise les différentes organisations ou entreprises se basant sur ce modèle est une plus grande capacité de mise à l’échelle (elles peuvent passer d’un petit groupe à un énorme public sans trop de difficulté), une possibilité de croissance importante (voire l’article sur Robin Chase qui donne de nombreux exemples sur le sujet) et de l’offre en excès.

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Image : Rob Kalin d’Etsy « Rendez vos produits le plus humains possible », extrait de la présentation d’Edial Dekker.

La question qu’un organisateur doit se poser est la taille du marché auquel il s’adresse. Cette question est plus compliquée qu’il n’y paraît. Le cas d’Etsy est symptomatique à cet égard. Cette société se propose de vendre des objets artisanaux, faits à la maison par des particuliers. Il n’existait qu’une demande très réduite dans ce secteur avant la création de la startup, il y a 6 ans. Pourtant, le succès d’Etsy est phénoménal : le service possède 7 millions d’utilisateurs enregistrés et aurait engrangé, en 2010, 314 millions de dollars de revenus. Il ne s’agit pas pour autant, note Dekker, de proposer les produits sans packaging ni sélection. Etsy est volontiers « branché », organise des évènements, des formations, etc. De plus, remarque Dekker, les concepteurs d’Etsy se sont arrangés pour rendre leur service attractif en développant de nombreuses fonctionnalités de filtrage social.

L’exemple d’Etsy nous montre en tout cas que ces nouveaux types d’entreprises ne se contentent pas de répondre à un besoin : elles le créent. Via quelques slogans… « Facilitez les conversations », comme le dit Jyri Engeström. « Rendez vos produits le plus humains possible », comme l’explique Rob Kalin le fondateur d’Etsy. Ou « Cela commence avec des puces et cela termine par la confiance », comme l’affirmait déjà Kevin Kelly dans son livre New Rules for the New Economy : 10 Radical Strategies for a Connected World. Autant de slogans que résume l’une des phrases clés de la conférence de Dekker : « Ne cherchez pas à répondre à un problème, cherchez des opportunités ».

Rémi Sussan

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